‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 22 sur 48 · PROGRÈS DES IDÉES DE TOLÉRANCE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DES IDÉES DE TOLÉRANCE

mais les circonstances y avaient aidé d'une manière remarquable.

Aux mesures de rigueur qui avaient marqué la fin du XVII® siècle avait succédé un esprit de tolérance dont les victoires s'affirmaient chaque jour. Le gouvernement de la Suède devait en donner une preuve significative au moment même où Louis XV signait la déclaration du 14 mai 1724. < De tous les grands desseins , écrivait-il , que le feu Roy, notre très-honoré Seigneur, a formez dans le cours de son règne , il n'y en a point que Nous ayons plus à cœur de suivre et d^exécuter que celui qu'il avait conçu d'éteindre entièrement l'hérésie dans son royaume. » Pour assurer le succès de son entreprise , Louis XV défendait à tous ses sujets de faire « aucun exercice de Religion autre que de ladite Religion catholique , à peine contre les hommes des galères perpétuelles et contre les femmes d'être rasées et enfermées pour toujours * ».

C'était reprendre cette politique qui avait affaibli la France en enrichissant les Etats étrangers. La Suède répondit à ces mesures de violence en invitant , dès le mois d'octobre 1724, les protestants français, résolus à ne pas céder devant la force , à venir s'établir dans la patrie de Gustave-Adolphe *,

• EditSj déclarations et arrests concernant la R, P. R, Paris, 1885, p. 536.

• JoBEz, La France sous Louis XV, II, 363. — Quelques années plus tard , vers 1735 , une petite colonie de 35 personnes vint s'établir à Wadstena , en Ostrogothie , où elle eut un lieu de culte. Elle venait de Danemark où elle n'était pas heureuse , mais après quelques années elle se dispersa. Elle était sous la conduite d'un M. De la Porte. — Gatteau-Gallkville , Tableau général de la Suède,

Les réfugiés purent comprendre que désormais ils n^auraient rien à redouter et que la victoire de la liberté religieuse était assurée. Us en doutèrent d'autant moins lorsque M. de Poinst, envoyé de la Grande-Bretagne, résolut , en 1727 , de faire rétablir la pension de 40 livres sterling, dont la communauté anglo-française avait joui pendant plusieurs années, pour le traitement de son pasteur. Jamais un homme politique n'eût assumé une semblable responsabilité s'il n'avait eu la certitude de voir ses projets approuvés, et l'acte parut d'autant plus important que c'était un diplomate étranger qui le provoquait. Ce fut à sa demande , en effet , que le Consistoire prit, le 20 mars 1727 , la décision suivante :

Les soussignés, anciens de TEglise réformée française, dont les assemblées de piété se recueillent dans THôtei et sous la protection du Ministre de la couronne de la Grande-Bretagne, témoignons notre reconnaissance de rétablissement qui a été fait pour l'entretien du pasteur, par le roi Guillaume ni de glorieuse mémoire. Nous exprimons combien nous sommes pénétrés de la bonté avec laquelle Sa Majesté aujourd'hui régnante nous veut continuer la même protection généreuse. Nous présenterons toujours nos prières les plus ardentes au Dieu tout puissant pour qu'il continue à répandre ses plus précieuses bénédictions sur la personne sacrée de Sa Majesté et de son gouvernement aussi bien que sur ses soins infatigables pour procurer la paix à l'Europe et pour défendre la cause des Eglises protestantes ^

La tolérance conduit d'une manière nécessaire à la liberté quand des questions religieuses sont en jeu.

* Beg^istre du Consistoire.

REQUÊTE DES RiiFUGIÉS 83

Depuis de longues années déjà, l'Eglise anglo-française célébrait paisiblement son culte dans Thôtel de la légation d'Angleterre , lorsque , par suite du départ de M. Burnaby, qui représentait la Grande-Bretagne à la cour de Suède, son existence se trouva de nouveau mise en question.

Dans de semblables circonstances la nécessité d'agir sans hésitation s'imposait, car tout retard pouvait devenir un sérieux danger. Il ne fallait pas donner le temps à une opposition de se former, mais prévenir toute complication en posant nettement la question de principe.

M. Burnaby avait quitté Stockholm le 8 août 1741; le 10 du même mois une requête, signée de tous les chefs de la communauté, où « le libre exercice du service divin » était demandé dans des termes aussi fermes que respectueux, était remise au roi. On était déjà loin des jours de Charles XI et le temps avait fait son œuvre de pacification dans les esprits, bien que le clergé national restât toujours opposé à de semblables revendications.

Avec un heureux à-propos les signataires de la supplique rappelaient au roi, que l'Eglise suédoise de Londres était l'objet d'une protection spéciale de sa part, aussi espéraient-ils un traitement semblable pour l'Eglise anglo-française de Stockholm. Ils faisaient appel à des considérations d'un autre ordre, mais non moins sérieuses, en annonçant l'arrivée prochaine de nombreux artisans de la religion réformée si la liberté de conscience était accordée *. A la demande de

* Bequéte du pasteur et des principaux chefs de famille des Eglises

M. Campbell, le comte Gyllenborg se chargea de présenter au roi cette requête à laquelle les réformés attachaient une si grande importance , et il le fit le jour même où elle lui fut confiée.

L'appui du célèbre homme d'Etat assurait le succès d'une démarche que ce prince, fidèle à toutes les traditions de liberté si fermement établies dans la maison de Hesse-Gassel , devait accueillir de la manière la plus favorable. N'était-ce pas le landgrave Charles I" qui, dès le 18 avril 1685, avait ouvertement promis aux protestants français un généreux accueil en leur garantissant pleine et entière liberté de conscience ? Le roi Frédéric n'avait-il pas vu lui-même, aux jours de son enfance , arriver à Cassel des milliers et des milliers de fugitifs qui, fuyant la persécution religieuse, alors dans toute sa violence, apportaient les secrets de l'industrie française et contribuaient par leur vie de travail et de devoir à la puissance de l'Etat*?

Il semble que ces grands souvenirs aient agi d'une manière puissante sur l'esprit du roi, car le même jour, sans hésitation, il autorisait les réformés à continuer publiquement leur culte ^. Rare et bel exemple de largeur politique et chrétienne, surtout dans un temps où la contrainte en matière religieuse était encore pour un grand nombre la loi même de l'Etat. Dans l'histoire de la liberté de conscience, la date du 10 août 1741 mérite d'être citée avec respect, car elle rappelle une noble victoire.

anglaise et française de Stockholm pour obtenir le libre exercice divin. Pièces justificatives, n« VII.

* F. DE ScHiCKLEB. Les EçUses du Refuge, p. 76.

* Résolution de Sa Majesté^ etc. Pièces justificatives, n* YIII.

LIBERTÉ DES CULTES 85

Accorder la liberté du culte c'était, par le fait même, autoriser la construction d'un temple, c'était surtout consacrer le principe de la liberté religieuse. Quelques jours plus tard, en effet, le 27 août 1741, les Etats donnaient leur consentement à la demande présentée par l'Eglise française. Pour la première fois les réformés étaient appelés à jouir des mêmes privilèges que les Suédois, aussi leur reconnaissance fut-elle profonde. M. D'Artis l'interpréta dignement en écrivant sur les registres du Consistoire, à la date du 31 août 1741, les paroles suivantes : « Nous avons béni Dieu de ce commencement d'heureux succès, d'autant plus que cette liberté a esté étendue par le consentement des Etats. Il nous reste présentement de prier Dieu de nous faire la grâce de profiter de cette liberté et de nous inspirer les mesures les plus propres et les plus efficaces pour la rendre solide. »

La plus louable activité fut déployée pour assurer la régularité des services religieux. M. Georges Lyon, trésorier de l'Eglise anglaise, et M. J. Bédoire, chargé des intérêts de TEglise française , unirent leurs efforts pour trouver un local où on pût célébrer provisoirement le culte. Si rapides et si heureuses furent leurs démarches que, dès les premiers jours de septembre, ils purent annoncer aux fidèles que la grande salle de la maison du sieur S. Sahlstedt était mise à leur disposition.

Le 18 septembre 1741 le culte public y fut célébré pour la première fois en français, et M. D'Artis y commença ouvertement ses fonctions pastorales.

Une nouvelle période venait de s'ouvrir pour l'Eglise française de Stockholm : ses droits étaient reconnus, sa

liberté assurée, son devoir était donc de s'affirmer avec plus d'énergie encore, elle ne devait pas manquer à cette obligation.

Les réfugiés ne songeaient pas sans une douloureuse émotion aux temples de France, renversés par les ordres du roi, aux applaudissements du clergé, exaltant la piété de Louis le Grand. En les relevant sur la terre étrangère, ils prouvaient que les persécuteurs n'avaient pas eu la victoire dernière, comme ils affirmaient aussi leur inébranlable attachement aux croyances pour lesquelles les réformés avaient tant souffert.

Les protestants français de Stockholm ne pouvaient que s^associer à de tels sentiments, aussi voulurent-ils, au lendemain de la déclaration royale de 1741, posséder un édifice religieux.

Nombreuses devaient être les difficultés à surmonter avant de voir la réussite de ce projet , mais comme la possession d'un temple devait être la garantie même de la liberté de conscience, l'hésitation n'était pas permise.

La communauté, si elle comptait parmi ses membres quelques riches négociants, n'avait à sa disposition cependant que de faibles ressources ; aussi la première pensée du Consistoire fut-elle de s'adresser aux Eglises étrangères pour obtenir leur concours. Dès le 25 octobre 1741, M. D'Artis présentait aux anciens les minutes de trois lettres écrites à l'archevêque de Canterbury, à l'évêque de Londres et au Synode des Eglises wallonnes.

« L'Eglise anglicane, disaient les anciens au primat d'Angleterre, qui se distingue si glorieusement entre les Eglises protestantes, et qui fait voir en toute occa-

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