‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 61 sur 110 · DE L'EXORDE · texte numérisé non relu

DE L'EXORDE

On ne trouve chez les prédicateurs exercés que peu d'exemples d'exordes absolument défectueux; on en trouve peu de bons chez les prédicateurs qui commen- ^nt. Il est naturel d'en conclure que cette partie du discours a quelque chose de plus délicat que les autres, lïiais rien qui réclame des facultés particulières. Il en ^t de Texorde comme de ces opérations fines et précises de la mécanique, dans lesquelles tout ouvrier finit par réussir, mais après avoir brisé plus d'une fois les instruments qu'on y emploie. On en pourra juger par ce que nous avons à dire du but et de la îiature de l'exorde.

L'exorde est-il nécessaire, naturel? Ou bien est-ce \in ornement factice et de convention?

Je remarque que la nature nous enseigne elle-même l*art des préparations et des gradations. Nous les aimons en tout, et nous y attachons l'idée de beautés [L'absence du crépuscule et de l'aurore ôterait à la

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beauté des deux.] — Sicomnia quœ fiuntfquœqueaguniur acerrime , lenioribus principiis natura ipsa ptc^ Uxuit (1).

Je remarque, en second lieu, que personne ne commence ex abrupto y étant libre de faire autrement, même dans la conyersation accidentelle. Si l'on commence ex abrupto , si l'on nous emporte au beau milieu des choses [rapit in médias res), si l'on nous fait entrer dans l'appartement par la fenêtre , c'est que quelque circonstance, ou quelque parole prononcée par un autre, a placé l'auditoire au point de vue où on le veut : cela môme est un exorde, et l'exception confirme la règle. Mais, hors de ce cas, où la préparation est donnée, chacun, sans s'en rendre compte, prouve le besoin de préparer l'auditoire.

Il est un cas où l'on se rend bien compte de ce besoin : c'est loorsque quelque éclaircissement est ûéeessaire à Tintelligence du sujet ; lorsque les parole» faibliqties, par exempki, sur lesquelles on veut parler, tirent leur clarté de leur liaison avec les paroles qui précèdent.

Mais indépendamiuent ou dans l'absence de ce m- Étf, il y en a d'autres.

D'abord, il y a un certain degré de gravité dans le seul fait de placer un exorde en tête du discours. t)n parait davantage respecter son sujet quand on ne IV borde pais incontinent, brusquement.

U est utile de recueillir un moment l'auditeur, afitl ^'il n'entre pas distrait dans le fond du sujet; or^

<i) QcsftQ, De Orofom Ub. H, cap. LXXVUI.

DE l'eXOEDE. 3^

m ne peut le recueillir que dans des idées voisines \n sujet; autrement, ce serait le distraire.

Mais on a besoin ordinairement de (juelque chose le plus. On veut mettre l'auditeur, par rapport au ujet, dans nne disposition semblable à celle où Ton «t soi-même. Il en est de Torateur et de l'auditeur »mme des instruments qui s'accordent avant un con- 5crt,

ti L'exorde, dit Quinlilien, n'a pas diantre* but que «de disposer l'esprit de l'auditeur à bien écouter la t suite de notre discours. On est généralement d'accord «^ qu'il faut, pour cela, le rendre bienveillant y attentif, ^«foctfe; non que nous devions négliger ces moyens pendant aucune partie du plaidoyer, mais parce cju'ils nous sont surtout nécessaires en commençant, pour nous introduire dans l'esprit du juge, et, \ine fois admis, pénétrer plus avant (1). L'exorde est donc un discours avant le discours ^ncîpal, un discours dont le but est, dans tous les Î81S, d'obtenir des auditeurs bienveillants, attentifs, àociles, par oii j'entends disposés à se laisser instruire, et, dans certains cas, de les préparer à bien comprendre ce qu'on a ultérieurement à leur dire.

Remarquons qu'il ne s'agit pas ici de l'intérêt perjoiinel de Torateur, mais bien plutôt de celui de Tau- Bteur. Et sous ce rapport, le mot bienveillant pourrait ire remplacé par quelque autre.

' Mais, dans aucun cas, le dioix de l'idée d'exorde' rést arbitraire , moins encore qu'un prélude ou

CO QuiNTiLiEN, liv. IV, chap. I. *

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une ouverture en musique , pas plus qu'une préface à la tête d'un livre. Ce qu'on veut, sous le nom d'exorde, ce n'est pas un délai ou un intervalle plus ou moins bien rempli, mais une introduction, une préparation, l'excitation d'une attente aussi distincte et aussi vive que possible. A notre avis, l'exorr de le plus vrai est celui qui a conduit l'orateur luimême à son sujet, ou bien aussi la hauteur sur laquelle l'orateur, le sujet étant traité, monte, pour le contempler dans son ensemble.

Après ce, que nous avons dit , les règles de l'exorde ne sont pas difficiles à trouver. Si nous nous arrêtons longtemps sur une partie matériellement aussi peu considérable, c'est qu'aucune n'est plus difficile ni plus périlleuse.

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