Rapport de Dessolle du 12 au 18 frimaire
sage du prince de Condé l'avisant que les Français attaquaient sur toute sa ligne. Riesch ordonna à la division Gyulai de se porter immédiatement à Prutting et la fît suivre par celle du comte Merveldt*. De sa personne, il se rendit aussitôt à Rosenheim. En route, il apprit, par un officier du prince de Condé, que les Français avaient forcé le passage vers Neubeuern dès 5 h. 1/2 du matin et avaient transporté, en peu de temps, au moyen de barques et de radeaux, trois demi-brigades sur la rive droite. Au moment où il arrivait à Prutting, il apprit que les Français s'étaient déjà avancés de Neubeuern jusqu'à Rohrdorf et Lauterbach. Il prescrivit en conséquence à Gyulai de se diriger sur Riedering et lui-même, continua sur Rosenheim. Déjà les Condéens avaient abandonné les bords de Tlnn, et les Français commençaient à jeter des détachements sur la rive droite. Riesch invita le prince de Condé à reprendre l'offensive et, se plaçant lui-même à la tête d'un bataillon, il réussit à refouler l'ennemi en lui faisant une trentaine de prisonniers'^.
Sur ces entrefaites, la division Montrichard avait poursuivi son mouvement de Neubeuern vers le nord-est, à travers un terrain accidenté et semé de bouquets de bois. Le général Schiner, avec deux bataillons de la 84®, chemina dans la vallée, tandis que le général Roussel, avec la 109®, suivait les premières hauteurs, par Lauterbach et Gôgging. Tous deux pressaient leur marche le plus possible, afin d'atteindre au plus tôt la route de Rosenheim à Salzburg et de faire tomber la défense du pont, qu'on espérait trouver encore intact. Déjà Roussel atteignait Riedering, lorsque la division Gyulai, très
1. Rapport de Riesch, Grehausen, 12 décembre (K. K. Archiv, XII, 188). — Le rapport de Riesch est contradictoire sur ce point avec YOEstreichische militariche Zeitschrift (1836, t. IV, p. 200); d'après ce dernier, Riesch serait resté immobile avec la division Merveldt à Hartmansberg.
2. Rapport de Riesch, Grehausen, 12 décembre (K. K. Archiv, XII, 188).
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supérieure en nombre, le repoussa par une énergique contreattaque. Montrichard intervint alors avec ses réserves et obligea les Autrichiens à rétrograder. A son tour, Gyulai jeta dans le combat deux bataillons Kaunitz, qui venaient de lui arriver et qui arrêtèrent les Français. Ceux-ci, privés de leur artillerie et de leur cavalerie, dont les mauvais chemins avaient retardé la marche, commençaient à plier sous le nombre, quand deux pièces de canon arrivèrent enfin avec un bataillon de la 36®. Roussel, à la tète de la 109% fait alors attaquer l'ennemi à la baïonnette ; (( de tous côtés, l'on bat la charge » ; les Autrichiens sont repoussés et chassés de tous les bois qu'ils avaient « farcis d'infanterie* )).
Gyulai prit ensuite une forte position, la droite appuyée à rinn, la gauche à Sims-See, le front couvert par un ruisseau qui se jette au lac à travers une plaine marécageuse. Le général Schiner, progressant à son tour avec la 84®, menaça le flanc droit de l'ennemi que la 109® et le 9® hussards abordaient de front. A la nuit, les Autrichiens se mirent définitivement en retraite sur Endorf, Seebruck, sans que la brigade Puthod, de la division Gudin, retardée par de mauvais chemins, pût s'y opposer 2. Ils avaient perdu environ 600 tués, blessés ou prisonniers. Riesch avait eu trois canons démontés ; le prince de Condé en avait aussi perdu deux à Rosenheim. Les pertes de la division Montrichard n'étaient que de 110 hommes tués, blessés ou prisonniers^. Lecourbe signalait comme s'étant particulièrement distingués dans cette journée : les généraux Montrichard et Lemaire; le chef de bataillon Galbois; les
1. Lecourbe à Moreau, Mondsee, 26 frimaire; Rapport de Riesch, déjà cité.
2. Voir page 280. — Sur l'ordre de Lecourbe, Gudin avait laissé le 3* bataillon de la 36* en réserve de la division Montrichard sur les hauteurs de Lauterbach. Ce bataillon rejoignit la division Gudin dans la soirée (Bulletin historique de la division Gudin).
3. Lecourbe à Moreau, Mondsee, 26 frimaire; Rapport de Riesch, déjà cité ; Bulletin historique de la division Montrichard.
capitaines de pontonniers Nègre et Henry; le lieutenant Schmidt; Porson, chef d'état-major de l'aile droite; Noisel, Foulon, Vadeleux, aides de camp de Lecourbe, et les officiers d'état-major Ghappe, Latour, Laroche, Salomon^
Riesch proposa à Merveldt et à Gyulai de tenter une attaque de nuit : cette proposition parut inacceptable, car il était déjà presque impossible de maintenir une certaine cohésion parmi les troupes pendant le jour. Celles-ci, depuis cinq journées, manquaient de pain, et la cavalerie, de fourrage. L'infanterie était complètement épuisée et incapable de repousser un ennemi supérieur en nombre. Riesch, après avoir consulté Merveldt et Gyulai, décida de se retirer à Seebruck, derrière FAlz, car son flanc gauche était absolument découvert, et l'ennemi aurait pu facilement, en passant par la montagne ou bien par iVschau et Traunstein, arriver avant lui sur la route de Salzburg et la lui couper.
Riesch rendit immédiatement compte à Farchiduc Jean de sa retraite sur Seebruck, et il en avertit le feld-maréchallieutenant Hiller, le général Chasteler et le feld-maréchallieutenant Baillet.
A 10 heures du soir, il était à Hartmansberg, acheminant sa colonne vers Seebruck-; à 11 h, 1/2 il adressa son rapport à Farchiduc Jean. Il déplorait les conséquences qu'allait entraîner la perte du cours de FInn qu'il avait tout fait pour conserver ; le plus lamentable, ajoutait-il, était l'impossibilité de demander quoi que ce fût à Finfanterie épuisée par toutes sortes de privations et de souffrances, et elle était la seule des armes dont il eût pu attendre des services utiles sur le terrain où il se trouvait. C'est pour cette raison qu'il avait dû renoncer à l'attaque de nuit.