‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 105 sur 110 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

mais il peut toujours obéir ; la langue offre tant de ressources, que le sacrifice de la pensée n'est jamais nécessaire ; et si les bons poëtes ont pu avoir sous le joug de la rime tant de liberté et tant de justesse, combien mieux l'orateur sous le joug bien moins pesant du nombre ? Il faut que le nombre semble s'être offert de luimême ; apparence qui se change en réalité après un temps d'exercice : Ut numerus non quœsitus, sed ipse secutus essevideatuVy dit Cicéron (1). Nous ne pouvons, au reste, nous permettre tout ce que se permettaient, ou plutôt se commandaient, devant un peuple artiste les orateurs grecs, et même ceux de Rome.

[Le nombre ne doit pas être confondu avec l'intercalation dans le discours de phrases qui forment des vers et sont mesurées de la même manière. Paul-Louis Courrier a souvent de telles phrases, et on les a relevées avec des éloges auxquels nous ne saurions nous associer.] C'est une espèce de dissonance ; cela donne au caractère de la prose quelque chose d'équivoque et d'indécis ; on est entre le chant et la parole ; [et en * outre, il y a de l'affectation et de la puérilité à s'attacher à de tels soins (2) .]

Le nombre n'est pas exclusivement propre au style périodique; de quelque style qu'on écrive, il faut du nombre. Cependant, c'est dans les circonvolutions de la période oratoire que le nombre se produit avec le plus d'avantage; c'est là qu'il est question d'un style

(0 CiCBRO, Orator, cap. LXV.

(2) Exemples : u Vous avez un garant qui vous répond de tout. Oiez, sur sa pa- « rôle, être sage tout seul. »

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nombreux. [Qu'on se garde bien, en vue du nombre, de rendre le style périodique, lorsque cette forme ne serait pas en son lieu.] Le style périodique n'a pas été suggéré par l'oreille seule, et ne s'y rapporte pas d'abord. Il se plaît à rassembler autour d'une même pensée, ainsi qu'autour d'un tronc^ un certain nombre de pensées, qui, s'épanouissant d'ellea-même»^ forment audessus de l'idée principale comme une cime toufïue. Ce style fait naître une idée de calme, de puissance et de dignité ; aussi la période est-elle propre au style admiratif et solennel. Mais ce n'est pas un genre à cultiver comme un peintre cultive, selon la nature de son talent, le paysage ou le portrait ; c'est une forme que le style doit prendre selon le mouvement de la pensée, et il faut prendre garde de s'empêtrer ^an^ les longues phrases ; on n'en sort plus.

J^endis autant du style coupée II ne faut se faire une habitude ni de l'un ni de l'autre :> [Le style coupé a de la précision et de la vivacité; quelquefois il respire l'autorité, et à sa place il va bien. Le style périodique a de la pompe, de la grandeur. Il est sonore ; mais il peut ralentir l'élan de la pensée, et il est peu favorable aux mouvements du cœur. |1 faut donc entremêler ces deux formes de style et alterner entre elles.] Possuet, préférable à Fléchier, [est, ici encore, un excellent modèle, bien digne d'être étudié] : reconnaissable presque à chaque ligne, il est pourtant toujours différent de luimême. [Mais, pour le mélange heureux du style coupé et du style périodique, Massillon surtout est très parfait.]

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