‹ HomilétiqueChapitre 48 sur 98 · RÉSUMB DB LA PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

RÉSUMB DB LA PREMIERE PARTIE

'ie lui ; mais il parle au monde spirituel ; il y a plus : la Parole crée le monde visible qui ne parle point; la Parole crée le monde spirituel en le faisant parler; je dis parler intérieurement, c'est-à-dire penser, et penser 3xtérieurement , c'est-à-dire parler. Le christianisme est une religion qui se parle et qu'on doit penser.

Penser y et non pas rêver ; penser avec le cœur, la cx)nscience et l'entendement; penser, c'est-à-dire savoir et croire ; penser, c'estrà-dire agir et vivre, par conséquent parler et non pas balbutier, ainsi qu'ont fait toutes les religions humaines, voilà un des caractères et un ies titres d'honneur du christianisme. Le ministre de :îette religion est donc le communicateur et l'interprète d'une pensée; quelle que soit la spécialité et la forme de son ministère, il est le ministre d'une parole. Ce ministre parlç, c'est-à-dire qu'il pense* Le ministre est un homme qui pense le christianisme, et qui s'applique à le faire penser; car, encore une fois, le christianisme veut être pensé. Et c'est pour cela, entre autres raisons, que, seule parmi toutes les religions, celle de Jésus-Christ a fondé une Église : l'idée d'Église et celle de parole sont corrélatives.

Cette parole dont le point de départ est divin, dont les matériaux sont divins, est une parole humaine. Elle est assujettie aux mêmes lois que toute autre parole. Elle en reçoit, il est vrai , de particulières de son but particulier ; mais en cela même elle obéit aux règles générales de l'éloquence. Ces règles particulières ne peuvent pas plus la sortir du domaine commun de l'éloquence que la tribune et le barreau n'en sont exclus

par la nature spéciale de leur objet. L'homilétiqoe n'est que la rhétorique appliquée au discours sacré.

Dans Fhomilétique , comme dans la rhétorique, il faut partir d'une notion juste de l'éloquence. Cette n^ tioû nous a paru renfermer deux éléments : l'un subjectif, qui n'est autre que la puissance de persuader; l'autre objectif, qui est la vérité mcMrale ou le bien. Ce n'est pas nous, au fond, qui sommes éloquente, c'esl la vérité ; être éloquent, ce n'est pas ^uter quelque chose à la vérité^ c e&t lui rendre ce qui lui appartient, la mettre eaÊt poss^sionde tous ses avantages naturels, c'est faire tomber les voiles qui la couvrent, c'est ne plus rien laisser entre l'homme et la vérité. Où pourra être éloquent dans une mauvaise cause, mais ce ne sera jamais qu'en donnant au mal lei» apparences du bien. L'éloquenx^ meurt dans un air infect.

Mais l'éloquence laisse la spéculation pure à la philosophie, la contemplation pure à la poésie ; eUe se fortifie et s'embellit dans, leur profitable oomaierce, mais elle tend à l'action. L'action est son essence m^ne. L'éloquence n'imite pas, elle agit. Le drame des poètes n'est que la représentation des mille drames don! la vie' est formée : le discours public est un drame réel qui a so» n œud, ses péripéties et son dénoûment. Ce dénoûment, c'est la détermination otr là conversion de la volonté. La poésie, même alors qu'elle simule l'action, se meut dans la r^ion des idées ; l'éloquence a pour ' matière k vie, et la vie pour objet. Elle meurt, avons- > nom dit, daas une atmosphère corrampue, mais eîle .' n>eurt aussi dans un air trop subtil.

RésUMé DE LA FREHI^RE PARÎTE; 299

Ce- caractère toutefois, et par conséquent l'élément oratoii'e, est nwins saillant dans la chaire, oà renseignement prend plus de place qu'ailleurs. L'enseignement es* même le premier but du discours ecclésiastique. L'éloquence delà chaire s'appelle |?r«dïcafton, c'està-dire enseignement public. Forcer la prédication à être enrateire au même degré et de la même manière que la tsnbune, ce serait en altérer le caractère et dénaturer h mission du pasteur. Mais cet enseignement, sans doute, peut être éloquent, et doit l'être.

Cet art lui-même, d'enseigner éloquemment, est-ce uite chose qui s'enseigne? On oppose à cette idée des raisons tirées de la religion. Mais si l'éloquence consiste essentiellement à mettre la vérité dans tout son joor, mais si l'art et l'artifice ne sont pas ime même diose, si l'art est à la nature dans le même rapport q» 1» civilisation, si dans l'instinct même, auque on voudrait se réduire, il y a un commencement d'art, si l'art n'est que cet instinct lui-même perfectionné et développé par la réflexion , enfin , s'il est aussi légitime, ou plutôt aussi obligatoire, de surveiller et de régler nos paroles (qui sont des actions) que de surveiller et de régler nos actions proprement dites, notre dessein se trouve pleinement justifié, et une seule chose ne peut pas l'être, c'est de donner à la vérité l'étrange conseil de désarmer quand Terreur et le péclié restent sur pied de guerre. Or, les armes que nous anoQS en vue, il faut les faire connaître, il faut en enseign^ l'usage, il y faut accoutumer celui qui les portera : c'est l'objet de l'homilétique. Prenons garde que

Page 1