QUE HOLBERG A IMITJÉ MOLIÈRE
C'est aujourd'hui un fait définitivement acquis à l'histoire littéraire que Molière n'a point laissé d'école directe et immédiate en France. La succession des hommes de génie a cela de particulier qu'elle effraye et décourage ceux-là mêmes qu'elle devrait surtout tenter et, le plus souvent, n'est pas recueillie. Ce ne sont pas seulement les grands prédicateurs du dix-septième siècle qui, oubliant l'auteur du Misanthrope à force de scrupules contre l'auteur du Tartuffe^ épuisent contre Molière les rigueurs de l'éloquence chrétienne. Il y a un instant où la France semble sur le point de le méconnaître. Le public parisien déserte peu à peu son théâtre, et rend sa faveur aux comédiens italiens abandonnés par lui dans un court transport d'enthousiasme. Quant à la comédie française proprement dite, on la voit
brusquement quitter, avec Regnard et Dancourt, la société des honnêtes gens et l'étude sérieuse des caractères pour se jeter dans la complication des intrigues d'un monde interlope. Une fois détournée de l'observation psychologique et de la haute morale, elle tend de plus en plus.à se réduire à l'art mesquin des petits vers élégants et des détails ingénieux. [1 faudra, en somme, que tout un siècle s'écoule avant que Beaumarchais rende à la France la pleine et rare jouissance du véritable génie.comique.
I. Durant ce long interrègne de la grande comédie, Molière cependant n'avait perdu ni en influence ni en gloire. Sorti de bonne heure de France , les suffrages de l'Europe entière l'avaient dédommagé du demi-délaissement où pour une courte période le laissait tomber la frivolité parisienne. Si nous ne possédions sur cette histoire de Molière à l'étranger, je ne veux pas dire, de Molière en exil, les documents les plus précis, nous nous ferions difficilement une juste idée de la promptitude merveilleuse avec laquelle son nom et ses œuvres se répandirent au dehors. Pendant tout le dix-huitième siècle, il n'y eut guère un peuple en Europe qui ne fit les plus louables efforts pour adapter au point de vue particulier de son goût poétique et de ses mœurs le théâtre de Molière^ et y surprendre, s'il était possible, le secret de la bonne comédie. Aucun ne réussit, il est vrai, mais tous eurent du moins l'honneur d'avoir tenté, et le Misanthrope de même que le Tanuffe, traduits et lus sous toutes les latitudes, firent dès lors partie de ce qu'on pourrait appeler la bibliothèque de l'humanité. Une histoire complète de cette universelle émulation serait l'un des chapitres d'histoire littéraire les plus curieux et les plus instructifs qu'on pût écrire aujourd'hui, et il y aurait certes plus d'une piquante leçon de morale ou de goût à tirer d'une si inépuisable variété de rapproche^ ments. Notre intention toutefois, au début d'une étude
toute spéciale, ne saurait être, on le comprendra, que d'indiquer à larges traits, et comme à vol d'oiseau, les principales directions et les grandes époques de cette influence vraiment cosmopolite.
La cour d'Angleterre semble avoir été la première à accueillir, en les d^aturant singulièrement, à la vérité, quelques-unes des œuvres de ce tapissier comédien que la cour de Louis XIY avait daigné trouver plaisant. Dès 1670, à l'époque du voyage diplomatique de la duchesse d'Orléans, Molière était en possession de divertir l'aristocratie anglaise. Sous l'influence personnelle de Charles II et de Jacques II, on vit toute une école de poètes comiques se former à Londres avec l'ambition déclarée de faire, si j'ose dire ainsi, du Molière. Rompant ouvertement avec la tradition de Shakespeare, l'école nouvelle imagina de reprendre, presque un àun, les sujets decomédieles plus heureusement traités chez nous. Le duc de Newcastle et Dryden transformèrent la première pièce de Molière, l'Étourdi ^ sous le titre de sir Martin Marplot, A r Étourdi y Dryden ajouta un Amphytrûm de sa façon. Wicherley, qui, ainsi que Vanbrugh, avait séjourné à Paris, reproduisit l'Agnès de rÉcole des femmes dans sa Country-wife, puis, dans son Plain dealer y le héros lui-même du Misanthrope, D'un galant homme égaré à la cour, il avait fait un capitaine de vaisseau loyal et bourru, exploité misérablement par une fille de mauvaise vie. De même, Shadv^ell, après avoir accommodé au goût de ses- contemporains les Préciev>ses ridiculesy les Fâcheux et Don Juany acheva de se déclarer l'élève de Molière, ou plutôt son correcteur, car ses préfaces le disent, en remaniant son Avare. L'Avare de Shadwell ne se peut bien comparer qu'au Misanthrope de Widierley. C'est une farce vulgaire , épicée de gros mots et compliquée d'une surcharge de basses intrigues. De tous ces premiers imitateurs anglais de Molière, le moins indigne et le moins
cynique, c'est assurément Congrève. Congrève a le sentiment du dialogue comique, et si ses pièces sont pleines de réminiscences de Molière, du moins ces réminiscences sont-elles assez ingénieusement distribuées entre les différentes scènes pour ne point trop choquer le lecteur français par l'indiscrétion d'une contrefaçon aussi évidente que maladroite. Ainsi, dans Love for lovey je trouve bien la scène entre don Juan et M. Dimanche, une conversation analogue à celle de Frosine et d'Harpagon, sans compter un avocat ridicule et pourchassé. Mais tout cela n'en laisse pas moins à Fécrivain anglais le mérite de n'avoir tiré que de sa seule imagination toute sa combinaison dramatique. Il faut attendre une cinquantaine d'années pour voir le goût s'épurer un peu en Angleterre, et Molière apprécié par nos voisins d'une manière plus digne de lui. Le quatrième numéro de la Gazette littéraire de Tabbé Prévost, le Pour et le contre, l'une des premières et la plus modeste peut-être des Revuss qui aient contribué à nouer des relations intellectuelles entre l'Angleterre et la France, est tout entier consacré aux succès nouveaux que Molière obtenait dans la capitale britannique vers 1733. On y voit que les Anglais eux-mêmes reprochaient alors à la France son espèce d'indifférence pour l'écrivain qui eût déjà dû être le plus populaire de ses poêles. Une édition de luxe de Molière venait d'être publiée à Londres, et l'éditeur avait mis chacun des chefs-d'œuvre du poëte à l'adresse de quelque grand seigneur anglais. Fielding, l'année même où se faisait cette publication aristocratique, c'est-à-dire en 1732, avait traduit et revu le Médecin malgré lui, pour le faire paraître sur la scène de Drury-Lane,. et le Mock Doctor partagé en vingt scènes à la manière de Shakespeare, et non plus en trois actes, comme l'avait imaginé Molière, renforcé en outre de neuf couplets d'opéra-comique, avait fait courir toute la ville. Le facile succès obtenu par cette ébauche,
OÙ la fantaisie s'allie si étroitement au grotesque, décida le futur auteur de Tom Jones à appliquer à d'autres pièces de Molière le même système de retouches, et ce fut ainsi que, dès cette même année 1732, FAvare^ sous le titre nouveau de The misera eut à Londres trente-trois représentations à peu près consécutives. Il y a dans cette hardie refonte d'un chef-d'œuvre si cavalièrement exécutée par Fielding quelques traits nouveaux qui ne manquent ni d'originalité ni de comique. L'Angleterre ne s'évertuait plus uniquement à plaquer sur le texte de Molière l'agrément d'obscénités de toute espèce. Quelques beaux vers de Thompson, ainsi qu'un bref, mais décisif éloge de Garrick achèveraient de montrer au besoin qu'au dix -huitième siècle le public anglais était enfin digne d'entendre et capable de goûter notre grand poëte. Mais c'est surtout en ouvrant le théâtre de Sheridan que nous trouvons, dans l'une des pièces où l'inspiration de Molière a le plus porté bonheur à un écrivain comique, la preuve la meilleure de ce grand progrès accompli par le goût public en Angleterre. Il n'est pas besoin de lire avec beaucoup d'attention ce chef-d'œuvre d'esprit et de verve qui s'appelle The school for scandai, pour y reconnaître des traces continuelles et presque des fragments de trois pièces de Molière, r École des femmes^ le Misanthrope et le Tartuffe, et il est évident que Sheridan s'est fait et reste le débiteur de Molière pour des portions considérables de Tune des comédies d'intrigue les mieux conduites et les plus spirituelles qu'on ait jamais écrites.
L'Allemagne serait peut-être assez en droit de disputer à l'Angleterre l'honneur d'avoir été la première étape de Molière sortant de France. Non-seulement en effet, pendant le carnaval de 1680, la petite cour de l'Électeur de Saxe, en résidence à Torgau, se fit représenter durant cette courte saison de fêtes les sept ou huit œuvres capitales de
Molière, mais encore dix ans plus tôt on avait imprimé à Francfort une première traduction, fort mauvaise, il est vrai, de quelques-unes de ses comédies. La seule année 1694 était destinée à en voir paraître jusqu'à deux à la fois, déjà moins incomplètes et surtout bien moins infidèles. L'une est datée de Nuremberg et a pour éditeur Daniel Tauber, Cette traduction est accompagnée d'une édition française. La secondé, plus connue, fut publiée par la troupe de maître Vêltheim, aussitôt après sa mort, conformément à la tradition et au répertoire qu'il avait fondés. Molière fut donc, fort avant la fin du dix-septième siècle et même encore de son vivant, traduit et joué plus d'une fois au delà du Rhin. Mais ce ne fut qu'au siècle suivant que le zèle de ses imitateurs, moins prompt que celui des comédiens et des traducteurs, devait enfin s'appliquer à l'étude de son théâtre avec l'espérance plus ou moins avouée de faire sortir de cette étude la comédie germanique .
Ce n'est point ici le lieu de raconter l'histoire de cette école de Leipzig, qui, sous la direction du célèbre Gottsched, SQ proposait alors, par une habile imitation du théâtre français, de donner une littérature dramatique à son pays. Je ne saurais cependant omettre de signaler d'une manière toute spéciale les tentatives d'une école aux yeux de laquelle Molière représentait la perfection de la haute comédie, et qui longtemps s'épuisa en efforts consciencieux pour lui dérober une étincelle de son génie. A côté de Gottsched et de sa femme, son habile amiet comme il aimait à l'appeler, on voyait figurer dans ce groupe des noms ju-squ'alors fort inconnus : Krueger, Straube, Uhlich, Mylius, Gellert, Gottlieb Fuchs et Lessing encore adolescent. L'école avait des ramifications avec le reste de l'Allemagne et même avec l'étranger. Les rédacteurs, par exemple, des Bremer'Beitrœge^ l'une des gazettes littéraires les plus influentes de l'époque, composaient en réalité à Brème une fraction du groupe lit-
téraire de Leipzig. Le licencié de Quistorp, établi à Rostôck, Elias Schlegél, plus tard secrétaire de légation à Copenhague, pouvaient encore passer pour des membres correspondants de cette société fondée en vue de la réforme du théâtre gertnanique. Gottsched avait tenu à donner à ses jeunes et vaillants collaborateurs une scène pour produire leurs œuvres et une troupe d'aôteurs pour les jouer. Profitant du désintéressement et du patriotisme littéraire de la plus grande actrice du temps, la Neuber, il l'avait décidée à se fixer à Leipzig. C'était la première fois cpi'une ville en Allemagne voyait un théâtre régulier et populaire s'établir dans ses murs. Sur cette scène où, dans une représentation solennelle, Arlequin venait d'être brûlé en effigie, parurent alors, à côté^des héros et des héroïnes deRacine, lesvaletset les grotesques de Molière. Pendant que le licencié de Quistorp se moquait des plaideurs et des médecins, Gellert et madame Gottsched attaquaientles hypocrites et l'hypocrisie. Madame Gottsched traduisait encore le Misanthrope, tandis que Krueger refaisait le Tartuffe, Lessing, qui pour la première fois peut-être allait placer le nom de Molière à côté de celui de Shakespeare, composait d'après sa méthode et presque avec ses personnages les premières comédies que nous avons de lui, le Jeune savant^ les Vieilles filles^ lé libre Pensevr, le Misogyne^ Damon ou VatnitU véritable. Elias Schlegél lui empruntait l'idée et jusqu'aux bons mots de ses pièces. Les deux vers du Misanthrope qu'il a justement inscrits en tête de der Geheimnissvolle contiennent en germe toute la comédie. Dans celle qu'il a intitulée der Muessiggœnger, il y a des souvenirs évidents de la scène du sonnet d'Oronte. Partout, en un mot, soit à la surface soit au fond des œuvres de l'école de Gottsched, se retrouvent la préoccupation et l'étude de Molière.
Mais ce n'est pas seulement à Leipzig qu'on le rencontre pendant cette période de l'histoire littéraire de l'Allemagne.
De Hambourg à Vienne, il ne cesse de fournir à de nombreux traducteurs la matière inépuisable de traductions indéfiniment renaissantes. Sur tous les grands théâtres il est joué par tous les grands acteurs. C'est Eckhof, c'est Ackermann, c'est Schrœder, c'est Iffland qui se disputent à l'envie ses principaux rôles. C'est à ses pièces qu'ont recours tous les directeurs de Ihéâlre dans l'embarras. Les affiches de cette époque nous le montrent partout en possession de fournir à chaque représentation la pièce finale, celle qui avait pour but de retirer un peu au spectateur l'odeur du sang versé à si larges flots dans ces boucheries héroïques où les pasquinades alternaient avec les supplices et où l'on voyait, par exemple, Charles XII faire le bel esprit avec Arlequin. On le jouait jusque dans les écoles, sous le masque décent d'une honnête latinité. Ce fut le cas, à Celle, en Hanovre, des Fourberies de Scapin. Gœthe, lui-même, qui de son propre aveu, à dix-huit ans, s'était fait dans ses MUschuldigen l'imitateur encore bien inexpérimenté de Molière, et l'interprète, bien précoce, par malheur, de ses passions, jouera un peu plus tard devant la petite cour de Weimar le rôle de Lucas du Médecin malgré lui. Il ne lui manqua même pas la bonne fortune d'une attaque violente, et il se trouva à Hambourg un pasteur protestant, Gœtze, qui tint à ne pas laisser à Bossuet seul le regret d'avoir poussé envers Molière la rigueur jusqu'à la dureté. Ces excès de langage eurent le sort qu'ils méritaient et qui leur revient d'ordinaire. Loin de diminuer le prestige de Molière de l'autre côté du Rhin ils ne firent que le consacrer et l'accroître.
Il n'était guère arrivé plus tard en Italie qu'en Allemagne, et surtout il n'y avait pas moins vite réussi. Dès les premières années du dix-huitième siècle, nous voyons Riccoboni, le Lelio de la comédie italienne de Paris, se préoccuper des moyens de relever l'art de la comédie dans son
pays à l'aide des modèles laissés par Molière. On sait assez que Riccoboni n'exécuta pas cette entreprise trop visiblement au^essus de ses forces, mais son idée ne devait pas être perdue pour l'Italie. En attendant que Goldoni se présentât pour la reprendre en son propre nom et la mener à bien, nous voyons les principales pièces du maître français traduites ou refondues en Italie. Dès 1698, paraît à Leipzig sous le nom de Nicoladi Gastelli l'une des premières traductions italiennes de son théâtre. En 1740, Weidmann la réimprime dans la même ville en quatre volumes. Seize ans plus tard, Gozzî traduit encore Molière *en italien, d'après la récente 'édition donnée par David. V Avare ^ les Précieuses ridicules passent même dans les dialectes et les patois populaires de ritalie. Cependant ce flot de traductions plus ou moins littérales n'entrave en rien l'émulation plus noble des imitateurs. Dès 1711, /e Tartuffe est réduit en trois actes et approprié à la scène italienne par Girolamo G gli sous le nom de il Don Pilone. Mais c'est peut-être, à vrai dire, la critique qui pendant la première moitié du dix-huitième siècle me paraît avoir fait le plus en Italie pour le retentissement du nom de Molière. Il faut voir le respect extrême et les protestations réitérées d'admiration dont le parti même qui s'était donné pour mission de combattre l'influence française se plaît à entourer Molière, comme riyi de ces hommes rares et supérieurs que l'étonnante nouveauté de leur génie a placés du premier coup au-dessus de toutes les controv(irses. Il suffit notamment d'ouvrir la Frusta letteraria de Barelti pour reconnaître avec quelles précautions laudatives la cause de Molière était alors séparée en Italie de celle de tous les écrivains comiques qui prétendaient marcher sur ses traces. L'idée seule qu'un partisan des Français a pu se contenter de proclamer Goldoni un peu inférieur à Molière révolte Baretti. Il s'élève de toute sa force contre une pareille assertion et ne doute pas que Pauteur ne revienne un
jour sur une opinion aussi légère. Goldonî seul, en un mot, est l'objet ou plutôt la victime de cette polémique littéraire engagée au profit du génie spécial de l'Italie et des improvisations fantastiques de Gozzi.
Nous n'avons pas naturellement à apprécier ici le talent si remarquable dont Goldoni a fait preuve en essayant de s'assimiler quelques-uns des principaux procédés de Molière, ni à nous demander si vraiment, comme le soutenait Denina, il a su se faire le rival de son maître, ou si tout au contraire, ce qu'affirmait Baretti, il ne s'est approché de lui que de tràs-loin. Ce qui n'est contesté par personne, c'est que Goldoni est avant tout un disciple de Molière. Ses intéressants Mémoires ne laissent aucun doute sur l'étendue de la dette qu'il a contractée envers la comédie française- Au moment où, entrant en France, il franchit le Var, c'est l'ombre de Molière qu'il invoque pour qu'elle lui serve de guide dans son nouveau pays. Ce serait du reste un signe fort clair de sa prédilection que la pièce, qu'il fit jouer à Turin en 1751, sous le titre de IlMoliere^ et où, pour la première fois probablement, les tracas domestiques et l'histoire même de Molière se trouvaient directement mis en scène ; tentative hardie assurément, mais qui n'en fut pas moins reprise quelques années plus tard par l'abbé Chiari dans sa comédie en vers intitulée Molière marito geloso. Qu'on lise au surplus quelques comédies de Goldonî, par exemple Don Giovanni Tenorio ou bien encore la Donna di testadeboky que je signale au hasard entre bien d'autres, et l'on saura pertinemment à quoi s'en tenir sur les obligations qui l'unissent à Molière. Or ce n'est point pour le maître un médiocre honneur que de compter un pareil disciple. Le théâtre de Goldoni n'a pas cessé depuis un siècle de donner à l'Italie le divertissement de la bonne comédie, et aujourd'hui encore, comme il y a cent ans, nul n'est en état de lui disputer dans son pays la souveraineté comique. Â l'heure
qu'il est, le rire de l'Italie n'est toujours qu'un écho indirect et prolongé du génie de Molière.
Je ne sais s'il passa les Pyrénées d'aussi bonne heure que les Alpes. Il est à croire cependant que Philippe V ne manqua pas de l'introduire avec lui à l'Escurijil, à supposer qu'il n'y fût pas déjà parvenu longtemps avant lui. Toutefois durant cette longue période d'agonie littéraire que résument assez bien les noms de Canizarès et de Zamora, on ne voit pas que Molière ait donné à la péninsule hispanique l'envie de l'imiter. Nous savons seulement que, vers le milieu du dix-huitième siècle, le Tartuffe^ traduit en portugais par le capitaine Manoel de Sousa, fut joué à Lisbonne aux applaudissements dé la foule. Mais en Espagne il nous faut arriver jusqu'en 1760 ou 1765, pour voir fe Misanthrope et V Avare inspirer enfin la pensée de régénérer sur leur exemple la comédie nationale.
Il y a deux noms qui se présentent d'eux-mêmes toutes les fois qu'on parle de l'influence du théâtre français chez nos voisins d'au delà des Pyrénées ; ce sont ceux de Moratin et d'Yriarte, auxquels il convient peut-être d'ajouter encore celui de Ramon de la Cruz, qui non-seulement s'avisa le premier d'écrire des comédies à l'usage du peuple et d'après les mœurs du peuplé, mais qui encore appliqua à cette comédie populaire plus d'un procédé de notre comédie régulière. Toutefois c'est surtout à Moratin, le fils du poète tragic^e, qu'il faut rapporter le premier dessein de substituer aux vieilles libertés de la comédie espagnole, libertés choquantes dans un temps de mœurs bourgeoises et paisibles, libertés compromises d'ailleurs par les exagérations des poètes de troisième ordre, l'économie plus savante et le mouvement mieux réglé de la comédie de Molière. Venu dès jsa jeunesse à Paris et lié étroitement avec Goldoni, Moratin s'était sans doute laissé principalement entraîner par le poète italien à ces vastes projets de réforme
dramatique et à la haute ambition de donner un Molière à son pays. Son intention n'est point douteuse. Il proclame lui-même dans ses préfaces, et de la façon la moins ambigûe, la nécessité de mettra pour quelque temps la comédie de l'Espagne à l'école de celle de la France. En un mot, il se place à la tête des afrencesados littéraires, véritables précurseurs des afrencesados politiques. Rien donc de moins surprenant après cela que ces continuels reflets du théâtre de Molière, qui semblent se jouer, pour ainsi dire, à la surface de ses principales œuvres.
Qu'on prenne par exemple la Mogigata^ écrite sur la fin extrême du dix-huitième siècle. La Mogigata^ c'est la femme hypocrite, un sujet qui devait tenter bien des femmes auteurs, depuis l'honnête madame Gottsched, qui le traita sous ce titre à la fois pompeux et familier, die Pietisterei in Fischbein-Rocke, jusqu'à la femme d'un esprit si ingénieux et si parisien, à laquelle nous devons Lady Tartuffe. La pièce de Moratin n'est pas seulement satirique. La question du degré de liberté qu'il convient d'introduire dans l'éducation des femmes s'y trouve également débattue dans le développement même des caractères et par le seul jeu des événements. Nous avons donc ici nonseulement un pendant au Tartuffe, mais encore une suite à r Ecole des Femmes. On retrouverait de même dans i/Ca/è, plus connu peut-être sous son second titre de Cœmdia nueva, comme un dernier retentissement de la longue guerre faite par Molière au pédantisme. Plus tard Moratin, de disciple se faisant simple traducteur, voulut faire jouer à Madrid les œuvres elles-mêmes de Molière, qui paraissent en effet y avoir été assez peu jouées avant lui. Il traduisit donc, mais sans se refuser de grandes libertés d'arrangement, r Ecole des Maris et le Médecin malgré lui^ qui, en 1812 et en 1814, réconcilièrent l'Espagne avec l'influence française, au moins en matière de comédie. Mort à Paris, Moratin fut
enterré non loin de Molière. Il avait droit à l'honneur de ce dernier et symbolique rapprochement.
Je n'ai parlé jusqu'ici que des grands peuples. Je pourrais également montrer la participation très-active des nations secondaires à ce beau zèle dont l'Europe entière, égayée et instruite par Molière, se prit tout à coup pour le génie comique. Gontentons-nous de suivre un instant sa piste le long du littoral de la mer du Nord, jusqu'à la Baltique.
Nous le voyons d'abord et de très-bonne heure naturalisé à Amsterdam par l'empressement des contrefacteurs. Mais un fs^it plus curieux et moins connu, c'est que les éditions françaises ne suffisant pas, à ce qu'il parait, à la curiosité ignorante des classes moyennes, on le traduisit presque immédiatement en langue flamande. Nous connaissons le traducteur, et ce n'est point absolument un inconnu dans l'histoire littéraire. C'est un poète anversois, Adrien Peys, également connu par des traductions de Corneille et de Rotrou. Je n'inscris ici à la suite de la Flandre le Danemark que pour mémoire, puisque précisément l'objet de mon travail est de montrer le rôle considérable et tout exceptionnel que Molière a joué dans la littérature et l'histoire des mœurs en Danemark. On verra qu'au surplus Molière n'avait pas eu besoin d'attendre que la vocation comique de Ilolberg se déclarât pour être applaudi par delà le Grand Belt. Au delà du Sund en même temps, à la cour de Stockholm, son succès était le môme qu'à Copenhague, et devant Charles XII on jouait le Bourgeois gentilhomme avec tout le luxe désirable de mise en scène.
Si nous quittons la Scandinavie pour la Pologne, jamais peut-être les affinités de caractère qui ont créé entre cette avant-garde de l'univers slave et la France une si vieille tradition de sympathies, ne se firent mieux jour qu'à propos des principales œuvres de notre poète.
Un ingénieux écrivain a déjà fait connaître avec quel succès le Mariage de Figaro avait été accueilli par Faristocratie polonaise, presque aussitôt que par la cour de Trianon. De même, dès le premier jour, la vogue de Molière fut extraordinaire d'un bout à l'autre de la Pologne, et j'en veux donner une preuve bien simple : les noms de ses traducteurs, seulement pendant le dix-huitième siècle. Le hasard me permet d'en nommer jusqu'à sept, Bielawski, Bohomolec, Jean Boudoin, Wichlinski, Albert, Boguslawski et Zablocki; et, comme je ne fais ici que communiquer ce qu'une heureuse fortune m'a livré, il est plus que probable que la liste n'est pas complète. Enfin, dès 1757, Molière était traduit à Moscou. M. de Soleinne, parmi les curiosités dramatiques de toute sorte qu'il avait réunies dans sa bibliothèque, possédait une traduction russe du Tartuffe, portant ce millésime et le nom de cette ville. Après cela, il devient peut-être un peu moins impossible de s'expliquer et d'accepter un fait, au premier abord assez incroyable, que rapporte Cailhava. Un voyageur du temps, le baron de Tott, aurait vu jouer une pièce de Molière au fond de la Tartarie, à peu près vers le milieu du dix-huitième siècle. Sans doute un pareil exemple de propagande littéraire paraîtra à beaucoup de bons esprits tenir un peu trop du merveilleux. N'y aurait-il pas cependant quelque hardiesse d'incrédulité à le rejeter d'une manière absolue? Qu'on songe que Werther a fourni en Chine des sujets dans les manufactures de porcelaine, et que Beaumarchais n'a pas seulement été joué de son vivant à Varsovie, mais encore par des acteurs et devant des spectateurs hindous.
Au dix-neuvième siècle, la situation de Molière en Europe, tout en se modifiant, s'agrandit encore. Il se pourrait qu'ail premier abord on fût tenté de compter au nombre des causes diverses de cet accroissement de renommée
notre occupation continentale, tant il est naturel de supposer Molière partout où pénètrent le génie et la puissance de la France. Cependant, en fait, cette prise de possession passagère de la plus grande partie de l'Europe par nos armées (qui, pour le dire en passant, a beaucoup plus nui qu'ajouté à notre ascendant littéraire), ne paraît en aucune façon avoir servi la gloire déjà européenne de Molière. L'auteur de tant de chefs-d'œuvre ne partagea pas même la bonne fortune de Nicolo, de Boieldieu, de Grétry, de Berton, dont la musique, de compagnie avec le drapeau tricolore, fit en dix ans le tour de l'Europe. Il est vrai que Madrid, la capitale de la dévote Espagne, eut alors occasion de voir jouer ^e Tartuffe.JAdiis à Berlin, par exemple, les registres du théâtre de la cour ne signalent, pendant les deux années que dura l'occupation française, qu'une véritable avalanche d'opéras comiques et une notable recrudescence de goûts chorégraphiques. Je regrette peu, au surplus, que Molière n'ait eu qu'une très-faible part dans ces représentations par ordre et ces applaudissements de commande.
La raison principale de cet élan nouveau d'admiration qui depuis cinquante ans s'est manifesté à peu près partout pour Molière, ce fut le retour de la France ellemême vers le plus vrai et le plus profond de ses poètes, le triomphe tardif, mais définitif, promis à Molière par Boileau. Il se peut qu'un concours célèbre institué par l'Académie française en 1769, et auquel des écrivains tels que Ciiamfort, Laharpe, Bailly , Gaillard, prirent part, ait contribué à marquer pour ce grand nom l'heure solennelle d'une sorte de consécration nationale. C'est du moins à peu près au début de notre siècle que nous voyons apparaître en France, si je puis dire ainsi, les premiers fanatiques dé Molière. Au premier rang il en est deux surtout, fort connus de tous ceux qui lisent le grand poète, Cailhava et Beffara. A Gailhava, esprit d'ailleurs assez
16 CHAPITRE HIEMIER.
médiocre, nous devons deux volumes fort intéressants de recherches sur les sources du génie de Molière. Ce n'est point là un ouvrage d'une érudition très-sûre et d'une critique irréprochable, mais en définitive, nous n'avons rien de mieux sur la matière, et même nous n'avons guère autre cliose. Le second de ces deux serviteurs dévoués de la gloire de Molière, Beffara, ancien commissaire de police, mit une admirable continuité de patience et un zèle vraiment officiel, quoique, cette fois, purement officieux, à rechercher des papiers de famille qui se trouvèrent être les plus importants du monde pour l'honneur du poète. Justice fut faite enfin, et par un érudit d'une compétence toute spéciale, d'une vieille et odieuse calomnie qui pesait lourdement sur la mémoire de Molière, et l'admiration publique n'eut plus de scrupules à garder envers l'homme privé.
Jamais, d'ailleurs, moment n'avait été plus propice pour la pleine intelligence et la décisive victoire de son génie. Sans doute Molière est un esprit souverainement large et impartial. Il s'adresse et appartient vraiment à tous, et il a fait parler un trop beau langage à l'aristocratie pour n'être pas aussi lu et goûté par elle. Néanmoins je ne crois exprimer qu'une vérité presque banale en disant que Molière est avant tout le poète des classes moyennes et du peuple. 11 y a dans son génie un air de santé et je ne sais quelle robuste verdeur qui lui attireront toujours, et avec raison, ce me semble, l'épithète de démocratique, car on ne trouve guère dans l'atmosphère habituelle des cours une si mâle et si vigoureuse franchise. Voilà précisément pourquoi la France nouvelle devait surtout s'éprendre de Molière et l'élever plus haut que jamais. Ceux qui eussent jadis été ses égaux allaient composer l'immense majorité de ses lecteurs. Chaque père de famille de l'Empire ou de la Restauration crut ou voulut reconnaître le portrait de ses ancêtres
dans ces figures de la haute bourgeoisie parisienne du dixseptième siècle, les Orgons, les Aristes, tandis que les espriis les plus avancés et les plus impatients étaient euxmêmes frappés par la violence dramatique de cette scène du pauvre dans Don Juan^ qu'avait si longtemps confisquée la police. Molière devint dès lors le peintre par anticipation et le poète par excellence de la France régénérée par la grande tempête politique de la Révollition.
La tempête littéraire qui passa sur notre pays de 1820 à 1830, et qu'on est convenu de qualifier de romantique,- ne » lui fut pas moins profitable. La polémique qui s'engagea alors entre les deux camps, et d'où la modération fut si souvent exclue, peut être appelée une de ces salutaires épreuves où les faibles se brisent, mais où se retrempent les forts. Tandis que Boileau, Racine et tant d'autres subissaient les périls d*une discussion passionnée, l'auteur du Misanthrope et du Tartuffe se voyait épargné d'un commun et tacite accord. Au milieu de ce déchaînement général contre les classiques qui ébranlait les plus illustres renommées, son nom restait en dehors de toutes les attaques. Il gagna donc en quelque sorte ce que d'autres purent perdre, et sortit comme agrandi encore aux yeux du public de cette crise littéraire. Enfin rapproché de Shakespeare, comme d'un génie de la même famille que le sien, c'est-à-dire à titre d'observateur attentif et sincère des passions humaines, c'est avec Shakespeare qu'il allait se trouver en quelque sorte appelé à partager l'empire du genre dramatique. Shakespeare devint le modèle de tous ceux qui aspirèrent désormais à peindre l'homme par ses grands côtés et dans ses entraînements héroïques. Molière fut l'idéal de tous ceux qui se proposèrent de montrer à nu les misères de la nature humaine et la ridicule trivialité de nos vicesi
Cette appréciation plus flatteuse et plus équitable de la France ne pouvait manquer de produire en Europe un
mouvement ascendant d'admiration pour Molière. Il ne faut pas toutefois oublier de remarquer la transformation qui pendant cette nouvelle période s^opère dans le caractère de cette grande influence littéraire. Militante, pour ainsi dire, pendant tout le dix-huitième siècle, elle devient à peu près purement honorifique au dix-neuvième. En d'autres termes, l'Europe ne songe plus à refaire Molière : elle se contente de Tadmirer. On ne le traduit plus guère, parce qu'en général il est devenu assez inutile de le traduire. On ne l'imite plus directement, parce qu'on a la tardive sagesse de désespérer d'y pouvoir réussir. Le premier feu d'enthousiasme est tombé. Qu'importe, puisqu'une sorte de vénération l'a remplacé ? Ne vaut-il pas mieux, après tout, être lu et joué qu'exposé sans cesse à la honte posthume des contrefaçons téméraires? Ce n'est donc plus l'histoire de Molière revue et corrigée par TEur rope entière que nous avons à esquisser, c'est l'histoire de Molière placé et contemplé par l'ancien et le nouveau monde sur les plus hauts sommets de l'art et de la gloire. L'Allemagne et l'Angleterre vont nous montrer Tune après l'autre ces transitions fatales heureusement accomplies.
Ce furent les impertinents paradoxes de Wilhelm de Schlegel qui donnèrent en Allemagne le premier signal d'une recrudescence d'attention en faveur de Molière. L'heure était enfin venue où le génie critique de la race germanique allait le dédommager des torts, bien involontaires sans doute, qu'avait eus envers lui l'impuissance de son génie comique. Il y avait alors, je parle de l'époque qui suivit les attaques de Schlegel, il y avait dans une petite ville de l'Allemagne un vieillard illustre dont les menus propos allaient chaque jour s'ajouter les uns aux autres sur les registres d'un jeune ami, le fidèle Eckermann. Grâce aux révélations d'Eckermann, nous savons aujourd'hui quelle impression la fatuité de Schlegel avait produite sur l'auteur
de Faust et de Werther. Autant Schlegel lui paraissait ridicule, autant Molière lui semblait inimitable. Il aimait à rappeler, non pas le premier dans son art, mais le modèle même de cet art, et il le relisait une fois tous les ans pour se rapprocher, disait-il lui-même, de la perfection du génie comique. Il n'est plus permis aujourd'hui à un ami de Mglière d'ignorer les trois ou quatre appréciations ingénieuses et profondes qu'on trouve de ses principales pièces, sous une forme toute familière, dans ces causeries de Gœthe avec Eckermann*. Pour Gœthe, d'ailleurs, Molière, ce n'était pa3 uniquement l'idéal de la comédie, mais bien aussi l'une des âmes les plus nobles et les plus délicates qui eussent jamais honoré l'humanité.
Ce ne fut pas Gœthe seulement, ce fut toute l'Allemagne qui tint à témoigner par de nouveaux hommages de la complète inutilité de paradoxes aussi imprudents que ceux de Wilhelm de Schlegel. Malgré la traduction estimable, et complète, à deux comédies près, qui avait paru en 1752 à Hambourg, nos voisins ne pouvaient cependant pas encore se flatter, il y a trente ans, de posséder dans leur langue un Molière qui fût vraiment digne d'eux.' Un éditeur d'Aix-la-Chapelle entreprit de combler cette lacune, et bientôt en eflet parut, sous la direction de M.Lax, un Molière excellemment traduit tour à tour çn vers et en prose, conformément à l'original, véritable monument de la patience allemande et témoignage significatif de sa persistante admiration. Qu'on ne croie pas au reste que l'Allemagne contemporaine se contente de relire Molière : elle se le fait jouer sur tous ses grands théâtres. J'ai eu moi-même l'occasion et le plaisir de voir M. Dawison s'essayer dans le rôle d'Harpagon. Dans ce théâtre de Dresde, sorte de temple
1. V la traduction de M. Emile Délerot (2 volume» , Charpentier). T. i, p. 215, 235, 243, 322, 331, 355 et T. II, p. 200, 363, 373.
royal de Tart dramatique, Molière, seul de tous les nôtres, a sa statue. Trois de ses personnages ont même été admis par M. Huebner à figurer sur la toile célèbre de cette même salle qu'on pourrait justement appeler la bannière de l'école romantique, et ce n'est pas là un si mince honneur qu'on le pourrait supposer, car Racine et Corneille en ont été exclus. On retrouverait ailleurs des exemples de cette préférence décidée de TAUemagne pour Molière. A Stuttgard, pour ne citer qu'un fait, pendant une période où Racine n'apparaît que deux fois sur l'affiche, Molière l'occupe vingt et une fois*. Les marionnettes elles-mêmes, on en a la preuve, ont colporté ses pièces d'un carrefour à l'autre.
Un volume enfin ne serait pas de trop pour citer tous les écrivains qui dans la patrie de Schiller et de Gœthe ont parlé de Molière avec une respectueuse et ardente sympathie. Depuis M. Devrient, l'historien de l'art du comédien, jusqu'à M. Gervinus, l'historien de l'orgueil germanique, que la liste serait longue 1 M. Edouard Arnd notamment, dans sa récente histoire de la littérature française, a écrit quelques pages qu'il faudrait se hâter de traduire en France. Il n'y a pas même jusqu'au roman et au théâtre qui ne se soient emparés de la personne de Molière pour lui décerner les honneurs d'une sorte d'apothéose. M. Gutzkow, l'un des poètes les plus célèbres de la jeune Allemagne, a écrit sous ce titre, V Original du Tartuffe, et un peu d'après il Molière de Goldoni, une comédie destinée à accroître encore le puissant effet de la pièce française et à redoubler notre indignation contre l'hypocrisie, en substituant au peu de précision d'un nom imaginaire la réalité accablante d'un grand nom historique et parlementaire, le président de Lamoignon. Quant à la nouvelle fantastique et bizarre que M. de Stern-