‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 11 sur 110 · INTÉRÊT DU SUJET · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DU SUJET

gles plus particulières et plus précises que le principe? Toujours fautril bien s'entendre sur le sens et la portée du principe. Les seuls sujets propres à la chaire sont-ils ceux qui énoncent un dogme ou un devoir du christianisme? A ce compte , faudra-t-il exclure de la chaire un sujet tel que celui-ci, traité par Reinhard : Les hommes distingués sont une énigme pour la foule (1)? Sur ce pied, comme il est évident que la Bible doit être au moins aussi chrétienne que nos sermons, qu'est-ce que je ferai de ce passage des Proverbes ( sujet traité par Irving) : u Comme le fer aiguise le fer, ainsi la «vue d'un ami excite son ami? » (Proverbes, XXVII, 17.)

Pour résoudre ces questions et d'autres semblables, il faut nous mettre en possession d'un autre principe: Toutes les vérités font partie de la vérité. — Le christianisme embrasse tout : il montre la souveraineté de son principe, non en détruisant quoi que ce soit, mais en s'assimilant toutes choses. Tout devient chrétien pour le chrétien ; rien n'est absolument en dehors du domaine de l'Évangile ; il a sauvé tout l'homme, il a sauvé toute la vie. De là vient que, quand une fois le christianisme domine la vie, on jouit d'une grande liberté, [et un peu de servitude auparavant est l'apprentissage de cette liberté-là.] Rien n'est profane si ce n'est le péché; la vie n'est pas scindée; il n'y a pas un certain point où le christianisme s'arrête brusquement; autant vaudrait empêcher les atmosphères de

(i)«c fFie rœthselhaft ausgezeichnete Menschen der grossen Menge sind, » Yoyei Rkuihard, Sermons pour 1809. Tome II, page 228, sur Actes XXVUI, i-io.

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deux pays de sq mêler par-dessus les montagnes qui servent de limites à ces deux pays. Au contraire, la vérité nous affranchit des distinctions ou séparations conventionnelles comme de toutes Tes autres ; notre liberté est proportionnée à notre soumission, notre latitude à notre précision.

Ce qui a décrié certains gujets, ce n'est pas leur nature même : c'est qu'ils n'étaient pas traités chrétiennement. Des chrétiens les eussent rendus chrétiens. Il faut les traiter dans un autre esprit, mais on peut les traiter.

La Bible, il faut le reconnaître, accueille et exprima la vie humaine en tout ce qu'elle a de volontaire et de moral. Je ne dis pas que chacun des versets de la Bible qui présentent ce caractère soit propre à devenir le texte d'un sermon (1) ; mais ce qu'il renferme peut trouver place dans un sermon, comme dans la vie, comme dans la religion.

Cela ne veut pas dire que, parce que toute chose est envisagée chrétiennement par le chrétien (2), toute chose puisse devenir un sujet de sermon. La chaire n'est pas élevée pour y traiter chrétiennement de toutes choses : elle a un but spécial, qui est d'introduire l'idée chrétienne dans la vie. Elle tire de la mine le métal précieux dont chacun de nous fera des vases ou des instruments à son usage particulier. C'est pro-

(1) Ainsi Ecclésiaste, V, 9 : « La culture de la terre a un avantage par-dessus » toutes chqws : le rQ> est assi^etU au cbamp. » Voyez «wwi Proyerliief) XXVn,

(2) Omniapurapurit, [Titè I, a.] Cî. Luc, XI, 4i.

premèAt le christianisme quelle enseigne, dans ses principes et dans ôes applications générales ; le diristianisme est en pi*emière ligne, le christianisiûe est Tobjet : le reste n^est qrfexeniple , édairçîssement, etc.

Je dirais dottc, sous fotttte négative, la seule qu'on puisse donner à oe précepte t Tout (^ quî ne va pas diifectement à Tédiflcation { à former Christ en nous) ; tout ce qtfun auditeur ordinaire ne peut pas de luiinftme convertir en pain de vie; ou, du moins, tout shjet que vous, prédicateur, vous reconnaîtrez pour tel, vous lie devez pas en faire le sujet de votre prédication.

Vous exclurez donc tout sujet qui a dfrectement pour objet quelque intérêt de ce monde. Vous ne présenterez même la religion soûs cet aspect qu'autant qu'il le faut pour faire sentir toute la bonté de Dieu et la vérité de la religion elle-même (l). Vous ne consentirez jah mais à vendre la chaire tairétienne aux intérêts de la vie qui passe. Il fut un temps où la chaire ne prêchait plus guère que les doctrines de l'intérêt bien entendu. Lorsque l'Église, minée par Tincrédulité, minée surtout par le relâchement de ses ministres, avait à se faire pardonner un reste d'existence, elle se prêta, pour gagner une misérable vie, à traverser d'un bord à l'autre, comme ferait un mercenaire, toutes les idées dont on voulut bien la charger. Le docteur Ammon nous dit t c< Schlez a tenté, dans ses germons sur l'é-

(0 Abusde oeptfiâgei • U pldté est ataeitotileiche8M.»(i Timothée, Vf^z.)

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aconomie rurale (Nuremberg, 1788), de parler des

<K jachères ; avant lui, on avait donné, dans la forme

a homilétique, des instructions sur les vers à soie ; et

« un autre prédicateur avait tracé, d'une manière tou-

« chante, les devoirs des chrétiens à l'approche d'une

« épizootie : ce prédicateur fut hautement loué du

« choix même de son sujet. De là jusqu'aux moyens de

« remplacer le sucre et le café dans les temps de

« cherté de ces denrées, de là jusqu'à la culture chré-

« tienne des betteraves et au perfectionnement vérita-

«t blement pieux du tabac, il n'y a certes pas loin.

«Luther n'avait-il pas annoncé qu'on ne tarderait

« pas à prêcher sur les canards bleus ? Cela viendra

« bientôt (i). » — Le docteur Ammon écrivait ceci en

Exclurons-nous aussi les objets qui regardent le bien social ? Non ; mais nous dirons que tout ce qui prétend aller au bien social sans passer par l'individu (par le perfectionnement chrétien de l'individu), est hors de l'objet de la prédication.

Tout ce qui a directement pour objet la science, et seulement à cette occasion la religion, ne peut constituer le sujet d'une prédication.

Toutes ces règles étant observées, j'ajoute encore que l'intérêt du discours de la chaire est d'être, nonseulement religieux, mais chrétien. Pour le vrai ministre, pour le vrai chrétien, il n'y a qu'une religion. Quelque sujet qu'on traite, il faut qu'il reproduise sans

(i) AiiMON'g jétUeitung 2ur Kanzelberedtamkeit, page 70,

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effort les traits caractéristiques de rÉvangiJe, sa physionomie propre, tout ce qui empêche de le confondre ou même de le comparer avec tout autre système ; il faut qu'on l'y retrouve, je ne dis pas en formule seulement, ni toujours en formule, mais en esprit, de telle sorte qu'un homme qui n'en aurait jamais entendu parler, soit frappé, dès le premier discours, de quelque chose de nouveau et d'absolument propre, et qu'il sente, quelque part dans son âme, l'aiguillon divin s'enfoncer. — Que diraitron d'un discours politique, et surtout d'une suite de discours politiques, qui ne ferait pas entrevoir à l'étranger nouveau-venu sous quelle forme générale de gouvernement vivent et l'orateur et ceux qui Técoutentî

Après nou s être entendus sur tous ces points, et avoir assuré à la prédication toute la liberté et tout l'espace que lui permet son principe, que lui ouvre sa mission, nous revenons à la formule dont nous avons suspendu l'adoption : Le dogme chrétien et la morale chrétienne font la matière propre et unique du, discours de la chaire. Mais nous précisons cette formule en lui substituant celle-ci de Schott : « Le dogme, en « tant qu'il peut recevoir une application pratique, et « la morale,, dans sa relation immédiate et naturelle « avec le dogme (1). »

Décomposant avec lui cette idée générale, nous trouvons, comme propres à la chaire, les cinq classes de sujets qu'il indique :

(1) Schott, Die Théorie der Beredsamkeit, mit besonderer Anwendung auf <Ue geiitUche BeredHfmkeit* Tome U, a« conuneiiceiiient.

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