‹ HokousaiChapitre 12 sur 16 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il y a un art des profondeurs, qui semble reculer les limites de l'univers et delà connaissance. Il est chargé de la méditation des maîtres et traduit mille accords intimes qui résonnent en eux avec une force étrange. Il est le langage par lequel s'expriment, avec l'alphabet des formes, la puissance des songes, la magie du passé, les féeries intérieures. I^a légende et l'histoire, comme la nature et la vie, servent uniquement de prétexte à ses magnificences mystérieuses. Knigmatique aux yeux du vulgaire, il fait passer un coup de soleil vertigineux sur les réalités cachées, et, d'autres fois, il semble les ensevelir dans une nuit dorée, qui palpite de leur présence.

D'autres maîtres voient dans la nature, non les tressaillements d'xme puissance secrète, non le dédale d'une rêverie obscure et supérieure, mais un splendide déploiement d'apparences. Ils sont attentifs aux jeux divers des formes et de la lumière, à tous les souffles qui errent à la surface changeante du monde. Ce n'est pas le sens de la vie qui les sollicite, mais la vie même. Elle passe. Ils essaient de la capter sans l'immobiliser. Ils ne s'épui-

sent pas à la surcharger de symboles ou de pensées. Elle enivre leur inspiration sans rendre leur analyse obtuse. Ce qui les attire, ce n'est pas qu'elle est mystérieuse et profonde, c'est qu'elle est instantanée et diverse. Ils répandent sur elle une activité qui ne se lasse point et qui tente d'être aussi souple et aussi rapide que son modèle. I^e mot réalisme est mal fait pour ces artistes. Il semble les grever d'une inéluctable lourdeur, les associer pour jamais à quelque matière vulgaire et pesante. Il faudrait les appeler les peintres des phénomènes terrestres. Car c'est à la variété des phénomènes qu'ils appliquent toutes les ressources d'un art dont le principe est la curiosité et dont une synthèse expressive est le terme.

Tel fut Hokousaï. Il pensa que la vie était matière plus ample et plus belle que les augustes cérémonies d'autrefois, que les songes indiscernables des héros et des dieux. Il resta près du peuple, parce que le peuple au travail pouvait seul lui donner le prodigieux spectacle de l'activité humaine dans tout le déploiement de son habileté robuste. La vie des formes et la poésie du mouvement étaient là. Vie et mouvement, étudiés dans la peine ou dans la joie des hommes, comme dans le fourmillement du monde animal, dans le brusque déclic qui fait bondir l'insecte, dans un nerveux coup de nageoire, tel est le grand principe qui régit la curiosité de l'artiste et qui la tient en éveil, partout où chemine, s'agite, se démène et se tord une forme organique. Ni la culture d'une sensibilité délicate, ni la méditation

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