ÉTUDE DE L'ÉCHELLE HUMAINE
| NA fi 1 | Du Blanc au Nègre
Prenons les diverses races humaines au moment de leur création : toutes devaient en être au même point, c’est-à-dire qu’en leur suppcsant le même degré d'intelligence, elles avatent à triompher des
mêmes difficultés pour arriver à l’état civilisé.
L'histoire nous apprend qu'entre la société civilisée et l’homme primitif il y eut deux états intermédiaires : l’état sauvage où l’homme chasseur et pêcheur n'eut d'autre occupation que de chercher sà nourriture et de défendre sa vie contre les bêtes féroces et ses sembables, l’état barbare où, devenu pasteur et agriculteur, il commença à se former en société et à créer des lois pour refréner ses propres passions. De là, s’élançant dans le domaine du progrès infini, il s’est
- emparé de toutes les forces éparses dans [a nature, pour en tirer des
jouissances nouvelles, et il a élevé le magnifique monument de la Civilisation moderne.
Comment se fait-1l donc, qu'après cinq mille ans d’existence, chacune des quatre races qui peuplent le globe en soit arrivée à un degré de perfection différent suivant la gradation des couleurs?
Lo La race blanche occupe depuis les temps les plus reculés l'Europe, le nord de PAfrique, PAsie mineure, l'Arabie, la Perse et l'Inde jusqu’au Gange. Elle a peuplé une partie des côtes de l'Afrique,
. le nord de l’Asie, les deux Amériques, la Nouvelle-Hollande et pres-
LR NT que toutes les îles répandues sur l’immensité des deux Océans. Partout sa supériorité physique et morale, et le développement extraordinaire de sa civilisation lui ont assuré une complète suprém atie. Elle à occupé incontestablement le premier rang à toutes les époques historiques.
2° Le second rang appartient à La race jaune, confinée au nord-est et au centre'du grand continent asiatique, et dont les colonies s'étendent dans les îles de la Sonde et jusqu’en Amérique. Les Mongols, qui ont conquis l’Asieentière et une partie de l’Europe, les Chinois, dont la civilisation rivalise en certains points avec la nôtre, appartien-
nentàla race jaune. Où :peut.dire de ces peuples qu'ils en sont au point intermédiaire entre l’état barbare et l’état civilisé.
3 La race cuivrée vient la troisième. Les Malais occupent le sudest de l’Asie, les îles de la Sonde et de la Polynésie, Ceylan et Madagas car ; les indigènes des deux Amériques appartiennent, sauf quelques variations, à cette race. L'existence d’une société organisée, d’un code religieux et politique, la perfection relative des artsetdes sciences, les monuments d'architecture élevés dans les îles de la Sonde; au Pérou et au Mexique, indiquent clairement que la race cuivréeest parvenue à l’état intermédiaire que j'ai désigné sous le nom de barbarie.
4° Voici enfin la race noire! Elle habite, outre PAfrique presque entière et l'Amérique où elle à été transportée, la Nouvelle-Holtande, la Nouvelle-Guinée et quelques autres îles, auxquelles Dumont d'Urville, dans sa division de l'Océanie, a imposé le nom de Mélanésie. On ne saurait contester, comme je le prouverai tout à l'heure, que cette race ne soit restée à l’état purement sauvage, même pour les nègres mélanésiens à l’état primitif. | |
D'où vient donc cette différence saisissante entre les progrès accomplis par les deux races blanche et noire, placées l’une au premier, l’autre au dernier rang dans l’échelle humaine ?
La race noire aurait-elle été dans des conditions défavorab lesrde développement par suite de la stérilité de la partie du globe qu’elle oceupait? En aucune façon ! |
Qui pourrait comparer admirable fertilité du Sénégal ‘et de PAbyssinie avec le climat de l'Angleterre et du nord de la France! £
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* Faut-il'croire avec Buffon que linfluence de la température change le type des races? Non! Car les créoles blancs établis en Afrique depuis’ trois cents ans ont gardé parfaitement pur le sang européen, ét la chaleur du soleil n’a pas rendu leurs cheveux laïneux, ni leur nez épaté. D'ailleurs, sil fallait admettre l’opinion de Buffon, les nègres de la terre de Van-Diémen et du sud de la Nouvelle-Hollande, où la température est relativement froide, seraient devenus blancs, et ils sont encore de la plus belle couleur de suie.
Que faut-il'en conclure ?
C’est que le nègre, quoique appartenant à l'espèce humaine, n°y occupe pas le même degré que le blane, qu'il est d’une intelligence moindre, et qu’il est susceptible d’une progression moins complète.
Chose remarquable ! l’anatomie et la physiologie sont ici complétement d'accord avec le raisonnement!
Je ne veux pas entrer dans des détails ethnographiques trop longs pour le sujet que je traite ; je laisserai donc de côté les races intermédiaires, jaune et cuivrée, quoique leur étude confirme les règles que je vais établir. D'ailleurs, avant de parler des différences anatomiques et physiologiques, qui séparent la race blanche de la race noire, je dois, pour prévoir les objections, dire un mot des nombreux croisements qui ont altéré le type primitif de la race noire.
Les Abyssins, qui sont les plus beaux et les plus civilisés des nègres, ne sont que le produit du croisement des Cophtes blancs de l'Egypte avec la race noire primitive.
Les côtes de Zanguebar et de Mozambique, dont les esclaves sont les plus recherchés en Amérique pour leur esprit et leur vigueur, sont occupées, depuis un temps immémorial, par des colonies arabes qui se sont mêlées aux indigènes.
Les Cafres, les plus intelligents et les moins laids des nègres de l'Afrique méridionale, ont en face de leur territoire la grande île de Madagascar, habitée par les Malais, qui sont répandus aussi sur quelques points de la côte.
On ne peut donc tirer des arguments contre mon système, du plus ou moins de civilisation des peuples que je viens de citer, €ar ils n’appartiennent pas exclusivement à la race noire.
Prenons le nègre pur, le nègre sans mélange, tel qu’on le voit au
centre de l'Afrique ou sur la côte Ouest, au Sénégal et dans les deux
| Guinées, et mettons-le en face d’un Européen.
| Voyez d'ici sa tête couverte de laine, son front déprimé, ses yeux ronds, son nez épaté, ses grandes oreilles descendant jusqu’au cou, sa bouche fendue jusqu'aux oreilles, sa mâchoire avancée comme la gueule d’un animal, ses bras trop longs, sa poitrine rentrée, ses
jambes maigres sans mollets et aux attaches grossières, et dites-moi,
quelque laid que vous soyez, si vous pourrez admettre qu’il est entièrement votre semblable et que Dieu l’a pétri de la même pâte.
Ces mamelles pendantes que la négresse jette par-dessus son épaule à son enfant qui veut têter, vous rappellent-elles les formes de la Vénus de Médicis ?
Cette bouche dilatée, cette denture formidable ne sont-elles pas
plus faites pour broyer les os et la chair palpitante que pes exprimer l’éloquence et la poésie ?
Ce front, qui a deux ou trois degrés de moins que le vôtre, est-il.
capable des mêmes combinaisons ?
Voyez l’attitude du nègre dans son pays natal; elle n'exprime que - des passions bestiales; le cerveau ne joue encore qu'un rôle secondaire dans son organisation; les sens le dominent entiérement. Et pourtant la peinture que je viens de faire du nègre africain, comme type de la race noire, est encore bien loin de la vérité, si nous étudions les noirs de la Mélanésie. | Ces hommes-singes, car je ne puis les appeler d’un autre nom,
. sont confinés sur le continent de la Nouvelle - Hollande et dansda
Nouvelle-Guinée; toutefois, une race intermédiaire s’est aussi formée
de leur mélange avec les Malais et les Indiens de la Polynésie : ce:
sont les Alfourous des îles de la Sonde et les habitants de quelques îles importantes de l'Océanie, entre autres la Nouvelle-Calédonie-et les îles Viti.
C'est à Van-Diémen, et dans la partie sud de la Nouvelle-Hollande,
que cette race s’est conservée la plus pure, comme aussi la plus hideuse et la plûs rapprochée de la brute.
Chez elle l'angle facial diminue encore, le front est fuyant depuis les sourcils, la masse du crâne est portée en arrière comme chez les crétins, le masque du visage a les plus grands rapports avec celui des
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grands singes, les bras descendent au-dessous du génou, les jambes excessivement grèles sont terminées par des pieds difformes, dont le pouce, qui est mobile et prenant, leur sert à grimper aux arbres.
Voilà pour le physique! Voyons maintenant le moral.
Cook, Wallis et d’Entrecasteaux ont constaté qu'ils ne connaissaient pas l’usage du feu, qu’ils vivaient d'aliments crus ou desséchés au soleil, qu'ils n'avaient aucun animal domestique, qu’ils ne cultivaient aucun végétal, qu'ils ignoraient l'art de la navigation, qu'enfin ils n'éprouvaient même pas le sentiment de la curiosité! Leur misérable vie se passait à chercher leur nourriture parmi les rochers, à la marée basse, et à tâcher de découvrir quelques cadavres d'animaux morts pour s’en repaitre! Quand la faim devenait trop pressante et que les animaux manquaient, les plus forts tuaient les plus fables et les dévoraient sans scrupule.
Depuis soixante-dix ans que les Anglais occupent le pays, les indigènes n’ont pu être utilisés à rien: ils ont été ou détruits ou refoulés dans l’intérieur des terres, où leurs tribus nomades, qu’on y retrouve encore en petit nombre, vivent en volant les bœufs et les moutons des émigrants qui leur font une guerre acharnée.
D'ici à peu d'années, ce curieux type de race humaine aura sans doute disparu.
J'ai insisté à dessein sur ce dernier rameau de la race noire, parce que, entre lui et le rameau caucasique, le premier de la race blanche, il y a autant de différence, sinon plus, qu'entre ce type infime de l'espèce humaine et la première espèce de singes.
C’est ce que je vais prouver dans le chapitre suivant.
Du Nègre à l’Orang-Outang
Après cette description ‘exacte du nègre Mélanésien, il me reste à dire ce que la zoologie moderne sait des grandes espèces de singes les plus rapprochées du type humain.
Il y en a cinq et les voici par ordre : les Pongos, les Gorills, les Orangs, les Chimpanzès et les Gibbons.
Les Pongos. — Leur histoire est fort obscure, et, comme ma manière de procéder par des déductions, tirées de faits irrécusables, ne me permet pas de tenir compte des récits plus ou moins véridiques des voyageurs, je ne citerai à leur égard que le fait suivant :
Vers 1822, un bâtiment de commerce hollandais fut forcé, par le manque de vivres, de relâcher à l’île des Cochons, près de la côte nord-ouest de Sumatra. :
Les indigènes apprirent au capitaine que, depuis quelques jours, le diable était venu s'établir dans un petit bois, au milieu de leur île, et qu'il poussait durant la nuit des cris si lugubres qu'ils n’osaient plus sortir de leurs huttes. Ce dernier, persuadé avec raison que le diable devait être quelque animal extraordinaire, prit avec lui ‘un détachement de matelots armés de fusils, et s’achemina vers l’endroit signalé. Dès que la petite troupe fut arrivée dans une clairière au milieu du bois, elle vit venir à elle un être étrange et effrayant, qui avait près de six pieds de haut, une grande barbe, des moustaches hérissées et tout le corps, à l'exception des mains et de la figure, couvert de poils noirs. Il avait quitté, effrayé par Le bruit, le lit de mousse où il reposait, et s’avançait en roulant les yeux et en brandissant avec force un long bâton. Aussitôt il reçut vingt coups de feu, il tomba, et mettant ses