LA PARAPHRASE
C'est une analyse et une synthèse ; et la réunion de ces deux méthodes n'est pas exclusivement propre à l'homélie. Tel sermon synthétique, si l'on y regarde de près, analyse le texte, et dans cette analyse trouve toute sa division . Ainsi procédaient presque constamment nos prédicateurs français réformés avant Dubosc. Ils épelaient, si l'on peut dire ainsi, la parole biblique. Cependant, comme leurs analyses ne portent pas à l'ordinaire sur des textes très étendus, leurs discours passent pour des sermons et non pour des homélies. On peut dire au moins qu'ils marquent la transition, ou qu'ils occupent l'espace intermédiaire entre le sermon et l'homélie. Ces trois formes ne sont que trois degrés de la méthode analytique, qui se met au large et triomphe dans l'homélie. — Mais dans toutes les trois, l'analyse n'est que le préliminaire et le moyen de la synthèse, par laquelle il faut toujours finir.
Même la paraphrase n'est admissible qu'à cette condition. Elle n'est, dans la rigueur de son idée, qu'un discours parallèle à celui de l'auteur sacré, une explication suivie du texte, explication dont l'étendue n'a aucune limite précise. On en trouve plus d'un exemple dans Massillon (1). Je crois que si Ton consulte la nature de l'esprit humain, on sentira la nécessité de réunir après avoir analysé, et de donner un lien quelconque, le lien d'une idée commune, aux éléments qu'on a successivement recueillis. — Je sais bien que quand le lien est très lâche, l'unité n'est guère que
(1) Voyez, entre autres, tome YllI, page 59 de l'édition Méquignon, in-12.
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nominale. La notion d^être est finalement ilh lien pour les idées les plus opposées.
Laissant la paraphrase pour ne parler que de Thomélie, nous discfns que, si elle n'est pâà si profoiidêftiéîit différente du sermon ordinaire qu'on le suppose cotnmunément, elle a pourtant un caractère à part. Ce caractère ne lui vient pas Seulement de ce que, le plus souvent, elle s'attache à des récits, ou de la familiarité du genre, mais plutôt de ce que sa première préoccupation, son otjet principal, est dfe mettre en relief lés parties successives d'un texte étendu, se subordonnant à ses contours, à ses accidents, à ses hasards, si l'ofa peut dire aini^i, plus que ne le ffeîait le sefmon prôpfeihetit dit.
Il n*y a ûén qui distingue essentiellement l'hôinélië du serinon si ce n'est la prédominance relative dé l'analyse; en d'autres termes, l'ea?pKcafion prévaut sur leiy^- (ëme. Tout ce que nous avons dit du sermon s'applique donc d'une manière générale à l'homélie. La difficulté que ce genre présente ne va jamais jusqu'à l'impossibilité. Ce n'est pas au hasard que l'on découpé dans le texte général des livres sacrés le texte particulier d'une homélie. La délimitation n'est point arbitraire. L'unité a été aperçue d'avance et a déterminé les limites dti texte (1) ; on est donc bien sûr de la trouver. Le danger seulement est de laisser l'unité du sujet, comme le fil d'un sentier, s'ensevelir et se perdre sous une végétation entrelacée et touffue. Il y a sans doute un art
CO Quand od prends comme Luther, deux récits (Bfatthieu, VIII, i-i3), parce qu'ils se suivent, on ne trouvera pas l'unité parce qu'on ne l'a pas cherchée.
L HOMELIE. 169
d'analyser. Analyser, ce n'est pas seulement éplucher, disjoindre ; c*est en même temps lier ; c'est conserver ou marquer les articulations, c'est respecter la vie du texte, c'est le développer plutôt que le décomposer. On doit, ail milieu de toutes les lignes qui se croisent, s'entrelacent et s'obombrent dans un récit ou dans une parabole, démêler et saisir la ligne maîtresse, l'idéemère, jeter à l'écart, ou reléguer dans le demi-jour, au second plan, ce qui est dé moindre importance, ce qui fait partie intégrante du récit, sans faire partie intégrante de l'instruction qu'il est destiné à fournir. Il faut encore proportionner le développement de chaque trait à son importance, ne pas se laisser aller à l'attrait, à l'intérêt souvent sérieux de tel ou tel détail, qu'on pourra, dans une autre occasion, reprendre et traiter à part; on ne doit pas courir deux, encore moins trois lièvres à la fois. — Plus les idées que l'on recueille sont importantes, plus l'esprit, sollicité fortement par chacune, se fatigue et se disperse (1).
Je suppose lé choix des textes libre; s'il ne l'était pas, et qu'une péricope prescrite n'offrît point d'ellemême une unité suffisante, j'aimerais mieux m'en pas- Ci) Ammon, AnUitung zur Kanzelberedsamkeit, page 107, [cite l'exemple (Tiine homélie sur Blatthien, XIV, i à 10, « qui perd, dit-il, une partie de son in- «térèt fiar faecumnlatioa des si^eta suivants: i» Passage de la débauche à la « cruauté ; 2"» du devoir de dire ouvertement la vépté ; 3*» de la passion des fem- « mes pour la vengeance ; 4<> de la secrète terreur que la vertu sans défense inspire «à Fhomme vicieux puissant; 5<* de Tinconséquence du vicieux. — L'unité, ajoute « AmmoD, ne doit jamais être sacrifiée, même dans l'homélie, et c'est à tort que « Fon a voulu voir dans le défaut d'unité la marque distmctive de ce genre de pré- « dication. » ]
Voyez, 'comme exemples d'homélies : Gellérier, sur 2 Samuel, II, 1-7. (Homélies, tomel, page 210.) et Rochat, les Anges logés chez Abraham. (Discours et Méditations, page 223.)
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ser que de l'obtenir de force. Cependant il est rare que quelque lien commun ne se présente pas (1).
Comme le prédicateur paraît plus porté par son texte dans l'homélie que dans le sermon synthétique, le premier de ces deux genres est réputé plus facile. Et en effet, il est plus facile de faire une homélie qu'un sermon; mais un bon sermon est plus aisé à faire qu'une bonne homélie. — De grands maîtres dans Fart de prêcher, Bourdaloue par exemple (2), n'ont pas réussi dans l'homélie.
Les plus excellents juges en fait de prédication ont recommandé l'homélie.
Fénehn. — c< Vous voulez qu'un prédicateur exc< plique de suite et littéralement l'Écriture sainte ? — c< Oui, cela serait admirable (3). »
Herder. — « Dès que la prédication cessa d'être ce « qu'elle était dans la bouche des apôtres, un message « proprement dit, elle devint explication de la Parole « de Dieu, des écrits apostoliques, de leur doctrine, et « application au troupeau silencieux et recueilli, de « tout ce qui venait de lui être lu . Cela s'appela ho- « mélie, et ce n'était, en effet, ni une harangue ni un «discours.... L'explication de l'Écriture est à mes « yeux la principale et la meilleure prédication, dans c< notre temps surtout ; et je la regarde en particulier
(0 Voyez l'exemple cité par Ammon, Anleitung zur Kanzelheredsamkeit, page 108, note i.
(2) Exemple : Thomélie sur V Aveugle-né, (tome II, page 239, de l'édition Lefèyre), dont voici le plan : I. Aveuglement des pharisiens. II. Témoignage sincère, généreux, convaincant de l'aveugle. — Un genre comme celui-là est encore plus celui du sermon que celui de l'homélie.
(3) Fénelûn, Dialogues sur Véloquence, dialogue III, vers la fin.
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\p\ ï comme le meilleur et le plus sûr exercice de prédi-
« cation pour les jeunes gens (1). »
Jil biUait-lUembrini. — « Il serait bien à désirer que fel «ce genre fût plus général. On aurait la parole de ^ « Dieu expliquée d'une suite, et non un tissu de rait sonnements humains auxquels on fait plier un texte. « Les homélies étaient le genre des Pères de l'Église... « Les homélies faites dans le vrai goût, et par des « hommes capables de les faire, seraient extrêmement « utiles. On prend un morceau de l'Écriture, et on « l'explique dans son enchaînement; on en développe « le sens intérieur ; une infinité d'idées y entrent et « viennent comme à la file ; nombre de devoirs sont « expliqués en peu de mots (2). Ce serait une façon « de prêcher plus moelleuse, plus scripturaire, plus « chrétienne. On apprendrait au peuple la manière «dont il doit lire l'Écriture; on la lui explique; on « montre la connexion entre des idées qui semblaient « d'abord peu se rapprocher. Enfin, on s'éloignerait « moins de la vraie Parole de Dieu (3). »
Amman. — « Les homélies sont propres à faire con- « naître la Bible toujours moins connue ; elles facili- « tent l'application de ses principes à la vie privée et « à la vie publique ; la simplicité et la variété qui les « caractérisent leur assurent un effet plus général et « plus durable sur la majeure partie des auditeurs ;
{i) Herder, Briefe ûber dos Studium der Théologie, 43*'^ Brief. (Tome II, pages 19-24 de Fédition de Carisruhe, 1829.)
(2) Voilà un avantage qui touche de bien près à un inconvénient.
(3) Dutoit-Membrini, Philosophie chrétienne, Discours préliminaire, page 89,
47^ l'bohiêlie.
« enfin, elles excitent le prédicateur lui-même à une « étude plus suivie et plus approfondie de l'homme el « des documents de notre religion. — D'un autre cô- « téy elles ont l'inconvénient de gêner le libre comî! « de la pensée du prédicateur, de diviser l'attention « en lui proposant une trop grande diversité d'objets, £ « et de ne pas laisser assez d'espace au développement P « et à l'application d'une vérité particulière (1)^ ''^
SchoU. — « La Parole de Dieu en est (de l'homélie^ f a plus complètement la base et le fll directeur. Cfe ' n genre de prédication appelle naturellement et sans ^ « effort à une plus grande variété d'enseigiiemente, • « et dès lors il est mieux adapté aux besoins diVert « des âmes. Il combat cette uniformité dans le choix « de leurs sujets, et ces tendances exclusives aux- « quelles les prédicateurs ne sont que trop portés. H « est plus propre à communiquer la connaissance de « l'Écriture sainte dans son ensemble et dans ses dé- « tails, à inspirer le goût de la méditation de cette dic< vine Parole, et à apprendre à ceux qui l'étudient à « la lire avec intelligence, avec réflexion, et en s'en « faisant sans cesse une application directe et persofl" « nelle (2). »
Résumé. — Cette méthode n'a pas tous les avantages de la méthode synthétique, et elle est susceptible d'abus plus ou moins fâcheux. Ammon vient de nous le montrer. Mais l'absence de certains avantages et la possibilité de certains abus, ce ne sont pas des dé-
(i) Ammon, AnUitung zur Kanzeïberedsamkeit, page iu. (2) Sctoll, Sermons. Londres, I835. Préface, pages XVI-XVII.
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. L'autre méthode aussi n'a pas tous les avantages 1 peut imaginer ; elle n'est pas non plus à l'abri »us les abus qu'on peut craindre. Ce qu'on peut en faveur de celle-ci : i^ c'est qu'elle fait con- B et remet en honneur l'Écriture sainte ; 2® c'est le est accessible à un plus grand nombre d'intelces et plaît à toutes en remplaçant par des teintes vives la teinte grisâtre de l'abstraction ; 3** c'est le combat les tendances exclusives auxquelles les icateurs ne sont que trop portés ; 4° c'est qu'elle •e à la prédication plus de variété que le genre létique.