‹ Hitopadésa, ou L'instruction utile: recueil d'apologues et de contesChapitre 17 sur 131 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

menâoe, et, lorsquMl voit le danger venu, Phomme doit prendre un parti convenable. »

Maintenant, je suis trop près pour pouvoir m'échapper. Eh bien ! quoi qu*il doive m'arriver, je vais m'approcher de lui et essayer de gagner sa co&fiance. Tout en faisant ces réflexions, il aborda le vautour et lui dit: Maftre, je vous salue. — C^i es-tu ? demanda le vautour. — Je suis un chat, répondit Dirghakarna. — Éloigne-toi, reprît le vautour ; sinon, je te tuerai. — Cependant, dit le chat, écoutez-moi, et ensuite, si je mérite la mort, vous me tuerez.

« Pourquoi faire mourir quelqu'un ou le traiter avec honneur, selon qu'il est de telle ou telle race? Il faut connaître la conduite d'une personne pour juger si elle mérite la mort ou les honneurs. »

Dis*moi, reprit le vautour, pourquoi es-tu venu ? ^ Tous les jours, répondit le chat, je fais mes ablutions id, sur le bord du Gange ; je m'abstiens de viande ; je suis brahmatchârî, et j'accomplis la pénitence du Tchandrâyana. pentends continuellemem tous les oiseaux vous vanter comme un personnage voué à l'étude de la loi et digne de con* fiance. Vous êtes vieux par la adenœ non moins

que par l'âge : je suis venu ici pour m'instruire sur la religion et la morale. Est-il donc vrai que vous connaissez si bien la loi, puisque vous voulez me tuer, moi, votre hôte ? Voici le devoir d'un maître de maison :

« Il faut accorder Thospitalité même à un ennemi, et le recevoir d'une manière convenable, lorsqu'il vient dans notre maison. L'arbre ne refuse pas l'abri de son ombrage au bûcheron. »

Si l'on n'a rien, on doit au moins, pour ùàre honneur à son hôte, l'accueillir avec des parx^ d'amitié.

« Des herbes, une place pour se reposer, de l'eau et de l'affabilité : voilà quatre choses qui ne manquent jamais dans la maison des geos de bien. »

« Qu'un enfant, un vieillard ou un jeune homme se présente chez vous, vous devez le recevoir avec honneur : car, pour tout le monde, un hôte est un persoxmage digne de vénération. »

« Les gens de bien sont compatissants, même à l'égard des êtres les plus méprisables. La lune ne refose pas sa lumière à la demeure du tchand^. »

« L'hôte qui sort de chez vous déçu dans ses

espérances vous laisse ses fautes, et, en s'en allant, emporte avec lui le mérite de vos bonnes

a L'homme de la dernière classe et de la plus basse condition, lorsqu'il se présente chez vous, il(Àt être reçu avec honneur et d'une manière convenable : un hâte, dans sa personne, représente tons les dieux. »

Les chats aiment la viande, dit le vautour, et il y a des petits oiseaux sur cet arbre. Voilà poUTqucri je te parle ainsi. A ces mots, le chat se prosterna à terre, et, passant ses pattes sur ses oreilles, il s'écria : Kricbna! Krichna ! j'ai étudié le Dharmasâstra, j'ai renoncé aux passons, et j'ai &it vceu d'accomplir une pénitence difficile. Quoique les Dbarmasâstras diffèrent d'opinbn sur certains peints, ils s'accordent cependant tous à dire que le premier des devoirs- est de ne faire de mal à personne.

« Les hommes qui s'abstiennent défaire du mal à qui que ce soit, qui supportent tout avec patience et accordent leur protection à tout te monde, vont dans le del. »

n La vertu est le seul ami qui nous suive apris notre mort : tout le reste périt avec le corps. «

3$ HTFOPADÉSA

« Lorsqu'un être dévore la chair d'un autre» voyez la différence qui existe entre les deux : le premier éprouve le plaisir d'un moment, l'autre perd la vie. »

« Si nous songeons à la douleur qu'^move l'homme quand il réfléchit qu'il faut mourir» cette pensée suffît pour nous faire épargner même notre ennemi. »

« On peut emplir son ventre avec les herbes que la forêt produit d'dle-même. Q,ni donc, pour assouvir sa faim, voudrait oKnmettre un grand crime? »

Après avoir ainsi gagné la confiance du vantonr, le chat demeura dans le creux de l'arbre. Au bout d'un certain temps, il allait tous les joun prendre les petits des oiseaux, les emportait dans scm trou et les mangeait. Les oiseaux, affligés et désolés de la perte de leurs petits, firent des recherches de tous les côtés. Voyant ce qui se passait, k chat abandonna son trou et se sauva. Les oiseaux, après avoir cherché partout, trouvèrent les os de leurs petits dans le creux de l'arbre. Aussitôt ils s'écrièrent :

C'est ce Djaradgava qui a mangé nos petits !

Puis, convaincus que le vautour était le con-

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