L'OBÉLISQUE DE LUXOR
Je veille, unique sentinelle De ce grand palais dévasté, Dans la solitude éternelle, En face de l'immensité.
A Thorizon que rien ne borne, Stérile, muet, infini, Le désert, sous le soleil morne, Déroule son linceul jauni.
Au-dessus de la terre nue.
Le ciel, autre désert d*azur, Où jamais ne flotte une nue, S*élale implacablement pur.
69 ÉMVIX ET CALÉES.
Le Nil, dont Teau morlc s'otanic D*unc pellicule de plomb, Luit, ridé par riiippopotame.
Sous un jour mat tombant d*aplomb;
Et les crocodiles rapaces.
Sur le sable en feu des ilôts. Demi-cuits dans leurs carapaces, Se pâment avec des sanglota.
Inunobile sur son pied grêle, L*ibis, le bec dans son jabot, Déchiffre au bout de quelque stèle Le cartouche sacré de Thot.
Lliyène rit, le chacal miaule.
Et, traçant des cercles dans Tair, L^éperrier affamé piaulé, Noire viijjulc du ciel clair.
Mais CCS bruits de la solitude Sont couverts par le bâillement Des sphinx, lassés de Tattitudc Qu'ils gardent immuablement.
Produit des blancs reflets du sable Et du soleil toujours brillant, Nul ennui ne t*est comparable Spleen lumineux de l'Orient î
C'est toi qui faisais crier « grâce ! »
A la satiété des rois Tombant vaincus sur leur terrasse.
Et tu m'écrases de ton poids.
Ici jamais le vent n'essuie Une larme à l'œil sec des cieux.
Et le temps fatigué s'appuie Sur les palais silencieux.
70 ÊMAIX ET CAMÉES.
Pas un accident ne dérange La face de rétcrnilé ; L'Eg\plc, en ce monde où tout change.
Trône sur l'immobilité.
Pour compagnons et pour amies, Quand Tennui me prend par accès, J*ai les fellahs et les momies Contemporaines de Rhamsès ;
Je regarde un pilier qui penche, Un \ieu\ colosse sans profil Et les canges à voile blanche Montant ou descendant le Nil.
Que je voudrais, comme mon frère, Dans ce grand Paris transporté, Auprès de lui, pour me distraire, Sur une place être planté.
Là- bas, il voit, à ses sculptures, S'arrêter un peuple virant, léraliques écritures.
Que l'idée épèle en rêvant.
Les fontaines juxtaposées Sur la poudre de son granit, Jettent leurs brumes irisées, Il est vermeil, il rajeunit !
Des veines roses de Syène Gomme moi cependant il sort, Mais je reste à ma place ancienne, Il est vivant et je suis mort.