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Hobbema et les paysagistes de son temps en Hollande

Quand on parcourt les biographies des peintres hollandais de la grande épo'que, on reste frappé du contraste douloureux que trop souvent leur talent présente avec leur destinée. Combien parmi les meilleurs ont vécu presque ignorés! Combien de ceux qui nous paraissent aujourd'hui les plus illustres — Hais, Rembrandt, J. van Ruysdael, J. van Goyen, J. Steen,.J. Vermeer de Delft, A. van dcr Neer, et d'autres encore — se sont éteints misérablement, délaissés, insolvables, ou recueillis par charité dans quelque hôpital!

Hobbema peut grossir la liste de ccn méconnus et il n'est guère d'exemple plus mémorable des vicissitudes du goût que la diversité extrême des appréciations dont les œuvres du célèbre paysagiste ont été l'objet. Houbraken, qui nous a pourtant laissé des informations assez complètes sur les artistes de cette époque, ne parle même pas de lui. Pendant plus d'un siècle après sa mort, à part une courte citation donnée en passant par Van Gool dans sa Nieuwe Schowbourg (i/Si^ son nom ne se rencontre jamais sous la plume des historiens. On ne le retrouve pas davantoge sur les registres des Gildes de Harlem ou d'Amsterdam, et quand on dépouille les catalogues des nombreuses ventes faites en Hollande au siècle dernier, on n'y peut relever aucune mention de ses œuvres jusqu'en 1735. Le 18 avril de cette année, i la vente Marinus de Jeude, à La Haye, un « morceau capital ■ d'Hobbema fut payé 40 florins seulement, alors qu'un tableau d'un peintre parfaitement oublié aujourd'hui, Conrad Roepel, atteignait 3oo florins. Kn 1739, une autre peinture

nOLLAKOB. — PKINTIIES. MEVIIOKIlT HOKK&MA. — I

a magnitîque » cic l'artiste trouvait acquéreur à 71 t^orins. Entin, à la mort du peintre Philippe van Dyck, le i3 juin 1753, à La Haye, un paysage d'Hobbema était cédé pour la somme dérisoire de 12 florins 14 kr. A partir de ce moment, il n'est plus question d'Hobbema, et, pour être vendues, ses œuvres doivent être présentées au public sous des noms supposés. Des marchands ou des amateurs peu scrupuleux effacent sa signature pour y substituer celle de Ruysdael ou de quelque autre de ses contemporains, et Jusqu'au commencement de ce siècle, un silence absolu se fait autour de lui.

Tout à coup, il y a cinquante ans à peine, à la suite de quelques ventes qui ont mis en lumière son talent, il devient en vogue et ses tableaux sont recherchés à raison de leur mérite aussi bien que de leur rareté. Une Entrée de bois, provenant de la collection du cardinal Fesch et que possède aujourd'hui Sir Richard Wallace, est payée 44,000 francs; à la vente du roi de Hollande, le Moulin à eau, qui appartient également à Sir Richard Wallace, atteint 55, 000 francs; enfin un grand Paysage, exposé en 186 1, à Manchester, est acquis pour 75,000 francs par lord Hatherton, qui, au dire de Bûrger, en refuse peu de temps après i3o,ooo francs. En présence de ces chiffres et de cette faveur prodigieuse, certains trafiquants se livrent de nouveau à leurs coupables opérations et les signatures d'Hobbema réapparaissent, plus nombreuses que jamais, sur des ouvrages auparavant déjà signés de son nom, et même sur d'autres qui portaient autrefois celui de J. van Ruysdael, désormais prisé moins haut que lui.

Il fallait cependant trouver une histoire à un artiste devenu si brusquement le favori de la mode. Mais les obscurités accumulées autour d'Hobbema rendaient singulièrement difiicile l'établissement d'une biographie tant soit peu sérieuse. La haute fantaisie qui régnait alors dans la critique d'art trouvait donc là une occasion excellente pour se donner libre carrière. Dans l'étude consciencieuse qu'il a consacrée à Hobbema, étude à laquelle nous ferons plus d'un emprunt, M. A. de Wûrzbach rapporte les nombreuses légendes successivement imaginées à ce propos, sans qu'il soit possible d'invoquer un document quelconque pour expliquer leur origine. Comme pour Homère, suivant la remarque de M. de Wûrzbach, sept villes se disputaient l'honneur d'avoir donné naissance au paysagiste. Tel de ses biographes le faisait naître à Anvers, en 161 1 ; d'autres le croyaient de Drent, de Coewarden, de Franeker, de

Middelharnis ou de Harlem; un dernier le disait Allemand et originaire de Hambourg. Selon les uns, sa condition avait été plus que modeste : il était fils d'un simple sergent, en garnison à Coewarden ; suivant d'autres, au contraire, il appartenait à une famille considérable et riche, et il n'avait fait de la peinture qu'en amateur, offrant en présent ses meilleurs tableaux à ses amis, détruisant ceux dont il n'était pas satisfait. Enfin le peintre Georges, rédacteur du Catalogue de la galerie du cardinal Fesch, nous ne savons sur quelle information, le présente comme un bourgeois de Middelbourg et désigne même un des tableaux de ce catalogue comme son morceau de maîtrise à l'Académie de cette ville, Académie dont on n'a jusqu'à présent retrouvé aucune trace et qui probablement n'a jamais existé.

On le voit, il n'est guère d'artiste qui, après avoir été aussi longtemps ignoré, ait prêté plus largement aux fabuleuses inventions d'une critique trop peu scrupuleuse ; mais il était permis d'espérer que les investigations suivies, auxquelles les érudits de la Hollande se sont livrés en ces derniers temps, nous vaudraient sur la vie d'Hobbema des informations plus sûres et plus précises. Les découvertes faites à ce sujet dans les archives sont à la fois récentes et peu nombreuses. En les groupant ici, nous essayerons d'en tirer toutes les lumières qu'elles peuvent nous fournir sur celte existence, restée assez mystérieuse. Nous aborderons ensuite l'examen des œuvres d'Hobbema que nous avons étudiées dans tous les musées de l'Europe et dans les principales collections privées qui en possèdent. Ces œuvres, bien que fort inégales, continuent à être très recherchées des amateurs. Il nous paraît cependant qu'à l'engouement peut-être excessif dont l'artiste était l'objet, succède peu à peu une appréciation plus juste et plus mesurée de son talent. Nous nous efforcerons de caractériser ce qui, à nos yeux, constitue sa véritable originalité et de marquer ainsi la place qu'il nous semble mériter parmi les artistes de son pays.

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