‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 6 sur 110 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

PN^TÉ pu aUJET.

L'unité eàt un besoin inhérent à Tesprit humain. Nous ne voyons le vrai, le bien^ le bonheur au'où nous voyons l'unité.

Nous voulons, en morale, un principe n^oteur et directeur ; dans la vie, la conséquence ; dans les institulions, l'harmonie ; dans la poésie, une idée ; dans This-

toire, un point de yue ; dans Tunivers, une seule raison ».

de tous les effets.

Sous le nom d'unité, ce n'est pas l'identité que nous poursuivons ; là où il y aurait identité, l'idée même d'unité disparaîtrait ; il faut la pluralité pour donner lieu à l'imité ; les systèmes d'identité naissent

de notre impuissance à trouver l'unité, et de notre répugnance à voir les choses sans liafson.

L'unité est essentielle à toute œuvre d'art, l'art luimême ayant pour premier objet de créer un tout par le rapprochement d'éléments dispersés (1). Quand on définirait l'art : l'ensemble des moyens pour faire une

(0 Art ^ for^né artw. — A-W»» adapter. ; — àpft» dowc, par conséqi^ent },^ àpi» particule corroborante ; — Apïjç, le Dieu de la force ; — «per^, la vertu ; — âpB(o$, aecon^U. — Harmonie a la môme étymologie.

48 tmiTÉ DU SUJET.

chose, on serait ramené à la même idée; car faire y c'est réunir, comme défaire, c'est séparer.

Toute œuvre d'art est une œuvre de subordination et de coordination. Le premier emporte le second. Tous les éléments subordonnés à un même principe sont par là même coordonnés entre eux.

L'unité, dans les œuvres de l'art, ne consiste pas seulement à ne pas faire entrer dans un même tout, dans un assemblage, des éléments contradictoires, mais à rapporter toutes les parties à un même centre, à un même but. Ce sont deux degrés de l'unité. On pourrait appeler le premier unité négative^ et le second unité positive.

Le discours oratoire réclame encore plus impérieusement l'unité.

N'étant pas lu, mais entendu, il lasserait bien vite l'attention, s'il l'obligeait à se porter successivement de plusieurs côtés.

Ne durant, comparativement à d'autres productions, que peu de temps, il lui est moins permis d'entretenir Fauditeur de plusieurs sujets.

Appelé à agir sur la volonté, il gagne, sous ce rapport, ^à se concentrer dans une seule pensée. Il y a la même différence entre un discours plein, mais incohérent, incertain de sa direction, ou indiscipliné, qu'entre une multitude et une armée. Les pensées les plus fortes, mais sans lien commun, se nuisent les unes aux autres, et d'autant plus qu'elles sont plus fortes. Il faudrait des esprits bien forts pour tirer profit de ce qui n'est pas un, ou de ce qui ne se réduit pas de soi-même

UNITÉ DU SUJST. 49

à l'unité. Atteints tour à tour par une foule d'impressions qui se neutralisent, ils ne sont captivés par aucune et ne se fixent à rien.

Observez, si vous en avez l'occasion, l'impression des auditeurs d'un tel discours, en les prenant au hasard parmi les esprits sérieux. Tout auditeur de cette classe cherchera, sans le savoir, à mettre de l'unité dans le discours où vous n'en avez pas mis ; ou bien il s'attachera à une de vos idées, et s'y tiendra ; ou bien il les forcera toutes à prendre la direction qui plaît à sa pensée.

La solennité même de l'acte réclame l'unité. Il serait moins solennel si le discours, au lieu d'être une marche, était une promenade.

II est clair que tout ceci s'applique, sans réduction, au discours de la chaire, ; et nous avons eu raison de dire que la première qualité du sujet d'un tel discours c'est d'être un, ou, ce qui revient au même, que la première qualité d'un tel discours c'est d'avoir un sujet; car, où il y a plusieurs sujets, il n'y en a point. Lorsque vous dites à quelqu'un que vous avez entendu un discours, sa première question est celle-ci : Quel en était le sujet? Il ne dira jamais : Quels en étaient les sujets?

L'unité du sujet emporte sans doute, pour être réelle et sentie, une conspiration ou' une gravitation de toutes les parties, même moléculaires, vers le centre. Mais ceci regarde l'exécution, dont nous parlerons plus tard. Ici nous ne considérons que le choix môme

du sujet.

50 Umii .ORATOIRE.

Pour nous faire une idée nette 4^ l'unité oratoire, 4istinguDiis-la de l'unité historique pure et de l'unité didactique pure.

Elle se distingue 4o l'unité historique e|i ee qu'elle eml)rasse à la fois le st^ef et l'a^riftwl, c'est-à-dire les deux termes de la proposition (1), tandis que l'histoire ne place l'unité que dans le sujet. Exeflapie:

s'unirent,

j ^ I vainquirent.

Les Grecs { /. ^ '

se divisèrent, furent vaincus.

Il est vrai que, dans cet exemple même, on voit comment plusieurs attributs peuvent se réduire à un seul : Les Grecs furent d'autant plus forts qu'ils furent plus unis. Mais cet attribut n'est encore qu'un de ceux dont se compose l'histoire des Grecs, dont l'unité (sous le point de vue purement historique), réside tout ehtièjre dans le sujet ou judicande. Entre l'histoire et la didactique il y a la différence du contingent au nécessaire, de l'individuel au général, du fait à la loi, qui est un grand fait primitif et immuable. «L'union fait la c( force, » est la vérité générale qui résulte de plusieurs faits semblables à celui des Grecs indiqué plus haut. Et encore cette maxime peut-elle avoir deux sens, l'un àprioriy l'autre à posteriori.

L'unité oratoire se distingue de l'unité didactique en ce que tous les éléments qu'elle réunit ont pour dernier

(0 Je dis cela parce que tout discours, fût-ce un livre, se réduit à une proposition.

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