REVISION DES RÈGLEMENTS ECCLÉSIASTIQUES
L'Assemblée générale demeura souveraine, et pour ajouter encore à Timportance de ses délibérations, un article stipula que , le cas de force majeure excepté , elles ne pourraient être rapportées avant qu'une année entière ne se fût écoulée à dater du jour où elles avaient été votées. Le Règlement précisa les devoirs du pasteur , fixa le nombre des prédications qu'il devait donner, indiqua les registres dont il aurait la charge et lui confia le soin et la direction de la bibliothèque religieuse. Un article fut consacré au culte dont le caractère austère devait être maintenu , les usages et les cérémonies de l'Eglise ne pouvant être modifiés que par décision du Consistoire.
La communauté dut avoir pour la représenter auprès du pouvoir civil un Forestandœ^e ou préposé , de droit membre du Consistoire et appelé à le présider en l'absence du pasteur. Rien ne fut négligé, car le Règlement . précisa les devoirs de l'organiste , du marguillier et des autres serviteurs de l'Eglise. Pour lui donner l'autorité nécessaire, les membres de l'Assemblée générale le signèrent dans la séance du H mai 1868 *.
Quelques mois plus tard, M. Frank Puaux, ancien élève des Facultés de Genève et de Monlauban , succédait à M. Rœhrich. Comme son prédécesseur il devait à l'appui de son éminent maître , M. Munier, d'avoir été choisi par le Consistoire de l'Eglise réformée de Stockholm. Il est inutile de marquer les raisons qui ont fait arrêter à sa nomination le récit consacré au passé de la communauté française , mais il sera permis à celui
* On trouvera aux Pièces justificatives le texte de ce document, véritable charte de TEglise réformée française de Stockholm. N' XII.
168 CUIAPITHE NEDVIÈMl-:
qui a essayé de faire revivre , avec les rares documents dont il disposait, l'histoire des Français que les persécutions religieuses amenèrent en Suède, de parler delà reconnaissance qu'il garde pour l'accueil dont il fut l'objet et pour la sympathie dont il fut entouré. Il ne , sait pas oublier la générosité avec laquelle il fut répondu à ses appels, alors qu'il eut le douloureux privilège de plaider la cause des victimes de la guerre dans cette année terrible qui vit les malheurs de la France.
C'est sous cette impression qu'il a écrit cette histoire des protestants français en Suède, voulant rendre hommage aux victimes des persécutions religieuses, mais aussi exprimer les sentiments d'une juste reconnaissance pour la nation qui leur donna asile.
Depuis son départ de Stockholm en 4871, des événements importants se sont accomplis dans l'histoire de la petite communauté française. Le vieux temple , situé dans une des rues les plus fréquentées de la ville , n'offrait plus à l'édification religieuse le recueillement qu'elle demande. Malgré les précautions prises, le bruit des voitures était parfois si violent qu'il couvrait la voix du prédicateur.
D'un autre côté, les nécessités financières avaient obligé le Consistoire à louer le rez-de-chaussée et les caves du bâtiment de l'église, location subie plutôt qu'acceptée , car elle enlevait à l'édifice son caractère religieux. Ces circonstances amenèrent le Consistoire à penser que la vente du temple, construit par les réfugiés, s'imposait par les raisons les plus sérieuses. Si la place qu'il occupait ne répondait plus à sa destina-
CONSTRUCTION DU NOUVEAU TEMPLE d 09
lion primitive , par contre elle convenait aux besoins du commerce qui, de plus en plus, se centralisait dans la cité. Il était dès lors permis de penser que la somme, qui proviendrait de la vente de l'édifice, permettrait d'élever un temple dans un autre quartier de la ville.
M. Schussler , sur la demande du Consistoire , voulut bien suivre celte affaire et n'épargna ni son temps, ni ses soins pour la faire aboutir. Après de laborieuses négociations, le temple fut vendu à une société financière qui ne tarda pas à le transformer en banque.
Ce ne fut pas sans émotion que M. le pasteur Testuz , qui avait remplacé M. Puaux , célébra pour la dernière fois le culte dans ce temple élevé par le zèle et la piété des réfugiés de la Révocation. Il rappelait une période héroïque et disait les sacrifices de ceux qui avaient perdu leur patrie pour rester fidèles à l'Evangile. Pendant plus d'un siècle la Parole de Dieu y avait été fidèlement annoncée et une œuvre utile et grande y avait été accomplie. Mais à ces sentiments de regrets pour un passé qui disparaissait avec ces nobles et touchants souvenirs , il était permis d'unir les promesses de l'avenir. L'œuvre de l'Eglise française^se transformait, en effet, dans des conditions heureuses qui devaient permettre son développement et assurer sa durée.
Pendant la période de construction, les Frères moraves mirent, avec un généreux empressement, leur chapelle de la place Charles-XIII à la disposition de la communauté. M. Testuz ne tarda pas à voir se reformer dans ce nouveau local l'auditoire qui lui était si fidèle. H était le conseiller de ces nombreuses jeunes filles , d'origine suisse ou française, placées comme institu-
170 CHAPITKE NEUVIÈME
trices ou comme bonnes à Stockholm. M. le professeur Kramer voulait bien les réunir dans des soirées familières dont le pasteur avait la direction. Ces réunions étaient appréciées par les jeunes filles qui , loin de leur patrie, y retrouvaient les habitudes du foyer et puisaient, dans l'affection dont elles étaient l'objet, un nouveau courage pour remplir les fonctions souvent difficiles qui leur étaient confiées.
La sollicitude de M. Tesluz s'étendit plus loin encore et non content, après son mariage, de réunir les jeunes filles dans sa demeure,, avec le concours de M. et jyjme Kramer, il organisa une agence gratuite de renseignements pour les bonnes et institutrices de langue française. A la même époque il créait une bibliothèque circulante en faveur des jeunes filles qui se trouvaient placées en province ou qui y passaient de longues vacances.
Dans les premiers mois de 1881 M. le pasteur Testuz se trouva contraint, par l'état de sa santé ^ de quitter la Suède *.
Ce fut cette même année que le nouveau temple fut achevé. Un terraiiî très heureusement choisi près du beau parc , au centre duquel se trouve le bel édifice de la Bibliothèque royale et assez vaste pour y élever non seulement le temple, mais aussi deux mai-
• M. Testuz a exercé son ministère d'octobre 1872 à juin 1881. Il eut pour successeur M. Bach, maintenant pasteur de TEgliso de la Confession d'Augsbourg à Lyon. Après un séjour de plusieurs années, ce dernier fut remplacé par M. Ostermann, aujourd'hui encore en fonctions. Voir aux Pièces justificatives la liste des pasteurs de l'Eglise réformée française. N» XIII.