CANADA
Le cinquantième anniversaire de la Consécration Sacerdotale de Pie IX nous a donné une belle fête ; oui, une belle fête! C'était le souffle catholique inspirant, animant toutes choses ; c'était comme une chaude haleine de la Foi, venant avec les premières annonces du printemps, et faisant palpiter toutes les âmes, tressaillir tous les cœurs. Aussi, qui eût pu demeurer froid et insensible en face d’une aussi grandiose démonstration ? 1 Le pensée de Pie IX a inspiré dignement les décorateurs, les musiciens, l’orateur lui-même. Tout, il nous semble, a été digne du grand Pontife qu’il s'agissait de célébrer. L'Eglise de N. D. de Montréal, accoutumée déjà à des décorations si variées et si brillantes, avait pris pour cette fête un caractère particulier. Ce n’était pas seulement le Prêtre, le Pontife, le Père, qu’il s'agissait de préconiser et de bénir; c'étaittout cela, et quelque chose de plus encore. Contre les tendances de notre temps, il fallait à la démonstration un cachet plus spécial.
Pie IX est Prêtre, Pontife, Père, mais aussi il est Roi; et | plusieurs disent aujourd’hui de lui ce qu'on a dit du Maître : | Nous ne voulons pas qu'il régne sur nous. Or l'Eglise de Notre. Dame a affirmé la Royauté suprême de Notre Pontife d’une manière nouvelle et tout à fait éloquente. Nous voulons parler
de ce gigantesque trophée, qui partant des angles de l’autel principal, et réunissant tous les symboles, tous les attributs de toutes. les Puissances, représentées par leurs nombreux drapeaux, inclinait tous ces étendards devant le Drapeau Souverain qui portait si fièrement, au sommet du trophée, les armes de Pie IX.
Au dessous de cette décoration si bien faite pour la circonstance, l'autel étincelait de lumières dont l'or, l'argent, le cristal multipliaient à l'infini les rayons éclatants. L'appareil pour l'illumination au gaz a parfaitement secondé les flambeaux, et la Tiare Pontificale se dessinait merveilleusement, en lignes de feu au-dessus de tout cet admirable ensemble. Sous ce rapport, jamais nous n’avions vu fète plus splendide. Et lorsque, au milieu de tous ces drapeaux et de toutes ces étoiles, le Dieu de l'Eucharistie a pris sa place sur son trône d'honneur, nous avons senti notre cœur battre plus fort, et nous étions fiers d’être catholiques !!!
Pendant que l’Autel captivait tous les regards, du jubé de l'orgue descendaient jusqu’au plus intime de nos âmes de divines harmonies. Pour la grand'messe du jour, à laquelle officiait M. Bayle, supérieur du Séminaire de St. Sulpice, Haydn s'était réveillé encore une fois, et ses créations si religieuses et si puissantes avaient pénétré nos cœurs d'enthousiasme et de piété. Jamais peut être l'excellent chœur de N.-D. n'avait interprété le grand maître avec autant d'ensemble, de majesté et d’entrain. On sentait bien que le même soufle, qui alimentait la flamme à l'autel, était devenu l'âme de ces âmes chantant, à la gloire de Dieu, les triomphes de son Vicaire ici-bas. Un morceau de Rossini, maître toujours aimé et toujours bien venu, nous a fait vivement tressaillir à l'Ofertoire. Nous avons été heureux de retrouver au Salut, le soir, le même morceau, emporté avec le même enthousiasme etla même puissance. Les petits musiciens des Ecoles Chrétiennes y ont surtout fait merveille. En résumé, la musique à été du meilleur choix, et de la plus entraînante
‘exécution. Il n’est pas jusqu'à ce Tantum ergo, dit en plain-chant,
qui n'ait produit un effet magique. Là, toutes les voix, comme
tous les cœurs de l'immense multitude, se sont unies. C'était
comme la voix des grandes eaux, dont il estquestion dans l’Apocalypse, et que St. Jean donne comme un des caractères de la musique des cieux.
Si cette voix était si puissante, c'est que l'assistance était immense. La vaste Eglise avait, encore une fois, son contingent complet : et, si elle eût pu dilater son enceinte, une foule avide d’éprouver les mêmes émotions que nous avons ressenties, se serait unie aux milliers de fidèles qui priaient aux pieds de Dieu. (On estime que leur nombre était de huit à dix mille.)
Dominant cette multitude, du haut de la chaire de la basilique, l'éloquent M. Colin, prêtre de St. Sulpice, a tenu son auditoire suspendu, une heure durant, en lui montrant Pie IX, objet de cette grande fête, comme résumant en lui tous les triomphes,
-dominant tous les évènements du 19%%e siècle. Jamais nous ne
l'avons entendu avec plus de bonheur. Nous ne voulons pas essayer de donner une idée de son discours ; il est du genre de
ceux qui dominent de trop haut l'analyse.
Il est mieux de le publier textuellement ; sa lecture est de nature à produire les meilleures impressions, bien que faite à huis-clos, et loin de cet ensemble de pompe et de mélodie qui aidait si puissamment l’éloquence, et qui l’a si bien inspirée.