‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 15 sur 53 · partie du bras qui s'étend du coude à l'épaule, est relativement · texte numérisé non relu

partie du bras qui s'étend du coude à l'épaule, est relativement

Fig. 8%. Bois de renne portant d'un côté le dessiu d'un chasseur d'aurochs et sur l'autre face ie dessiu d'uu animal du genre ; bœuf.

courte; les mains sont mal dessinées ; le bras droit, rejeté en ar- ,

rière, semble vouloir lancer un trait dont il est armé, tandis que le bras gauche paraïlrait vouloir saisir l'aurochs par la queue. La poitrine est très-bombée, le ventre bien dessiné, la colonne vertébrale un peu longue et par sa forme arquée se rapprochant de celle du singe qui marche droit sur ses jambes. Les cuisses sont assez bien dessinées, mais annoncent un fémur tres-court; le bas des jambes et le pied sont réguliers et bien faits*.

De l’autre côté du bois de reane que porte le dessin de ce chasseur d'aurochs on voit gravé un autre animal du genre bœuf.

La figure 84 représente cette pièce intéressante.

Pour terminer cette description des mœurset usages de l'homme à l'époque du renne, nous parlerons des coutumes funéraires de ce temps, ou, si l’on veut, du mode d'ensevelissement propre à cette période de l'histoire de l'humanité primitive.

Un fait à remarquer, c'est que l'homme donne souvent à ses sépultures la forme de ses habitations.

« Les sépultures des Tartares de Kasan, dit M. Nilsson, ressemblent entièrement, sur une petite échelle, à leurs habitations; elles sont bâties comme ces-habitations, avee des poutres rapprochtes les unes des autres. Une sépulture circassienne ressemble à une habitation cireassienne, Les sépultures des Juifs Karaïtes, dans la vallée de Josaphat, ressemblent & des maisons et à des églises. Les sépultures néo-grecques de la Crimée imitent de mème les églises!. »

"On ne sera pas surpris dès lors d'apprendre que les hommesde l'époque du renne ensevelissaient leurs morts dans des grottes, comme l'avaient fait d'ailleurs leurs ancètres de l'époque du grand ours et du mammoull, c’est-à-dire qu'ils enterraient leurs morts dans ces mêmes cavernes qui servaient alors d'habitation. Cette coutume qui existait à l'époque du grand ours et du mam=— mouth s'était conservée dans l'époque suivante.

Mais les hommes de l'époque du renne n’ensevelissaient pas leurs morts uniquement dans les cavernes. I1 y avait encore d'autres modes d'ensevelissement : un véritable tombeau, composé de l'assemblage de dalles, et plus souvent un ensépulturement dans la terre libre. Enfin, d'après M. Arcelin, il y avait, au moins à

1. Objets gravés et scuiptés de Laugerie-Basse (Dordogne). Extrait des matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme. Juillet 1869.

2. Les habitants primitifs de la Scandinavie, par M. Swen Nilsson. Paris, 1869, chez Reinwald, in-8°, p. 202,

Solutré, un mode particulier d'ensevelissement. Le cadavre enfermé dans la hutte mème qui avait servi de demeure à la famille ou à l'individu, était couché sur le foyer, et la hutte, renversée sur le cadavre, lui servait de tombeau.

Ces notions nouvelles sur l’ensépulturement à l'époque du reune résultent d’une série d'études poursuivies pendant plusieurs années par MM. de Ferry et Arcelin, dans un vaste cimetière humain qui fut découvert en 1865, à Solutré, village du Mäconnais.

L'extrème importance de ce cimetière antéhistorique nous oblige à entrer sur ce sujet dans des détails circonstanciés.

Le cimetière humain de Solutré, aujourd'hui célébre, est situé non loin de Mäcon, en un lieu nommé clos du Charnier. C'est un tertre inculte, d'une superficie d'un hectare, qui est exposé au midi et abrité du nord par un rocher. Il est jonché partout de silex taillés, et l'on trouve à fleur de terre ces silex mélés à des osseinents de renne, de cheval et d'homme. Au-dessous on découvre des amas de rebuts de cuisine et d'habitation. L’emplacement de ces débris est circonscrit par un trapèze mesurant 462 mètres de superficie environ. Ces amas consistent en traînées de cendres mélées à des fragments d'os, de bois de rene, de lames de silex et de substances minérales étrangères à la contrée. A part quelques os brülés formant un résidu noir. tous les débris animaux sont d’une étonnante conservation. Certaines cornes de renne sont encore extrêmement dures, et laissent dégager, quand on les travaille, l'odeur de la corne fraîche. Les ossements de chevaux sont abondants. Enfin on trouve des ossements d'éléphant, de cerf, d’aurochs et de grand tigre.

Tout autour de l'emplacement où sont réunis ces amas, ilexiste une énorme quantité d'ossements de chevaux ayant subi l’action du feu. MM. de Ferry et Arcelin évaluent la superficie recouverte à 850 mètres carrés sur une épaisseur moyenne de 50 centimètres. Dans un mètre cube de magma représenté par ces débris agglomérés en une masse serrée homogène et compacte, on a compté, d'après les auteurs, 40 canons de chevaux, ce qui donne pour la superficie couverte par ces amas environ 2122 chevaux.

Les sépultures humaines sont groupées sur l'espace occupé par les foyers et les ossements de chevaux. Quelques-unes de ces sépultures sont composées de dalles, les autres sont creusées dans la terre libre.

MM. de Ferry et Arcelin ont retiré du clas du Charnier*les squelettes d'environ 50 individus. Ces 50 individus, qui sont surtout des vieillards et des enfants, ne représentent d'ailleurs qu'une faible partie de ce vaste ossuaire.

Une intéressante description a été faite de cette précieuse ne cropole par l’un des auteurs de cette découverte, M. Arcelin. Cet archéologue éminent, digne collaborateur de M. de Ferry, s'exprime ainsi dans son mémoire publié en 1868, sous ce titre : la Station préhistorique de l'dge du renne à Solutré.

« Si, partant de Mâcon et se dirigeant perpendiculairement au cours de la Saône, on franchit le premier ressaut de terrain qui couronne la grande vallée, on découvre devant soi les hauts sommets arrondis des arkoses et des porphyres dont les masses noires, sévères, couvertes de bois et de bruyères, ferment l'horizon à l'ouest, et en avant desquels se dressent de hauts contre-forts produits par la dislocation des terrains jurassiques. Le mouvement de bascule qui, relevant ces lerrains à l’ouest, les a fait plonger vers l'est, sous la grande plaine bressane, a donné naissance à une série de failles et de brisures escarpées qui accentuent d'une facon étrange et pittoresque l'étroite bande de roches sédimentaires, large à peine de huit à dix kilomètres, comprise entre les roches cristallines et la Saône. Une série remarquable d'escarpements, séparés entre eux par d'étroiles vallées transversales, court du nord au sud et forme les crêtes de Monsard, de Saint-Claude, de Vergisson, de Solutré et du Mont-de-Pouilly. La roche de Solutré, bien connue des touristes, est un des points les plus curieux et les plus pittoresques de cet ensemble rocheux, On dirait la proue émergée d'un immense navire échoué à la côte.

« Les hommes de tous les temps, séduits par les avantages naturels de ce rocher sauvage, sont venus, tour à tour, y laisser les {races de leur passage. En effet, le plateau supérieur, d'un assez facile accès à l’est. est défendu des trois autres cûtés par de formidables escarpements. I] suffisait d'un fossé et d'une palissade sur l'étroit espace accessible pour en faire un asile inexpugnable, Une station militaire fortement établie en ce lieu commandait tout le pays d'alentour. C'était un point culminant d'où la vue piongeait dans toutes les vallées environnantes, jusqu'à la Saône, et pouvait s'étendre sur les vastes plaines de la Bresse, jusqu’au Jura, jusqu'aux Alpes. La cime neigeuse du Mont-Blanc ferme ce splendide horizon de trente lieues. 11 ne faut donc pas s'étonner si, dès les âges les plus reculés, l'homme vint dis= puter cette retraite aux oiseaux de proic. Des silex laillés, des poteries celtiques, romaines, burgondes, des monnaies et des armes de tous les temps, une citerne et un retranchement romain, un fossé laillé dans le roc au dixième siècle, les ruines d'un château féodal démantelé et bràlé au quinzième siècle, sont autant de témoins qui viennent faire avec nous le compte des générations bumaines qui se sont succédé là.

« Ce rocher étroit et aride, perdu dans les nuages et les brouillards pendant l'hiver, brûlé du soleil en été, Sattu par tous les vents et privé d'eau,

ne pouvait servir utilement qu'à un établissement militaire. A tout autre point de vue, le village actuel de Solutré oeeupe une position infiniment préférable. Bâti en plein midi, sur le talus en pente douce qui se déploie en éventail à la base du rocher, abrité des vents du nord par la haute falaise elle-même et largement arrosé par des sources abondantes, il oceupe le seul point de la vallée favorable à un élablissement commode et permanent.

« Qr c'est précisément dans cette situation, un peu au-dessus du village actuel, que se trouvait unc station préhistorique de l'âge du renne. Au pied mème de l'escarpement bajorien, sur les talus d'éboulement formés des débris de la falaise, qui recouvre et masque en partie les marnes du lias supérieur, de nombreux fragments de silex et d'ossements, ramenés à la surface par la culture ou par des remaniements modernes, avaient depuis longtemps attiré mon attention. Mais il y a un an seulement que, de coneert avee M. 11. de Ferry, membre de la Société géologique de la Franee, et très-versé déjà dans l'étude des stations préhistoriques du Mâconnais, j'entrepris des sondages et des fouilles rêgulières dont je vais faire connattre le résultat,

« Sur un cspace de plusieurs hectares, occupé en partic par des vignes, apparaissaient les débris superfcicls de silex et d'ossements dont les dernières traces se prolongent beaucoup plus bas encore, jusque dans les jardins du village moderne. Mais leur point de plus grande intensité paraissait être un lieu appelé le eros ou le clos du Charnier'. Des affouillements opérés cà et là pour exploiter le gravier mettaient à découvert des amas eonsidérables d'ossenents de eheval. Ailleurs, le sol d’un chemin, lérèrement en contre-bas, offrait de nombreux débris d'os fragmentés, de charbon et de silex. Un peu plus bas, des lombes en dalles brutes avaient été découvertes à différentes époques, et j'avais moi-même extrait de l'une d'elles, il y a uné dizaine d'années, une mâchoire humaine mêlée à d'autres débris humains malheureusement mutilés. ’

« C'était évidemment sur ee point que nos fouilles devaient se concentrer. Le licu était d'autant plus favorable qu'il n'avait été de mémoire d'homme mis en culture, qu'il ne paraissait pas avoir subi de remaniements, qu'en un mot nous avions un gisement vierge à explorer.

« Les premiers sondages, opérés par M. de Ferry, amentrent les résultats les plus coneluants. À un mètre environ de profondeur, sous le terrain d’éboulement mèlé seulement de rares silexet de quelques fragments d'os, on rencontre le sol aneiïen, d'un aspect plus noir et renfermant des débris plus abondants. (:ette couche noire varie d'épaisseur ; tantôt elle se réduit à quelques eentimètres, tantôt elle atteint trente ou quarante centimètres de profondeur ; parfois aussi elle semble faire complétement défaut. L'ensemble de nos sondages, répétés à des intervalles très-rapprochés, nous a permis de circonserire l'espace occupé par la couche archéologique et de constater que ses divers centres d'intensité sont autant de foyers faiblement distants les uns des autres. Ces foyers, tous explorés, sont très-régulièrement recou-

1. Probablement à cause de t1 masse d'ossements répandus dans le sol.

verts de larges pierres el dc dalles brutes, mises à plat, sous lesquelles sont entassés des débris d'ossements, les uns brûlés les autres fracturés intentionnellement, mèlés à des silex travaillés. Les eaux pluviales, chargées d'acide carbonique, agissant chimiquement sur le sol, ont recouvert ces débris d’incrustalions calcaires, parfois assez épaisses pour les agglutiner en un magma très-compacte ct très-dur, composé d'os, de charbon, de cendre, de terre, de silex, ete. Les larges dalles recouvrant les foyers offrent sur leur facc inférieure de très-beaux spécimens de ces incrustations adhérentes à la picrre. Des dalles semblables occupent le fond des foyers, qui se trouvènt parfois superposés, au nombre de deux ou trois.

« Les débris de ces foyers, minutieusement recueillis ct étudiés, consistent pour la majeure partic cn ossemients de renne : bois, mâcloires, verbres, côtes, calcanéums, astragales, petits os du tarsc, phalanges, phalangines, phalangelles, ete... ; tous les os à moelle, comme les canons, les tibias, les fémurs, ete... sont fragmentés. Nous n'avons pas retrouvé une seule tête entière. Tous Les bois sont également brisés. Les os de cheval sont rares. Nous avons recueilli accidentellement du renard , du grand cerf {cer vus magaceros), une dent et l'articulation métacarpienne inférieure d’un grand ruminant qui paraît être l'aurochs, de l'éléphant, probablement du maramouth, représenté par un fragment de grand os et de nombreux débris de défenses; enfin des ossements humains intimement mêlés aux autres débris: ici des phalanges, là des fragments de tibia; ailleurs des dents. Si ce ne sont pas des restes funéraires dispersés, il faut en conclure que les sauyages habitants de Solutré étaient anthropophages, ou immolaicnt des victimes humaines.

« Voilà qui suffit amplement pour déterminer l'époque de nos foyers. Nous sommes en plein âge du renne et sur la fin de l'époque géologique dite quaterndire.

a. J'ai parlé plus haut de sépultures découvertes dans le voisinage de la station. lPlusicurs d’entre clles avaient été violées depuis longtemps ct les os dispersés ou brisés. Dans l’une d'elles j'avais recueilli, il ÿ a une dizainc d'annécs, une mandibulc humaine. M. de Ferry parvint heureusement à retrouver une de ccs tombes dans son état primitif et sans traces de remaniements. Le corps reposait étendu entre des dalles brutes formant un parallélogramme, sur un lit épais d'os de cheval pilés et brûlés. Des os de renne fragmentés cet des silex se trouvaient mèlés aux ossements humains. De cet ensemble de faits pouvaient naître déjà de fortes présomptions tendant à assimilerces sépultures aux foyers voisins et à les rapporter par conséquent à l'époque du renne : fait capital, puisqu'on n'avait pas signalé jusque-là do sépulture se présentant avec ces caractères très-concluants et très-complets.

« Un second cränc retrouvé depuis fut soumis par M. de Ferry, avec les ossements de la première sépulture, à l'examen du savant anthropologue M. le docteur Pruner-Bey, qui n'hésita pas à reconnaitre le type de l’âge du renne, c'est-à-dire la race mongoloïde primitive. Le congrès international d'anthropologic et d'archéologie préhistorique, tenu à Paris au mois d'août dernier, où les crânes de Solutré furent présentés et discutés, n'a fait que confirmer à l'unanimité l'habile diagnostic de M. Pruner-Bey. De plus, l'étude chimique des os a donné des résultats conformes à ces conclusions. Ils ont

atteint le même degré de décomposition que les os de renne et de cheval, et sont recouverts des mêmes incrustations calcaires. « Nous pouvons donc conclure: Solutré fut occupé par une peuplade mongoloïde ou touranienne, à la fin de l'époque quaternaire, c'est-à-dire à un âge bien antérieur à toutes les données de l'histoire, quand vivaient encore dans nos contrées le renne et le mammouth, animaux des pays septentrionaux, dont l’un est éteint et l'autre émigré. La tribu devait étre nombreuse, à en juger par l'énorme quantité de débris qu'elle a accumulés autour de ses foyers; puissante, parce qu'elle occupait la clef du pays, un roc inexpugnable. Elle devait être entourée de vastes territoires de chasse, s'étendant au loin en tout sens, ce qui est la condition capitale d'existence des tribus de chasseurs et de guerriers. C’étaient en un niot les maîtres et les seuls habitants possibles de la contrée fort loin à la ronde. Derrière eux s'étendaient de grands bois et des sommets arides où devait abonder le renne; devant eux de vastes plaines humides où pâturaient l'éléphant, le cheval, l’anrochs, le cerf géant, et toute la faune des herbivores quaternaires. La Saône enfin les mettait en communication avec le Nord et le Midi. « D'après ce que nous venons de dire, le clos du Charnier peut étre considéré soit comme un lertre funéraire, soit comme le séjour ordinaire d’une tribu. Ces deux caractères en effet se tronvent confondus. Peut-être, comme chez certaines peuplades de sauvages modernes, élail-ce l'usage à Solutré d'enterrer les morts de la tribu sous le sol mème des huttes ou des tentes du campement. De 1à la confusion des riles funéraires et des usages domestiques. Peut-étre, au contraire, le clos du Charnier doit-il être regardé comme une sorte de nécropole; ct tous ces débris d'animaux ne sont-ils que les reliefs des festins de funérailles, d'autant plus abondants que les mémes cérémonies durent se renouveler pour chaque sépulture nouvelle. Cette dernière hypothèse nous expliquerait, il me semble, d'une façon plus satisfaisante, comment il se fait que les foyers sont intentionnellement enfouis sous une épaisse couche de terrain rapporté, donnant à l'ensemble de la localité l'aspect d'un véritable tertre inexplicable géologiquement. »

Dans un mémoire postérieur, consacré à la description du même gisement antéhistorique, dans un travail intitulé l'Age du renne en Mäconnais, mémoire sur la station du Clos du Charnier, MM. de Ferry et Arcelin ont fait connaître de nouvelles particularités se rattachant aux rites funéraires à l’époque du renne, considérée dans le Mäconnais. La plus importante observation, c'est que les corps étaient souvent ensevelis sur de véritables foyers, ou, pour parler plus exactement, déposés sur des cendres chaudes.

« Les sépultures établies sur des foyers sont, disent MM. de Ferry et Arcelin, réunies en grand nombre et de manière à se toucher presque toutes, sur l'emplacement méme des accumulations de débris de cuisine. La plupart des foyers supportent un ou plusieurs squelettes, dont la profondeur est en relation directe et constante avec la profondeur du foyer lui-méme. Si, par exemple, le foyer commence à 0.60 de la surface actuelle, le squelette

est à cetlc profondeur; si le mort n'est qu'à 1",50 ou 1°,80, le foyer alors n'apparalt qu'à ce niveau. Les individus se trouvent pjacés tantôt dans l'axe du foyer lui-même, tantôt par côté. [ls reposent sur le dos, les jambes étendues et les bras rapprochés du corps. Un eadavre pourlant a fait exception à celte régle, car, déposé à eôté d'un. foyer, il avait le bras gauche étendu sur eelui-<i, faisant ainsi angle droit avec le reste du corps. Il résulte de la position même des squelettes sur des foyers ou des amas de débris plus ou moins eoniques, que les eorps ne sont jamais dans une position horizontale, mais inclinés À‘ droite ou à gauehe, les pieds ou la tête plus haut ou plus bas, connne s'ils avaient glissé sur d'aneiennes déclivités.

« Les squelettes sont le plus souvent intacts, complets; tous les os se présentent dans leur ordre régulier, mais quelquefois brisés ou éerasés par le poid: du terrain. Leur eonservation est parfaite. Cependant, comme nous l'avons dil, quelques sépultures avaicnt été entièrement violées. De plus. un cadavre, bien entier d’ailleurs, et ne paraissant avoir été aucunement dérangé, normalement étendu sur un foyer, était privé de sa tête,

« Si les squeletles sont entiers et exempts de profanations, en revanche un assez grand nombre de leurs os paraissent avoir subi l'action d'une eertaine chaleur. lis présentent. comme les débris des chevaux des magmas, des laches bleuätres, blanchissent rapidement, happent fortement à la langue, et sont couverts de petites papilles, d'esquilles, et d'excroissances qui ont paru au docleur Pruner-Bey pouvoir provenir « d'une chaleur d'ailleurs peu intense ».

« Enfin, ce qui n'est pas moins digne de remarque, la grandeur et l'importance des amas de débris de cuisine ou de foyers sont en quelque sorte en rapport soit avee le nombre des débris humains qui les couronnent, soît avec l'âge des individus enfouis. Ainsi aux grands foyers en général, les vieillards, les hommes faits ou les femmes, et aux petits foyers, les enfants. Derniérement l'un de nous, fouillant un endroit où il y avait diseontinuité de foyers, tomba tout à eoup sur un tont petit foyer, presque exclusivement composé d'os de eheval, avec une grande quantité de lames de silex, sur lequel reposait un petit corps d'enfant pourvu encore de ses dents de lait. Quelques jours après, nous découvrimes un nouveau squelette d'enfant, du même âge: cette fois le terrain sous-jacent ne contenait que quelques débris d'os brûlés indéterminables.

« Comme nous l'avons dit, il y a dans ce vaste ossuaire des individus de tout âge et de tout sexe; mais les vieillards et les enfants paraissent dominer. Le nombre total des individus que nous avons pu reconnaitre s'élève actuellement à cinquante: ehiffre qui, hâtons-nous de le reconnaître, ne représenle certainement qu'une petile partie des aneïennes inhumations, atlendu que les débris de rennes et de ehevaux se prolongeaient autrefois bien au delà du cercle possible de nos invést#ations, dans les vignes environnantes, où l’on a signalé aussi des sépultüres détruites depuis longlemps.

« Observons eneore que, malgré tous nos soins à recueillir et à examiner les plus minimes débris de cetle nécropole, nous n'avons jamais trouvé dans ses profondeurs autre chose que des ossements, des pierres dures de nature diverse, des os travaillée, quelques fragments de poterie et enfin des armes où instruments en silex, accusant un style uniforme, une même époque.

Fig. 83. Funérailles à Solrtré, pendant l'époqne an renre.

Rien d'étranger, d'anormal, pas un morceau de métal ne s'y est rencontré. Cependant il faut remarquer que vers la parlie nord du tertre, la plus rapprochée de la base de l’escarpement, les sépultures sont pour ainsi dire à la surface du sol, eounme si le terrain de recouvrement avait été enlevé, Dans ce eas, la plupart des squelettes sont bouleversés, et leurs débris mélés à des objets étrangers plus modernes, lels que des briques par exemple. Il y a eu sur ce point remaniement postérieur.

« …. Nous avons établi précédemment : 1° que les squelettes sont invariablement étendus sur les foyers non remaniés, quelle que soit la profondeur de ces foyers. — 11 serait étrange qu’à une époque postérieure et après

M l’effouissement des foyers on se soit fait en quelque sorte une loi d'enterrer pardlcssus ces foyers et de creuser les fosscs d'inhumaliou jusqu'à leur rencontre, de façon que, ecrtains eorps reposant presque à la surface, d'autres se trouvassent enfouis à deux mètres de profondeur. — 2° Qu'un grand nombre d'os des squelettes portent des traces de brûlures. — Ce fait vaut une étiquette el prouve d'une facon irréfutable que les corps ont été déposés sur les foyers mal éteints où au moins encore chauds, avant leur enfouissement par conséquent; ce qui indique en même temps la canse de eet en-

. fouissement et la raison de ee terrain rapporté. Il fallait bien recouvrir et protéfer les morts dans ur dernier sommeil. — Que les types sont tous mongoloïdes, identiques pour uu eertain nombre à ceux des tombes en dalles brutes, et présentent le même degré d'altération, les mêmes inerustations calcaires, le mème aspect blanchâtre, erayeux. des os. La conclusion à

à de cela est que les sépultures des foyers sout contemporaines des

oyers et contienneut des ossements identiques à eeux des sépultures en dalles. Ÿ « Ilen est de mème des sépultures qui ont été faites simplement dans le terrain libre. Elles ont donné des types identiques aux premiers, et si l’on

+ observe que nous avons toujours trouvé étendu sous le cadavre comme un

+ Mpetit lit d'os et de eharbon, lui formant comme une ehape funèbre, on n'hé-

Sitera pas à les assimiler aux autres et à considérer la nécropole du elos du

Charnier comme parfaitement homogène. En un inot nous concluons, sous

la dictée des faits, que foyers, amas de débris de euisine ou d’ossements de

cheval, sépultures cn dalles brutes, sur des foyers où dans le terrain libre, sont unis par un lieu intime et incontestable.

« Nos foyers funéraires ne peuvent donner licu à aucune hésitation. En

beaucoup d’autres stations on les a retrouvés plus ou moins bien earacté-

Mrisés. « Dans la dernière sépulture humaine fouillée aux Eyzies par mon

€ fils, nous écrivait dernièrement M. E. Lartet, il se trouvait au-dessous

« “plusieurs foycrs superposés, avec débris de cuisine. Nous avions égale-

#9 “ment trouvé à la Madelaine les restes d'un squelette humain à côté d'un

€ foyer à débris de cuisine. » Les ossemcnts humains découverts par

1 Brun au gisement de Lafaye (Bruniquel) se sont présentés dans les mê-

mes circonslancesite *est-à-dire entre des foyers et au milieu de débris de cuisine. La fameuse grotte funéraire du trou de Furfooz (Belgique) explorée par M. Dupont et celle d’Aurignac (Haute-Garonne) explorée par M. É. Lartet étaient également accompagnées de débris de euisine et de foyers funéraires, ces derniers placés non pas sous les cadavres mais à l'entrée des grottes. Remarquons en passant que l’ensépulturement dans des grottes est

un fait local, accidentel, sur lequel il serait imprudent de conclure à des généralités. |

« Mais il demeure constant (sauf les exceptions probables qu'à l’âge du renne, l'ensevelissement se faisait sur des amas de débris de cuisine ou d'habitation et sur des foyers. On n'a pas assez insisté sur ce point, qui d'ailleurs ne ressortait pas assez clairement des faits isolés précédemment recueillis. La station de Kolutré, qui les résume tous ensemble, parait ne devoir laisser aucun doute à cet égard, »

C'est d'apres ces deux dernières observations que nous représentons dans la planche 85 (page 181), d'après un eroquis de M. Arcelin, les funérailles à l'époque du renne, à Solutré.

Le corps est étendu sur le foyer, revêtu de ses vêtements, entouré de ses armes et de ses objets de parure. Des cornes de renne, que l'on rencontre habituellement dans ces sépultures, surmontent la tête du mort, Des provisions de voyage se voient près du corps. Le foyer est encore brülant, et le cadavre repose sur ce lit de cendres chaudes. *

Comme nôus l'avons déjà dit, M. Arcelin croit que la hutte mème de l'individu, renversée sur lui, lui servait de tombeau, comme on le fait encore chez certaines peuplades. Sans doute la difficulté de creuser dans un sol souvent dur et congelé des trous assez profonds pour mettre les corps à l'abri des atteintes des hyènes et des oiseaux carnivores avait amené cet usage. Telle est du moins l'opinion de M. Arcelin, qui se propose de développer dans un mémoire particulier cette vue, assurément nouvelle.

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