‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 10 sur 110 · INT^RÂT DU SUJET · texte numérisé non relu

INT^RÂT DU SUJET

[L'intérêt didactique se manifeste quand notre pensée ou notre raison sent une convenance entre elle et l'objet qu*on lui propose.] L'intérêt oratoire pur se manifeste datis le sentiment de l^importance que nous voyons, pour nous, a prendre telle ou telle déterminalion proposée. Là oii il n'y en a point à prendre, l'iritérêt oratoire manque.

Mais quand nous demandons qu'un sermon soît intéressant, nous disons peu de chose oubeauœup. Veuillez remarquer (car cette observation nous rapprochera de notre but) que ^intérêt n^est pas, aux yeux des artistes, le principal objet et le triomphe de Tart; ils tendent a émouvoir les parties de notre être qu'on peut, par comparaison, appeler désintéressées; ils aspirent à une région plus haute que celles où se meuvent nos affections ordinaires. C'est bien encore de l'intérêt, mais ce n'est pas ce qu'on appelle vulgairement de ce nom.

L'artiste, en ceci, est guidé, sinon par une intention sainte, du moins par Un instinct supérieur*, et c'est en cela même que réside là dignité de l'arf . Mais s'il s'adresse à la faculté contemplative, le prédicateur s'adresse à une faculté encore supérieure, celle que saint Paul appelle l'esprt^ par laquelle nous tendons vers les choses invisibles et célestes, à ce meilleur moi dont parle eiicore saint l'aul, qui, dans le péché même, se sent distinct, se sépare de l'autre moi et le désavoue. Cest dchic un auditeur idéal que le prédicateur veut intéresser ; mais il faut d'abord qu'il l'évoque, qu'il te crée, pour ainsi dire. Le poëte rt'a pas ceft embarras:

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il trouve tout fait rhomme dont il a besoin ; il n'a pas du moins la même peine à l'éveiller. L'homme s'élève volontiers vers des idées par la contemplation ; mais l'homme ne s'élève pas naturellement vers les choses spirituelles ou vers Dieu. Dans son état de péché, il ne croit pas pouvoir s'élever à Dieu, sans se séparer de soi-même ; en d'autres termes, Dieu n'est pas pour lui le bonheur; le bonheur est. pour lui hors de Dieu. Ge n'est pas seulement une illusion de sa nature (X)rroE[ipue, c'est encore une révélation de sa meilleure nature, qui, lui montrant en Dieu un juge redoutable, ne lui permet pas de réunir deux idées primitivement inséparables : Dieu et le bonheur. Le christianisme a levé cette difficulté ; le christianisme,, seul entre toutes les religions, ne nous sépare point de nous-mêmes ; il nous montre un Dieu apaisé, et nous permet, ou plutôt nous oblige, de réunir les deux idées que nous séparions forcément. C'est en exposant cette vérité que le prédicateur s'assure cet auditeur idéal qu'il ne trouve pas tout prêt dans chacun de nous ; puis, quand il l'a obtenu, il lui parle encore, il parle à cet homme de ce que cet homme aime désormais. Voilà sa tâche, voilà son but. Voilà l'intérêt de la prédication : réconcilier avec Dieu (l'homme naturel est intéressé par là) ; prêcher la sainteté à l'homme idéal [ou spirituel] désormais trouvé.

C'est à ce titre, ou sous cette double forme, qu'un sermon est intéressant.

Tel est le principe général sur l'intérêt dans la prédication. Maintenant, est-il possible de donner des rè-

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