CHAPITRE V
LIBERTE DES CULTES
Si l'Eglise réformée ne vit pas son existence reconnue, d'une manière officielle, pendant le règne de Charles XII, du moins les fidèles qui la composaient purent sans crainte célébrer leur culte dans la chapelle de la légation d'Angleterre, où ils se réunirent dès l'année 1696 *. Guillaume III, qui personnifiait en Europe la défense de la cause protestante, était devenu le protecteur de la communauté anglo- française de Stockholm, à laquelle il accordait un subside important pour l'entretien de son pasteur, M. Du Bourdieu, allié à la famille du savant ministre de Montpellier.
L'Eglise, cependant, ne se trouvait pas en possession d'une organisation régulière, car les réfugiés, tenus à une extrême prudence , ne voulaient donner aux adversaires de la liberté religieuse aucun prétexte qui aurait pu justifier à leur égard des mesures de rigueur. Comme dans toutes les époques difficiles, le zèle suppléa à ce défaut d'organisation, et si pendant de longues années
^ Dans les actes officiels l'Eglise était désignée de la manière suivante : « L'Eglise françoise réformée qui se recueille dans la maison et sous la protection de Tenvoyé de la Grande-Bretagne. »
ORGANISATION DE l'ÉGLISE 79
la communauté, réunie autour de son pasteur, ne put s'affirmer par aucun acte public , du moins elle ne cessa pas de célébrer fidèlement le culte *. Il faut arriver en effet à Tannée 1715 pour trouver les premières traces d'une constitution ecclésiastique de l'Eglise française de ' Stockholm. C'est à cette époque que fut nommé le .Consistoire*, appelé, sous la présidence du pasteur, à veiller sur les intérêts de l'Eglise , mais le registre de ses délibérations ne commence qu'avec l'année 1724 ^.
« Il fut résolu , lisons-nous dans ce volume , à la date du 4 janvier 1724 , que , comme toutes les délibérations qui se font à la hâte sont ordinairement préjudiciables, il ne sera rien décidé qui ne soit soumis au Consistoire, les chefs de famille sont exhortés dorénavant à s'en tenir à l'article IV de la discipline des Eglises de France au chapitre des consistoires *. »
Cette décision importante rattachait l'Eglise des exilés aux Eglises réformées de France en faisant revivre sur la terre étrangère les traditions religieuses de la patrie. Le Consistoire se composa de quatre anciens qui, sous la présidence du pasteur, se réunirent tous les trois
* Malgré de nombreuses recherches » il ne nous a pas été possible de retrouver les documents qui nous auraient permis de parler du ministère du pasteur Du Bourdieu , qui ne dura pas moins de dix-neuf années.
* MM. J. Bédoire , Jacob , Goffin , D. Morgrange furent les premiers Anciens de l'Eglise*
* Registre des résolutions du Consistoire de l'Eglise française réformée de Stockholm , commençant le 4 janvier 1724 et se terminant le 7 janvier 1806. Un vol. in-folio étroit.
^ L'article lY de la Discipline des Eglises réformées était ainsi conçu : « Il n'y aura qu'un Consistoire en chaque Eglise et ne sera permis d'establir autre conseil pour aucune affaire de l'Eglise. »
80 CriAPITRE CINQUIÈME
mois, le lundi « après la première ])ublication de la communion ». En 1728, la création d'un diaconat parut nécessaire, et deux diacres furent nommés. Pour encourager les membres zélés de l'Eglise à accepter une charge qui n'était pas sans difficultés, on décida < qu'ils seroi^nt reçus comme anciens dans le consistoire après avoir servi une fois en qualité de diacre ». Il est vrai que trois ans plus tard on crut plus utile de ne plus faire de distinction entre les charges d'anciens et de diacres et « de régler les choses de manière que ceux qui ont déjà desservi l'Eglise puissent être acceptés de nouveau en rentrant en charge sur le pied d'anciens qui auront la direction des deniers des pauvres * ».
L'Eglise française venait de se donner une constitution qui assurait sa durée. Elle avait trouvé du reste dans M. D'Artis, qui avait succédé à M. Du Bourdieu, un pasteur d'un réel mérite , qui comprenait les difficultés de l'œuvre qui lui était confiée. Il appartenait à une famille noble du Rouergue qui avait quitté la France pour cause de religion. D'Artis de Becquignoles , colonel du régiment de réfugiés au service de Prusse, était son parent. Le pasteur Gabriel D'Artis , dont le nom fut mêlé aux querelles qui divisèrent le Refuge, appartenait aussi à la même famille ^.
Pendant de longues années , D'Artis devait se dévouer sans réserve à sa tâche, encouragé par l'affection dont l'entourait sa paroisse. Si cette organisation nécessaire avait été établie, on le devait sans doute à la prévoyance du pasteur et des anciens de la communauté,
^ Délibération du 13 décembre 1731.
* France protestante , article D'Artis.