‹ Homme ou singeChapitre 5 sur 7 · CO AU · texte numérisé non relu

CO AU

est, Oui ou non, un être d’une essence supérieure : de là à l’immortalité de l’âme, la conclusion serait facile. Que les gouvernements civilisés s'entendent pour nommer une commission de savants de tous les pays ; que cette commission se transporte dans les îles de la Sonde, au pays des orangs-outangs; qu’elle se procure un nègre mélanésien pur et une femelle d’orang adulte; qu’un rapprochement intime ait lieu, et s’il y à produit, que devrons-nous penser de l'immortalité de notre àme humaine?

Ce produit aura-t-il une âme comme le père? ou bien en manquera-t-il comme la mère? ou bien encore n’en aura-t-il qu’une moitié?

Dans l’état actuel de la science, tous les savants ont songé à l’expérience que j'ose proposer, mais aucun n’a osé en parler. Moi, je ne recule devant rien, et je dis brutalement ma pensée : il y a tout lieu de croire que le croisement de la dernière race d’hommes avec la première race de singes serait fécond.

L'analogie anatomique est complète, à l'exception d’un rudiment de côte et des doigts des pieds qui sont prenants; or, le rudiment de côte est d’une importance nulle dans l’organisation, et, quant à la faculté de prendre avec les doigts des pieds, certains sauvages qui vivent sur les arbres, entre autres les Guaranis, jouissent de la même faculté. N’avons-nous pas vu en France un peintre habile privé des deux bras, exécuter d'excellents tableaux avec ses pieds!

Quant aux analogies, je n’en citerai qu’une seule parce qu’elle est frappante : les femelles des singes ont des pertes mensuelles comme les femmes!

Dans l’ordre moral, à part toutes les qualités et tous les vices qui font du singe la caricature vivante du nègre, qui est lui-même celle . du blanc, il est à remarquer que les singes mâles ont un goût réel pour les femmes; on a vu au Jardin des Plantes un cynocéphale s’élancer comme un furieux et blesser gravement un jeune homme qui faisait mine d’embrasser la fille de son gardien. Les histoires de négresses enlevées par les grands singes sont dans la bouche des habitants de tous les pays où ces derniers existent. Enfin le Pongo de Werms, dont j'ai raconté la mort, ne serait-il pas lui-même un métis des deux races ?

Qu'il me soit permis maintenant cle faire une remarque : d'ici à

| — 15 — cinquante ans au plus, les nègres mélanésiens et les orangs-outangs auront disparu, et l'expérience que je propose sera impossible; alors peut-être on regrettera de n'avoir pas tenté le seul moyen de nous éclairer sur notre destinée à venir, et on maudira ces savants modernes qui, par un faux respect humain, n'auront pas osé tirer les conclusions de la grande science dont ils sont les apôtres.

Je sais qu'au point de vue religieux ma proposition est odieuse ; pourtant elle ne s'attaque en rien à la religion ni aux dévots : c’est une question qui ne peut intéresser que les libres penseurs.

Je vais fournir moi-même un argument irréfutable contre mon Système aux personnes qui sont croyantes ; le voici : si un croisement pareil s’opérait, cé serait que Dieu l’aurait permis pour éprouver la foi des hommes.

Que répondre à cela ?

[I faut reconnaître au christ'anisme une force irrésistible, c’est de se fonder sur des mystères et de pouvoir dire : Le soleil qui ne marche pas s’est arrêté à l’ordre de Josué, parce que Dieu l’a permis. Il n'y a plus de miracles dans les temps modernes parce que Dieu les a défendus.

Je termine cette digression qui m'a écarté de mon sujet, et je me résume ainsi :

Dans l'espèce humaine le nègre est inférieur au blanc ; donc le blanc a le droit imprescriptible de lui demander des services domestiques.

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| De l’état actuel du Nègre et du rôle qu'il doit jouer dans la Société

La place du nègre étant admise dans l'échelle humaine, quelle conséquence faut-il en tirer ? C’est qu'il est destiné, par sa nature même, par son infériorité relative, à être le domestique, sinon Pesclave du blanc.

Par le fait, qu'est devenu l'esclavage au moment où j'écris ces lignes? un état infiniment plus doux que ne le disent madame Stowe. et d’autres écrivains abolitionnistes.

Cette dame, pour faire son roman de l’Oncle Tom, a rassemblé toutes les cruautés, toutes les horreurs qui sont de tradition sur les planteurs et les a groupées avec art dans un seul cadre; ce livre, admirablement écrit, et qui a eu tant de succès, est d’une exagération sans pareille. RES

Voici ce que J'ai vu, par moi-même, pendant mon séjour dansdes Etats à esclaves, et ce qui ne saurait être contesté par les esprits impartiaux : | : :

Les esclaves noirs sont fort bien traités ; ils ont chacun une case spacieuse avec un jardin, une nourriture suffisante, un temps de travail plus limité que celui de nos ouvriers européens et un jour de liberté par semaine.

Généralement, rien n’est plus gai que l'aspect d’une plantation; le. soir, après le travail, la danse et le chant se succèdent sans interruption une partie de la nuit.

Qui donc pourrait comparer cette expansion générale, cette franche joie, avec la réserve morose, et la tristesse des serfs russes, mal dissimulées sous la crainte !

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Je sais bien que, parfois, il est des maitres sévères, et des commandeurs cruels ; mais, ce sont des faits excessivement rares. Quel intérêt aurait un planteur à maltraiter ses nègres qui sont toute sa fertane ?

Au point de vue moral, le nègre semble reconnaitre son infériorité: il considère lui-même le blanc comme d’une espèce supérieure à la sienne ; il n’a pas de ces aspirations d'indépendance, de dignité personnelle, et d'honneur, qu’on lui a gratuitement supposées. Rien ne l’étonne plus que le langage tenu à son égard par les abolitionnistes.

Ii ignore la jalousie et l'amour, pour lui, c’est la passion brutale.

Pourvu qu’il soit bien logé, bien nourri, et que le travail ne soit pas trop dur, il est le plus heureux des hommes. Quand il à un bon maître, il ne redoute rien tant que la liberté, qui le forcerait à subvenir lui-même à ses besoins.

Il est bien entendu que cette peinture ne s’applique en rien aux hommes de couleur qui ont puisé dans le sang blanc une énergie et.

un besoin d'indépendance excessifs.

Voyons, maintenant, quelles garanties l’esclave peut trouver, dans

les lois du pays, contre un maitre capricieux et cruel.

Un magistrat spécial, et indépendant, à seul le droit de prononcer

l'application de la peine, lorsqu'il a commis une faute.

IL peut se présenter devant un tribunal, se faire estimer, et, en payant, recevoir les papiers qui établissent sa liberté. Ce tribunal se compose de trois assesseurs, l’un choisi par son maïtre, les deux autres par la justice. Il peut payer Ja somme fixée pour sa libération par à-comptes de vingt-cinq francs. Enfin, il peut exiger sa vente

… forcée, c’est-à-dire, qu'après s'être fait estimer, il peut contraindre

son maitre à le vendre à quiconque veut payer la somme déterminée : judiciairement. ; |

Cette loi de transfert, appliquée fréquemment, est un frein perpétuel imposé aux maîtres d’esclaves. |

On voit que cette législation, établie à Cuba depuis longtemps déjà, est de nature à empêcher bien des abus, et qu'il y a loin de là aux peintures dramatiques que les romanciers se plaisent à faire sur les cruautés dont les nègres sont les victimes.

Cependant, ces lois ne sont pas suffisantes, et J’examinerai, au

— 18 — , chapitre suivant; ce qu’il y aurait à faire nn. compléter lee code > la justice noire. F0 “Je me résume, en disant : que le nègre n’est ni matirértdis malheu reux, comme on le représente, et que sa condition de servitude, à Pégar Fe du blanc, ne le révolte en aucune facon. PES O grand Fourier! quand tu as mis au jour tes sublimes rè du phalanstère, quand tu as peint cet âge d’or qui n arrivera pe être e dans cinq ou six mille ans, si la boule terrestre tourne. core; Ô Saint-Simon ! toi qui étais forcé de faire cirer les bottes par tes a anciens élèves de l'Ecole Polytechnique, quels remer dments ne m’auriez-Vous pas donnés si je Vous avais montré, dessous de la grande race blanche, cette race noire toute dispo remplir les travaux rebutants de vos vastes associations, et plus reuse sous la direction paternelle du blanc, que livrée à elle-r dans ses déserts sauvages de PArique, < où elle se Inassaure ei w € dévore:sans: pitié! to)

Questions Philanthropiques

Maintenant au nom de la philanthropie, au nom de la civilisation, qu ilme soit permis de m’élever contre le sort des hommes de couleur, car leur. position sociale m’a vraiment révolté en Amérique.

Fout homme qui à du sang noir dans les veines, quelque blane qu'il soit d’ailleurs, est confondu par les créoles, avec les nègres africains les plus abrutis.

. Bien souvent j'ai été indigné de voir vendre à l’enchère des jeunes gens et des jeunes filles, chez qui un Européen n'aurait pu distinguer la moindre trace de sang noir.

Il y à encore un grand nombre d'hommes de couleur qui sont es- “claves, et c’est à éux qu'on confond avec Les nègres, c’est à leur résistance fondée sur la supériorité de leur nature qui ne peut se plier à

la servitude, qu'il faut attribuer tout l'intérêt que l'esclavage a excité ‘en Europe.

C’est une immense injustice, dont les créoles se rendent volontairement coupables.

‘Ainsi un riche planteur recevra à sa table avec les plus grands ‘égards un pauvre blanc réduit à demander l’aumûne, et ce même homme refusera de s'asseoir dans un théâtre à coté d’un mulâtre ri- ‘che, instruit et distingué.

Cette contradiction s'explique pourtant jusqu’à un certain point: uw rapprochement aurait pour résultat dé faire disparaître la race blanche pure, l’on verrait comme au Mexique, la société composée seulement d'hommes de sang mêlé, et c’est à cet abâtardissement de

la belle race espagnole dans ce dernier pays qu'il faut attribuer son abaissement. |

En attendant, le libertinage des créoles tend à créer. une race in- termédiaire plus nombreuse de jour en jour, ce qui, à un moment donné, entrainéra les nègres dans une révolte victorieuse. ,

C’est le tiers-état entre la noblesse et le’ peuple, et vous savez, Ô Planteurs, ce qu'il en advint à la noblesse et à la royauté pes pour avoir laissé s'élever cette classe intermédiaire !

Il vous serait facile pourtant d'empêcher le développement du mal:

Je ne vous comprends pas en vérité ! vous vous croyez dune race supérieure, et pour satisfaire vos passions brutales vous avez des harems de négresses! leurs enfants qui sont bien les vôtres, vous les abandonnez sans souci à leur misérable position!

C’est ainsi que vous vous perdez vous-mêmes, et que vous donnez | raison à vos adversaires. " À

Mettez donc fin à vos débauches et déclarez dès aujourd’ ti que tout homme qui naitra avec du sang blanc dans les veines est libre de droit.

Si vous faites cela, la race intermédiaire se fondra peu à peudans“ la vôtre. Sinon, prenez garde à vous! Pr

Quant aux nègres, aux nègres véritables, que la nature a destinés 4 à être vos serviteurs, qu'ils soient protégés par la loi, et qu'ils ne puissent plus être livrés aux caprices d’un maître cruel et insensé.…

Adoptez la législation qui est en pratique à Cuba ; supprimez toutes a les peines corporelles; que iout nègre qui pourra prouver avoir “4 été maltraité par son maître, appartienne de droit à l'État qui d'Em= ploiera aux travaux publics ; qu’il soit impossible de vendre séparé- 2 ment les membres de la même famille ; que la durée du travailsoit « légalement fixée ; que des gens Hornet inspectent les ma pour s’assurer que la loi est respectée ; enfin qu’un code de justice noire complet soit rédigé, et rigoureusement appliqué. AT

Alors le sort des nègres n’excitera plus en Europe une indignation aussi générale, surtout quand on songera à l’état de barbarie ‘ss complète où ces infortunés vivent dans leur pays natal, et aux malheurs qui sont résultés chez les sauvages africains de l'anols de la traite.

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