CHAPITRE IV La concentration de Tarmée française
Ordres donnés par Moreau dans la soirée du 10 frimaire pour la concen tralion à Hohenlinden. — Instructions expédiées à Colaud pour hâter sa marche. — Mouvements de l'aile gauche. — Marches rétrogrades des divisions du Centre. — Ordres envoyés à Lecourbe. — L'archiduc Jean, grisé par le succès d'Ampfing, se méprend sur le but des mouvements de l'armée du Rhin. — Il croit Moreau en pleine retraite sur l'Isar. — Ses instructions pour le 2 décembre. — Opérations des Austro-Bavarois dans cette journée. — Erreur persistante de l'archiduc Jean. — Il projette, pour le 3 décembre, la réunion générale de ses forces à Anzing.
Revenu dans la soirée du 10 frimaire à son quartier général à Haag, Moreau donna aussitôt des ordres pour la concentration de l'armée sur Hohenlinden.
a Les projets de Fennemi étaient maintenant développés. La route de Wasserburg, qu'il avait pour ainsi dire abandonnée ; son armée réunie, marchant par la route de Mûhldorf et la vallée d'Isen; un corps de 6.000 hommes qui se dirigeait sur Landshut par Freising; le corps du général Klenau, qui avait passé le Danube sur Ratisbonne pour se joindre au corps de Landshut, tout annonçait que Tennemi voulait faire efïort sur notre gauche, en même temps qu'un corps assez considérable se porterait sur la chaussée d'Augsburg pour nous couper cette retraite et nous rejeter au pied des montagnes, sur la route de Munich à Landsberg, où le corps du ïyrol, qui se trouvait sur nos flancs, devait, à son tour, inquiéter notre mouvement rétrograde.
» Tel était le plan gigantesque adopté par l'ennemi ; mais les mouvements trop grands et trop étendus qu'il entraînait en rendaient nécessairement l'exécution très lente, et le général en chef avait tout le temps de réunir la plus grande partie de
ses forces pour écraser la droite de l'ennemi avant que la gaiiche eût pu l'aborder ^ )).
Dans la matinée du 10 frimaire, et avant de connaître l'attaque des Autrichiens à Ampfing, Colaud, commandant une des divisions du corps du Bas-Rhin, avait été invité a presser sa marche sur Landshut. Il devait se faire précéder par deux régiments de cavalerie et deux pièces d'artillerie légère qui se porteraient sur cette ville « à marches forcées » et y relèveraient le détachement de la division Legrand rappelé à Dorfen -. Apprenant que ce détachement avait été obligé de se replier, Moreau prescrivit à Golaud d'envoyer . des partis sur Landshut, Moosburg et Freising, pour savoir où il pourrait franchir l'Isar. « Il est absolument nécessaire, ajoutait le général en chef, que vous arriviez à force de marches et que vous passiez cette rivière^ )). Ces recommandations répondaient à la double nécessité de couvrir la gauche de l'armée et de n'être pas coupé du corps du Bas- Rhin, éventualité que faisaient craindre les mouvements de l'ennemi sur Moosburg et Freising.
Dans la soirée, à l'issue du combat d'Ampfmg, de nouvelles instructions, plus pressantes encore, furent expédiées à Golaud. « Il faut absolument, lui écrivait Dessolle, que votre division arrive le 12 à Erding, dussiez-vous laisser la moitié de vos troupes en arrière si elles étaient trop fatiguées pour vous suivre. Le général en chef l'exige^ ». Golaud devait ramener avec lui le détachement du chef de brigade Durosnel qui, après avoir rompu le pont de Landshut, s'était replié vers Mainburg. Il lui était prescrit de couper les ponts de l'Amper, afin de ne pas être inquiété sur ses derrières
1. Rapport de Dessolle du 7 au 12 frimaire. . 2. Moreau à Golaud, Haag, 10 frimaire; Moreau au général command? troupes de la division Legrand laissées devant Landshut, Haag, 10 frimaire.