‹ Homère: poëmeChapitre 22 sur 29 · I/OBÉLISQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

I/OBÉLISQUE DE PARIS

Sur celle place je m*ennuie, ;

Obélisque dépareillé; Neige, givre, bruine et pbiie Glacent mon flanc déjà rouillé ;

Et ma vieille aiguille, rougie Aux fournaises d*un ciel de feu.

Prend des pâleurs de nostalgie Dans cet air qui n*est jamais bleu.

ÉMAUX Et CAMÉES. 6^

Devant les colosses moroses Et les pylônes de Luxor, Près de mon frère aux teintes roses Que ne suis-je debout encor,

Plongeant dans Tazur immuable, Mon pyramidion vermeil, Et de mon ombre, sur le sable, Ecrivant les pas du soleil !

Rhamsès, un jour mon bloc superbe, Où rétemité s*ébréchait, Roula, fauché comme un brin d'herbe.

Et Paris s'en fit un hochet.

La sentinelle gi^anitique.

Gardienne des énormités. Se dresse entre un faux temple antiquii Et la chambre des députés*

fA ÉMAUX ET CAMÉES.

Sur réchafaud de Louis seize, Nonolilhe au sens aboli, On a mis mon secret, qui pèse Le poids de cinq mille ans d oubli.

Les moineaux francs souillenl ma tôle, Où s'abattaient dans leur essor L'ibis rose et le gypaète Au blanc plumage, aux serres d or.

La Seine, noir cgout des rues, FIcuTC immonde fait de ruisseaux, Salit mon pied, que dans ses crues Baisait le Nil, père des eaux.

Le Nil, géant à barbe blanche Coiflë de lotus et de joncs, Versant de son urne qui penche Des crocodiles pour goujons !

ï^s chare d or étoiles de nacre Des grands Pharaons d'autrefois Rasaient mon bloc heurté du iîacrc Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique.

Le pschent au front, les prêtres saints Promenaient la bari mystique Aux emblèmes dorés et peints ;

Mais aujourd'hui, pilier profane Entre deux fontaines campé, Je vois passer la courtisane Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre, La procession des bourgeois.

Les Soions qui vont ù la Chambre, Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes Fera ce peuple impie et fou, Qui se couche sans bandelettes Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n'a pas même d'hypogées A Vabri des corruptions, Dortoirs où, par siècles rangées, Plongent les générations!

Sol sacré des hiéroglyphes

Et des secrets sacerdotaux,

Où les sphinx s*aiguisent les griffes

Sur les angles des piédestaux ;

Où sous le pied sonne la crypte.

Où répervier couve son nid, Je te pleure, ô ma vieille Egypte, Avec des larmes de granit !

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