‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 104 sur 110 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

Il ne s'agit pas d'abord d'amuser l'oreille; il s'agit, avant tout, d'épargner à l'auditeur l'impression pénible qu'on éprouve à voir un orateur essoufflé ; car involontairement on s'unit à lui, on mesure la portée de sa voix, et l'on sent où il aurait besoin de repos. « Un a discours , a dit Gaichiès , ne se prononce pas tout c< d'une haleine ; les pauses servent à la reprendre, et « facilitent à la voix cette variété qui plaît ; ainsi le né- « cessaire a introduit l'agréable. » Cicéron avait déjà dit : c< C'est la nécessité de reprendre haleine qui a « établi les repos et les intervalles que naus plaçons « entre les mots et les divers membres de la phrase; a il en résulte toujours un si grand charme, que nous « ne pourrions souffrir un orateur à qui la force de ses « poumons permettrait de parler tout d'une haleine et « sans s'arrêter ; et il s'est trouvé que ce qui plaît à Fo- <K reille, est en même temps possible, facile même pour « la poitrine de l'orateur (1). »

L'auditeur le moins expert sent quand cette mesure est dépassée, quand la proportion manque ; les habiles le sentent à une syllabe près.

Les soins qu'on prend à cet égard facilitent l'intelligence du discours et aident à le retenir ; dans un temple, le nombre soutient la voix, et est favorable à l'audition.

Il ne faut pas voir dans l'emploi de ce moyen un artifice indigne de la gravité de la chaire. Sans doute, on doit savoir sacrifier le nombre à la pensée ;

Le nombre est un esclave et ne doit qu*obéir (2);

(1) CiCERO, De Oratare, lib. Ill, cap. XLVI. (2) Boileau le dit de la rhne. ÇÉd)

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