LIVRE PREMIER
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CHâPITRE r' Situation générale.
Négociations en vue de la paix entre le Premier Consul et l'Empereur. — Mission de Saint-Julien à Paris. — Quatre armées françaises prêtes à entrer en campagne. — Réunion d'un congrès à Lunévilie. — Plan de guerre d'ensemble de Bonaparte. — Mouvements de concentration de l'armée du Rhin. — Armistice de Hohenlinden. — Gobenzl et Joseph Bonaparte à Lunévilie. — Illusions de Cobenzl.
Au lendemain de Marengo, le Premier Consul avait écrit à l'empereur d'Allemagne « pour lui faire connaître le désir du peuple français de mettre un terme à la guerre^ ». Cette lettre arriva à Vienne le 20 juin 1800, le jour même où François II signait avec l'Angleterre un traité d'alliance et de subsides.
L'Angleterre accordait, sous forme de prêt, une somme de 2.500.000 livres sterling ; TAutriche, en échange, s'engageait à ne pas conclure de paix séparée avec la France. Tels étaient les points essentiels de cet accord^. La coïncidence était donc peu favorable aux ouvertures du Premier Consul.
i. Correspondance de Napoléon, n" 4914 (lettre datée de Marengo, 27 prairial an VIH).
2. Sybcl, Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, t. VI, p. 338.
Thugut réussit sans peine à maintenir l'Empereur dans une fidélité absolue à l'égard de l'Angleterre. Il ne s'agissait, vis-à-vis de la France, que de gagner du temps pour reconstituer les forces militaires de la monarchie.
La réponse de François II fut remise à Bonaparte, par le général de Saint-Julien, le 2 thermidor an VIII (21 juillet), deux jours après l'arrivée à Paris d'une dépêche télégraphique annonçant la conclusion, le 26 messidor, de l'armistice de Parsdorf^. Cette nouvelle provoqua une satisfaction générale en faisant espérer une paix prochaine, durable et glorieuse 2.
Le message de l'Empereur était cette fois direct et personnellement adressé au général Bonaparte. Il contenait la ratification de la double suspension d'armes signée en Allemagne et en Italie, et finvitation de s'expliquer confidentiellement et en toute franchise sur les bases de la future entente,^ avant de procéder à des négociations formelles et officielles» Saint-Julien devait donc prendre connaissance des propositions de Bonaparte et revenir ensuite en rendre compte à l'Empereur ^.
Bien que sans pouvoirs officiels et sans autres instructions que de chercher à prolonger la trêve par des pourparlers^,. Saint-Julien, joué, semble-t-il, par Talleyrand, signa le
1. La dépêche arriva à Paris le 30 messidor (19 juillet) (le Ministre de la guerre àMoreau, 5 thermidor an VllI). Les clauses de l'armistice furent connues seulement le 1" thermidor; c'est ce qui explique ce passage d'une lettre de Bonaparte à Augereau à cette date : « Je reçois à l'instant, par le télégraphe, la nouvelle que Moreau a conclu un armistice » {Correspondance de Napoléon, n" 5007).