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torité les idées triviales ou mondaines que le sujet peut éveiller (1).
Savoir oser à propos et à propos s'abstenir est le propre du talent et le fruit de F étude et de Texpérience : renseignement proprementdit ne peut ni suppléer le talent, ni anticiper sur l'expérience.
n. Une règle qui semble impliquée dans la précédente, c'est la modestie. Les anciens rhéteurs y insistent. Ils veulent même de la timidité. On trouve dans Cicéron un passage qui fait bien voir quelle position humble prenait l'orateur antique vis-à-vis de son auditoire :
« Vous voulez savoir le fond de ma pensée ; je puis «déclarer à des amis tels que vous ce que je n*ai « jamais encore dit à personne. L'orateur le plus ha- « bile, celui qui s'exprime avec le plus d'élégance et « de facilité, n'est à mes yeux qu'un effronté, s'il ne € tremble en montant à la tribune, et s'il ne tremble « encore pendant tout son exorde... En effet, plus un « orateur est habile, plus il connaît les difficultés de « l'art, plus il redoute l'incertitude du succès, plus il « craint de ne pas remplir l'attente des auditeurs... « Quant à ceux qui n'éprouvent aucun embarras, et « c'est ce que je vois dans le plus grand nombre, « non-seulement je blâme leur assurance , mais je n voudrais encore qu'on la punît. J'ai souvent remar- « que en vous une impression que .j'éprouve aussi
(i) Ainsi ai-je tâché de Taire dans mon discours sur V£galité, ( Méditatient Évangé ligues.) Un exemple remarquable est Texurdc du sermon de Bossubt pour la prise d'habit de Madame do La Vallière. (Cf. Hvury, Essai, X. De V£xorde.)
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« moi-même en prononçant mon exorde. Je sens que « je pâlis, mes idées se confondent , et je tremble de « tous mes membres. Un jour même, que je m'étais « porté pour accusateur dans ma première jeunesse, « je fus si interdit en commençant mon discours, que « Q. Maximus, s'apercevant de mon désordre, renie voya la cause à un autre jour, et c'est un service quo « je n'oublierai jamais (1). »
Npus imposons bien la même règle , mais non comme règle d'art. Enchérissant sur Cicéron , qui conseillerait sans doute d'être modeste dans tout le discours {Quœ enim prœcepta principiorum esse voluerunlf ea in totis orationibus sunt conservanda (2),) nous voulons, non que l'exorde, mais que l'orateur soit modeste; nous trouvons même bon qu'il soit timide ; mais avec cette distinction de Marmontel, qu'il faut être timide pour soi et hardi pour sa cause (3). La première sorte de timidité a bonne grâce, la seconde déconsidère l'orateur et détruit d'avance l'effet de ses arguments. Or, comme on ne peut pas être à la fois timide et hardi, il faut que la hardiesse du chrétien convaincu finisse par l'emporter sur la timidité de l'homme.
III. Enfin, je demande pour l'exorde, clarté, justesse, correction, pureté de langage et de style. Je pourrais dire, en un seul mot, perfection. L'exorde, en effet , ne saurait être trop irréprochable sous le rapport des idées et du style. C'est un moment péril-
Ci ) CiCERO, De Oratore. Lib. I, cap, XXVI.
(2) CiCERO, De Oratore. Lib. II, cap. XIX.
(3) Marmo.^tel, Éléments de littérature, tome XII, page 323.
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t pour l'orateur que celui où l'auditeur, n'étant pas ore vivement intéressé, est maître de toute son atlion pour les détails, où l'orateur n'a rien pu faire ore pour se faire pardonner des défauts même lé- 3. a Nul endroit du discours, dit Gaichiès, ne delande tant d'exactitude ni tant de politesse que exorde, nul n'étant écouté d'un plus grand sang- •oid ni plus examiné. » Soyez bien persuadés que iditeur attentif ne vous pardonnera, dans l'exorde, 1 de ce qu'il vous pardonnera dans le corps du disrs, quand une fois vous lui aurez communiqué re propre chaleur. Incorrection, redondance, exaation, inexactitude, obscurité, il remarquera tout ne pardonnera rien. Or, cette première impression souvent décisive et toujours importante. « Le suc* es d'un discours, dit encore Gaichiès, dépend souirent du début ; on ne revient pas aisément des prenières impressions, soit bonnes, soit mauvaises. » îst bien plus important de le purger de défauts que l'orner de beautés.
Boileau a dit, « qu'un sonnet sans défaut vaut seul an long poëme (1),» On serait tenté d'en dire autant m exorde sans défaut. Mais pourtant on n*ajoutet pas que « cet heureux phénix est encore à trouver. » Il y a des exordes qui sont tout à la fois beaux irréprochables.
L'importance et la difficulté de l'exorde ont fait penr à quelques personnes, qu'il serait bon de ne s'oc-
0 BoiLEàU, VJrt Poétique, chant U.
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cuper de cette partie de la composition qu'après avoir écrit tout le reste. Ce ne serait pas notre avis. Ce procédé est peu naturel. Un bon exorde prépare Torateur comme l'auditeur. Il n'en est pas comme d'une préfacjBy qui tient bien moins intimement au livre^ qui. peut très bien exister sans préface. Nous adopterions plutôt l'idée de Cicéron : « Quand j'ai bien pris ainsi « toutes mes mesures, dit-il, je me mets à chercher en « dernier lieu ce qui doit pourtant commencer mon « discours, c'est-à-dire mon exorde ; car toutes les kk « que j'ai voulu commencer par m'en occuper, je n'ai € rien trouvé que de faible, d'insignifiant, de com- « mun et de vulgaire. » Et voici sur quoi Cicéron fonde son procédé : « Il ne faut point chercher Texorde a dans des circonstances étrangères ou éloignées, mais « le tirer des entrailles mêmes de la cause. Que l'on a commence donc par sonder la cause, par rexaminer <t dans toute son étendue, par trouver et préparer tons a les lieux qu'on veut mettre .en œuvre : on songera « alors au choix d'un exorde, et il viendra s'offrir de € lui-même (1). »
(i) CiCERO, De Oratore. Lib. II, cap. LXXVII et LXXYIII.