CHAPITRE IV
Les paysagistes prédécesseurs d'Hobbema : les italianisants et l'école vraiment hollandaise. — Contemporains et devanciers de Jacob van Ruysdacl : Frans de HuUi, Roclot van Vrics, Juris van dcr Hagen, Cornclis Decker, Guillam Duboic. — I^» prétendus cicves d'Mobbenm : J. Looten et van Kessel. ^ Caractère et originalité
des œuvres d'Hobbema. — l.n place iju'il tient dans l'école hoilandaitc.
Si les interprétations qu'Hobbema nous u laissées de la nature hoU landaise ont un caractère très personnel, elles se rattachent cependant au mouvement général de Tart de son pays. Pour apprécier le talent du maître et marquer plus nettement la place qui lui revient parmi ses contemporains, il n'est pas inutile de chercher ce qu'il devait à ses devan> ciers. Nous serons mieux à même de comprendre sa véritable originalité quand nous aurons exposé brièvement les moditîcations successives qu^avait subies le paysage dans Técole à laquelle il appartient.
Deux groupes principaux, on le sait, s'étaient depuis longtemps partage cette école : celui des artistes tidèles aux anciennes traditions nationales, et celui des italianisants. Les peintres d^Utrecht surtout avaient été entraînés par ce grand courant d'émigration qui attirait vers l'Italie non seulement leurs voisins des Flandres, mais leurs confrères de toutes les nations. La route était longue, et plusieurs d'entre eux s'arrêtaient déjà sur leur chemin, séduits par le contraste que la nature accidentée du Tyrol ou de la Suisse leur offrait avec leur pays. Mais la plupart, poussant de l'autre coté des Alpes, avaient hâte de voir cntin cette Italie, dont on leur avait tant vanté les beautés de toute sorte. Que d'admirations les attendaient sur cette terre privilégiée! .\ côté d«N émerveillements que leur réservait la nature, les ruines de l'antiquité et les chets-d'œuvre de la Renaissance, la liberté dont ils jouissaient, les compatriotes qu'ils retrouvaient pour les initier à une vie nouvelle, tout contribuait à les charmer. Avec le réalisme du Caravage, la peinture italienne elle-même semblait s'être transformée pour mieux s'adapter i leujrs goûts.
Les paysagistes rencontraient d'ailleurs les exemples des prédécesseurs illustres qui, les premiers, avaient su reproduire avec éclat, comme
3z LES ARTISTES CELEBRES
Poussin, la grandeur austère de la campagne romaine ou, comme Claude Lorrain, la transparence de celte radieuse lumière qui ouvrait à leurs regards des perspectives infinies. Un autre peintre, un étranger comme eux, Adam Elsheimer, leur proposait également des modèles qui, par la variété des motifs et le fini d'une facture appropriée aux dimensions exiguës de ses œuvres, répondaient peut-être mieux encore à leurs prédilections. Aussi l'influence que cet Allemand fixé à Rome exerça sur les membres de la colonie hollandaise fut-elle considérable et M. Bode l'a signalée avec raison. Parmi ceux qui devaient plus particulièrement la subir, Gornelis van Poelenburgh mérite une mention toute spéciale. On connaît le sujet habituel de ses tableaux, ces épisodes tirés de la Bible ou plus souvent encore de la mythologie, dans lesquels il introduit des pâtres avec leurs troupeaux ou des nymphes occupées à leur toilette, ou surprises au bain et poursuivies par des satyres. Ces figures, d'une exécution moelleuse et fondue à l'excès, sont disposées avec goût, agréablement espacées dans des terrains vagues, semés çà et là de quelques ruines, bornés au loin par des collines bleuâtres, à demi noyées dans les profondeurs lumineuses de l'horizon. Par son talent, par le succès de ces menus ouvrages, Poelenburgh était appelé à devenir le chef d'une petite école d'artistes qui gravitent autour de lui et dont les noms assez nombreux — Dirck van der Lisse, Jan van Bronckhorst, J. Olis, A. Cuylenborch , J. van Haensbergen, Daniel Vertangen, Fr. Verwilt et bien d'autres encore — méritent à peine d'être tirés de l'oubli, bien que, en dépit de la mollesse et de l'insignifiance de leurs œuvres, ils aient joui de quelque vogue parmi les amateurs de cette époque. A la fois plus poétique et plus vrai, Poelenburgh leur est de beaucoup supérieur. Malgré ses préoccupations franchement italiennes, la manière dont il comprend ces données idéales dénote clairement à quel point il est resté de son pays. A l'Ermitage, un tableau de lui, assez important, nous montre, sous le titre de Repus de la Sainte Famille, plusieurs personnages réunis près de grands arbres enguirlandés de lierre, et ces figures sont évidemment des 'portraits, peut-être ceux de l'artiste lui-même et de sa propre famille. Les plantes et les animaux qui étoffent cette composition concourent à lui donner un air de réalité qu'on ne s'attend guère à rencontrer en un sujet pareil et attestent son amour sincère de la nature. Mais ces tendances réalistes s'accusent d'une manière plus frappante chez des artistes qui relèvent encore plus directe-
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HOLLANDE. — J«S1NTB«S.
iiicni d'Elsheimcr et qu'on ne saurait d'ailleurs considérer comme de purs paysagistes. Tout en s'inspirant de la nature italienne, M. Uytenbroeck, Moeyaert, les deux Pynas, J. Swanenburch et P. Lastman y cherchent surtout des fonds pour les tableaux historiques qu'ils aiment à traiter et dans lesquels, sans aucun souci des convenances, ils introduisent des détails ou des épisodes d'une trivialité choquante. C'est cependant à cette fraction d^ italianisants que se rattache à ses débuts le plus grand artiste de la Hollande, Rembrandt, qui compte parmi eux au moins deux de ses maîtres.
Tout en se continuant jusqu'au déclin même de l'école hollandaise, ce sens académique tendait, on le voit, à se modifier profondément et confinait à une imitation de plus en plus précise. Ce ne sont plus les aspects décoratifs visant à l'idéal d'élégance ou de noblesse que s'étaient proposé leurs devanciers, ce sont des vues exactes de l'Italie, des représentations formelles de ses villes, de ses routes, les abords de ses ostéries, l'animation de ses marchés et de ses ports que nous montreront par la suite Asselyn, Pynacker, Berghem, Karel du Jardin, les Both, les de Heusch, etc. Dans ces images fidèles, les dieux de l'Olympe ou les personnages de la Bible seraient également dépaysés, aussi n'apparaîtront-ils plus que rarement dans leurs tableaux. Ils ont cédé la place à des figures plus humbles, à tous ces matelots, ces portefaix, ces lazzaroni, ces touristes, ces paysans, ces pâtres ou ces muletiers que déjà Pieter de Laar se plaisait à peindre dans leurs costumes vrais et leurs attitudes familières. C'est ainsi que, avec le temps, ces transfuges de leur pays, ces affiliés à la bande académique, devaient eux-mêmes retrouver quelque chose de la sincérité absolue qui a fait la force et l'originalité de l'école hollandaise.
Mais les vrais représentants de cette école, ceux qui liai ont valu la gloire la plus haute, sont certainement les artistes qui, sans jamais quitter leur patrie, ont senti sa beauté et se sont naïvement appliqués à la rendre visible aux yeux de tous. En cherchant autour d'eux leurs inspirations^ ils restaient fidèles à des traditions déjà anciennes et vraiment nationales, et la ville de Harlem, après avoir été un des centres les plus actifs de l'indépendance politique, était également appelée à devenir le principal foyer de l'émancipation de l'art. Esaïas Van de Velde et Pieter de Molyn frayèrent les premiers la voie. Prenant autour d'eux leurs modèles dans la société contemporaine ou dans la nature, ils retracèrent avec une
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vcrucitc cnticrc tuut ce qui dans la campagne ou dans la vie de tou» le» juurs frappait leur attention. Mais après eux, marchant résolument sur leurs traces, Van Guyen, par su manière de comprendre la nature et par son exécution ù la fois plus savante et plus simple que celle de so prcdccesscurs, contribuait plus puissamment encore u la fondation dorïnitivc de la nouvelle école. Non seulement il accepte les données les plus modestes; ce sont celles-lù mêmes qu*il recherche de préférence et. loin de prétendre embellir lu nature, il s'applique ù en accuser les côté» caractéristiques sans s'écarter jamais de lu réalité. C'est par la justesse extrême des valeurs qu'il établit la construction de ses tableaux, et pour y indiquer la diversité des plans, il trouve des modulations d'une délica* tesse infinie. Dans la gamme presque monochrome où il se maintient, quelques colorations un peu moins ert'acées suffisent ù animer l'aspect de l'ensemble et, grâce à d'heureux rapprochements, ces colorations tirent leur prix de la sobriété même avec laquelle il les a ménagées. Il connaît à fond d'ailleurs toutes les ressources de son art et, sans recourir à aucune collaboration, il excelle ù disposer dans ses paysages, toujours au bon endroit, des barques, des personnages, des animaux de toutes sortes. Presque en même temps que lui, J. Porcellis, Simon de Vlieger, et d'autres encore, dans cette même tonalité discrète et grisâtre, nous donnent de fidèles images de la mer et des plages hollandaises, tandis que Salomon van Ruysdael et après lui Wynants, Aert van der Neer et liverdingen, en abordant des représentations différentes de lo nature de leur patrie, étendent ainsi le domoine du paysage.
Il appartenait à Jacob van Ruysdael de constituer ce domaine d'une manière définitive dans la complète variété et la pleine signification de ses motifs, et de mettre ù l'expression de chacun d'eux lu mêle poésie qui caractérise ses ouvrages. Mais si son nom est incontestablement le plus glorieux, si, par l'élévation de son génie, il dépasse de beaucoup tous les ttutres paysagistes, il serait injuste de croire qu'il a le premier découvert la beauté intime de la campagne hollandaise. Bien d'autres, au contraire, de son temps ou même avant lui, nous en ont donné des acceptions pareilles et leurs noms, s'ils n'ont pas droit à une célébrité égale, méritent, du moins, d'être conser\és.
De ce nombre est Frans de Hulst. Les détails sur sa vie sont assc» rares : nous savons seulement qu'en t63i il faisait partie de la Gilde de Harlem, en qualité do inaiire. et qu'il mourut dans cette ville le 29 dé-
cembre 1661. Ses œuvres d'ailleurs ne sont pas non plus très nombreuses. Le musée Boymans possède de lui la Vue dhine porte de la ville de Hoorn (n» i32) et une Vue de Nimègue (n" i33), deux excellents tableaux bien composés, d'une facture précise et légère, qui laisse transparaître des dessous colorés contrastant avec des ciels pâles et très finement modelés. Un bac avec un carrosse attelé de quatre chevaux qui étoffent le second de ces tableaux sont très spirituellement indiqués. Nous retrouvons, du reste, la même habileté dans l'exécution des nombreux personnages qui garnissent la Plage de Scheveningue du musée de Gotha ^n" 248), datée de 1644, et dont les tons bruns contrastent heureusement avec les bleus froids du ciel et des eaux, et donnent un peu à cet ouvrage l'aspect d'un Van Goyen.
Nous possédons moins de documents encore sur la biographie d'un de ses émules, Roelof van Vries, et, à part la mention qu'il demeura quelque temps à Amsteïdam et qu'il travailla à Harlem de 1643 à 1669, nous ne connaissons guère son existence que par les dates de ses tableaux, qui ofirent avec ceux de F. de Hulst de grandes analogies. C'est dans les musées ou les collections privées de l'Allemagne que l'on peut voir la plupart de ses œuvres ; trois au musée de Berlin : des Ruines au bord de l'eau, une Tour dans les bois et un Paysage boise ; un autre Paysage en hauteur, chez M. le D'" Schubart-Czermats, à Dresde ; un Chemin dans les dunes, d'une exécution bien supérieure, chez M. James Simon, à Berlin; et surtout, au musée de Francfort, àts Huttes de paille (n"267), d'un parti très large et dont les transparences colorées s'opposent harmonieusement aux tons du ciel.
Tandis que les deux artistes précédents ressemblent assez à leurs devanciers Van Goyen et Vlieger, Joris van der Hagen a plus d'affinités avec Jacob van Ruysdael. Les documents qui le concernent ne sont pas non plus très abondants. Né à La Haye où il est signalé comme peintre en 1640, il y meurt en 1669 après avoir épousé Magdalena Teymans, qui de 1644 à 1657 lui avait donné huit enfants. Un grand paysage du Ryksmuseum d'Amsterdam, qui pendant longtemps a porté son nom (no 1 10), est aujourd'hui regardé par quelques connaisseurs comme étant de Ruysdael, et si dans les buissons du premier plan la touche des feuillages, plus large qu'elle n'est d'ordinaire chez Van der Hagen, justifie un peu leur opinion, en revanche les fonds, le ciel et les eaux avec leurs colorations froides et la sécheresse de leur facture, protestent
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contre cette nouvelle attribution ; tout au plus pourrions-nous croire à la collaboration de deux artistes. En géne'ral, les paysages de Van der Hagen sont peu composés et uniformément découpés en bandes horizontales parallèles, avec des arbres au feuillage très minutieusement détaillé. Tels sont ceux du Mauritshuis de La Haye, du Louvre, des musées de Nantes, de Nancy, etc. Au musée Boymans, un de ces paysages sert de cadre à la parabole du Bon Samaritain. Mais, à Copenhague, le maître se révèle à nous sous un jour tout à fait imprévu, avec ses ouvrages les plus importants, notamment avec une grande composition conçue dans un sens décoratif et d'apparence tout à fait moderhe : un massif d'arbres élevés au bord de l'eau et, au premier plan, des terrains parsemés de buissons bas et de fougères d'un vert tendre, avec une échappée lointaine sur un village et un ciel bleu vif où roulent des nuages blanchâtres. La fraîcheur et la bonne conservation de cette peinture tranchent nettement sur la tonalité brune des autres tableaux qui l'avoisinent.
Nous constatons des impressions encore plus nettement champêtres chez un autre artiste contemporain, Cornelis Decker, dont nous relevons en 1643 le nom sur les listes de la Gilde de Harlem et qui, mort dans la misère, fut enterré dans cette ville le 2? mars 1678. On sait qu'il y fut élève de Salomon van Ruysdael et cette filiation se manifeste clairement d'ailleurs dans quelques-unes de ses productions, notamment dans la Halte devant une auberge, datée de 1642, au musée de Berlin. On connaît les motifs chers à ce maître, des maisons déjetées dont le crépi effrité découvre les briques rougeâtres, ou des huttes vermoulues, penchées au-dessus d'un canal et ombragées par quelque sureau en fleurs. La couleur en est un peu monotone et dure, et l'exécution souvent assez lourde; mais les compositions ne manquent pas d'un certain charme de rusticité. Les musées du Louvre, de l'Ermitage, de Bruxelles, de Rotterdam, de Dresde, de Munich et de Francfort contiennent de bons exemplaires du talent de Decker, et un tableau de la collection de Moltke, sans désignation d'auteur, un Puits auprès d'une chaumière, entouré de plantes vigoureuses, nous paraît une étude faite par lui d'après nature.
Si les canaux attiraient' Decker, Guillam Dubois a été le peintre des antiques forets. Il aime les chênes séculaires, aux ramures compliquées, au tronc noueux fortement cramponné au sol par de puissantes racines.
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La Hnc dentelure de leurs feuillages se dessine nettement sur set ciels grisâtres. Des herbes saches tapissent ses terrains et il oppose les tons bleus des horizons aux riches colorations d'arbres jaunis par Tautomne. Tel est le caractère des deux petits tableaux de TErmitage, de ceux des musées de Brunswick, de Manheim, etc. Son nom doit être ajouté à ceux de ses confrères qui curent recours à la collaboration d'Adrien van de Velde, et dans un paysage du musée de Schwerin : une Forêt au bord d'un étangs avec des rochers et de grands arbres d'un vert bleuâtre, c'est au pinceau de ce fécond et habile artiste que sont dus la barque, les personnages et les vaches s'abreuvant au cours de l'eau qui animent cette solitude. Dans un autre tableau appartcnont à M. Habich,à Cassel, les Hgurcs ont été peintes par Van Ostadc. MM. Wcrncr Dahl, à Dusseldorf, et Scmenof, à Saint-Pétersbourg, possèdent également des ivuvres de Dubois sur la vie duquel nous ne sommes que fort peu renseignés, car nous savons seulement quMl Ht, au commencement de 1646, partie de la Gildc de Harlem, et qu'il fut enterré dans cette ville le 7 juillet 1680. Il avait voyagé en Allemagne et l'on voit de lui, au musée de Berlin, une Vallée boisée sur les bords du Rhin.
A ces divers noms nous pourrions joindre encore ceux de Vermcer de Harlem, le peintre des vastes perspectives de la dune ; d'Abraham Verboom doni les œuvres dans les musées de Copenhague, de Bruxelles, d'Amsterdam, de rKrmitage et dans la collection Six, offrent, au talent près, bien des analogies avec celles de Jacob van Ruysdael ; d^ Willem Kool et de Woutcr Knyf signalés tous deux vers 1640 à Harlem et qui iravaillnieni dans la manière de Van Goyen ; de Klacs Molcnaer, de Gillis et de Salomon Rombouts, d'Kmanuel Murant et de bien d'autres encore. Cette énumération déjà assez longue suffît en tout cas ù montrer que même avant Ruysdael, et à plus forte raison avant Hobbema, le paysage agreste et franchement hollandais avait compté de nombreux représentonts. Ces artistes pour la plupart vivaient assez ignorés de leurs contemporains et, d'après la pénurie des documents qui les concernent, nous avons pu constater qu'ils n'avaient pas laissé grande trace dans l'histoire. Quelques noms relevés sur les listes des Gildes de Saint-Luc. et plus souvent, hélas ! sur les listes d'insolvables, c'est là tout ce que les recherches assidues des érudits hollandais ont pu nous apprendre au sujet d'artistes dont le talent est cependant très réel. Mais la vogue n'était point de ce côté et plus qu'eux, les italianisants rencontraient les
préférences des amateurs et plaçaient facilement leurs œuvres à des prix plus élevés. Aussi, comme Ruysdael, leur maître à tous, ont-ils pour la plupart vécu et fini misérablement, mais comme lui aussi ils trouvaient dans un commerce assidu avec la nature un dédommagement à Tindiffcrence du public.
C'est de cette nombreuse phalange que procède Hobbema. Venu après les maîtres dont nous venons de parler, il mérite plus qu'eux d'être tiré de l'oubli, car s'il est inférieur à Ruysdael, il les dépasse tous. Non que les motifs qu'il a traités soient plus variés ou mieux choisis que les leurs ; mais il les a exprimés avec plus de force et avec des moyens plus personnels. Biîrger, qui avait pour Hobbema une prédilection particu' lière, a nettement caractérisé son talent et rendu compte en même temps des transformations qui s'étaient opérées dans le paysage hollandais. « Hobbema, nous dit-il, aime le petit moulin isolé, ombragé par un bouquet d'arbres, le petit étang tranquille, où un pêcheur, assis sur l'herbe, n'est distrait que par les canards qui nagent entre les joncs. C'est celui-là qui adore la campagne pour elle-même et comme elle est faite et qui n'a point l'idée d'abattre un chêne pour planter un tombeau grec ! Dans les autres écoles, les paysagistes dissimulent la nature sous les accessoires hétéroclites qu'ils lui imposent. Avec Hobbema, on est au cœur même de la nature. Il vous fait partager l'impression qu'il en éprouve. Et voilà pourquoi on aime ce peintre quand on aime véritablement la nature. Que nous sommes loin, grands dieux ! de l'école latine, du paysage héroïque, du sublime paysage à la bolonaise, avec la Découverte de la grossesse de Calisto (n° 149 du Louvre) ou avec Hercule tuant Cacus no 496) ! Mais que ces Hollandais sont donc naturalistes et immoraux ! On n'a jamais pu leur faire comprendre qu'en paysage l'idéal et la vertu consistent à dresser sur une éminence un petit temple païen, à déshabiller au premier plan quelques nobles personnages, ou à les draper à l'an- '.ique. » '
L'obscurité dans laquelle le nom d'Hobbema était resté pendant sa vie et si longtemps encore après sa mort avait permis de propager bien des fables sur lui-même, et sur son entourage. C'est ainsi que sans aucun respect pour la chronologie on a continué jusqu'à ces derniers temps à lui donner pour élèves Jan Looten et Van Kessel. En ce qui concerne
I. W. Burger, Trésors d'art exposés à Manchester, en iSSj ; Paris, J. Renouard. ) vol.. in-i2, p. 28Q.
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J. Looten, dont nous reproduisons ici la signature, l'erreur est grossière,
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car non seulement il était l'ainé d'Hobbema, mais il avait six ou sept ans de plus que Ruysdael lui-même. Lors de ses fiançailles, à Amsterdam (où probablement il était né), il se dit en effet âgé de vingt-cinq ans, à la date du 19 septembre 1643. Looten était né, par conséquent, vers 1618, et il mourut en 1681 en Angleterre, où il avait pendant longtemps séjourné. Ainsi que le remarque avec raison M. Bode ', son talent offre de grandes ressemblances avec celui de R. Roghman, et comme lui il se montre très préoccupé du côté décoratif, ainsi que le prouvent ses deux Vues des Alpes au musée de Copenhague, et deux grands paysages également inspirés par les montagnes delà Suisse, dans la collection du comte Craven, à Combe Abbey. Il n'est pas d'ailleurs sans quelque analogie avec Hobbema , surtout dans la couleur généralement olivâtre de ses. végétations, et c'est là, sans doute, ce qui a fait croire qu'il aurait été son élève. Leurs œuvres ont été plus d'une fois confondues. C'est à Looten, en tout cas, qu'il convient de restituer le beau et très important Paysage de Hollande, du musée de Nancy (n» 201), bien qu'il porte la signature d'Hobbema. Avec ses vastes perspectives, cette antique forêt de chênes dont nous donnons ici une reproduction, et qui nous paraît l'ieuvre la plus remarquable de l'artiste, rappelle exactement les données et l'exécution de tableaux authentiques de Looten que possèdent les galeries de Londres, de Berlin, de Rotterdam et de Cassel. Les motifs des paysages de ces deux derniers musées et celui du musée de Nancy ont même été pris à quelques pas de distance les uns des autres et les figures dont ils sont étoffés sont également du même peintre et représentent les mêmes types de personnages et d'animaux : des chasseurs à pied ou à cheval accompagnés de leur meute.
Quant à Van Kessel, né en 1641, à Amsterdam, il était à peu près du même âge qu'Hobbema; il est donc peu probable qu'il ait reçu ses leçons. Peut-être s'étaient-ils rencontrés dans l'atelier de Ruysdael qui a
1. Dilderlese ans kleuieren Gemcelde-Sammhmgen in Deutschland : Die Gemœlde- Sammlnng Wesselhœft.
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exercé sur tous deux une influence manifeste. En tout cas, ils étaient amis et leurs relations devaient longtemps persister. Van Kessel après s'être marié le 17 février 1668, la même année qu'Hobbema, prenait ce dernier comme témoin pour la déclaration de naissance de son second enfant, le i3 février 1675. Mort prématurément — il fut enterré à Amsterdam le 25 décembre 1680 — Van Kessel était déjà en possession de son talent, ainsi qu'on peut s'en convaincre par ses tableaux du Ryksmiiseiim, de la Pinacothèque de Munich et par ses Environs de Harlem du musée Boymans (n° 140), dont les motifs pris non loin du château de Brederode, — on entrevoit ses ruines, — rappellent les motifs pareils de Ruysdael et d'Hobbema. Mais ces analogies, que nous avons déjà relevées chez un grand nombre d'autres artistes, nous paraissent simplement provenir d'une certaine communauté de goûts qui régnait entre eux, et nous serions assez disposé, pour notre part, à croire qu'Hobbema n'a pas eu d'élèves. Le fait, à notre avis, est d'autant plus probable qu'il a presque entièrement cessé de peindre alors que sa renommée naissante aurait pu en attirer près de lui.
Bien des incertitudes, on le voit, régnent encore sur la vie d'Hobbema et il n'est guère probable qu'on arrive maintenant à l'éclairer beaucoup plus. Nous nous étonnerions davantage de la diversité d'appréciation dont ses œuvres ont été l'objet si l'histoire de Tart ne nous fournissait fréquemment l'exemple de fluctuations de ce genre. Avec une entière franchise, nous nous sommes efforcé de juger ses œuvres et d'établir entre elles des distinctions qui nous semblaient nécessaires. Mais si, comparé à Ruysdael, Hobbema, nous l'avons dit, est moins fécond, moins varié, s'il est aussi plus inégal et s'il n'a ni ses coups d'aile, ni cette concision éloquente qui, après avoir choisi les détails pittoresques, les subordonne à un effet déterminé, il a su, du moins, reproduire d'une manière excellente des côtés de la nature hollandaise qu'avait négligés son maître. Plus accessible aux impressions aimables, il ne se sentait pas attiré comme lui par les solitudes de la dune, ni par les tristesses et les fureurs de la mer. Jamais il n'a peint l'hiver, ni la tempête; il s'est complu, au contraire, dans des campagnes riantes et parmi leurs beaux ombrages ci leurs eaux vives, il a pris plaisir à nous montrer, sous un clair soleil, des mcisons, agréablement dispersées dans la plaine et dont les toits rouges émergent de la verdure. Installé sans doute dans quelqu'un de ces moulins qu'il a peints si souvent et partageant pendant la belle saison
.\h' LES ARTISTES CELEBRES
rhumblc existence de ses hôtes, il s'attachait de plus en plus à cette nature gracieuse dont il nous a laissé, en ses meilleurs jours, des images ù la fois fidèles et charmantes. C'est le mérite et la poésie de quelquesunes de ces œuvres de choix qui Tont tiré de la foule de ses rivaux ; c'est par elles qu'il s'est signalé comme un artiste de- race et qu'il occupe à côté, un peu au-dessous de son maître, une place d'élite dans l'école hollandaise. Loin de se nuire mutuellement, Ruysdael et Hobbema se complètent et leurs noms doivent rester unis, car, avec une sincérité égale, ils nous ont montré des aspects différents d'une nature qu'ils aimaient tous deux.
Après Hobbema on ne trouvera plus ni ce talent, ni cette franchise et celte vérité d'impressions. La monotonie qu'on peut reprocher à quelques-uns de ses ouvrages va devenir le défaut de la plupart de ses successeurs. De plus en plus ils réduiront leur ambition et limiteront le champ de leur activité. Dans ces fades compromis où ils s'essaient en vain à marier le style et la nature, ils se borneront désormais à l'exploitation routinière des sujets qui ont chance de plaire aux amateurs. La sève est épuisée et, avec tous ces finisseurs à outrance et ces imitateurs qui se copient incessamment les uns les autres, l'école hollandaise, ayant perdu sa force et son originalité, est sur le point de disparaître. Venu à son déclin, Hobbema est le dernier de ses grands paysagistes,
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(le n'est >.]uc vie notre iciiip* i|u'il s'c»t fait un )>eu de lumière sur ia pcr«onoe et les œuvres d'ilubbeina. N'uus uvons dit que sun nom ne te trouve m£me pa» c'né par Moubraken. Dcpcrihes le mentionne dans &on Histoire du Paysage, mais évidemment sans le connaître; Kiorillo et Kûsaly se bornent k enregistrer lur lui qoelquec indications crrone'es et Ch. Blanc lu!-m<imc, tout en insistant sur le mérite de ses pro« ductions, n'a pu, dans son Histoire des Peintres, recueillir sur son compte que les légendes qui à ce nionicnt encore éiuient accrcditvcs. A l'en croire, Hobbema aurait été bourgmestre de Middelbourg et il n'aurait peint que f>our son plaisir, en amateur, détruisant ceux de ses tableaux dont il n'était pas satisfait. Waagen, sans éclaircir la biographie du peintre, avait du moins signalé k l'attention de la critique et des ama» teurs les nombreux paysages de lui qui se trouvent dans les collections privées de lAngleterrc : Kiinstiverke iind fCilnsiler in Kngland. 'T. I, p. 196.) Lors de l'Exposition de Manchester en iBSy, Hobbema était devenu fort en vogue et huit Je ses tableaux, dont quatre ou cinq de premiet ordre, figuraient k cette Exposition. Bûrger dans ses Trésors d'Art (Paris, 1837; p. 38(j) en donna la description et vanta chaleureusement le talent de l'artiste auquel il consacra aussi, par la suitci plusieurs pages dans Scsi Musées de Hollande. Mais c'est aux heureuses recherches de M. Scheltcma que nous devons les premières informations positives sur Hobbema. Elles parurent dans un recueil périodique hollandais: Amstels Oudheid (i863, p. ô3), et Bûrger toujours au courant des travaux des crudits néerlandais publia, en y ajoutant ses propres observations, la traduction de l'étude du savant archiviste d'Amsterdam : Hobbtma, par le D' Scheltema, traduit par M. Ch. de Brou et annoté par W. Bûrger; extrait de la Galette des Beaux- Arts (18Ô4).
Depuis cette époque, les découvertes de M.M. de Roever et Bredius. auxquels la critique contemporaine estdéjù si redevable, ont successivement ajouté (Ow^ Holland, 1. 1, p. 81; t. III, p. i3i) quelquci renseignements précieux sur une existence rcstéCi malgré tout, assez obscure. Après M. A. von Wûrzbach qui dans son travail sur les paysagistes hollandais du xvii* siècle, avait consacré une intéressante notice i Hob> bema [Kunst und Kdnstler, 17* et 18* livraisons, p. 3o) Leipxig, Seemanu, 1S76), nous avions essayé de réunir dans l'Art (i3 juin et 1" juillet 1SS6) tout ce que l'on savait sur le maitre et de caractériser son talent.
C'est cette étude que nous complétons aujourd'hui par l'appréciation de tableaux assez nombreux que nous avons pu voir depuis lors et par l'addition de quelques ilocumenis nouveaux dus encore à l'infatigable M. Bredius {Oud Hotland, VI, p. it) Cl qui contirmenl l'opinion gcnér.ilemcnt admise qu"Hobbcn>.i n éré Iclcvc Ac J.icob van Ruysdaei.
Signalons entiii, en terminant, ki pages substantielles et assez rcccmcs consacrées au Célèbre paysagiste par M. Karl Woermann dans une des dernières livrai»
sons de son excellente histoire de la peinture, aujourd'hui termine'e : Geschichte Jer Malerei. (T. III, p. 732-756. 1888.)
Smith, dans son Catalogue raisonné {Vl, p. 109; i835)"et dans son Supplément (1342), arrive à un total de i56 tableaux pour l'œuvre complet d'Hobbema. Ainsi que nous l'avons dit, nous croyons que ce total, un peu grossi, ne peut être accepté que sous toutes réserves. Au moment où Smith a rédigé son Catalogue, Hobbcma commençait à être à la mode; mais il était encore fort mal connu, et bon nombre de paysages auxquels des marchands ou des amateurs peu scrupuleux avaient ajouté sa signature lui étaient alors faussement attribués. Bien que le maître ait été assez fécond dans sa jeunesse et qu'il ait vécu soixante et onze ans, ce total ne laisse pas, en effet, de paraître assez élevé quand on songe qu'à partir de 1668, c'est-à-dire à rage de trente ans, il n'a pres,]ue plus produit, absorbé qu'il était par ses fonctions municipales.
Nous avons indiqué, au cpurs de notre étude les œuvres les plus importantes ou les plus caractéristiques peintes par Hobbema; nous croyons utile de compléter cette liste par l'appréciation sommaire des autres tableaux de l'artiste que nous avons pu voir dans les diverses collections publiques ou privées de l'Europe, appréciations extraites de notes prises en face de ces tableaux eux-mêmes.
La France est relativement assez pauvre en p>eintures du maître ; mais si le Louvre n'est pas des plus richement pourvus, il possède du moins un de ses chefs-d'œuvre, le Moulin à eau entré dans notre musée en 1861 et qui provient de la collection du baron de Mecklembourg.
A Paris : chez M. le baron Alphonse de Rothschild, nous trouvons un des paysages les plus importants d'Hobbema et qui appartenait autrefois à M""^ la baronne James: les Moulins à eau, d'une excellente conservation et d'une belle facture. C'est une répétition, en largeur, de la donnée du Louvre, avec les arbres du premier plan et des fonds pareils; mais la vanne avec la chute d'eau est vue de face; ciel lumineux, gris avec des nuages bleuâtres. Les personnages, par Wouvermann, excellents : un chasseur avec un costume rouge vermillon, et, dans le chemin adroite, des bestiaux et un pâtre.
Chez M"" la baronne Nathaniel, un autre : Paysage de la Gueldre, très important aussi et qui a figuré à l'Exposition au profit des Inondés organisée en 1887 à l'Ecole des Beaux-Arts.
Chez M. Secrétan, encore le motif bien connu: Moulins à eau, avec de grands arbres, d'une bonne conservation ; la couleur est gaie et brillante, mais les terrains semblent assez mal assis, un peu incohérents. Un autre paysage, de qualité plus haute, une Forêt, avec une mare au premier plan et des personnages spirituellement indiqués par A. van de Velde.
Chez M. R. Kann, outre deux autres petits paysages d'Hobbema, se faisant pendants, des Chautnières sous de grands arbres, revêtues de ces planches grisâtres qui s'harmonisent si heureusement avec le ton rouge des briques, et, au centre, le clocher d'une église à demi cachée dans un massif de verdure; ciel léger, très pur et délicatement modelé.
Rien dans nos musées de province, sauf le paysage du musée de Grenoble, acheté 5,000 francs en i838 et provenant de la collection de La Hante : une Chaumière sous des chênes, avec une mare et un chemin entrecoupé de flaques d'eau, signé et daté lôSg, un des motifs favoris de l'artiste; mais d'une couleur froide et d'une facture un peu rude.
En Belgique, au musée de Bruxelles, un grand paysage (n° 294), signé et daté i663
MEYNDKRT HO» H KM A 40
et porte au ctituloRuc, nout ne Mvon» trop pour quel motif, «oui le ti.re le Bois de Harlem; tableau trc» travaille, mai* il'unc ev^culion petite, ifgale, gauche ; J'uoe couleur brune, monochrome, «an» dclai ni relief. Le* pertonnaget et le* animaux, d'une facture enfantine, Hcmbicnt avoir éxi ajouté! après coup dant ce tableau qui a beaucoup souiVort. I)nn» la collection de S. M. le roi de* ficige» : Chaumièret tout des ehint», une lies œuvres les plu» remarquable» d'Ilobbema, le digne pendant de notre Moulin du Louvre; un petit tableau «ombre et a»fte< iii«$diocre che< le duc d'Arcmberg. %\ tant est qu'il soit vraiment du maitre.
En Hollande: il Amsterdam au Ryktmu»e%i%H : deux exemplaire», presque identiques, des Moulins à eau; l'un d'eux (n* .Sofi) d'une facture franche, facile, un peu expcditive, avec lics arbres grix-bleuAtre» assez, empiètes et les eaux rendues, au contraire, par un frottis léger couvrant k peine le panneau ; l'autre, faisant partie de In collection Van dcr lloop (n* 307), d'une coloration moin» froide et d'une éxecution un peu plus poussdc ; un troisiètne (n* 5oR), «également de la collection Van dcr Hoop, le Paysage avec des chaumières et une nappe d'eau sur le devant, d'une tonalité puissante et d'un travail plus simple, assez semblable à un Thc'odore Rousseau.
Chez M. Six, Village sous des chênes aux branchages compliqués, motif pittoresque mais d'une éxecution un peu mince, colorations monotones.
Au musée Boymans, à Rotterdam, un Paysage (n* 1 18) morcelé, découpé, »an» relief; l'autre (n* 117), un Paysage boisé, plus important, mieux conservé : un de ce» coins sauvages tels que les aimait Hobbema, mais encombré de détails et un peu pénible de facture, avec des personnages trcs gauchement indiqué».
La Satioiial Gallery de Londres ne possède pas moins de sept tableaux d'Hobbcm^; les plus remarquables proviennent de la collection de Sir Robert Pcel. Nous avons vlcjii cité les Ruines de lircderode (n*83i), daté de 1C67, et t Avenue de Middelhamis 11* 83o). Le Village avec moulin à eau (n* 833) nous oITre de nouveau le motif du tableau du Louvre, avec l'écluse, la jetée, le pont, mais pris en largeur. Les deux ouvrages sont probablement de la même époque, car l'exécution présente beaucoup d'analogies et l'aspect est très puissant. Dans Vlntcneur de/orèt (n* 833}, la silhouette des chOnes est très finement étudiée dans sa fine dentelure; mais les petits saules qui bordent la mare semblent bien grOlcs et les personnages dégingandés sont plus que médiocres. Lu Paysage par un temps pluvieux (n* 685) est insignifiant. Quant k la Lisière de foret {n* oo5), c'est le tableau que nous avons reproduit (page 5). La composition en est agréable ; la peinture qui a souflcrt semble un peu décolorée. \ .c Château fort sur un rocher {n* utyi rappelle la disposition de plusieurs tableaux vie Jacob van Ruysdacl; mais ce paysage un peu lourd et sombre, avec la cascade très gauchement indiquée, ne nous parait pas d'une authenticité incontestable.
.\ nuIwich-Cotlcgc (n* i3i), un de ses nombreux Moulins à eau dans les boi«t
bien que la signature nous semble assez suspecte, les colorations sont plu* franches
et plus harmonieuses que dans la plupart des motifs analogues. Le iiui^ce d'Kdim-
bourg possède deux tableaux d'Hobbema : un Paysage boisé {u une fort*/
n* 3oi) avec une rivière au premier plan.
Mais, en dehors des musées, les collections privées de l'Angleterre rcnfemtent un grand nombre d'icuvres d'Hobbema et BOrger estime qu'environ ' ■■ lèses pro-
ductions se trouve chez nos voisins. Nous citerons entre autres: à !• un-Palace,
dans la collection de S. M. la reine d'.Vngleterrc, deux exemplaires des A/oif/iifi<i ^vw: l'un, daté de i66t, un peu dur d'aspect, ciel lourd; l'autre, où l'qn retrouve exactement le massif d'arbres de notre tableau du Louvre. Chei Sir Richard Wallace, il n'v
nOt.LANDB. — PRIKTRBS. MKTKOiaT HOB»K«A. — 4
5o LES ARTISTES CELEBRES
a pas moins de quatre Hobbema; i° grand Paysage avec une suite de maisons à demi cache'es dans la verdure, au bord d'un cours d'eau; ciel bleu et nuages blanchâtres. C'est le motif traité souvent par l'artiste. De'tails nombreux, très précis, mais non sans quelque sécheresse. 2° La Ruine de Brederode, prise d'un autre point que celle de la National Gallery, à droite, un grand bouquet d'arbres et l'entrée d'une forêt avec des perspectives lointaines, flaques d'eau, ciel gris et nuages blancs. 3° Un Moulin à eau, avec la chute sur la meule; beau ciel blanchâtre et bleu pâle; groupe d'arbres à la silhouette très découpée; même motif et même effet que le tableau du Louvre. Personnages très sommairement indiqués. 4° Chemin dans une forêt. Ce chemin est interrompu par un ruisseau que traversent à gué un homme et une femme. Bonne conservation, mais intonations dures, touche monotone et un peu appuyée.
Chez M. Holford (Dorchester-House), une des meilleures œuvres de l'artiste. C'est le tableau célèbre sous le nom de Cobbe-Hobbema, parce qu'il provient de la famille Cobbe de Dublin et nous en reproduisons ici la signature et la date :
Tp^ éà-nhc-rir j rwobcTrt a^j
Une Forêt avec de grands arbres dont quelques-uns sont ployés par le vent, et au centre une marc dont l'eau arrive jusqu'au premier plan; ciel bleu et nuages blancs, terrains d'un gris jaunâtre, couverts d'herbes sèches. Près d'un chemin qui s'engage sous bois, une chaumière à demi cachée par les arbres et, à droite, un talus en haut duquel passe une route. Les personnages assez maladroitement indiqués sont probablement du peintre lui-même; mais l'aspect est très puissant, très harmonieux.
A Grosvenor-House, chez le duc de Westminster, deux pendants : une Route traversant un village, avec des figures de Lingelbach; ciel gris, lourd et triste, daté i665; l'autre représente à peu près le môme motif, mais l'exécution en est un peu plus dure. Un troisième daté 1668 : un Village.
Chez le marquis de Bute : un Chemin sous de grands arbres, signé au centre, un grand chêne très vigoureux d'intonation ; ciel léger. Figures de Storck.
D'autres encore chez lady Dudley, chez le marquis de Lansdowne, chez le duc de Bedford, etc.
Les musées d'Allemagne ne sont pas très riches en œuvres d'Hobbema. A Berlin, le Paysage boisé (n° 886) dont nous donnons en fac-similé la signature:
nous offre une forêt de chênes avec des saules et une mare; au loin, un village dont on aperçoit le clocher. Au premier plan, à droite, à l'ombre d'un arbre, un artiste est occupé à dessiner. La composition a du charme, on y retrouve cependant les lourdeurs d'exécution dans lesquelles le maître est trop souvent tombé. A la Pinacothèque de Munich, les Chaumières sous des chênes (n" 570), avec une route traversant une mare placée au premier plan, ressemblent à un motif de Ruysdael; l'exécution est un peu
MEYNDERT HOBBEMA 5i
ftupcrticielle, mai» la peinture est d'une belle tenue et la aignaiure nou* parait auihen» tique. — Dca deux tablcuux du Stocdelt-Intlilut de Franclort catalogua* Hobbema, Vf'ntne de forêt (n* a9«>) mérite «cule cette dé»ignaiton; encore la »ignature cM>elle fausse et l'exécution plu* qu'ordinaire. — Au mutée de Dreade, l'attribution i Hobhcma du Chemin sous tes arbres (n* i6«>5) e»t contestée et noua le comprenon*. car la facture est aMct sommaire et la préparation rouatc restée partout viaibic ne rappelle ^uùrc la tonalité habituelle du maiirc. M. le D' Schubart-Cxermats poMcde à Dresde un llobbcina assez important, signé au premier plan : c'est toujours son même motif des Moulins à eau avec de* palissades, des ponts; ciel bleu i nuagea blancs; exécution un peu siche. — Enfin M. von Carsianjen, à Berlin, et M. le onsul général Webcr, à Hambourg, possèdent aussi des paysages du peintre.
.\ l'Krmitaj^e de Saint-Pétersbourg: un liais traversé par une route (n* i ija*. a\cc un village et d'assez nombreux personnage» :"» pied on h cheval, c^t «igné et date i«'-'i3; exécution ordinaire.
.\u musée de Stockholm, la si(;n.ituic .... f ...^...;;..; .> .. .j ,. ...Ai» parait fausse et M. Bode croit que le tableau est d'Isaac van Ruysdael. La peinture, qui a souflicrt, otVrc assez d'analogies avec l'exécution d'Hobbema; elle a peut-être un peu plus d'ampleur, mais, vu sa mauvaise conservation, il nous parait difficile de se prononcer à cet égard. Un autre tableau (n* 1 173) porte également la fausse signature d'Hobbema et n'est certainement pas de lui : c'est un terrain crayeux, fortement empAtê, avec des arbres d'une facture tris large et un ciel grassement peint; Paspect rappelle celui du paysage de la galerie de Cassel, attribué à Jacob van Ruysdael Salomonsx.
Entin, à Copenhague, nous avons vu dans la collection de .Moltke : une Forêt et des Chaumières, deux tableaux authentiques, mais de qualité moyenne.
La liste qui précède, bien qu'incomplète, suffit amplement à démontrer qullobbema s'est bien' souvent répété et que les motif* de ses tableaux, ainsi que noua l'avons dit, sont très peu variés. L'oubli dans lequel l'artiste est demeuré pendant si longtemps explique d'ailleurs que, jusqu'au milieu du xvi* siècle, ses œuvres ont été très peu gravées. Encore, celles qui ont été reproduites plus tard par J. Brown, Harlom, J. Mason, Vivarès, M. Prestcl, etc., ne sont-elles pas toujours de lui. De notre temps, les photographies ont contribué k faire mieux connaître les paysagea d'Hobbema et, récemment, le Moulin du I..ouvrc a été gravé k l'eau-forte par deux artistes de talent : M. Milius pour la Chalcographie (18S4) et .M. Delauney pour MM. Goupil et Cv
Jusque vers 1840 les prix des tableaux d'Hobbema étaient restés assez peu élevés. En 1797, le Village de la collection de Bridge-water avait été acheté t.ooo florins à Amsterdam, et en iHii le Moulin à eau de la vente Saint-Victor était payé a,8io francs. Mais, à partir de cette époque, ces prix ont rapidement renchéri. L'Avenue de MiddeUianiis, qui avait été payée 1,000 Horins k Dordrecht en 181 5, fut revendue bientôt après 800 £ en .-Vnglctcrre. Un grand nombre de paysages d'Hobbema ont passé par les mains d'un des marchands de tableaux lea plua connut de notre tempa : M. NicuNvcnhuis. C'est lui qui avait acquis de Sir Robert Peel pour 880 £ leal^MiiMV de Brederode qu'il a cédées k la Sational Gallery. C'est encore lui qui a vendu en i85o au Louvre, pour 18,000 francs, la petite Forêt de notre musée, et en 1874, pour 60,000 francs, le soi-disant Bois de Harlem au musée de Bruxelles.
En 1845, k la vente du cardinal Fesch, l'Entrée de hoiSf qui appartient aujourd'hui
à Sir Richard Wallacc, fut poussée à 43,o5o francs; le tableau de M. Holford, provenant de la famille Cobbc, de Dublin, a e'té payé 3,ooo £. Enfin, VEntrée d'un bois, qui à la vente Perregaux avait atteint 23,ooo francs, devint la propriété de M. de Mornv moyennant une somme de g5,5oo francs.
Les prix des bons tableaux d'Hobbema se sont maintenus très haut. Un seul de ces paysages qu'il s'estimait heureux de vendre pour quelques florins dépasserait le chiffre de tous les gains qu'il a pu faire pendant sa vie, et Tensemble des œuvres de cet artiste pendant si longtemps ignoré, qui n'a produit que durant une période relativement assez courte de son existence et qui mourut dans la misère, représentait déjà, au dire de Bûrger et au moment où il écrivait, une valeur totale de quatre ou cinq millions.
TABl.K ni:s (iKAVUKKS
Les (Ihaumiùrcs, paysage de Mcyndcrt Hobbemu
L'Avenue de Middclharnisi, tableau de Meyndert ilubbcuu. ,.Vj/<UiU/ Ualicrjde Londres) :
Le Moulin en Gueldre, tableau de Meyndert Hubbema. (Gai'.
princesse DcmidolV de Sun Donato
Le Moulin ù eau, tableau de Meyndert Hubbema. (Muscc du Louvre).
La Ruine de Brcderode, près de Harlem (iMat actuel), dessin d'itmile Michel . ^^
Ruines du château de Bredercjde, tableau de Meyndert Hobbcma. 'Salinnal (ialU'ry de Londres.)
La Mare, paysage de Meyndert Hobbcma
La Forât, tableau de Meyndert Habbeina. (Musée du Louvre
Paysage de !Iollande, par Jan Looten. (Musée de Nancy.) |i
Le Moulin à eau, tableau de Meyndert llobbenui, ayant fait partie de la collection de M. le duc de Morny ;
La Mai.son de canipagnc, d'après le tableau de Mcvndcrt Hobbcma. Anciemic collection San Donato.'
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