‹ HomilétiqueChapitre 68 sur 98 · DE L'ËLOCCTION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L'ËLOCCTION EN GÉNÉRAL

Vous avez choisi les arguments ou les idées principales de votre discours ; vous avez, ou d'un même coup, ou par une opération su'bséquente, classé, coordonné dans votre esprit ces matériaux ; il vous reste à donner une forme et un corps aux résultats de ces deux premières opérations, à faire penser à d'autres, sur ce sujet, ce que vous pensez vous-même. Il vous reste, en un mot, à écrire votre discours. C'est l'œuvre dont nous avons maintenant à vous entretenir.

Cette idée d'écrire est moins simple qu'il ne paraît d'abord. S'agit-il simplement d'exprimer par des mots les idées et les rapports dont les deux opérations pré: cédentes vous ont mis en possession ? Personne ne le pense. Un discours strictement réduit à cela est une analyse, et point encore un discours. Mais si écrire est

<]nelque chose de plus que de rendre au môjren du lan^ gage les idées qu'a fournies le double travail de l'inven^ tien et de la dispositicwi, écrire, c'est donc encore penser; écrire, c^ est inventer ; éorire, c*èst disposer? En efifet, écrire, c'est tout cela .

L'œuvre du style n'est, à le bien prendre, qu'une prolongation des deux premières, dont l'une s'appelle tmanlton, l'autre disposition. Écrire, c'est encore et toujours^ inventer et disposer. Une image ne renferme^ t-elle pas une idée? un nom n'est-il pas un jugement? la loi de l'ordre et de la gradation ne se poursuit-elle pas jusque dans les détails? un paragrajdie^ pour ne pas dire une phrase, n'est-fl pas tout un discours?

De même que l'invention et la disposition se repro^ duisent, sur une échelle fort réduite, dans la phrase et jusque dans l'incidente, l'élocution trouve place dans les premiers rudiments du discours,, et, pour ainsi dire> dans la table des matières. Toutefois, elle ne déploie tous les caractères dont elle est susceptible que dans le développement et dans les ramifications de la pensée. L'élocution, c'est la pensée encore, mais à sa surface ou à ses extrémités. Et ceci fait comprendre toute rin>- -pmlance de l'élocution. Le simple énoncé des chefs principaux du discours éclaire peu, toudiie peu le commun des auditeurs. C'est par les idées particulières qu'ils sont immédiatement affectés. Il en est des idées générales comme des substances sapides et nutritives ; il faut qu'elles se décomposent dans notre bouche et s'y fondent pour nous procurer la sensation de la saveur; il faut qu'arrivées dans notre ,estomac> elles s'y

4i2 w l'jlocution ik «Mial.

décomposent d'une autre façon pour que notre corps fioit nourri : de même, en général, nous ne connaisfions le goût de la vérité, et elle ne devient pour nous une nourriture, que par le moyen de ses parties. Pour nous servir d'une autre comparaison, que feraient dans notre corps les gros vaisseaux sanguins, s'ils n'allaient pas, ramifiés et atténués à l'infini , humecter et abreuver notre chair? L'élocution a donc pour double caractère de revêtir la j)ensée de paroles et de décomposer la vérité de manière à rendre son contact avec nous plus immédiat et plus sensible. Mais, quoi qu'il en soit, l'œu* vre du style est une œuvre de pensée et le complé» ment direct de ce 'qui, dans la préparation d'un dis* cours, est spécialement considéré comme la part de la pensée.

On dira : Mais toujours y a-t-il cette différence, que l'on invente et dispose sans les mots, tandis que l'élocution consiste précisément dans l'usage des mots. — Mais d'abord, il n'est pas bien constant qu'on invente et qu'on dispose sans faire usage de mots ; si, cooune je le disais, tout nom est un jugement, tout jugement aussi est un nom. Et qu'importe.ensuite que l'élocution fasse plus distinctement usage de ces signes, sans lesquels elle n'est rien, pourvu que le choix de ces signes et leur disposition soient un travail de l'esprit î Que serait le style, s'il n'était pas cela même? C'est demander ce que serait un mot s'il n'exprimait pas une idée. Le choix des mots, le choix des formes, c'est de la pensée ou ce n'est rien. Il n'y a point de différence essentielle entre cette partie de l'art et les deux autres. Les

OB L'iLOCUnON BN GMllAt. 413

dignes apparaissent plus distinctement, voilà tout. € Bien écrire^ dit Buffon, c^est tout à la fois bien pen- « ser, bien sentir et bien rendre ; c'est avoir en même « temps de Fesprit, de l'âme et du goût ; le style sup* « pose là réunion et l'exercice de toutes les facultés in- « tellectuelles ; les idées seules ferment le fond du < style ; l'harmonie des paroles n'en est que Tacces-

€ soire (1). »

Si les idées capitales du discours sont, quant à son but, les plus importantes, il faut avouer que les idées que Ton manie dans le travail de Télocution, les idées qui constituent le style, sont d'une nature élevée, délicate, et supérieure, dans certains sujets, aux idées dont l'exposition est l'objet même du discours, a Un a beau style, dit encore Buffon, n'est tel que par le « nombre infini des vérités qu'il présente. Toutes les « beautés intellectuelles qui s'y trouvent, tous les rap- « ports dont il est composé sont autant de vérités aussi « utiles, et peut-être plus précieuses pour l'esprit hu- € main, que celles qui peuvent faire le fond du su- € jet (2). » Nous n'avons garde de mettre aucunes vérités au-dessus ni à côté des vérités évangéliques ; mais Buffon ne parle que de l'esprit humain, et dans ces limites ce qu'il dit est aussi vrai que profond.

Ce point de vue, toutefois, n'étant pas d'un intérêt prochain dans la question qui nous occupe, tenonsnou&hen à celui que nous avons d'abord indiqué ; et s'il est vrai que l'élocution soit au discours ce que le visage

(1) BpppON, JHicmtrê iur le ityle. C) ^Mf.

ou Les mains sont au corps de rbonune^ compieninui bien quelle en est rimportaa:^oe; quelle en est aussi k difficulté. Si nous, n'aviûns en vue que k dicUoity œ serait autre chose ; mais il s'agît du «^(e ; la diction n'est pas tout l'homm^ tandis que iout f kamme est dans le style, ou que^ comme le dH Bi^il^ « le 0tf le .« est rhpnune même (i). » Peut-être que le' style ni'est pas uniquement, comme le prétend le nèèjùe auteiu> Voidre et le mouvement' qu^un écrivain doinne à sa pensée ; mais eet ordre et C6 ^nouvemeni font partiç du style; C'est donc' taie grande chose que le style^ et ceux mêmes qui ne se rendraient pas entièrement raison de la p^sée de Giof^n né s! étonneront pas qu'il ait pu s'expdmer ainsi : « Savdr ce qu'il £aut dire et « savoir dans quel ordre^ c'est déjà une grande affiûre; « mais savoir eaioMnerU il faut le dire, c'en est une faîen a plus grande (2), »

Si le style est de la pensée, il semble que ce qui fait le bon esprit fera le bon écrivain, et qu'on ne verra dî un esprit faux écrire bien, ni surtout un esprit iàevk ^ fait mal écrire* 11 est certain que le& grandes qualités du style sont étrangères à un esprit faible ou mal fait; l'élégance seule, une élégance tout extérieure, est à sa portée ; mais combien d'hommes savent penser et 0e savent point écrire 1 Ce sont deux rameaux sortant de lai même tige avec une force inégale. Pour bien écrire, il faut bien penser \ mais il faut quelque chose de plus. Pourquoi s'en étonner? S'étonnert-oii qu'un homme qui marche très bien ne sache pas danser, qu'un homme

(1) fiuFFON, Discoure êur le style^ (a) Cicero, Orvêor^ eap. XVL

PI l'hJOGOIIOII BH QtÊÊtLàMà. 41ft

qui parle agréablement ne sache point chanter ? Où Inen quelque qualité ultérieure fait défaut, ou bien, de deux arts qui sont parents, on n'a étudié que le premier. On se prépare à bien écrire en cultivant Fart d'inventer el celui de distribuer une matière; mais on s^y préparé seulement, et l'élocution ou le âtyle est l'objet d'une étude à part. La langue, d'ailleurs, matière du style^ est tout à fait hors de l'écrivain. Il en est de la langue comme d'un viobn, il faut apprendre a en jouer : on ne vient pas dans le monde avec le coup d'archet dans la main.

Certainement il paraît étrange que l'homme qui pense naturellement bien, à peine arrivé à une certaine limite, cesse tout à coup de bien penser, et que celui qui petit le plus ne puisse pas le moins ; cela est étrange si Ton veut, mais cela est. La pensée du même esprit n'est pas également à son aise dans tous les domaines, comme la poitrine du même homme dans toutes les atmosphères. Quoique écrire soit encore penser, on peut bien penser et mal écrire.

On accepterait plus facilement cette idée, en ne considérant du style que ses parties inférieures ou ses derniers détails, en le confondant avec la diction ; car il y a un sens de ces choses-là, qui peut n*avoir pas été donné à tous les bons esprits. Mais il faut avouer que cela est vrai aussi des parties plus élevées de rélocutîon, du style proprement dit ; et nous nous trouvons: alors bien près de Tinvenfion et de la disposition, bien près de la pensée proprement dite. Même dans ce^ sens, le style est un mérite, une qualité à part.

416 M L'ibocunoN ni cMial*

Mais A j'accorde qu'on peut, en un certain sens, bien penser et mal écrire, accorderai-je aussi facilement qu'on puisse penser mal et pourtant bien écrire? -— Oui, je le pourrai encore, en réduisant le bien écrire à ses parties les plus extérieures et au plus menu détail de l'élocution. Mais le bon style, à prendre ce mot dans toute sa signification, le style, dans le sens ou l'on peut dire qu'il est l'homme même, n'appartient qu'à l'homme qui pense bien et fortement.

ScribeDdi reete sapere estetprincipiiim et fons (4),

dit Horace ; et Gcéron avait dit : Sed tU eloqumOœf, tteul reliquarum rerwny fundamerUum aiLPiiifTiÂ(2) • Beaucoup d'ouvrages bien pensés sont mal éoits ; mais tous les ouvrages vraiment remarquables sous le rapport du style le sont plus ou moins sous le rapport de la pensée.

On peut conclure de tout ceci que le prédicateur, à moins qu'il n'érige en principe la négligence ou le mépris de l'art, doit appliquer au style une bonne partie de ses soins. Car le s>tyle est une bonne partie de l'œuvre totale, mais une œuvre distincte, qui veut une aptitude et des efforts à part.

Quelques-uns se font scrupule de cette application. Us demandent s'il peut convenir au plus sérieux de$ écrivains, au prédicateur, de faire une étude spéciale de l'élocution ou de l'art d'écrire? Si la question n'était pas répétée tous les jours, ce n'est pas nous qui la soulèverions.

(0 HoRAcii Jrt foéUfÊÊ, Ton S^. (3) Gkxro, Or«ior^ eip. XXL

Dl L'ftLOCUnOlf EN G^HilUL. Ml

En quoi cette étude serait-elle indigne d'un homme sérieux, si le style est encore de la pensée, si les soins donnés à l'expression sont le complément nécessaire du travail de la pensée, si cette pensée sérieuse, qui est tout notre objet, n'arrive complète et avec tous ses avantages dans l'esprit de nos auditeurs qu'à condition d'être bien exprimée î

Car c'est là notre point de vue ; et notre doctrine, quoique dans un sens très élevéj^ est tout utilitaire. Dans le domaine même de la pure littérature, nous écartons la doctrine de Fart pour Vart : combien plus dans le domaine de l'éloquence, et surtout de l'éloquence chrétienne! Si la poésie elle-même repousse avec effroi cette doctrine stérile, l'éloquence, dont le but est tout pratique, y répugne bien davantage. Tous les arts, j'en conviens, réclament un noble désintéressement de la pensée, tous aspirent vers l'idée pure ; mais cela ne va point à établir que l'art, pour être pur, doive s'absorber dans la préoccupation de la forme. « Comment gagnerait-il quelque chose à men- « tir à son origine? N'existait-il pas comme moyen « avant d'être offert comme but? Chercha-t-on d'abord «( des idées pour des expressions,^ ou des expressions « pour une idée? Qu'est-ce donc, aux yeux de la con- « science humaine, que l'art séparé de son objet, ou « se faisant de son objet une simple occasion? Ce qui « est certain, c'est que, posé sur cette base, l'art dé- « périt comme art, et que la recherche exclusive de la « forme ruine la forme elle-même. L'enseignement « littéraire, obligé de traiter de la forme à part, de

448 D8 L'àx>cunoN sn craibuk]:..

« concentrer l'attentior , durant des années, sur des « mots et sur des phrases ; Téclat plus bruyant des « succès littéraires ; le charme plus sensible des trait vaux où la recherche de la forme prend nécessair&- <i ment une grande place : tout cela, tourné, ce semble, « à l'avantage de l'art, n'a que trop souvent pour eflfet « de l'amincir et de l'évider. Une pensée forte, un « ferme savoir sont les premières conditions de Fart ; « et, comme on l'a fort bien dit, il n'y a que les sub- « stances compactes qui soient susceptibles d'un beau « poU. »

Mais combien tout ceci n'est-il pas plus vrai de l'éloquence, et particulièrement de celle de la chaire! Ce qui nuit aux autres arts, la poursuite d'un but actuel et pratique , est sa force à elle ; c'est son principe même ; et tout art, comme toute institution, se corrompt en se séparant de son principe. L'orateur qui, avant tout, aura voulu plaire, ne plaira pas, de même que la vertu qui se proposera le bonheur pour but, ne trouvera pas le bonheur. Sans trop insister, et pour cause, sur cette considération, je dis que la préoccupation du bien dire, le point de vue littéraire, à mesure qu'il prend de l'ascendant sur le ministre, dégrade son ministère. Je dis que le prédicateur n'est pas en première ligne un littérateur. Je dis qu'il y a dans l'emploi de la parole une séduction, un enivrement qu'il faut redouter. Je dis qu'il faut craindre de dériver insensiblement de l'action vers l'imitation de l'action, de la réalité dans la poésie. Cette déviation n'est que trop facile, vu la cojijonction mystérieuse du beau

moral et du beau littéraire. Paul a dit : « Si je cher- « diais à plaire aux hoxmues, je ne mrm pas serviteur « de Christ. » (Galates, I, iO.) Nous dirooiâ : « Si je « cherchais à me plaire à moi-mêypae. » Pour éviter ce malheur, un moyen sûr est de mépriser l'art; mais Dieu ne nous a pas fait notre condition si isicile : Jésus- Chiisi dit : a Je ne te prie pas de les ôter du monde » {de les soustraire a«x conditions de la vie humaine), « mais de les préserver du mal. » (Jean, XVII, 15.) C'est entre le eulte de l'art et le mépris de l'art que Dieu nous a ordonné de marcher. Nous ne disons ni anathème sur Tari;, ni l'art pour l'art, mais Tart pour Dieu.

De tout ce que nous avons dit, il résulte, ce nous semble, que le bon style est nécessaire, et que le bon «tyle ne vient pas tout seul. S'il n'est pas nécessaire, le reste ne l'est pas non plus; s'il vienit tout seul, le reste viendra aussi tout seul, et nous aurons sigoé à la fois la proscription de Taxt tout entier . Car le style n'est pas ajouté à tout le reste, le style est une partie intégrante de l'art ; ce n'en est pas le supplément, mais le complément. La limite que l'on voudrait tracer entre l'invention et la disposition d'une part, et l'élo- 'Cution de l'autre, serait purement arbitraire. Si l'invention et la disposition se retrouvent dans le style, on peut dire que le style se trouve déjà dans ces deux premières parties. Il y a continuité, il y a identité; et la circonstance, très remarquable sans doute, que bien des ^ns qui savent inventer et disposer ne .savept pas écrire, ne détruit point ce que nous venons de

422 Dir l'tLOcimoif m eisùuuu

recherche et d'artijBce : ne seronsHious pas bien plus fondéi», nous^ à vous accuser de paresse t

Vous en aippelee aux iaits^ et vous dites que le style a fait des dupes. La logique en a fait aussi. Voulezvous peut-être proscrire la logique? Voulez-vous, parce que le mensonge est armé, ,que la vérité désarme? Et la même arme, en passant d'une main dans une autre, ne devient-elle pas vertueuse, de criminelle qu'elle était? Cette arme ne fait que revenir à celui qui a droit de la porter. Ne dites pas que, dans un discours bien écrit, la vérité revêt l'armure du mensonge ; c'est le mensonge qui avait dérobé celle de la vérité. Il n'y a qu'à voir : cette armure ne lui va pas. On sent, au contraire, que la vérité, en revêtant la forme du beau, n'a fait que rentrer dans ses droits.

Nous avons répondu d'avance à ceux à qui le travail du style paraît indigne d'un esprit mâle et sérieux. De quel travail entend-on parler? Si l'éloquence du style consiste à dire convenablement, apte dtcere(l)> pourquoi ce style, nécessairement mâle et sérieux, serait-il indigne des soins d'un esprit mâle et sérieux? Qu'avonsnous proposé, sinon un travail de pensée? « Quand je a vois , dit Montaigne , ces braves façons de parler^ « je ne dis pas que c'est bien écrit, je dis que c'est « bien pensé. » — Le style vient du dedans comme tout le reste, maïs il ne vient pas tout seul. C'est un travail de l'esprit et de l'âme, qu'il s'agit seulement de porter jusqu'au terme. — On cite Pascal, qui a dit : « La vraie éloquence se moque de l'éloquence (2). »

(i) CicÉRON. (2) Pascal, Pensées. Partie 1, Art. X, §, XXXIV.

DB L'iuocunoH Bf obiRAlM 423

Oui, de la fausse, de Féloquence apprêtée, factice ; de « cette éloquence friv(rfe, l'étude et le charme des « hommes futiles; » de Tartifice, quand la candeur eût suffi ; des règles de convention, auxquelles il faut bien recourir quand la nature fait défaut. Cette prétendue éloquence manque en effet de sérieux ; mais, à y regarder de près, elle manque aussi d'art; c'est dans l'autre, c'est dans l'éloquence sérieuse que l'art, le véritable art, triomphe.

On dira peut-être : Mais, si bien écrire c'est bien penser, l'élocution, si l'on en excepte ce qui est arbitraire et ce qui ne s'adresse qu'à l'oreille, l'élocution ne constitue point un art particulier et n'est pas l'objet d'une étude spéciale. Supposant qu'il en soit ainsi, ce n'est pas nier l'importance du style, et tout ce que nous voulons, c'est que cette importance soit reconnue. Celui qui, sans avoir besoin d'un travail ad hocy d'une étude nouvelle, arrivera à bien écrire^ n'a pas à craindre que personne lui demande compte du chemin par lequel il y est arrivé : c'est le but qui importe, non le diemin , et personne n'aura Tidée de recommander le travail pour le travail même. Si vous arrivea par une seule impulsion, et sans la renouveler, au terme que nous vous proposons, tant mieux pour vous, et qu'à nous ne tienne. Nous sommes bien persuadé que les choses finissent par se passer ainsi, et qu'il est des écrivains à qui mal écrire est aussi diffi^ cile qu'il est malaisé à d'autres d'écrire bien. — Mais s'il importait de discuter la question, et si nous n'y avions pas déjà répcmdu, nous dirions que l'expérience

424 BB l'iElocutiok su GiliéBAL.

de tous les temps et le témoignage de tous les maîtres nous présentent comme inséparables ces deux propositions : l"" que, sans un fonds d* idées intéressant, il ne faut pas se flatter d'avoir du style ; T qu'il ne faut

pas non plus se flatter que, moyennant un fonds d'idées solide et intéressant, le style viendra tout seul. D' Alembert les^épare : « L'éloquence, dit-il, ne consiste K proprement que dans des traits vifs et rapides; son « efiet est d'émouvoir vivement, et toute émotion s'af- « faiblit par la durée. L'éloquence ne peut donc régner « que par intervalles dans un discours de quelque « étendue ; l'éclair part et la nue se referme. Mais si « les ombres du tableau sont nécessaires, elles ne doi- « vent pas être trop fortes ; il faut sans doute à l'audi- « teur des endroits de repos ; dans ces endroits, l'au- « diteur doit respirer, non s'endormir, et c'est aux « charmes tranquilles de l'élocution à le tenir dans « cette situation douce et agréable. Ainsi (ce qui sem- « blera paradoxe, sans être moins vrai), les règles de « l'élocution n'ont lieu, à proprement parler, et ne « sont vraiment nécessaires que pour les morceaux « qui ne sont pas proprement éloquents, que l'orateur « compose plus à froid, et où la nature a besoin de « l'art. L'homme de génie ne doit craindre de tomber a dans un style lâche, bas et rampant, que lorsqu'il m n'est point soutenu par le sujet ; c'est alors qu'il doit « songer à l'élocution, et s'en occuper. Dans les autres « cas, son élocution sera telle qu'elle doit être sans « qu'il y pense. Les anciens, si je ne me trompe, ont « senti cette règle, et c'est pour cette raison qu'ils ont

Bl l'&OGUTION en GilfiRAL, A91&

« traité principalement de Télocution dans leurs ou- « vrages sur Fart oratoire (1). »

Il y a dans tout ceci un mélange délicat d'erreur et de vérité. L'éloquence ne consiste pas uniquement dans « des traits vifs et rapides ; » elle a de ces traits, mais l'éloquence est partout, et la continuité est un de ses éléments, une de ses conditions. L'élocution est bien quelque chose de spécial, comme le veut l'auteur, mais non détaché de l'éloquence. Le passage suivant de Cicéron me paraît présenter les vrais principes sur le sujet qui nous occupe : « Le discours se « composant de pensées et de mots, il n'y a plus de « place pour les mots si l'on retranche les pensées, et « celles-ci ne peuvent être mises en lumière si vous « faites disparaître les mots. — ^Nous nous laissons domi- « ner par les opinions du vulgaire ; des demi-savants, « pour mettre à leur portée ce qu'ils ne pouvaient em- « brasser en entier, le déchirent et l'arrachent en lam- « beaux, et en détachant les pensées de l'élocution <c séparent l'âme du corps, sans considérer que la « mort est le résultat de cette séparation... Je me « contenterai de dire, en passant, qu'en vain cherche- « rait-on les ornements de l'élocution si l'on n'a d'ace bord trouvé et disposé les idées, et que les idées ne « sauraient produire d'effet si l'expression ne les fait « ressortir (2). »

On dit que, dans l'œuvre du style, il faut faire usage

(0 lyÀLEMBERT, Mélanges, tome 11, page 829, Réflexions sur l'élocution oratoire.

(2) CiCERO, De Oratore. Lib. III, cap. V et VI.

49& DE J/JÉLOCDIION BN «ixAuL,

de r imagination^ et que l'imagination est une trompeuse. Mais d'abord, est-ce que tout^ dans le travail du style, est l'af&ire de l'imagination î Ensuite, l'imagination jQt'esIrelle qu'une ouvrière d'erreur? L'imagination est essentiellement la faculté, non de croire ce qui n'est pas, mais de se représenter ce qu^on ne voit pas, non de s'imaginer, mais d'imaginer. Où vous en passeriez-vous? Pas même dans la science, pas même dans la foi. Les plus austères l'ont senti. Voyez seulement les Riflexions svr Véhqumce par le célètwre docteur Arnauld^ L'imagination, dès lors, a pu dire, comme Boileau :

Âmauld, le grand Arnauld, fit mon apologie (1>.

On cite des hommes respectables qui ont dédaigné, en écrivant ou parlant sur ces matières, de donner des soins à leur style • On parle des apôtres, de saint Paul, Je commence par déclarer que je ne me scandaliserais point des défauts qu'on pourrait me montrer dans le style de saint Paul. Il pourrait en avoir, et n'en être pas moins saint Paul. De fait, vous ne voulez pas écrire en tout comme lui. Pourquoi ne vous permettez-vous pas ses digressions? Si le soin de l'expression est blâmable, le soin de la disposition pourrait bien l'être aussi. Saint Paul avait une puissance spirituelle qui pouvait le mettre au-dessus des règles de l'art : ayez-la comme lui, et nous vous passions

(1) Boileau, Épttre X. — Voyez, sur le soin à donner à Félocution, saint Augustin, Doctrine chrétienne, livre lY, et Rollin, Traité des Études^ livre V, chap. II, art. I, sur le défaut de trop négliger les ornements du discours.

me L'&OGunoif en eifarâut, JSft

comme à lui ces digressions et cette obscurité que saint Augustin a remarquées, et qu'il conseille d'éviter, tout en les attribuant à quelque secret dessein de Dieu. — Mais, au bout du compte, écrivez comme saint Paul ; nous ne vous demandons rien de plus, pourvu que vous écriviez entièrement comme lui. Saint Paul a du style* Gomment lui vientril? je ne sais; mais ayez-en également : c'est toute la question. Si vous pouvez l'avoir sans travail, nous ne demandons pas mieux. Les insularités de saint Paul ne nous empèdient pas de voir en lui un écrivain. Il n'y a pas de fonne de style qu'oa puisse dire absolument bonne ou absolument mauvaise indépendamment des circonstances individuelles ou du caractère de l'écrivain ; et ^ saint Paul était un écrivain ordinaire, un artiste^ nous pourrions rappeler à l'occasion de ses irrégula* rites ces vers de Despréaux :

Quelquefois dans sa course un esprit vigoureux, Trop resserré par Tart, sort des règles prescrites, £t deTart même apprend à franchir leurs limites (\).

« On a converti, on a édifié, on a consolé sans le secours du style, » — Faites-le donc, faites sans le style tout ce que nous voulons faire avec le secoOTS du style ; nous ne vous parlerons plus de style. On a aussi converti sans la parole : faites-le, et nous vous tenons quittes de la parole. Mais, en thèse générale, on convertit, on édifie par la parole, et le style n'est autre chose que la parole rendant plus ou moins bien la pen-

(0 BoiLEAU, V Art poétique, chant Vf.

4S8 BB L'iLOCUnON EN GilliRAL.

sée ou la vie intérieure de celui qui parle : on n'agit par la parole qu'à proportion que la parole exprime bien toute la pensée ; il n'y aurait, dans ce sens, ni paradoxe ni légèreté à dire que l'on convertit au moyen du style. La vérité est si forte, et, dans certains cas, celui qui vous écoute est tellement disposé, que toute parole, que tout style est bon. Dites alors que vous avez réussi malgré l'imperfection du langage, mais n'allez pas plus loin. Si vous allez vous imaginer que ce succès vous autorise à parler sans application et sans règle, pourquoi ne dites-vous pas aussi que c'est le moyen de mieux parler? Et vous y viendrez. Ce sera la doctrine du quiétisme appliquée à l'emploi de la parole. Vous serez les mystiques de l'éloquence. Au reste, nous n'avons point méconnu, en parlant du style, que chacun a sa vocation et son style. Quand vous aurez la véhémence accablante d'un Whitefîeld, d'un prédicateur des rues, vous irez dans les rues, et y parlerez le langage que vous voudrez ; vous aurez le atyle de votre position et de votre but; on ne vous en demande pas d'autre, mais on vous demande celui-là : c'est encore du style. Quand on vous aura, comme à ce missionnaire de l'Église romaine, brûlé les mains dans un martyre commencé, vous étendrez vers la foule vos bras mutilés, et ils parleront. Lorsque la parole même est superflue, qu'importe la forme de la parole? Mais quand la parole est là, quand c'est par elle qu'on veut agir, la forme importe. La forme et le fond sont inséparables, et. dans le vrai, ne sont qu'un. Rien de plus sérieux assurément, rien de plus grand

DE l'JLOCUTION BN GENERAL. 429

que la mission de Moïse. Rien de plus éloquent que sa vie, si ce n'est les miracles qui s'opéraient à sa voix. Il pouvait, à ce qu'il semble, se dispenser de parler, ou de parler bien. « L'éloquence est considérée chez les « Arabes comme le plus grand des dons naturels, « parce qu'elle a chez eux plus d'influence que chez « toute autre nation. Moïse, se sentant privé de ce ta- « lent, ne pouvait avoir confiance dans sa mission, « devant laquelle il cessa de reculer aussitôt que le « Seigneur lui eut adjoint son frère Aaron, en disant : « Seio quod eloqtœns sit (1). »

Ceci répond à ce que disent quelques-uns, que le soin donné au style n'est apprécié que par un petit nombre. Je suppose qu'on ne veut pas dire par là que d'être apprécié, admiré, puisse être le but et la récompense du prédicateur, mais la marque et la preuve que le vrai but a été atteint. Or il est certain, et je l'a-' voue, qu'un bon style n'est dignement apprécié que par un petit nombre ; mais quand personne n'aurait remarqué que votre style est bon, s'ensuivrait-il que vous avez perdu votre peine? Quand un bon style a produit son effet, il importe peu que l'auditeur sache distinctement par qui cet effet a été produit. A la longue, un auditeur assidu et attentif se rend bien compte de certains mérites. C'est à nous à former le goût de notre auditoire, si toutefois le prédicateur chrétien se croit appelé à former le goût du public

«La forme, pourtant, peut distraire du fond. » —

(1) Léo» de Laborde, Commentaire sur VExode, etc. ParU, t84i, in-fol. p. 14-

430 DB L'jfiiiOcimoN KM ^IoOmal»

n est trop vrai. De même que le penseur, arrivé au moment d'écrire, peut s'arrêter, ee relâcher en face d'un travail plus délicat, plus compliqué peut-être, et laisse l'expressicm devenir ce qu'elle peut, \m autre, à son tour, pourra s'attacher de préférence au travail du style, par ses parties les plus extérieures, par celles qui tiennent le moins à l'intérieur du sujet et au fond des choses. Il semble, à la vérité, que si vous vous faites du style une idée juste, la forme ne pourra pas aussi facilement vous distraire du fond ; car le vrai style vient de la pensée, comme le teint vient du aang^ comme la fleur naît d'un effort de la sève : le style n'est pas le masque, miais la physionomie de la pensée* Toutefois la difficulté demeure, et je ne veux ni la mer ni l'affaibUr : je m'en garderai lûen. Je dis plus , je n'y connais qu'un remède, l'esprit de mortification et ' l'esprit de prière. Car de dire : « Laissez venir les paroles comme elles viendront, n'usez pas de tous vos avantages, refusez à votre pensée sa forme, c'est-à-dire en quelque sorte la vie et la faculté de se communiquer,» nous ne le pouvons pas. L'éloquence est un tout, une unité, que nous ne pouvons pas scinder. Nous ne lui avons imposé aucune forme, nous n'avons recommandé aucun style en particulier, nous avons demandé seulement que la parole de l'orateur sacré rendît sa pensée et sa vie aussi parfaitement que possible : cette pensée, il la doit tout entière à ses auditeurs ; elle doit leur arriver avec tous ses éléments, avec tous ses caractères ; or si cela ne peut pas avoir lieu sans une application particulière, sans un travail

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ad hocy ce travail, cette application, sont d'obligation comme tout le reste (1).

Un homme de lettres, malade, à qui un prêtre tâchait de représenter les joies du paradis, l'interrompit pour lui dire : « Ne m'en parlez plus, mon père ; votre « mauvais style m'en dégoûterait. » Cette plaisanterie profane est le dernier mot de Tépicuréisme intellectuel. Mais, franchement, il n'est pas permis de parler des choses divines en mauvais style. En vain dira-tron que

(j) Nous croyons deroir rcprodaîre tes développements plus étendus que M. Vînet donnait à sa pensée , dans une rédaction plus ancienne de cette partie de son

COUTS .

« Le travaU du style ainsi conçu, ci'est-à-âire aussi peu subordonné que possible « aux choses, et même se les soumettant, faisant de la pensée son instrument au « lieu d'être l'instrument de la pensée , peut sûrement être un piège, et la forme « distraire du fond. Tel est le cas de rhomme qui yeut être écrivain avant tout, c pour qui les principes, les idées, les faits ont peu de valeur en eux-mêmes et ne c sont que le siibstratum, et pour ainsi dire la gangue du style. Son affaire, à lui, c est de donner de la valeur aux matières les plus vulgaires par la ciselure; et en « effet, il est au vériiable écrivain ce que le ciseleur est au sculpteur. L'agrément « de son style consiste, comme le mérite ^un style plus solide, en des idées, car « on ne peut pas sortir de là, mais en idées de mince aloi, sans racines et sans c force; on, si quelque pensée forte ^y mêle, elle est en dehors du sujet, ne souc tenant rien et n'étant pas soutenue. A peine peut-on dire que la forme l'a dis- « trait du fond, auquel, à vrai dire, il n'a guère songé. Il ne fout pas même ici dist tinguer entre les écrivains, il faut distinguer entre les sujets. H est des sujets tels « que la forme jy est tout; la forme est la pensée même, la forme est tout l'ou- « vrage. Je parle de ces pensées communes, de ces lieux communs (soit dit dans le c meilleur sens), oà, tout étant donné une fois pour toutes, il ne reste qu'à bien c dire, et qui d'un auteur à l'autre, ne peuvent différer que par le bien dire. «Alors, « selon le mot de Buffon, l'art de dire de petites choses devient peut-être plus dif- « ficile que l'art d'en dire de grandes. » Et, dans tous les cas, la forme ne distrait « pas du fond, parce que tout est forme.

« Hors de ces sujets, la forme peut distraire du fond, je ne veux pas le nier, cmais au grandi dommage de la forme elle-même; car, dans de grands sujets, « le style, c'est-à-dire la vérité et le caractère de Texpressîon, ne peut venir que « des grandes pensées. Ainsi donc, dans ces sujets, le travail du style peut bien être « un travaD à part, une chose sut generis, en sorte qu'on peut avoir les pensées c sans le style, le fond sans la forme ; mais on ne saurait y avoir la forme sans le « fond. Si le travail du style ne procède pas du dedans, s'il n'est pas intimement uni 0 au travail du penseur et à l'activité intérieure de l'homme, s'il est appliqué du

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les choses doivent parler ; mais qu'est-ce qu'un mauvais style sinon quelque chose qui les empêche de parler, un style infidèle, un style qui n'est pas vrai (et sous ce rapport il peut être à la fois élégant et mauvais) ; qu'est-ce qu'un bon style, en revanche, sinon un style, qui est vrai de toutes les manières? Car c'est de vérité qu'il s'agit, et nous ne donnons point pour devise à l'éloquence ces vers si connus :

« dehors, s'il ne natt pas, comme la fleur, d'un effort de la sève, ce n'est ni un ?rai « style, ni un style vrai ; car le style n'est pas le masque, mais la physionomie de la « pensée.

« Si donc on dit que la forme distrait du fond, ce n'est pas de la yraie forme, t ce n'est pas du vrai style qu'on parle, puisqu'il est consubstantiel à la pensée. Il t ne faut pas s'en prendre à la forme, mais à l'homme ; il n'a pas songé à la vraie « forme de F objet, parce qu'il n'a pas songé à l'objet. Mais s'il est préoccupé de la t yraie forme, elle ne le distraira point du fond des choses ; car c'est en Tue de ce « fond qu'il cherche une forme, et la forme le ramène au fond.

« C'est tout ce que je puis dire au prédicateur ; car je ne nie pas que le travail «f extérieur du style, l'attrait des belles paroles, la pompe, l'harmonie, les décors du 4t langage ne puissent exercer leur séduction sur lui comme sur un autre ; et tant « qu'il sera jeune, surtout s'il est né artiste, il aura quelque peine à y résister et i « reconnaître un (style dans la simplicité nue d'un Démosthène et d'un Pascal. « Longtemps peut-être il sera sous le charme des mots et des images, et prendra, <c dans les œuvres de l'art, l'éclat pour la beauté. Il est important que , sans trop « réprimer une imagination belle ou aimable, il étudie l'éloquence dans les modèles « que j'ai nommés; non pas que leur manière d'être éloquents et yrais soit la seule : « celle d'un Bossuetne l'est pas moins, puisqu'elle rend fidèlement la vie intérieure « et le caractère de ses pensées, mais parce que c'est à leur école qu'il est le moins «^exposé à des méprises , parce que, dans cette simplicité, on reconnaît mieux ce « qui fait l'essence d'un bon style, et que la liberté n'est plus dangereuse après un « certain temps d'une si forte discipline.

t Quand donc on vous dit que la forme distrait du fond, répondez qu'il vous faut

• bien, après tout, chercher la forme de votre pensée ; mais cherchez cette forme « dans la pensée elle-même, et condamnez-vous d'avance, mais vous seuls et non « l'art, si vous avez sacrifié le fond à une forme qui , par là même, n'était pas la ■ sienne ; car une pensée ne peut périr dans une expression qui lui est conforme « et adéquate.

« Toute cette discussion est fondée sur un malentendu ; elle n'aurait pas lieu si t l'on convenait d'avance que le mérite essentiel du style et le fondement de sa

• beauté c'est d'être vrai : vrai relativement au sujet, vrai relativement i Fécri-

• vain. > {Éditeurs,)

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