L. Guérin
M. Petit-Barmon, ancien directeur du journal de Niort le
Poitou, exprime, comme journaliste et comme catholique, ses profonds regrets de la perte que viennent de faire la presse française et la cause religieuse.
Notons à cette même date du 9 avril beaucoup de lettres dont les auteurs, pour des raisons diverses, désiraient ne pas ^^e nommés.
Li'Uniifers, en outre, s'abstint de publier des lettres écrites, les unes par des fonctionnaires que la publicité pouvait compromettre, d'autres par des ecclésiastiques qui jugeaient la situation religieuse du pays et exprimaient leurs regrets avec une vivacité d'expressions de nature à leur susciter des embarras.
Lettre de S. Éxn. le cardinal Pitra à M. Eugène Yeuillot :
Fraseoti, 10 a>Til 18S3.
Cher Monsieur Eugène. — Vous n'étiez que trop préparé dès longtemps à Tépreuve que Dieu vous impose ; et pourtant le coup est douloureux, si j'en juge par la peine que j'éprouve à la distance où je suis et après de longues années passées loin de votre excellent frère. Dans ce lointain, l'isolement croissant est dur, et je ne puis voir sans douleur le vide qui s'élargit parmi ces vaillants amis, ces défenseurs de l'Eglise, si ardents et si nombreux il y a quelque trente années. Votre frère était à leur tète et nous animait tous. Je le vois encore arrivant à Solesmes pour y écrire la première brochure pour la liberté de l'enseignement. Il avait le pressentiment que la campagne serait dure et vive, mais il partait alerte comme un soldat qui va pour la première fois au feu.
Chaque fois qu'il revenait au monastère, c'était une fête continue. Groupés autour de lui, nous l'aurions écouté tout le jour, de même qu'il ne se lassait pas d'assister à tous nos offices. Avec dom Guéranger, avec Louis Veuillot et tant d'autres, tout cela est passé ; et pourtant la lutte et les périls augmentent.
Mais votre frère nous a si bien prouvé que Dieu n'a rien de commun avec le système libéral, et qu'il est un roi qui règne et gouverne en maître ! Confions-nous à sa sainte Providence. Si Deus pro nohis, quis contra nos ?
Agréez, cher Monsieur, pour vous, votre famille et vos collègues, mes condoléances et mes respects les plus dévoués.
•}• J.-B., card. Pitra,
év. do Frascati.
M'** Masella, nonce apostolique à Lisbonne, écrit à ^ue Veuillot qu' « en priant pour l'âme du grand et pieux écrivain, M. Louis Veuillot, son ami de vieille date, il n'ou-
Wiepas la famille si justement atteinte de Tillustre défunt, et en particulier M^^ Élise Veuillot ».
Mf^ l'ëvéque de Valence à M. Eugène Veuillot :
Séderon, en touméo pastorale, le 10 avril.
L'évêque de Valence a l'honneur d'offrir à M. Eugène Veuillot et à sa famille l'expression de ses plus sympathiques condoléances et de son respectueux dévouement. Il offrira le saint sacrifice pour l'âme de M. Louis Veuillot.
M*' révèque de Beauvais écrit qu' « il prend vivement part au deuil causé par la perte du vaillant défenseur de TÉglise, et qu il unîi ses prières à celles que tant d'âmes chrétiennes offrent à Dieu à son intention » .
lettre de M»"" Gay, évêque d'Anthédon, à M. Eugène Veuillot :
Mafordt, par Ambazae (Haute-Vienne), 10 avril 1883.
^hhr Monsieur Eugène. — Par suite d'une absence, je n'ai
W^s qu'hier le passage à Dieu de votre excellent et admi-
^?7 ? fi'ère. Je viens d'offrir pour lui le saint sacrifice. Que
a eveq^i^g en France et ailleurs, que de prêtres, que de reli-
?'^ux Qjj^ fj^jj Qy feront comme moi ! que de fidèles prient
partout pour que, sans tarder, Dieu le reçoive en sa gloire,
^^ ^ous ceux qui, comme et après le grand Apôtre, ont com"
. ^ ^^ bon combat. L'Église est reconnaissante ; et il l'a tant
j. .^^> si constamment servie, si courageusement défendue !
..r^** de la race des Machabées. Sa vie n'a été qu'une lutte
^Ote et souvent héroïque pour l'honneur et la liberté de
^Uble patrie. Il y fut tout ensemble soldat, chef et porte-
^^^ de sa foi, comme tout chrétien doit l'être, et de la parenti^ . ...
. ^ue cette foi nous donne avec Dieu, il a fait reculer,
^t parfois même rougir l'impiété, et par là il a relevé
^nt le cœur de ses frères. Que ses œuvres le louent, et
1 r. ^ ^^ mémoire reste bénie ! Lés honneurs qu'on lui rend
^e tous côtés, et qui sont une justice, justice tardive de la
, ^e plusieurs, doivent vous consoler de son départ, vous
^^i*e courageuse sœur, qui fut son ange gardien visible.
04 HOlfMAGES A LOUIS VEUILLOT
Vous êtes plus consolés encore par les signes non douteux de bénédiction divine et de salut dont sa mort a été marquée. Que Dieu demeure avec vous et avec tous les vôtres, cher Monsieur, pour vous soutenir d*abord dans votre légitime douleur, puis pour vous encourager à poursuivre vos saints combats : car Tennemi n'est point vaincu, et TEglise est en larmes.
Vous savez avec quels sentiments dévoués je suis toujours votre bien affectionné, •}• Charles,
évoque d'Anthédon, ancien auxiliaire du cardinal Pie,
M«^' révêque de Perpignan et M^ Tévêque de Gonstantine et dllippone. ont envoyé leurs condoléances à M. Eugène Veuillot et à M"« Veuillot.
Lettre de M. le curé d'Epîzon (diocèse de Langres) à M. Eugène
Veuillot :
Kpizon, 10 avril.
Monsieur le directeur. — Nous prenons la plus grande part à la perte que vous venez de faire; mais, comme vous, Ton est consolé en songeant à l'œuvre entreprise et si vaillamment conduite par Louis Veuillot.
Si pour les plumes scandaleuses, qui ne sont que trop nombreuses, il y a des malédictions, des bénédictions sont réservées aux plumes qui édifient. Or, que n'a pas été celui que, avec vous, nous regrettons ? 11 a été un apôtre non seulement parmi le monde laïque, mais encore parmi les apôtres euxmêmes : je ne suis pas, en effet, le seul à reconnaître le bien que m'aura fait en plus d'une manière la lecture du journal V Univers, si bien continué par vous.
Agréez, Monsieur le directeur, etc. M. Rexaut,
curé d'Épizon.
M. Eugène Veuillot a le second de ses trois fils, Bernard, au collège Sainte-Marie, de Gantorbéry, où il a suivi ses anciens maîtres expulsés. Venu à Paris pour les vacances de Pâques, il y fut retenu par le malheur qui nous frappait. Le recteur du collège et l'un des professeurs lui adressèrent les lettres suivantes, que V Univers publia malgré leur caractère intime : car elles montrent quels maîtres et quels hommes sont les jésuites; avec quelle affection, quelle simplicité et quelle élévation ils savent parler à leurs élèves.
i|^^ttre du R. P. du Lac, recteur du collège Sainte-Marie, à ^etiaard Veuillot :
Collègo Sainte-Mario, Cantorbéry, 10 avril 1883.
Cher ENFANT. — Je n'étais pas ce matin près de la dépouille de votre oncle, et je n*ai pu aller prier dans cette chambre où il m*a reçu plus d'une fois, avec une bienveillance, avec un cœur dont j'aimais à parler ensuite devant ceux qui, ne le connaissant que par son génie toujours armé, ne voulaient voir en lui qu'un soldat.
J'ai souffert de cette absence, et je veux venir m'en consoler près de vous.
Je souffre de sa mort, et j'en souffrirai longtemps, comme tons les bons catholiques. Pauvre enfant! vous le comprenez déjà; mais vous comprendrez mieux plus tard, en lisant les Mélanges f ce que c'était que l'homme que vous perdez. Votre oncle à vous, — de combien de catholiques, de prêtres, de religieux, n'a-t-il pas été, lui laïque, et le père dans la foi et le maître à la guerre !
Un jour, — c'est la première fois que je le vis, — il m'invita, sur la demande de MM"" du Lac, à venir dépouiller avec lui les reliques — je puis bien les nommer ainsi — de son vieil ami çlu Lac, de V Univers, Entré dans cette froide petite chambre de l'hôtel du « Bon La Fontaine », où avait vécu ce droit et courageux travailleur, il s'arrêta en ouvrant le premier tiroir, et, me montrant ces pauvres dépouilles de l'écrivain, fout ce qui restait de lui, il me dit avec un accent que je n'oublierai jamais : « Il avait tout sacrifié à la nécessité de secourir les siens, sa chère vocation de bénédictin et ce qu'il pouvait gagner chaque jour de son rude labeur; il ne lui reste rien : c'était un homme. » Et nous sortîmes de cette chambre, silencieux, en nous serrant la main, comme deux soldats qui viennent de replier la petite tente d'un camarade quitté le matin pour aller se faire tuer à l'ennemi.
Je n'oublierai jamais ses bons yeux humides, son serrement àt main si chaleureux, et cette allure résignée qui semblait dire: « Les rangs s'éclaircissent, à mon tour tout à l'heure. »
Cher enfant, le vôtre viendra bientôt. La famille des Veuillot est une tribu catholique, et elle a désormais la gloire unique de pouvoir s'abriter sous un drapeau qui est sien et qui veut ^'ïre : Défense de l'Église. Vous ne chercherez pas ailleurs : votre place est marquée là. Mais l'avoir par droit de naissance.
c'est peu, ce n'est pas même assez ; vous la gagnerez par droit de conquête. J'y compte; votre cher grand oncle y compte aussi, et vous aidera du haut du ciel.
Quant à moi, placé près de vous dans ce collège de Texi], je me sentais plus près de lui que lorsque j'habitais Paris dans la joie de travailler librement; frappés par la persécution, il me semblait qu'il pensait plus à nous, et je sais que je ne me trompais pas. Il va nous aider plus encore là où il est, et nous obtiendra les grâces dont nous avons besoin.
Veuillez offrir mon affectueux respect à monsieur votre père, et à la famille de VUniverSf dont j'étais un peu. Je vous bénis et vous embrasse du fond du cœur. Du Lac.
Lettre du R. P. Billot à M. Bernard Veuillot :
Saint-Mary's coUege, 10 avril.
Mon cher Bernard. — J'aurais voulu vous écrire dès hier pour vous dire toute la part que je prends à votre deuil. J'ai toujours beaucoup admiré et beaucoup aimé votre cher grand oncle ; je l'ai plus aimé encore depuis mon entrée dans la Compagnie: car je le devais alors, non plus seulement comme catholique, mais aussi comme jésuite. Nous ne saurions oublier le dévouement à toute épreuve de l'Univers pour nous ; et l'Univers, qui, Dieu merci, se continue et se continuera, était l'œuvre de M. Louis Veuillot et vivait de son esprit.
Quelle leçon pour vous, mon cher Bernard, que cette grande vie d'un homme toujours dévoué avant tout, et quoi qu*il lui en pût coûter, à la cause de la sainte Église I II était du petit nombre et au premier rang de ceux qui n'ont jamais compris que la vérité amoindrie fût encore la vérité, et il a dû à cela sa meilleure gloire ici-bas, et depuis deux jours la meilleure part de son bonheur au ciel. Vous voudrez l'imiter, mon cher enfant, et vous nous reviendrez d'auprès de ce lit de mort plus décidé à faire au collège ce sans quoi, malgré toute votre bonne volonté, il vous serait impossible de continuer les traditions de votre famille.
J'ai dit ce matin la sainte messe pour notre cher mort, et j'y ai eu plus de consolation que de douleur. C'est si beau de mourir après une vie comme la sienne I Bien des pères que je pourrais vous nommer, tous, j'en suis certain, en ont fait autant. Vos professeurs et vos surveillants m'ont tout particulîè-
rement chargé d*être auprès de vous leur interprète, et de vous dire leur affection et leur reconnaissance pour celui que nous pleurons.
J'ose vous prier de présenter mes compliments de condojeance à monsieur votre père et à monsieur votre frère, que J*i bien rhonneur de connaître un peu par V Univers, et de croire vous-même, mon cher bon gros Bernard, à toute mon affection en Notre-Seigneur.
Votre professeur bien dévoué, Gabriel Billot ,
A^ellre du R. P. Marie de Brest, procureur des missions franciscaines à Paris, k M. Eugène Veuiliot :
Paris, le 10 avril 1883.
^*CKLLEXT Monsieur. — Je n*ai pas besoin de vous dire ^J^oioien je prends part au malheur qui vient de vous frapper âiflsi que votre famille, et la cause même de TEglise et de ^^ qm en dérive. Votre frère n*est plus I Dieu nous Ta ravi P^''^ |ui donner cette palme qu'il a si bien et glorieusement PS^^e en combattant pour la gloire de son divin Fils et de sa giorieuse Épouse.
^ ^lle doit être belle la couronne que le Roi des rois lui a posée sur la tête après son trépas I il a tant souffert pour la sainte Église et pour son Dieu ! Quoique je ne croie pas qu'il soit pas^^ par jg purgatoire, mon devoir est d'être reconnaissant à Son égard. Vous m'avez toujours accueilli avec tant de
y^illance, que c'est surtout dans cette pénible circonstance jï'J^Je dois vous montrer ma gratitude d'une manière particu-
écris donc à nos différents évêques des missions francis- ^s^ <Je vouloir bien ordonner à tous les missionnaires de Vicariat de célébrer le saint sacrifice de la messe, d'abord ^ ^^ repos de l'ame de celui qui n'est plus, et aussi pour ^ *^ bon Dieu daigne mettre sur la plaie de votre cœur et . ^^Ues de tous les membres de votre famille un baume salu- .^» qui adoucisse votre douleur.
I . *^'ai pas besoin de vous dire que, de mon côté, je prie ^ ^\ pour vous et pour votre cher défunt. ^0>fez, mon bon Monsieur, mon interprète auprès de tous . . tnembres de la famille et de la rédaction.
Et VOUS, recevez en terminant, recevez l'expression de mon humble et reconnaissant dévouement en N.-S. J.-G.
F. Marie de Brest,
procureur des missions franciscaines à Paris, rue do Sèyres, 05.
Lettre de MM. les abbés Léxnann à M. Eugène Veuillot :
Lvon, 10 avril.
Permettez-moi, au nom de mon frère et au mien, de venir joindre, dans la douleur qui vous frappe, nos humbles condoléances à celles de vos nombreux amis. Votre deuil de famille est celui de la France catholique tout entière ; il est aussi celui de rÉglise, pour laquelle votre vaillant frère a tant lutté et tant souffert durant sa vie. Sans doute qu'il en reçoit à présent la glorieuse récompense, car il était bien du nombre des heureux violents qui ravissent le ciel.
Dès la nouvelle de cette mort, qui a dû être si précieuse aux yeux du Seigneur, nous nous sommes empressés de célébrer, à rintention du regretté défunt, le saint sacrifice ; et longtemps encore nous porterons son souvenir au saint autel, en y unissant le vôtre de tout notre cœur.
Veuillez agréer, etc. Les abbés Lémann.
M^'' Raphaël Virili, postulateur de la cause de saint Benoît Labre, envoie le témoignage de sa douloureuse sympathie.
Le R. P. de Scoraille, de la Compagnie de Jésus, recteur du scolasticat de Velès (Espagne), à M. Eugène Veuillot :
Le R. P. de Scoraille prie, en son nom et au nom de sa nombreuse communauté de jésuites isolés, M. Eugène Veuillot d'agréer l'expression des sentiments de profond regret et de sympathique douleur que leur cause la perte du vaillant défenseur de l'Ëglise, son illustre frère. Ils lui donnent, à ce titre, une large place dans leurs prières comme dans leurs souvenirs, et aussi en reconnaissance de toutes les luttes courageuses soutenues par lui en faveur de la Compagnie de Jésus.
^ P. Émonet, supérieur général de la congrégation du Saint- Esprit et du Saint-Cœur de Marie, à M. Eugène Veuillot :
Le P. Émonet a rhonneur de présenter à M. Eugène Veuillot ses hommages respectueux et Texpression de ses sympathiques regrets. Il le prie de vouloir bien les offrir à sa pieuse et chère famille. Il s*est fait un devoir d'aller accompagner insqu'à sa dernière demeure le pieux et vaillant Louis Veuillot, dont les admirables écrits venaient périodiquement le ravir et
'e consoler durant ses vingt-huit années de séjour au delà des
mers.
^ttr© de M. le supérieur et des professeurs du petit séminaire *'* Koche (Haute-Savoie) à M. Eugène Veuillot :
La Roche, lo 10 avril.
g , ® ^tipérieur et tous les professeurs du petit séminaire de
^-Nfarie de la Roche (Haute-Savoie) se font un doulou-
. ^^voir d'adresser à M. Eugène Veuillot l'expression des
jç u^^^*^^s de vive douleur qu'ils ont éprouvés à la nouvelle
j^^y£ *^Cirtdu vaillant défenseur de l'Église et du Saint-Siège,
Ils^ ^«uillot.
dèfï'^'r «nt pas oublié l'honneur incomparable que l'illustre p(t^^ ^ ^^^^ voulu faire au petit séminaire de la Roche, ^^ >, pliant plus d'une fois le visiter dans ses voyages en
V^^ prient et font prier leur communauté pour le repos de cette grande âme.
Au nom de tous les professeurs,
J. Gavard,
supérieur.
M. l'abbé Peyre, de Marvejols, à M. Eugène Veuillot :
Marvojols, 10 avril.
Monsieur E. Veuillot. — La Société Marvejolaise d'instruction populaire exprime à la famille Veuillot ses sentiments de sincère condoléance pour la perte de M. Louis Veuillot, ie vaillant défenseur de la cause catholique et de la classe ouvrière contre les utopies révolutionnaires.
Pour le comité.
L'abbé Pkyre,
vicaire.
Lettre de M. l'abbé Famier, chanoine théologal du chapitre de
Chambéry :
Chambéry, 10 ayril.
VÉNERé ET CHER MONSIEUR. — Je VOUS écHs à roccasion de la perte regrettable et douloureuse que nous venons de faire. Quel admirable défenseur des bons principes Dieu nous a ravi ! quel jouteur intrépide! quel chevalier sans peur et sans reproche de la plume ! quel apologiste infatigable !
Le regretté M. Louis Veuillot a été comme V Augustin sécu^ lier de notre époque. A la fin de sa noble carrière, il a pu dire comme le grand Apôtre écrivait à Timothée (II*, c. iv, v. 7, 8): Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi. In reliquo reposita est mihi corona justitise, quam reddet mihi Dominus in illa die justus judex : non solum autem mih ', sed et iis qui diligunt adventum ej'us.
Nous pouvons espérer que notre souverain Rémunérateur a déjà récompensé tant de dévouement et de zèle. Néanmoins, j'appliquerai mes suffrages à cette grande âme et prierai — au moins pour attirer de plus abondantes bénédictions sur ceux qui continuent son œuvre et qui combattaient à ses côtés...
Farnier,
chanoine théologal.
Lettre de M. labbc Cornet à M. Eugène Veuillot :
Eupen (Prusse, provinces rhénanes], le 10 avril 1883.
Mon cher Monsieur Veuillot. — En rentrant d'un petit voyage, j'apprends par V Univers la mort de son rédacteur en chef.
Cette nouvelle m'attriste : car M. Louis Veuillot fut pour moi, pendant trente-trois ans que j'ai été en relation avec V Univers, un bienfaiteur. Il m'a différentes fois aidé de ses conseils ; mon église doit à ses recommandations l'indulgence de la Portioncule ; en 1875, son intervention me valut plusieurs audiences auprès de Pie IX.
Si déjà pour moi le fiât ! est difficile, que ne doivent pas ressentir devant cette tombe son frère tant aimé et sa sœur qui fut en quelque sorte son ange gardien !
Je prie l'un et l'autre de vouloir agréer l'expression de la vive part que je prends à votre deuil. Je ne manquerai pas, de mon côté, de recommander le cher défunt dans le Mémento
pro defunctisy sans oublier de faire mention dans l'autre Me^ mento de la messe de ceux qui Font aimé, pour que le Seigneur daigne les consoler et les fortifier dans Tépreuve qui les atteint.
La force d'en haut a vérifié la devise de monsieur votre frère : Da robur! dans ses luttes pour la cause de TEglise; les grâces sacramentelles et la bénédiction du Saint-Père l'auront corroboré dans le dernier combat.
Espérant qu'aujourd'hui c'est lui qui, du sein de la gloire étemelle, implore pour nous tous la force contre les ennemis de Dieu, je vous prié de vouloir agréer l'expression des sentiments les plus affectueux avec lesquels je suis,
Tout à vous en Notre-Seigneur, Cornet.
Lettre d'un a humble frère » de la congrégation de Saint-Lazare à M"e Veuillot :
Paris, 10 avril.
Vénérée Mademoiselle. — Dieu soit loué et béni à jamais ! Je voulais m'unir à MM. Pémartin et Tisné, pour assister à l'ofBce et pour accompagner à leur dernière demeure les '^stes mortels de votre excellent frère, M. Louis Veuillot; j'en ^' été empêché par la nécessité de mon office, et je l'ai viveaent regretté.
^es messieurs viennent de rentrer tout émus de l'édification
^^'uchante de la foule de chrétiens qui ont assisté à l'office et
H^i Ont accompagné le corps jusqu'à la tombe: tous priaient !.. ,
^i uni de loin mes pauvres prières à celles de tous ces fer-
i^'^*^ chrétiens, pour le repos de l'âme de celui que j'aimais
.* que je ne puis dire; j'ai surtout fait la sainte communion,
. J^ nie propose de la faire plusieurs fois encore à son inten-
^> Supposé que son âme soit retenue quelque peu avant que
**^ divin Maître et Sauveur la mette en possession de la
^^Hclç gloire qu'il lui réservait depuis longtemps, de toute
n r?*îté, pour les éminents services qu'il a rendus à son
Çu^^ sainte. Par sa vie militante, dès sa plus tendre jeu-
^^, pendant quarante ans, M. Louis Veuillot a remporté un
j *^<i nombre de victoires sur les ennemis de la sainte Église,
^j^*^ justice et du bon ordre social; et si nos péchés n'en
pj ^tit cause, peut-être que Notre-Seigneur lui aurait continué
jj^j ^ longtemps la mission qu'il lui avait donnée, pour hâter le
^^*iphe que nous attendrons peut-être longtemps. Comme
vaillant capitaine de la milice de Notre-Seigneur, il reçoit aujourd'hui sa glorieuse retraite à la cour même du Roi des siècles et du Dieu de réternité, qu'il a tant aimé et si bien et loyalement servi.
Si la mort de M. Louis Veuillot est pour lui-même un triomphe, vous ne devez pas vous attrister outre mesure. Mademoiselle, de votre séparation; vous avez droit vousmême à une part du triomphe moral extrinsèque de votre digne et bien-aimé frère. Priez-le, au lieu de vous abandonner à Taflliction, d'obtenir de la divine bonté de susciter un nouveau champion semblable à lui, en France, dans la presse, pour continuer sa grande mission. Oh ! que nous en avons besoin!...
Je prends une part bien vive à votre légitime douleur, et, en union à Notre-Seigneur crucifié, je suis. Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur, Th. Génin,
frèro de la Missioa.
Dépêche de M. l'abbé Massara, rédacteur de VOsservatore catto^
licOt de Milan, à V Univers :
,Milan, 10 avril, 11 h. 15 da matin.
Les directeurs et rédacteurs de VOsservatore cattolico s'associent de tout cœur à votre deuil et à vos prières, à l'occasion de la grande perte que vous venez de faire en perdant Louis Veuillot.
Ils souhaitent que les exemples et la force invincible de l'illustre écrivain et champion de l'Eglise contre le catholicisme libéral trouvent des imitateurs en France et en Italie.
Lettre du directeur de l'archiconfrérie et de l'œuvre apostolique des clercs de Saint-Joseph à M. Eugène Veuillot :
Beauvais, le 10 avril.
Cher Monsieur. — Parmi tous les témoignages de sympathique condoléance que vous recevez aux jours de votre douleur, celui du Messager de Saint^Joseph sera sans doute le plus humble. Veuillez toutefois l'agréer, avec l'assurance des prières que les associés de notre archiconfrérie et nos pauvres apostoliques de Saint- Joseph offrent à Dieu pour le vaillant et pieux défunt dont l'Eglise catholique tout entière pleure avec vous la perte terrestre.
^Q nom de la rédaction du Messager de Saint^Joseph et de l'arcbiconfrérie, A. Limbour.
in^-^'**^ de M»' Tripepi, directeur du PapatOt à la rédaction de
Rome) 10 ayril.
. ^ ï*édaction du journal scientifique il Papato prend la plus
^P^rt à la douleur des illustres écrivains de V Univers et de
k ^ . presse catholique pour la perte de Tincomparable
P*on de la vérité et de la justice, M. Louis Veuillot, gloire
^""gj^^elle des lettres et de l'Eglise.
^ ^^it les vœux les plus ardents pour que beaucoup d'autres • . ^ï^t dans les voies glorieuses du grand et incomparable ^*n d'immortelle mémoire. M«' Tripbpi,
prélat domestique de Sa Saintet6| directeur du journal •'/ Papato.
.|^^^ ^^e du R. P. Ballerini, au nom de la savante revue la Civiltà C*» UCq^ rédigée par les révérends pères de la Compagnie de l^%\l&t à la rédaction de l' Univers :
Florence, 10 avril, 10 h. 30, matin.
Nous nous associons à votre deuil. Nous pleurons la perte de Tancien ami, du vaillant soldat de la bonne cause, couronné à présent au ciel.
Pour la rédaction de la Civiltà cattoliea,
Ballerini.
Dépêche de M. Ramon Nocedal, directeur du Siglo futuro, de Madrid, à la rédaction de l' Univers :
Madrid, 10 avril. Oh. 16, soir.
Le Siglo futurOy profondément affecté par la mort de M. Veuillot, s'unit à la douleur de sa famille et des bons catholiques.
Le directeur et les rédacteurs du Siglo futuro assisteront demain, avec de nombreux amis, à une messe de communion pour l'âme de ce grand maître, de ce grand talent, de ce grand caractère.
Toute l'Espagne catholique et traditionnelle prendra part à ce grand deuil. Ramon Nocedal.
Lettre àe M. le comte A. de Lansade ù M. E. Yeuillot :
Montpellier, 10 avril.
Une messe pour le repos de Tâme de M. Louis Yeuillot a été demandée à la cathédrale par les soins du comité catholique. M. Tarchiprêtre a tenu à donner de la solennité à ce service funèbre, pour honorer particulièrement la mémoire du grand défenseur de TEglise ; la maîtrise a fait entendre le Dies irae et le De profundis pendant le saint sacrifice, et M. l'archiprêtre a donné Tabsoute. L'assistance était nombreuse; le clergé de chaque paroisse de la ville et les communautés religieuses d'hommes étaient représentés par quelques-uns de leurs membres, et les frères qui dirigent les écoles libres avaient conduit leurs enfants. Le deuil de notre vaillant rédacteur en chef était dans tous les cœurs, et s'exprimait en paroles émues au sortir de la cérémonie.
Faites part aux chers vôtres de mes larmes et de mon espérance, et permettez-moi de vous embrasser tendrement.
Lettre de M. Gustave Théry, avocat, à M. Auguste Roussel :
Lille, 10 avril.
Mon cher Monsieur. — Je tiens à vous dire toute la part que je prends à la perte immense que vient de faire V Univers. Je ne saurais vous exprimer toute l'admiration que je professais pour le talent et le courage de M. Louis Yeuillot. Il représentait pour moi, non pas, comme on l'a dit fort sottement, l'homme qui frappe indistinctement sur les amis et les ennemis, mais le chrétien profondément soumis et dévoué à l'Église, toujours sur la brèche et toujours prêt, au prix même de son repos et de sa popularité, à combattre les faux amis et les pharisiens, plus nuisibles millç fois que les ennemis déclarés.
Yeuillez, je vous prie, etc. Théry.
Lettre de M. A. Béchamp à M^^c Yeuillot :
Lille, 10 avril.
Mademoiselle. — Jusqu'au dernier moment j'ai espéré venir aux funérailles de votre illustre frère : d'impérieux devoirs me retiennent ici ; mais il m'est impossible de ne pas vous exprimer tout de suite la vive part que je prends à votre douleur à tous. Je n'ai eu que tard l'honneur de coa-
naître celui que vous pleurez ; mais, vous le savez, je n'ai pas pu l'approcher sans Taimer, comme tous ceux qui ont eu le même bonheur.
Je vous prie d'agréer, etc. A. Béchamp.
Lettre de M. Kolb- Bernard, sénateur, à M. Eugène Vcuillot :
Paris, 10 avril.
Cher Monsieur. — Retenu chez moi depuis quelque temps par la maladie, je n*ai pu avoir la consolation d'assister aux funérailles de votre éminent, digne et saint frère, et de m'associer à une douleur publique que personne plus que moi n'est en droit de ressentir, étant de ceux qui ont connu particulièrement le grand chrétien que nous avons eu l'honneur, les miens et moi-même, d'aider dans la propagande de l'œuvre si importante de V Univers pour la région du nord de la France. Il j a là des souvenirs qui me resteront chers et précieux au plus haut titre, alors qu'ils se rattachent à cette grande mission de dévouement à l'Église où tout a été hors de ligne : le talent, le courage, la générosité du cœur, la vaillance de Vâme.
Combien les temps où nous sommes font ressortir encore ce qui nous a été enlevé! Heureux toutefois de penser qu'il y a là un héritage que de nobles mains et de nobles cœurs ne laisseront pas périr !
Permettez-moi de vous dire, cher Monsieur, combien je partage vos fraternelles douleurs, et combien je reste uni avec tous les vôtres à la grande mémoire que Dieu garde dans son sein. Kolb-Bernard.
Lettre de M. Roumanille, le poète avignonnais, à M. Alfred
Rastoul :
Avignon, 10 avril.
Aidez-moi dans l'accomplissement d'un devoir, en me permettant d'avoir recours à votre amical intermédiaire pour offrir l'expression de mes condoléances à la courageuse rédaction de V Univers et à la famille du grand chrétien et de l'illustre maître que nous pleurons.
Louis Veuillot — ce n'est pas sans une émotion profonde que je vous le rappelle — s'est souvenu de moi avec beaucoup de tendresse et trop de bienveillance, en rééditant ses Parfums
de Rome. Mais, à cette heure pleine de tristesse , c'est pour moi une consolation de penser qu'il ne m'oubliera pas devant le Dieu pour qui il a si énergiquement et si longtemps combattu, et qui vient de récompenser ce vaillant et fidèle soldat mort à la peine et au champ d'honneur.
Veuillez agréer, etc. Roumanille.
Lettre d'un jeune moine de l'abbaye de Solesmes à M. Auguste Rpussel :
J'ai été du nombre de ces jeunes gens dont parle quelque part Léon Gautier, qui doivent à Louis Veuillot d'avoir connu l 'amour passionné de l'Église et de la cause catholique, et d'avoir senti avec une joie immense leur vie tout entière s'ordonner en puissance du Seigneur Jésus. Vous me comprendrez mieux que tout autre, si j'ajoute que je n'ai jamais pu parler ou entendre parler de celui que j'appellerais volontiers mon père dans la foi, sans que mon cœur battît de reconnaissance, d'amour et de fierté.
Lettre de M. Maignen,'des Frères de Saint- Vincent de Paul, à
M"« Élise Veuillot :
Paris, lo 10 avril.
Mademoiselle. — Au retour de ces splendides funérailles qui viennent de traverser Paris comme une marche triomphale plutôt que comme un convoi funèbre, permettez-moi de joindre aux nombreuses couronnes qui couvraient ce glorieux cercueil une fleur bien petite et bien humble , mais dont le parfum ne sera pas sans douceur au milieu de vos larmes : c'est l'hommage des œuvres ouvrières et des patronages d'apprentis et de jeunes ouvriers ; c'est aussi le souvenir des ouvriers des cercles catholiques. Sans doute ces œuvres n'étaient point absentes dans le grandiose et pieux cortège. Il y avait là beaucoup de pauvres, beaucoup de serviteurs et de servantes des pauvres, dont votre illustre frère fut toujours l'intrépide défenseur. Et il y avait aussi des ouvriers, car il y en a encore qui sont intelligents sur leurs vrais amis ; mais ce n'est pas ceuxci dont la pensée m'occupait tout à l'heure, et me distrayait de la prière. Je songeais surtout à ces petits apprentis et à ces orphelins que votre frère venait lui-même me recommander avec tant de sollicitude et de générosité. Oui, Mademoiselle, la charité de votre frère pour notre cher peuple ouvrier est un des
HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT lOT
meilleurs souvenirs de ma vie dans les œuvres. Initiée comme TOUS le fûtes, pendant cette vie en apparence toute de lutte et de combat, à toutes ses œuvres et aux actes de bonté de cette nature si énergique et si tendre, ces souvenirs personnels ne vous surprendront pas. Vous savez d'autres secrets, vous les direz un jour. Ceux qui n'ont salué en lui que l'admirable polémiste et l'écrivain de génie apprendront qu'il était aussi le disciple doux et docile de celui qui a dit : a Ce que vous ferez à l'un de ces petits, c'est à moi-même que vous l'aurez fait. » Et si nous croyons tous que les tabernacles éternels se sont ouverts tout grands devant lui, ce n'est pas seulement parce qu'il fut héroïque dans la foi, mais parce qu'il le fut aussi dans la vraie et sainte charité. C'est notre consolation de penser que Dieu s'est souvenu des bonnes œuvres de son serviteur, puisque tant de pauvres et de petits ont prouvé ce matin qu'ils ne l'avaient pas oublié.
Maurice Maignbn.
Lettre de M. Bourgeois, secrétaire de la conférence de Nouzon,
à M. Eugène Veuillot :
Noozon (Ardennes], 10 avril.
Monsieur. — La conférence de Saint-Vincent de Paul de Nouzon (Ardennes) prend la part la plus vive au grand malheur qui vous frappe, et me charge de vous adresser ses condoléances et de vous informer qu'elle s'est fait un devoir de réciter un De profundis pour le repos de l'âme de cet éminent soldat de Dieu,
Veuillez agréer, etc.
Le Bocrétaire de la conférence do Nouzon,
Bourgeois.
Lettre de Mtle Polonus , organisatrice du patronage catholique des Alsaciens-Lorrains, à M. Auguste Roussel :
Paris, ce 10 avril 1883.
Cher Monsieur. — Pourquoi est-ce dans une douloureuse circonstance qu'il nous est donné de faire connaître à tous le véritable fondateur du comité de patronage catholique, qui se fait un devoir aujourd'hui de se faire représenter par des députations de ses pupilles d'adoption et de ses orphelines, et p^ i'ii ommage de reconnaissance qu'il tient à déposer sur le
cercueil du grand chk'étien, dont i'élan de généreux patriotisme a si largement contribué à secourir et à sauvegarder la foi des Alsaciens-Lorrains émigrants?
Il faut qu'on sache, Monsieur, que la souscription ouverte en 1872 par le vaillant journal V Univers a rapporté près d'un million; il faut qu'on sache surtout que, grâce à l'initiative prise par MM. Veuillot, des centres religieux furent formés dans Paris, que des centaines d'orphelins furent élevés chrétiennement, qu'un nombre considérable de vocations religieuses furent aidées, que des écoles congréganistes furent créées et existent encore, et qu'enfin les excellentes sœurs de la Charité et les dames patronnesses ont secouru à domicile plus de 14,000 familles.
Vous sentez bien, n'est-ce pas. Monsieur, que notre chère œuvre, qui touche à sa fin, n'a plus besoin de réclame, et qu'ici c'est le sentiment seul de la reconnaissance qui me guide, sen« timent qui ne peut que grandir à être exprimé par vous, Monsieur, dont l'aQection filiale pour la grande intelligence qui n'est plus laisse dans votre cœur une douleur si profonde.