Eugène Fromentin, les Maîtres d'autrefois
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rcsquc. Ainsi, duns le Moulin, on peut affirmer que rartiste n'a pascopitî la nature telle qu'elle se présentait à lui. Les arbres placés sur le devant ne nous apparaîtraient tout entiers, oinsi qu'il nous les a montrés, et mémo domines par le ciel, qu'en les supposant ù un plan déjà assez éloigné pour que le regard pût les embrasser complètement. Mais l'artiste a jugé qu'en les disposant de façon h encadrer le motif qui Pavait tenté, il lui donnerait plus de piquant et d'imprévu. De même, ilans le Château de Brederodey — et le croquis joint à cet article, quand on le compare au tableau, nous renseigne d'une manière précise sur ses habitudes de composition, — la ruine, l'avenue qui y mène, les prairies et l'eau qui l'entourent, les dunes qu'on entrevoit à l'horizon et le massif d'arbres qui occupe la gauche du paysage, tout cela existe, en effet, dans la nature, mais moins concentré, plus disperse dans la campagne. En rassemblant, en condensant pour ainsi dire tous les traits saillants de ce motif, Hobbema se proposait sans doute de donner au spectateur une idée aussi complète que possible de ce site et de raviver chez ceux qui le connaissaient tous les souvenirs qu'ils avaient pu en emporter.
Pourquoi l'artiste capable de peindre l'Avenue de Middelharnis ou le Moulin a-t-il produit tant d'autres œuvres, non pos seulement inférieures, — les plus grands eux-mêmes ne renouvellent pas ù leur gré pareilles réussites, — mais plus que médiocres, banales même, et tout à fait insignifiantes? On ne saurait le dire, et Ton reste confondu de l'inégalité de ces œuvres quand on compare au Moulin l'autre paysage du Louvre, cette Entrée de forêt qui, sans être un de ses pires ouvrages, nous montre une telle lourdeur, une telle monotonie de touche, ces tons opaques et ternes, ces formes gauches et molles.
Nous indiquerons plus loin les galeries et les collections de rEuropc où se trouvent les principaux tableaux du maître. Quant à ses dessins, assez rares d'ailleurs, ils sont loin d'offrir la variété et l'iniérci de ceux de Ruysdael. Le Louvre n'en possède qu'un seul, un lavis ù l'encre de Chine, représentant un moulin ; encore est-il attribué à Ruysdael, mais le motif, et surtout la facture, démentent cette attribution. Au cabinet de Berlin, au British Muséum et au musée Teylcr, nous trouvons quelques simples croquis, le plus souvent encore d'après ces Moulins à eau, que le peintre a si souvent reproduits, croquis esquissés à la pierre noire et parfois rehaussés d'un peu de lavis.
S"il n'était guère en faveur auprès du public, Hobbema fut certainement plus apprécié par les artistes de son temps. En dépit du silence de Houbraken, le nombre et le talent des divers collaborateurs qu'on lui assigne suffisent à le prouver. Ses paysages, à en croire M. de Wûrzbach, auraient été étoffes de figures ou d'animaux par Nicolas Berghem, Ad. van de Velde, Lingelbach, Helt Stockade, Barent Gaël, Helmbrecker, Ph. Wouwerman, Ab. Storck, J. Vermeer de Delft, Is. van Ostade et Pynacker. Cette liste, nous l'avouons, nous paraît un peu longue et grossie à plaisir, nous ne savons trop d'après quelles indications. Sauf dans certains paysages, comme le Moulin et l'Avenue de Middelharnis, par exemple, les figures des tableaux d'Hobbema sont, en général, peu importantes et assez gauches. Sans parler du grand paysage du musée de Bruxelles, dans lequel ces figures (qui nous paraissent avoir été ajoutées après coup) sont d'une facture maladroite et comme enfantine, les personnages, dans la plupart des ouvrages de l'artiste, sont tellement insignifiants ou médiocres, que nous ne voyons pas quel avantage Hobbema aurait eu à en confier l'exécution à des mains aussi inexpérimentées. Jusqu'à preuve du contraire nous croyons que, le plus souvent, c'est luimême qui les a peints, et nous ajouterons qu'ils ne lui font pas grand honneur.