RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE
les scrupules de la conscience ne deviennent les prétextes de la paresse et l'excuse de la légèreté.
Mais, sans doute, si Thomilétique est quelque chose, Thomilétique n'est pas tout ; elle ne remplace ni la conviction, ni l'enthousiasme, ni le talent, ni les connaissances, et ne dispense pas de l'étude des modèles. Entendre un cours d'homilétique n'est pas non plus avoir fait de l'homilétique ; chacun doit, jusqu'à un certain point, se l'enseigner ; on ne sait bien que ce qu'on a appris par soi-même. Un cours donné n'est pas nécessairement un cours reçu ; apprendre, est un fait de la volonté : apprendre, c'est prendre, c'est même créer.
Inventer, disposer, exprimer, c'est tout l'art, disent les anciens rhéteurs; c'est tout l'art, ont répété les modernes^ Nous ne prétendons pas dire mieux. Ces trois opérations comprennent tout l'art, et ce sont bien trois opérations. En empruntant nos expressions à l'art de l'architecture, et disant : la matière, la structure ^ le style, nous ne serions pas mieux compris.
L'invention est l'unique objet de cette première partie.
L'acte de l'invention, commun à tous les moments de l'art (car on invente son plan, on invente son style) est, dans le fond, un grand mystère : l'invention est le talent même. On n'enseigne pas le talent; on ne donne pas à celui qui n'a pas, mais on peut donner à celui qui a. Pour l'esprit inventif (et quel est l'esprit absolument dénué d'invention?), il y a des moyens d'inventer davantage et d'inventer mieux. Le premier point est de connaître Si la science ne donne pas l'ori-
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ginalité, elle raugmente et Tentretient. Connaissez donc rhomme, la vie, la parole divine, connaissezvous vous-même ; connaissez tout, si vous le pouvez ; toute vérité tend vers la vérité suprême ; toute vérité peut lui servir de preuve ou d'éclaircissement. Ensuite, urissez-vous à votre sujet par une méditation intime ; réchauffez-le de votre chaleur, réchauffez-vous de la sienne ; que votre sujet vous soit une réalité, et la préparation de ce discours une époque de votre histoire ; ne pensez pas seulement, vivez ; essayez à votre àme ces mêmes idées par lesquelles vous voulez agir sur l'âme des autres. Faites autre chose encore : analysez, selon les lois d'une saine logique, la matière qui vous est offerte. Après vous être] mis, par la méditation, en contact avec les choses mêmes, mettez-vous, par l'analyse, en contact avec leur idée; après avoir appliqué à cette étude la logique de l'âme, appliquez-y celle de l'esprit. Inventer, c'est trouver; cette même faculté de raisonnement que plus tard vous emploierez à prouver, employez-la d'abord à trouver. Tels sont les instruments de l'invention ; faites-en un fréquent usage; étudiez, méditez, analysez beaucoup; affilez par des exercices répétés ce tranchant de l'invention que bientôt, sans cela , la rouille amortirait : ne vous hâtez pas de recourir à cette espèce de banque des es* prîts superficiels, à cette topique banale dont les lieux communs ne sont pas méprisables, ont rendu service à tout le monde, mais dont l'usage indiscret fait négliger au talent ses ressources propres. Ayez de la méthode plutôt qu'une méthode.
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Sous la rabrique de Vinventiany ce que vous ave£ -trouvé dans la première partie de notre cours, ce «ont essentiellemeiit des directions sur le dioix des matériaux. Mais ici apparaissent deux caractères de ïëkh quence des temples. — Le premier , le voici : quoique, dans son ensemble, la prédication soit une aSadne, càaque sermon n'en est pas une ; la prédication aVjst pas aduelle au même sens que le discours du barreau cm de la tribune ; elle ne surgit pas d'un fait accidentel ; «eBe est toute spontanée : c'estdire, Messieurs, qu'elle choisà ses sujets. L'autre caractère, le voici : non-seuiemeDl la prédication se rattache à un document, (ce <5pie tek aussi l'élocpience judiciaire en invoquant la loi , et ¥ék>quence politique en se référant à la constitution do pays,) mais elle consiste essentieliement à développer ce document, elle en découle comme de sa eouroc; ce document est son d)jet : de là est résulté, non pas laécessairement, mais naturellement, l'usage de pi<6cher sur un texte. Avant donc d'aborder la matàhre même ou la substance du discours, l'hamilétique traitera du choix des sujets et du choix des textes.
Faudrait-il opter exclusivement entre les suj^ et les textes ? Parce que le sermon se rattache à un texte, tout se réduira4-il, pour le prédicateur, à discerckcr ie fiiijet enfermé dans le texte? et n'y aura4-il, pourhn, jplus de sujets proprement dits? Ceci conduirait à Texamen de l'usage, devenu loi, qui veut que tout eennon roule sur un passage biblique. En maintenant, par des «otifs sérieusement discutés, l'usage ou la loi, nous n'avons pas jugé que son maintien emportât l'exclu*
néwiH^ mts, la prcmikhc paiitis. 303
sion aijsolue des sujets comnie sujets. G'^st pourquoi, faisant d'abord abslractioa du texte, nous avons parlé du sujet, dont nous avons soumis le <^oix à deux règles : celle de l'unité et celle de l'intérêt. Après avoir déterminé l'idée et relevé l'importance de l'unité, après avoir ramené tout discours aux termes d'une proposition impérative simple, nous avons énuméré ^ différentes forais sous lesquelles celte unité se produit, ou sous lesquelles parf(»s elle se déguise, (^nt à l'intérêt des sujets, nous avons vouki ^u'il fût tout à la fois humain et chrétien, et nous avons cru donner une direction sûre à la prédication en faisant sentir que le fait propre de l'Évangile, le fait que la prédication reproduit et cherche à réaliser, €St de greffer des sentiments divins sur une nature humaine. Nous avons vu que, dans cette sphère comme dans celle de la vie même, la liberté se proportionne à la soumission, et que c'^st au prédicateur vraiment chrétien, comme au chrétien vraiment spirituel, qu'il a été dit : « Toutes choses sont à vous en tant que vous êtes à it Christ, comme Christ lui-même esta Dieu. » (1 Corinthiens, III, 22.) Mais l'inexpérience peut se méprendre sur cette liberté, la voie étroite convient à la jeunesse, et, l'on ne doit, à nul âge, monter en ohaire pour y parier chrétiennement de toutes choses, mais pour y parlOT du christianisme.
Le texte s'est présenté ensuite. Avant tout, avonsnous dit, qu'il soit pris dans la Parole de Dieu, ce qui notamment signifie : qu'il soit pris dans le sens où cette Parole Ta pris. Les applications de cette grande règle
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Tious ont longtemps occupé. Les lois d'une interprétation sincère et sensée ont successivement appelé noire attention. Du sens verbal ou extérieur, qui n'est que préalable, nous avons passé au sens réel ou intérieur, qui est définitif; de l'interprétation des textes de l'ordre spirituel à celle des textes de l'ordre temporel, el à celle encore des textes d'une nature mixte , où le monde qui passe et le monde étemel combinent leurs éléments. Ce n'est qu'après avoir éclairci ces graves distinctions, après nous être rendu compte des rapports et des différences entre les langues, entre les temps, entre les économies dont l'œuvre divine se compose, que nous sommes rentré dans l'enceinte commune à tous les genres d'éloquence en traitant de la matière même ou du contenu du sermon. Rappelons cependant encore que la question des textes nous a conduits à celle de l'homélie ou du sermon analytique, et que nous avons cherché les moyens de réduire ce beau genre de prédication à la loi universelle et inflexible de l'unité.
Connaître pour croire , croire pour connaître , par conséquent connaître et croire , et l'un et l'autre afin d'agir, voilà toute la religion , voilà aussi toute la prédication. Pour ce qui est de la connaissance, elle embrasse les faits, c'est-à-dire ce qui apparaît dans l'espace et dans le temps, et les idées qui ont une' réalité mdépendante de l'espace et du temps. Les faits se décrivent ou se racontent. Les idées se définissent» Il a fallu définir la définition , en établir la nécessité, en <li»tinguer les modes divers, montrer par quelle pente
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involontaire ou par quelle nécessité elle rentre sous les lois du temps et de l'espace en retournant vers la narration ou la description , en sorte que des idées sans date et sans lieu se racontent et se décrivent comme des faits.
La croyance, qui est à la connaissance dans le double rapport de but et de moyen , puisque tour à tour il faut connaître afin de croire et croire afin de connaître ; la croyance, par où nous entendons le double assentiment de la raison et de la volonté, appelle à son tour les regards de l'homilétique. Nous passons ainsi de l'explication à la preuve, qui fait usage de raisonSy s'il s'agit d'atteindre l'entendement, et de motifs^ s'il s'agit de déterminer la volonté.
La décision intellectuelle, différente de la décision pratique, a une triple source : l'expériencle, l'autorité, le raisonnement. Chacun de ces moyens implique l'emploi desdeuxautres ; mais ils n'en sont pas moins distincts. Apprécier leur importance respective , montrer l'insuffisance de chacun dans son isolement, a dû être notre premier soin. Considérant ensuite les deux premiers (savoir l'expérience et l'autorité), comme les matériaux du raisonnement, et le raisonnement lui-même comme la substance principale du discours, nous nous sommes attaché à distinguer les différentes formes de TargU' mentation dans le discours oratoire , et spécialement dans l'éloquence sacrée, dont nous avons consulté avec soin les exigences, les prédilections , les répugnances. Aux raisons , qui créent la certitude de l'esprit, ont
succédé les motifs, qui décident la volonté;. Distinction
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bien fondée. Entre la conviction et l'action, il y aurait solution de continuité «ans l'affection ; l'affection jette sur cet abîme un pont qui lie la vérité et la volonté. Disons mieux : la vérité devient l'objet môme de la volonté. Tous les motifs se ramènent à deux : le Inen et le bonheur. Dans le premier de ces motifs ou de ces çlb]e\s présentés à l'affection, nous avons distingué, puis réuni le bien m $ôi et Vautmr du bim ; nous y avons distingué encore les deux sentiments corrélatifs de l'amour et de la haine , et les deux éloquences qui y oorrespondent. L'appel que fait liautement l'Évangile à l'amour du bonheur , nous eût dispensé de justifier l'emploi de ce motif, car c'est en répondant à cet impérieux besoin de toute vie que Dieu ouvre nos cœurs à l'amour du bien : nous avons remis sans hésiter entre les mains du prédicateur cette arme honorable et nécessaire. Ce motif du bonheur, axe de la vie humaine, nous a présenté à ses deux pôles la crainte et l'espérance ; la crainte qui resserre le cœur et l'espéwtnee qui le dilate; la crainte qui n'est qu'une passion, l'espérance qui peut devenir une vertu. Autour de ces deux grands objets, le bien et le bonheur, se groupent comme des satellites quelques motife secondaires, dont nous avons indiqué l'usage.
S'il est vrai qu'on ne puisse déterminer la volonté sans faire appel à une affection, il s'ensuit que l'éloquence ne saurait atteindre son but sans émouvoir ;
• ear l'émotion n'est que l'affection elle-même à l'élat actuel ou d'excitation temporaire. Mais il y a une éco-
• nomie de l'émotion. Nous avons défendu contre ses