Voyez paragraphe suivant
2. « L'habitude des êtres polyceTlulaires où par un entraînement d'esprit très naturel nous avons fini par n'envisager dans chaque élément que sa fonction dominante, nous détourne trop peut-être de l'étude infiniment plus délicate, il est vrai, des actions intimes multiples dont chaque corps cellulaire, indépendamment du noyau, est le siège, et qui aboutissent parfois à la formation dans sa substance d'appareils extrêmement compliqués. En général, la conception purement histûlogique nous fait trop perdre de vue la notion anatomique supérieure de Vétat d'organisation sur laquelle insistait avec tant de raison Ch. Robin. Il suffit pour en montrer l'importance de rappeler les productions aussi compliquées que le test et l'œil des Péridiniens, les cils, les flagella, le tentacule des Noctiluques, et enfin les nématocystes, toutes émanations directes du cytoplasme^ auxquelles nos habitudes d'esprit appliquent aussi naturellement que faussement la dénomination d'organes. xPoucHET, Sur l'œil des Péridiniens, Soc. de Biol. 8 mai 1886.
LES « PRODUITS » EN ANATOMIE GENERALE
L'enveloppe ligneuse des cellules végétales, le test élégant des Péridiniens et de certains Infusoires, ne sont pas sans analogie avec le test des Arthropodes.
La substance des kystes sécrétés par un grand nombre d'Infusoires rappelle les sécrétions muqueuses des Mollusques, comme le test des Tintinnidés par sa forme régulière, ses fines denticulations chez certaines espèces, rappelle une coquille.
Dans le protoplasma même des cellules animales ou végétales se déposent une série de produits parfois recrémentitiels, mais qu'on peut souvent considérer comme de véritables excrétions : graisses , leucites , xantholeucites , corps chlorophylliens , etc. , grains d'aleurone, globoïdes, cristalloïdes, etc., grains d'amidon, raphides, macles d'oxalate de chaux, cystolithes, etc. Ici se rangeront de même les otolithes des Cœlentérés \ les spicules intracellulaires dé certaines Éponges calcaires et sihceuses-, enfin toutes les merveilleuses charpentes des Radiolaires, Rhizopodes, etc.
Dans la même suite d'analogies, des conditions encore plus délicates de structure et de régularité nous sont offertes par d'autres produits intracellulaires non minéraux, non vivants, malgré les apparences qu'ils donnent, et d'une perfection morphologique accomplie. Nous voulons parler des rhabdites, trichocytes, nématocystes, etc.
Historique. — C'est De Rlainville^ qui a montré le premier, en 1833, les avantages qu'il y a à diviser les diverses substances
1. Voy. 0. et R. Hertwig, Bas Nervensystem und die Sinnesorgane der Medusen,
2 Voyez Metschnikof, Spongiologische Studien, in Zeitselw. f. wiss. Zool. 1879, p. 361. — F. E. ScHULTZE, Vnters. ub. d. Bau und. d. Entwick. d. Spongien. Lie Plahiniden, in Zeitschr. f. ic. Zool., 1880 ; Vnters. u. s. w. Corticium candelabrum. Ibid. 1881.
3. Cours de Physiologie générale et comparée, 1833, t. 1, p. 119.
LES « PRODUITS » EN ANATOMIE GENERALE
vivantes en deux groupes distincts désignés par lui sous les noms de constituants et à& produits. Ce fut une conception juste et par suite féconde, juste car elle correspondait à une distinction embryogénique fondamentale. Les constituants de De Blainville répondent à toutes les parties solides et liquides, cellulaires et non cellulaires, que nous savons aujourd'hui dériver du feuillet moyen ; par produits, il entend tous les tissus que nous considérons comme émanés du feuillet interne ou externe et leurs sécrétions. De Blainville, qui se défiait du microscope et n'avait aucune notion d'histologie, tombe naturellement dans de graves erreursS mais sa tentative n'en est pas moins le premier essai d'une classification rationnelle des parties constituant l'organisme.
Robin, éclairé par la connaissance intime des tissus qui manquait à De Blainville, reprend (1861-1869) la division établie par celui-ci^ et distingue deux groupes de tissus : 1° les produits et 2° les constituants ou produisants^ parce qu'ils portent en eux la condition de la génération des premiers ^
En Allemagne, Schwann et les premiers adhérents de la théo-
i. Voici l'énumération qu'il fait des produits : 1° Produits liquides : Sueur. — Mucosine (les Mucus). — Phospliorine (substance phosphorescente). — Cryptosine (sécrétion des cryptes intestinaux). — Sérine. — Larmes. — Salive. — Pancréacine. — Prostacine. — Cowperine. — Bile. — • Urine. — Sperme. — Lait. — 2» Produits semi-liquides : Sébacine (divisée en nombreuses variétés, cérumen, etc..) — Vitelline. — 3° Produits solides : Pigmentum. — Cératine (substance de la cornée). — Odontéine. — Squaméine. — Ostréine. — Cristallin. — Ostéotide (otolithes). — • Astacolithes (yeux d'écrevisse). — Aciculine (spicules des Éponges). — Dard des limaçons. — Coque de l'œuf.
2. Voyez : Programme du Cours d'Histologie, Paris, 1864, p. 50; — Art. Tissus de la 2« édit. du Dict. universel d'Hist. nat., à part dans : Biblioth. des Se. nat., Anatomie microscopique. Des tissus et des sécrétions, Paris, 1869; et art. Éléments {Ibid.), à part : Ibid. Des éléments anatomiques. Des épithéliums.
3. Il est bien certain, en elFet, que les tissus profonds nourrissent l'épiderme superficiel. Mais il n'est pas moins certain que les tissus cellulaires de l'un ou l'autre feuillet superficiels, seuls en contact avec le monde extérieur, peuvent être envisagés avec tout autant et plus de raison comme nourrissant les tissus dérivés du feuillet moyen.
LES « PRODUITS » EN ANATOMIE GÉNÉRALE
rie cellulaire avaient quelque peu négligé tout ce qui, dans le corps des animaux, n'était point cellule. Kôlliker le premier appela, en 1858, l'attention des anatomistes sur les substances extracellulaires'. Et il établit entre elles, toutefois sans le dire expressément, une distinction profonde. On voit en le lisant avec attention, qu'il admet à côté des cellules et de leurs dérivés immédiats, tout un groupe de substances amorphes liquides ou solides telles que les plasmas, la substance des os et des cartilages (en tant que ne constituant pas de coque autour des cellules), substances indépendantes et jouissant d'une existence propre dans les espaces laissés libres par les cellules et leurs dérivés directs.
A la vérité, Kolliker ne fait qu'indiquer ces substances, sans s'expliquer sur leur origine : il ne s'occupe que de celles qu'il considère comme les produits directs de l'activité cellulaire. Et de même que l'avait fait De Blainville, il classe ici tout à la fois : i° ce qu'il appelle les excrétions cellulaires figurées [geformte Zellenauscheidungeyi)^ comme la cuticule des Arthropodes; 2° les sécrétions liquides proprement dites; 3° les produits de sécrétion figurés [geformte Secretionsproducté], comme la coque de l'œuf et le tube des Annélides.
Dans l'état actuel de l'anatomie générale , il semble qu'on puisse reprendre en la transportant aux parties cellulaires ou non, la grande division imaginée par De Blainville, des matériaux de l'organisme en constituants et en produits : d'un côté, les cellules, les agents primitifs et essentiels de la vie; de l'autre, tout le reste de l'économie comme les résultats, les produits de la vie individuelle ou commune des cellules, soit retenus à l'intérieur et permanents, soit versés à l'extérieur pour être éliminés ou transformés en appareils plus ou moins indispensables.
d. KoLLiKEn, Untersuchungen zur vergleichennfen Geicebleshre. Ueber seciindure Zellmembranen, Cuticubirbildungen u. s. w., m Zeitscli. f. wiss. Zool., 1858, p. 37.
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Même ramenée à ces termes, c'est encore De Blainville qui nous donnera la formule précise de cette division des parties organiques en cellules et substances dérivées des cellules, quand il dit [loc. cit., p. 119) : « Toute la substance qui existe dans un « animal quelconque soit à la surface, soit dans l'intérieur de « son tissu, peut être divisée en deux sections dont l'une comprend « les éléments constituants de l'organisme et l'autre les produits. » Les « éléments constituants » de l'organisme ce sont les cellules; les « produits » c'est tout le reste.