I. La première [règle de l'exorde] se confond, tant
elle en est proche, avec la définition elle-même.
Quand l'exorde n'est pas fourni ou remplacé par une explication du texte ou du contexte, il doit être tiré d'une idée qui touche immédiatement au sujet, sana faire partie du sujet.
Ces deux choses s'entendent d'elles-mêmes. Si l'idée fait partie du sujet, ce n'est plus une introduction ou un exorde. Si l'idée est sans rapport au sujet, ce n'est plus un exorde, c'est un hors-d' œuvre ridicule. — Mais si la première partie de la règle se passe de toute explication, il n'en est pas de même de la seconde. Il ne s'agit pas d'une idée voisine de celle du discours, mais d'une idée qui y touche immédiatement, entre laquelle et celle du
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discours il n'y a place pour aucune autre idée, en telle sorte que le premier pas que nous faisons hors de cette idée nous transporte dans notre sujet., Se relâcher de cette condition, c'est permettre sous le nom d'exorde toutes les divagations, et se donner le droit de débuter par une digression. On peut compter que l'exorde n'est pas bon s'il ne paraît pas nécessaire, s'il ne paraît pas faire corps avec le discours, s'il donne l'idée d'un discours étranger cousu plus ou moins ingénieusement au discours principal, s'il laisse à l'auditeur la liberté d'imaginer quelque autre exorde, ou préférable ou aussi bon. L'exorde n'est bon qu'autant qu'il a et? suggéré par le sujet, qu'il en est né, qu'il y est uni aussi intimement qu'une fleur est unie à sa tige : Penitus ex ea causUy quœ tum agatur, effloruisse (1). Gaichiès dit: «L'exorde serait hors d'œuvre si Ton « pouvait le retrancher sans faire tort au discours (2).» La règle, dans toute sa rigueur, ce serait que l'exorde fût incommuable, c'est-à-dire qu'il ne convînt qu'à un seul sujet; car toutes les fois qu'il n'est pas incommuable, il semble qu'il y ait place entre cet exorde et le discours pour une idée intermédiaire. Il feiut du moins l'observer aussi constamment et s'en tenir ^ussi près que possible. Mais il est certain qu elle n'est pas absolue, et si votre exorde résiste à l'épreuve que i^ai indiquée, s'il paraît nécessaire, si l'idée d'un autre exorde ne vient pas, non plus que celle d'un autre discours à la suite de cet exorde^ on ne doit point avoir
(1) CiCERO, De Oratore. Lib. II, cap. LXXVIII.
(2) Gaichiès, Maximes sur le ministère, dcujiième partie, 111, 9.
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de scrupules ni craindre de reproche. Qui voudrait condamner l'exorde que Saurin a mis en tète de son sermon sur le Divottement aux lois dimnes (1)? Hais il est très utile sans doute de ne se permettre 'qu*à tite d'exceptions de pareils exordes. Autrement on se jette dans le vague et le trivial , et l'on fait des int^odu^ lions qui n'introduisent point.
Les orateurs de l'antiquité, jw^occupés surtout du point de vue de l'intérêt personnel dans l'exorde, et pour qui, par conséquent, il était moins uni au sujet et faisait moins partie intégrante du discours, craignaient peu les exordes commuables. Cicéron, Démosthène luimême avaient des exordes de rechange. Nous voulcHis, en général, des exordes plus étroitement unis à notre sujet et à notre dessein.
Quand la règle que nous avons donnée réduirait le nombre des sujets ou motifs d'exorde, elle n'en serait pas moins bonne ; mais bien idn d'en réduire le nombre, elle les multiplie. En la négligeant, on croit se mettre au large ; mais, au contraire, on se met a l'étroit. On trouve plus aisément une introduction peutrêtre, mais le choix en est peu varié. C'est le plus près du sujet que les sujets sont le plus nombreux.
On pourra juger, par l'indication suivante de qudques-uns des motifs d'exorde, que la matière de Texorde ne manque pas facilement à un esprit attentif (2). Mais remarquons bien qu'en indiquant ici quel-
(0 Saurin, tome III, page 125, nouvelle édition.
(2) Cf. HuFFELL, Der evangeUsche GeistUche, tome I, page 288.— AaaoR, J^' leUung zur Kanzelheredtamkeit, page 271.
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quesi-unes des sources principales d'exordes, nous ne prétendons pas donner une liste de lieux commun dans laquelle on puisse prendre au hasard. Il y a toujours un exorde qui vaut mieux qu'un autre, et à Tordinaire c'est sur celui-là que le véritable orateur tombe d'abord. — U y a donc :
a) L'idée du genre dont •le sujet est une espèce. •C'est en quelque sorte placer le isujet en son lieu, ou marquer le lieu du sujet. — Cette espèce est la plus commune (1). — Souvent le texte peut nous fournir un exorde dans lequel nous procédons de l'idée de l'espèce à celle du genre.
5) Le rapprochement entre le sujet [traité] et un autre, [pour indiquer] la ressemblance ou la diflFérence (2).
c) Opposition entre l'idée du sujet et quelque opinion ou maxime répandue dans le monde (3).
d) Recommandation du sujet, c'est-à-dire en montrer l'importance et la beauté, les raisons pour lesquelles on l'a choisi, quelquefois même [faire] l'apologie du sur jet: YeslOmla nimirum konesta, ddittÂsque ad cau$om faciet illustres (4).
(i) Voyez Kbinhard, Sermons pour Van 1797, sermon XYII sur la proposiâoii : « Que rien ne se corrompt plus aisément dans les mains des honmies que là re- • Ugion. > Voyez aussi Texorde de mon sermon sur la Sanctification. ( Méditaiùms Évanfféliques.)
(2) Voyez Saurin^ sur le Cantique de Siméon. (Tome Vf, page 291, noufdk «édition.)
(3) Voyez Massillon, premier de ses sermons, sur le Bonheur desjtait»; -^ BooBDAUMJE» «ur la Résurrection de Jésuê-Christ, (Tome II, page M^ édStà m Lcfèrre.)
(4) CicERO, Orator, cap. XV. — Voyez Curysostomc» Première homéiit om peuple d* A ntioche.
360 DE L*£XORPE.
e) Remémoration d'un fait où l'idée du sujet est individualiséey ou duquel cette idée ressort (1), C'est une n^éthode favorite de Saurin (2).
. f) Rapport du sujet avec les circonstances du temps et du lieu-
g) [Rapport avec] les circonstances de l'orateur luimême. — [Ceci est plus «délicat ; c'est une exception. Dans ces sortes de hardiesses l'exécution est la solution du nœud (3).}
h) On a quelquefois donné à l'exorde la forme d'une prière; mais. c'est une forme et non un motif ou une idée d'exorde ; par le fond des idées, cette prière rentrera dans quelqu'une des catégories que nous venons d'indiquer.
i) Enfin, il y a le texte et le contexte; c'est-à-dire l'explication ou des paroles mêmes du texte, ou de la liaison de ces paroles avec celles qui précèdent. Théremin estime que le texte offre une matière d'exorde toute trouvée et toujours convenable ; il ne s'agit que de tirer du texte l'idée du sujet, en y rattachant l'expUcation courte des circonstances dans lesquelles les paroles- du texte ont été prononcées, et qui lui donnent une intention particuhère (4).
Sans vouloir réduire le prédicateur à cette seule es-
(i) Voyez Theremin, Sermon sur la prédication (Bas Kreuz Chri8ti\ traduil dans ISi Feuille religieitse du canton de Faud, année 1847, page 193.
(2) Voyez le Sermon sur la campagne de 1706. (Tome VIII, page 93, nouvelle édition.)
(3) Voyez Claus Harxs, (Predigten ûber dos heilige Ahendmahl )f premier sermon sur la Sainte-Cène, et Sacrin, sur les Derniers discours de Jésus-Christ- (Tome IV, page 55, nouvelle édition.)
(4) Théreaun, Die Beredsamkeit eine Tugend, page 77.
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e d'exorde, nous croyons aussi que le texte et le itexte (autrement le nexe) offrent toujours la matière in bon exorde, d'un exorde dont on pourra toujours contenter. — Il ribus reste à dire seulement qu'il faut pas créer le nexe, qu'il ne faut pas s'attacher à nexe problématique, ni remonter trop haut, ou p laborieusement, ou à trop petits pas les bords de fleuve du discours, dont notre texte forme, pour ainsi :e, un des flots.
II. Notre seconde règle était déjà comprise dans la •emière, puisque nous avons dit que l'exorde devait retiré d'une idée voisine du sujet. Il faut, en effets ue ce soit une idée, une seule idée. Il y a deux maières de manquer à cette règle : l'une, en descendant 'une idée plus éloignée vers celle qui est en contact ûmédiat avec celle du sujet ; — l'autre, de faire deux î^ordes en quelque sorte parallèles, c'est-à-dire un wde composé de deux idées, dont l'une ne dérive pas e l'autre.
II y a eu un temps où l'exorde était constamment
ouble. « On faisait autrefois, dit Gaichiès, deux exor-
des, l'un pour conduire à l'invocation, l'autre pour
préparer à la division. » J'ajoute que le premier ne
îmblait guère destiné qu'à se débarrasser du texte (i).
in. L'exorde pourrait avoir de l'unité et n'être pas
impie. Il faut qu'il soit simple; qu'il ne raisonne et ne
rouve pas trop; qu'il se borne à rappeler une vérité
^nnue; qu'il se réfère à ce que l'auditeur sait déjà ou
CO Voyez BOURDALOUE.
962 DE l'exorde.
dont il convient. "Tout doit lui être facile dans ces premiers pas vers le sujet (!)•
IV. Par la même raison, il faut que l'idée de Texonle soit d'un développement peu éteifdu. C'est donner aux gens une juste impatience que de les retenir longtemps sur le seuil d'une maison dont on leur a prcnnis l'entrée.
Voici maintenant d'autres règles, relatives non plus 'au contenu de l'exorde ou à sa substance, niais à son caractère.
L L'exorde, destiné à préparer, à disposer les auditeurs, ne les suppose pas préparés, disposés. Oiine peut donc en général faire appel, dans l'exorde, à de» forces qu'on n'a pas encore éveillées. La véhémence, l'éclat du style, la solennité, ne sont pas encore desai- ^n, et il ne faut pas s épuiser en commençant. — Toutefois oçtte règle n'est pas absolue, l' Dans certains cas, on trouve les auditeurs émus d'avance, et il ne faudrait pas descendre soi-même au-dessous de leur niveau. C'est alors qu'il faut oser. Fléchier est judicieusement hardi dans son fameux exorde de l'oraison funèbre de Turenne ; Blessig, dans celle du maréchal de Saxe (2), et Bridaine à Saint-Sulpice. — 2'Cest aussi une manière de préparer Tauditeur que de le frapper de la solennité, de la grandeur du sujet. Il peut importer, dans certains sujets, d'écarter comme d'au-
(0 Exorde du sermon de Bourdaloue sur les Tentations (Carême). Tomel» ])age 175, édition Lef&vre. On 'y trouve le plan de trois ou quatre sermons, dont trois, au moins, après que Fauteur a, une première fois, énoncé le dessein cl la J'vision du sien.
(2) Voir la Correspondance de Grimni.