CHAPITRE IX
Combat de Kremsmûnster.
Projet de concentration de l'armée autrichienne vers Steinerkirchen. — Le combat de Lambach oblige l'archiduc Charles à y renoncer. — Démoralisation croissante de l'armée autrichienne. — Marche de Lecourbe sur Kremsmûnster, le 29 frimaire. — Combats aux abords de cette ville et dans les rues. — La 109* demi-brigade. — Mouvements de Richepance, de Grouchy et de d'HautpouI. — Decaen force le passage de la Traun à Wels. — La division Legrand, de l'aile gauche, atteint cette ville. — Pourparlers engagés par l'archiduc Charles. — Moreau préfère accepter ses propositions que de marcher sur Vienne. — Suspension d'armes de quarante-huit heures. — L'archiduc Charles cherche avant tout à gagner du temps.
L'archiduc Charles avait eu Tintention, dans la journée du 19 décembre, de concentrer l'armée autrichienne sur le plateau à Test de Steinerkirchen, entre la croisée des routes où se trouve l'auberge zur Linde et les pentes qui dominent la vallée de la Traun vers Radhof. Le prince Schwarzenberg prendrait le commandement de l'arrière-garde, dont les troupes seraient réparties entre les généraux de brigade Meczery etEsterhazy. Les divisions devaient faire rétrograder leur artillerie et leurs convois à Test de Kremsmûnster *.
L'attaque impétueuse de Richepance à Lambach et la déroute qui en fut la conséquence empêchèrent l'exécution de ces prescriptions. L'arrière-garde fut en partie détruite; les débris fuyaient soit vers Wimsbach, soit vers Wels « dans une confusion générale »; les conducteurs des voitures coupaient les traits et emmenaient leurs chevaux à toute allure ; « tout galopait ou courait à travers champs ^ ». De son côté, Baillet n'acheva de passer la Traun que le 19 k
1. Dispositions prescrites par l'archiduc Charles, Steinerkirchen, 19 décembre (K. K. Archiv, XII, 372).
2. Schwarzenberg à l'archiduc Charles, Steinerkirchen, 19 décembre {Ihid.^ XII, 373).
5 heures du matin ; hommes et chevaux étaient épuisés, et les difficultés du terrain furent telles que la réserve d'artillerie ne put faire plus de 3 kilomètres de 11 heures du soir à 7 heures du matin. Baillet fut obligé de la diriger de Vorchdorf par Ried, pour gagner l'auberge zur Linde par des chemins praticables *. Schwarzenberg mandait à Farchiduc Charles que « le découragement des troupes était à son comble et, qu'à la première affaire malheureuse, une débandade générale était inévitable 2 ».
Dans ces conditions, l'archiduc Charles renonça à tenir sur le plateau à l'est de Steinerkirchen et donna, dans la soirée du 19 décembre, des ordres pour la retraite sur Kremsmûnster. Le mouvement devait se faire, le 20, en deux colonnes à partir de l'auberge zur Linde. A droite, marcheraient "le corps de réserve et la division Riesch; à gauche, les divisions Baillet et Kienmayer. Le grand quartier général serait installé à Sierning. Schwarzenberg, à la tête de l'arrièregarde, chercherait a donner à l'armée un répit d'une journée, celle du 20, pour lui permettre « de se reposer et de se refaire ». Mais il ne devait s'engager dans aucun combat décisiP.
Selon Jomini, l'arrivée de l'archiduc Charles avait fait «renaître un instant l'espoir dans tous les cœurs^ ». On pensait qu'il était suivi de renforts et que l'armée pourrait se réconforter et reprendre bientôt une vigoureuse offensive. L'ordre de continuer la retraite le 20 acheva de démoraliser les troupes et de rompre les derniers liens de discipline qui existaient encore. A cette nouvelle, l'insubordination avait
1. Baillet à l'archiduc Jean, Theurvvang-sur-1'Alm, 19 décembre, midi (K. K.
Archiv, XH, 378).
2. Schwarzenberg à l'archiduc Charles, Steinerkirchen, 19 décembre, 7 h. 30
soir [Ihid., XII, 377).
3. Disposition pour la retraite en arrière de la Krems, Kremsmûnster, 19 décembre (/&ècZ., XII, 381).