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DÉDICACE DU NOUVEAU TEMPLE

sons de rapport , avait été acquis par les soins de M. Schussler.

Ce fut au milieu d'un jardin, éloigné des bruits de la rue, que fut construit le temple de l'Eglise française, sur les plans d'un architecte distingué, et d'après les conseils éclairés de M. de Dardel , membre du Consistoire , qui pendant de longues années avait été à la tête du dé"^ parlement des beaux-arts en Suède. Dans sa simplicité sévère cet édifice était digne du culte qui devait y être célébré *.

M. le pasteur Frank Puaux fut appelé à présider la cérémonie d'inauguration fixée au dimanche 9 octobre 1881. Ce fut devant une nombreuse assemblée, que M. Schussler monta dans la chaire pour y placer la Bible et prononça les paroles suivantes :

Mes frères ,

Notre Assemblée générale, il y a trois ans, me chargea du soin de faire construire une nouvelle église, j'ai achevé ma lâche.

Je dépose aujourd'hui solennellement ici ce livre sacré, la Parole de Dieu, base inébranlable de notre foi, source unique de notre connaissance réelle du Père céleste, du Sauveur, de notre vie à venir, cette Parole pour laquelle nos pères ont tout quitté.

Nous rendons grâces à Dieu de ce qu'il nous a encore une

* Le temple a été construit de manière à y réserver un logement pour le pasteur; aussi la salle de culte se trouve-t-elle au premier étage. L'acoustique y est excellent ; si on ajoute que les dégagements en sont aisés et qu'elle se chauffe promptement, il est permis de dire qu'elle répond parfaitement à sa destination.

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fois permis d*avoir ici, en pays étranger, une maison de prière : nous lui rendons grâces de la divine protection qu'il nous a accordée pendant le cours de plus de deux siècles au sein de ce royaume.

Rappelons-nous toujours ce que nous devons aux rois de Suède, depuis Frédéric P'surloutjusqu'àce jour ; ce que nous devons encore à Oscar II et aux autorités du pays et de cette capitale , qui , avec la plus grande bienveillance , ont accueilli nos requêtes et facilité l'exécution de nos projets. Ces autorités reconnaissent, j'en suis convaincu, que nos pères se sont rendus dignes de sympathie chrétienne. J'espère qu'elles pourront dire plus tard, de nous aussi , que nous n'avons pas démérité de leur charitable et puissant appui.

Nous jouissons donc aujourd'hui du privilège de pouvoir inaugurer notre nouvelle église et de pouvoir remercier publiquement nos frères moraves de l'hospitalité qu'ils nous ont accordée pendant quelques années.

Heureux d'avoir pu inviter l'un de nos anciens pasteurs à venir au milieu de nous pour présider à la solennité de ce jour, nous le prions de consacrer notre chapelle au service de Dieu et du Sauveur, afin que le Saint-Esprit demeure au milieu de nous, que dis-je, pour qu'il demeure au fond de nos cœurs, nous éclairant, nous sanctifiant, nous remplissant de cette charité chrétienne dont les disciples de Jésus devraient être toujours animés envers tous les hommes, tous enfants du Père céleste.

M. Schussler invita alors M. le pasteur Puaux à le remplacer dans la chaire. Après avoir consacré par la prière le nouveau lieu de culte, M. Puaux attira l'attention des fidèles sur ces paroles qui se trouvent dans la seconde épître de saint Paul à Timothée au chapitre premier et au verset septième : « Dieu ne nous a

l'église dans la période actuelle 173

point donné un esprit de timidité, mais un esprit de force, de charité et de prudence. »

Il rappela les souvenirs d'un lointain passé en montrant que les fondateurs de cette humble Eglise avaient lutté, avec un saint héroïsme, contre les persécuteurs qui les avaient bannis de leur patrie, mais que sur la terre d'exil, par leur charité comme par leur prudence , ils avaient conquis l'estime et l'affection de leurs nouveaux concitoyens.

Il rendit hommage au zèle comme au dévouement de l'honorable M. Schussler, et remercia le Consistoire d'avoir pris l'initiative d'une œuvre aussi importante.

Après avoir exprimé les sentiments de reconnaissance qui étaient dans tous les cœurs pour cette protection de Dieu qui n'avait jamais cessé de se manifester dans des circonstances si diverses, songeant à l'avenir^ il demanda que ce môme esprit de force, de charité et de prudence , qui avait animé les réfugiés , dirigeât les destinées d'une Eglise qui lui était si chère.

Avec cette solennité, qui récompensait de longs travaux, commençait une nouvelle période de l'histoire de la communauté française de Stockholm.

Arrivé à la fin de cette étude qu'un de nos successeurs reprendra sans doute un jour,» pour la compléter comme pour la continuer, nous ne pouvons oublier que plus de trois siècles nous séparent des temps oîi les protestants français, chassés par la persécution, vinrent demander un asile à la Suède.

Au cours de ces longues années leurs descendants ont bien mérité du nom français qu'ils étaient fiers de

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porter. Le sérieux et la noblesse de leur vie prouvèrent la sincérité de leur foi ; leur résignation dans la souffrance en montra la grandeur.

Malgré leur petit nombre , ils surent se créer une place respectée dans leur nouvelle patrie, à laquelle ils s'attachèrent si loyalement, qu'ils purent y obtenir un édit de tolérance qui marque une noble date dans l'histoire de la Suède.

Les réfugiés ont donc ouvert la voie à la tolérance et préparé les victoires de la liberté religieuse. Leur histoire se rattache ainsi à l'histoire des deux pays qui doivent reconnaître , dans ces obscurs exilés , d'ardents défenseurs de la liberté de conscience et proclamer que le service rendu est assez grand pour honorer leur mémoire. Si la publication de cette étude pouvait contribuer à un pareil résultat nous aurions atteint notre but, car les fautes et les erreurs du passé ne peuvent s'oublier que par les victoires de la justice dont les droits ne se prescrivent jamais. Telle est la réparation due à des souffrances noblement supportées pour une sainte cause; elle ne sera refusée ni en Suède, ni en France.

Mission confiée par Gustave Wasa a H. Languet *.

Nos Guslavus, Dei gralia Suecorum, Gothorum Vandalorumque el cœl. Rex , universis ac singulis cujusciimque status, gradus, ordinis, conditionis, vel praeeminentiae fuerint, quibus prœsentes haec nostrae litterae , vel utipsi legant, vel legendo slatum ipsarum percipiant, offeruntur, deferimus prompta et familiaria nostra siudia , obsequia , gratiam Regiam et omne bonum : Significamus praeterea praesentiuni vigore universis et singulis supra commemoratis nos possessorem harum praesentium litteramm , nobilem generosum nec non prudentia et rerum gerendarum usu praeditum tum nobis imprimis probatum et gratum fidelena nostrum Hubertum Languetum burgundicum in certis quibusdam nostris negotiis hinc in Galliam ablegasse , nempe ut omnis generis peritos artifices et alios, quos nobis nostroque regno usui futuros putaveril, nostro nomine conveniat et nostrum in regnum adducat. Quo circa petimus et volumus ut fîrmam et illi fîdem habeant, quoscumque super tali negotio convenerit et quibus aiiquid nostro nomine ad hoc promiserit. Rogamus insuper per quam amice, familiariter et bénigne universos ac singulos , imprimis autem christianissimum atque illustrissimum principem dominum Henricum Galliae regem, fratrem nostrum clarissimum , ejusque praesides, praefectos, ipsorumque locum tenentes ofBciales, inquisitores et ministros, ad

* Voir page 7.

quos his dilectus nobis Hubertus in abitu vel reditu pervenerit, aut si ipsum ad tempus commorari alicubi interea temporis contigerit, ne qua ipsum in re impediant molestent, injuriœ afficiant, aut affîci permittant, sed liberum iiii transitum terra marique concédant , atque nullam non gratiam , opem, et auxilium, sic ubi, ejusmodi illi opus fuerit, exhibeant et nostri' causa sibi commendatum ipsum per omnia habeant, in quo unus quilibet sua persona nostraque expectatione quod dignum est praestiterit, quod et nos simili vel majori officio pro cujiisque personœ ratione promereri et recompensare non dedignabimur.

GUSTAVUS.

Datum ex arce nostra Gripsholmiana ix Septembrîs anno salatis humanœ MDLVII.

H. Ghevreul. Hubert Languet. Paris, 1856, p. 215.

Lettre de Calvin a Erik *.

Calvinus régi Sueciœ iimiori.

Si quis temere me fecisse existimet , praeslantissime idemque generosissime Rex, quod publicum opus patri tuo dicare ausus sim, idem fortasse me culpam duplicare sentiet, quod privatim Maiestatem tuam his literis compellare non dubito, perinde ac si homini ignobili famiiiaris ad eam pateat accessus. Verum a singulari tua humanitate, quse tantopere laudatur, longe aequius judicium exspecto. Atque ut ingénue falear quod res est, fîducia lui maximi patrocinii frelus animum ad banc nuncupationem adjeci quœ testis quidem esset meae erga totam regiam soboiem observantiae : praesertim tamen heroicis palris virtutibus te et nunc adjungeret socium et paulo posthaeredem inscriberet. Sic enim ex duobus gends nosirae hominibus, qui sunt in clientela vestra et officio, in-

* Voir page 10.

lellexi , quum inter bonarum literarum cultores eos praecipuo favore prosequaris , qui et purse et sincerae pietatis doctrinae a fœdis superstitionibus et barbara inscitia repurgandse fldelem operam impendunt me qiioque in eorum numéro abs te censeri. Qua dexteritate poUeam, ne infeliciter cedat quod conor, jactare non est meum, sed quum raihi probe conscius sim, non alium fînem studiis meis esse propositum, quam ut vigeat integer Dei cuUus et caelestis doctrina, genuino suo nitori reddita quam meretur reverentiam in mundo obtineat , judicium illud tuum libenter amplector. Quo factum est ut minime veritus fuerim bis literis Maiestatem tuam rogare, non modo ut pignus reverenter sibi a me oblatum , humaniter accipiat, sed ut gratiam conciliet apud patrem, ut ab hoc forte longe laleque profluat libri utilitas. Neque enim ut eum prœclaris istis nominibus ornarem me impulit ambitio, sed ut labor meus sponte currentibus animos adderet ac simul prodesset gentis ditionis vestrae hominibus. Vale, serenissirae Rex. Dominus Maiestatem tuam incolumem et florentem diutissime conservet, spiritu prudentiae et fortiludinis et sequitatis gubemet et eximiis quibusque donis magis ac magis locupletet. Amen. Genevae, 4 calend. martii 1559.

[Thésaurus epistolicus calvinianus. Cunitz et Reuss, VIII, no 3016).

Projet de mariage pour Hrnri de Rohan *.

A Monsieur^ Monsieur le duc Charles, prince héréditaire et gouverneur général de la Suède.

Monsieur,

Je vous ay escrit depuis peu de jours par le S' de Fromentieres par lequel je receuz Tescrit qu'il avait pieu à votre

* Voir page 25.

Allesse luy délivrer louchant la recherche que mon fils désire faire de madamoyselie v'* fille et vous mandois. Monsieur, comme mondit fils est en chemin pour aller voir l'AUemaigne et auslres pais estrangers en intention de vous baiser les mains en son voyage s'il luy est possible, qui fait que j 'envoyé vers luy ce gentilhomme présent porteur pour de là vous aller trouver, Monsieur, si mondit fils ne peust avoir cest heur luy mesme et vous porter le consentement du Roy pour savoir v" volonté plus particulièrement sur ceste affaire afin que je la puisse faire entendre à Sa Majesté et selon le commandement qu'il luy plaira me faire y procéder plus outre si votre Altesse l'a aggréable. Me remettant donc, Monsieur, à ce que ce gentilhomme vous fera entendre là dessus, je ne vous feray la présente plus longue que pour vous supplier bien humblement croire que mon fils et moy honorons tant v" alliance et nous sentons si obligez a v" Allesse d'avoir la nostre aggréable que quoy qui en advienne vous pourrez toujours faire estai de notre très humble service pour vous en rendre pour iamais tous les eff'ects qui dépendront de nostre pouvoir avec beaucoup d'affeclion. En ceste volonté je demeureray Monsieur

V* très humble et obéissante à vous faire service

Catherine de Parthenay.

De Pontivi, ce 8 de décembre 1599.

A ma tante la dame de Rohan.

Ma tante,

Il me souvient de l'ouverture que vous me fistes du mariage de mon cousin le V* de Rohan votre fils aisné avec la fille de mon cousin le duc Charles de Suède. — Jy ay depuis pensé qu'auray bien agréable qu'il soit passé outre à ceste alliance. | Partant vous en pourriez traitter quand bon vous semblera et scavoir quel advantage ledit duc Charles voudra faire à sa fille pour après moy adverlir affîn que j'y apporte ce qui dépendra de moy comme je feray pour le désir que j'ay

PIÈCES JlSTinCATlVES 181

de vous voir contente et favoriser le bien et advantage de

mon cousin votre fils et sur ce je prie Dieu , ma tante, qu'il

vous aye en sa très sainte et digne garde.

Escript à S* Germain en Laye le 11" jour de novembre 1599.

Henry.

De Neufifville.

A Monsieur le duc Charles ^ prince héréditaire et gouverneur

général de la Suéde,

Monsieur, la réputation de vos mérites, et de ceux de Madamoyselle vostre fille , mont fait désirer il y a long temps d'avoir Fheur de vostre cognoissance , et de vous pouvoir tesmoigner par mon très humble service combien j'honore voslre vertu et vostre qualité, en ceste intention , Monsieur, je m'estois acheminé en ce pays, d'où je pensois commodément avoir l'heur de vous aller baiser les mains et vous tesmoigner combien je me sentirois heureux, si je me pouvois rendre assez digne pour mériter vostre bonne grâce et celle de Madamoyselle vostre fille, en sorte que les propos qui ont esté mis en avant par ma mère, et par le consentement du Roy, puissent prendre une heureuse fin : mays ayant este empesche de ce bon heur par des particularitez, ou le service de Sa Majesté ma retenu en Italie plus que je ne pensois , comme ce gentihomme présent porteur vous représentera, j'ay esté contraint d'avoir recours à ceste lettre, par laquelle je vous supplieray très humblement. Monsieur, vouloir accepter les vœux que je vous offre de mon très humble service, et croire que si la recerche que je fais vers vous peut prendre telle issue que je désire, vous trouverez en moy tant d'obéissance et de fidélité, que vous jugerez ne pouvoir obliger aucun de Ihonneur de vostre alliance, que soit plus affectionnément que moy

Monsieur

Votre bien humble et obéissant serviteur

Henry de Rouan.

De Vienne, ce 8 de juiUet 16()0.

Archives royales de Suède. — Gallica. — 1628-170(5.

Lettre de Henri de Rohan a Gustave-Adolphei*.

Sire,

Je fay ce mot à V. M. par le S. Baron de Gaizkofer que je scay eslre son fidèle serviteur pour lui renouveller les asseurances de mon très humble service. Je luy ay confié les nouvelles que j*ay pour les porter à V. M. à laquelle il fera entendre celles d'Italie. Elle me fera Thonneur, Sire, d'adiouster foy à ce que le dit S. lui dira de ma part, surtout aux protestations que je porte au bien de son service , n'y ayant personne au monde qui souhaite plus que moy sa prospérité et grandeur, ny qui y désire contribuer plus gayment de sa propre vie. C'est dont je la supplie très hun^blement de prindre toute asseurance et de me croire aussy passionnément que je le suis,

Sire

Votre très humble et très obéissant serviteur

Henry de Rohan.

De Goire, ce 24 juin 1632.

Lettre de Henri de Rohan a Oxenstiern

Monsieur,

J'ai reçeu par le cappitaine Ulrich la lettre que V. E. m'a fait Thonneur de m'escrire du 8* d'avril, dont je me sens infiniment vostre obligé , n'ayant mérité cette faveur par aucun de mes services. Or, Monsieur, comme nui de son vivant n'a honoré la valleur insigne de ce grand Roy vostre maistre de très glorieuse mémoire à l'égal de moy, aussi nul ne peut affectionner plus que moy l'accomplissement de son dessein qui ne tendoit qu'à restablir l'Eglise de Dieu et la liberté d'Alemaigne, dont je ne puis maintenant que bien espérer, puisque V. E. en a la principale direction, vous prolestant

' Voir page »30.

que je ne m'espargneray en chose que ce soit pour y servir. Je despeche le cappitaine Ulrich en vos quartiers auquel je remets à lui faire entendre toutes les nouvelles de deçà et celles d'Italie , et en cas qu'il ne puisse avoir l'honneur de la voir, M. le maréchal Horn (vers lequel je l'envoyé) lui fera scavoir tout ce qu'il porte. Il ne me reste, Monsieur, qu'a vous supplier de me vouloir toujours favoriser de vos bonnes grâces, et me croire plus que personne du monde Monsieur

Votre très humble et affectioné serviteur

Henry de Rohan.

De Zurick, le 6 may 1633.

Réponse de S. M. Sérénissime la Reine Christine de Suède

A LA lettre de MONSIEUR LE CHEVALIER DE TeRLOK *.

Puis que vous désirez de scavoir mes sentiments sur la prétendue extirpation de l'Hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fais profession de ne craindre et de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein , et que je ne scaurois m'en réjouir, comme d'une chose fort avantageuse à nostre sainte Religion. Au contraire je prévois bien des préjudices, qu'un procédé si nouveau fera naître par tout. De bonne foi , êtes-vous bien persuadé de la sincérité de ces nouveaux convertis ? Je souhaite qu'ils obéissent sincèrement à Dieu , ^t à leur Roy ; mais je crains leur opiniâtreté, et je ne voudrois pas avoir sur mon compte tous les sacrilèges que commettront ces catholiques forcez par des missionnaires, qui traitent trop cavalièrement nos saints mystères.

* Voir page 58.

Les gens de guerre sont d'étranges apôtres ; je les crois plus propres à tuer, violer et voler, qu'à persuader. Aussi des relations, desquelles on ne peut douter, nous apprennent qu'ils s'acquittent de leur mission fort à leur mode.

J'ay pitié des gens qu'on abandonne à leur discrétion : je plains tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits à Taumône, et je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'huy en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'estre nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils en sont plus dignes de pitié que de haine ; et comme je ne voudrois pas pour l'empire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrois pas aussi estre cause de leurs malheurs.

Je considère aujourd'hui la France comme une malade à qui on coupe bras et jambes pour la guérir d'un mal qu'un peu de patience et de douceur auroit entièrement guéri. Mais je crains fort que ce mal ne s'aigrisse et qu'il ne se rende enfin incurable, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais et que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse.

Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les Hérétiques et les infidèles. Mais la manière dont on s'y prend est fort nouvelle, et puis que nostre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure. J'admire et ne comprends pas ce zèle et cette Politique qui me passent et je suis de plus ravie de ne les comprendre pas.

Croyez-vous que ce soit à présent le temps de convertir les Huguenots , de les rendre bons catholiques dans un siècle où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect et la soumission qui sont dus à l'Eglise Romaine, qui est l'unique et l'inébranlable fondement de nostre Religion, puis que c'est à Elle à qui nostre Seigneur a fait cette magnifique promesse que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle 1 Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Eglise gallicane n'a été poussée plus près de la Rébellion qu'elle est à présent. Les dernières propositions signées et publiées par le

Clergé de France sont telles , qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent Triomphe à Thérésie, et je pense que sa surprise doit avoir été sans égale , se voyant peu de temps après persécutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de notre Religion des. dogmes et des sentiments si conformes aux siens.

Voilà les puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétendue extirpation de Thérésie. L'interest de TEglise Romaine m'est sans doute aussi cher que ma vie , mais c'est ce mesme interest qui me fait voir avec douleur ce qui se passe , et je vous avoue aussi que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau Royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures et que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu et du Roy votre maître. Je m'assure même que vous ne douterez pas de la sincérité de mes vœux et que je suis...

Lettre de Brousson *.

A regard de la Déclaration du Roy de Suède, nous luy marquerons qu'elle nous cause beaucoup d'afflictions, que nous jugeons bien qu'une Déclaration de cette nature ne peut avoir que des suites fort fâcheuses d'autant plus qu'un pasteur nous a dit qu'il avoit appris de bonne part que l'intention du Roy de Suède étoit de faire prêcher par des pasteurs luthériens aux Eglises françoises et réformées qui s'étoient déjà établies dans son Royaume. Cependant nous luy fairons savoir que nous ne croyons pas que cette Déclaration doive suspendre votre départ et qu'au contraire c'est une nouvelle raison pour devoir le faire hâter. Que 1® cette Déclaration nous faisant connaître que le Roi de Suède doit être à notre égard dans des préjugés qui ne nous sont

* Voir page 58.

pas favorables, il nous semble que pour éviter la désolation de ceux de nos frères qui se sont déjà retirez dans ses Etats, ou qui peuvent s'y retirer , il est absolument nécessaire que nos Députez aillent incessament se jeter aux pieds de S. M., soit pour lui rendre raison de notre foi et lui faire connoître que nous sommes de véritables chrétiens et confesseurs de TEvangile, soit pour implorer ses compassions de la manière la plus touchante qu'il leur sera possible ; 2° que Tintérèt de nos autres frères qui se sont déjà établis ou qui peuvent s'établir dans les autres états luthériens nous fait aussi juger qu'il importe de hâter le départ de nos Députez , afin d'éviter s'il se peut, qu'on ne fasse ailleurs ce qu'on a fait en Suède.

(Autographe, Lausanne, 23 avril 1688. Bibliothèque de Genève. Collection Court. T. 17, TO.)

Requête du Pasteur et des principaux chefs de famille DES Eglises angloise et Françoise de Stockholm pour

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