EPILOGUE
A l’occasion des premières éditions de ce petit opuscule, un prêtre qui, depuis vingtcinq ans, se consacre tout entier et avec grande bénédiction au salut des jeunes gens, m'écrivait ces quelques lignes, par où je termine :
«Nous ne saurions trop insister, nous autres prêtres, dispensateurs de la doctrine et directeurs des consciences, sur les causes qui engendrent le libéralisme chez nos jeunes gens. Il y en a principalement trois : le demisavoir, l’orgueil et l'esprit faux.
«Le demi-savoir en matière de religion :
les jeunes gens se font trop souvent un catholicisme de fantaisie, blasphèment ce qu’ils ignorent, et, sanss’en douter, tombent dans de graves erreurs, qui sont au fond de véritables hérésies.
«L’orgueil : ils n’ont plus le sens de l’ohéissance catholique, laquelle est la base de la foi, et par conséquent du salut. Ils sont constamment à la recherche de détours, d’excuses, de prétextes de toutes sortes pour échapper au devoir d’obéir. Or, il faut obéir au Pape, comme il faut obéir à JÉsus-CHrisr, dont le Pape tient ici-bas la place ; et de même qu’on ne peut pas trop obéir à JÉsus- Carisr, de même on ne peut pas trop obéir au Pape. Le jeune catholique-libéral ne comprend rien à tout cela. En dehors de ce qu’il s’imagine être le strictnécessaire, il n’entend
relever que de lui-même.
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« L'esprit faux : à force de lire des journaux bâtards, des revues et des livres semicatholiques, à force de fréquenter les gens du parti et de se moquer des autres, ils ont fini par se fausser tellement l'esprit, que leur maladie devient quasi-incurable
«Ces trois causes produisent également l’entêtement, l’entêtement qui est le caractère distinctif de toutes leserreurs. Il yaune ressemblance frappante entre le jansénisme du dix-septième siecle et le libéralisme du dix-neuvième : même esprit de chicane, mème orgueil pieux, même obstination. à ne pas tenir compte des avertissements et enseignements du Saint-Siége, même cénacle de femmes, mêmes coteries de soi-disant grands hommes et de soi-disant grands écrivains, même fanatisme pour quelques Evéques aux dépens dun Pape et de l’Episcepat.
C'est la peste en personne, comme l’a répété olusieurs fois notre grand et saint Pie IX.
Mais c’est une peste à la mode, une peste aristocratique, en gant beurre frais, en jupons de soie ; c’est la peste des beaux-esprits. Comme du temps de Port-Roval, c’est un besoin de bruit, de renommée, de clinquant ; une tactique de se poser en victimes incomprises et persécutées ; un art incroyable pour séduire et attirer à soi surtoutles jeunes gens et les femmes du monde.
« Le demi-savoir, l'esprit faux et l’entêtement, voilà pour le docile troupeau, pour les moutons : l'argueil, avec toutes ses audaces et ses subtilités, voilà pour les cheïs.
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1PILOGUE. 117
« Insistez-là dessus. C'est fâcheux pour qui se fâchera ; mis c'est vrai, très-vrai, trop vrai.
« Comme il est plus facile et plus vite fait de dire : « Je crois fermement tout ce qu’en- « seigne l’ Eglise», tout ce que disent les Brefs «et les Encycliques du Saint-Père !»
Au moment où commençait le tirage de ce petit opuscule, à paru l'édition romaine, «autorisée et revue par le Saint-Père », des Allocutious prononcées au Vatican depuis le 20 septembre 1870. Quelques variantes, non dans le fond. mais dans la forme, de la célèbre Allocution du 18 juin 1871, citée en partie à ia page 5, nous ont paru mériter d’être mises sous les’yeux du lecteur. Ces graves paroles ont été niées si catégoriquement par le parti catholique-libéral, que la reproduction du texte authentique ne paraîtra pas superflue ici.
Voici les propres paroles du Souverain- Pontife à la députation française. Sa Sainteté s’exprimait en français :
Nico Vous savez combien j'aime la France.
Je puis donc vousdire franchement la vérité.
Il est même nécessaire que je vous la dise.
«L’athéisme dans les lois, l’indifférence
en matière de religion, et ces maximes pernicieuses qu’on appelle catholiques-libérales, voilà, oui voilà les vraies causes de la ruine des Etats, et ce sont elles qui ont précipité la France. Croyez-moi, le mal que je vous signale est plus terrible encore que la Révolution, que la Commune même !»
Ici le Saint-Père porta les mains à son front, et, avec un mouvement qui indiquait un amer chagrin mêlé à une profonde indignation, il dit:
«Jai toujours condamné le libéralisme catholique (puis, levant les mains et les agitant, il ajouta avec vivacité ét avec force), et je le condamnerais quarante fois encore s’il le failait.
«À ce propos, je me souviens d’un Français qui avait une place élevée, et que j'ai connu de près ici, à Rome; jJ'aieu même occasion de parler avec lui, et il me faisait de grands compliments. C’était ce que l’on appelle un homimne distingué, honnête, qui pratiquait sa religion et se confessait. Mais il avait des idées étranges et certains principes que Je n’ai jamais pu comprendre comment ils avaient pu prendre racine dans un catholique de bonne foi. C’'étaient précisément les maximes dont je parlais tout à l'heure.
«Ce personnage soutenait! que, pour bien
gouverner, 1l faut avoir une législation athée, de l'indifférence en matière de reli-
1 Un catholique, oser dire, bien plus, oser soutenir de pareilles choses devant le Pape !
de
gion, et cette singulière tactique qui sait s’accommoder à toutes les opinions, à tous les partis, à toutes les religions, et unir ensemble les dogmes immuables de l’Eglise avec la liberté des cultes, des consciences.
Nous étions d'accord sur plusieurs points ; sur ceux-Ci. jamais.
« Cet homme, que faisait-il, en effet ? Au- Jourd’hui, une chose ; demain, une autre tout opposée. Un de ses amis, qui était protestant, mourut à Rome ; il suivit son convoi et assista aux funérailles dans un temple protestant ! On fait certainement très-bien d'assister les protestants dans leurs nécessités, leurs inaladies, et de leur faire l’aumône, l’aumône de la vérité surtout, pour procurer leur conversion ; mais c’est chos# excessivement blamäâble que de participer à leurs cérémonies religieuses,
«Je persistais à dire que.je ne pouvais me persuader comment on peut gouverner un Etat avec des lois athées; comment de telles lois pouvaient être basées sur la justice tout en excluant l’idée de Dieu; comment ilétait possible de trouver la rectitude et la vérité dans les fluctuations des partis opposés et du Libertinage effréné qui en est la conséquence
« Malgré tout, cet homme s’obstinait 1 à croire que C’ était là la manière de gouverner sagement les peuples et de les conduire à la civilisation et au progrès.
La pauvre France a pu voir où abou-
1 En vérité, c’est trop fort ! Mais l’entêtement est un des caractères saillants du parti catholique-libéral.