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1. Lehon, l'Homme fossile, page 71, in-8, Bruxelles, 1868. L 11
l'on consacrait à cel usage des pierres encavées naturellement.
Nous représentons ici ‘fig. 72) cette géode naturelle, qai existe au Musée de Saint-Germain.
ap: NW ] Fig 72 GÜode nalurelle ayant servi de vase cullraire, brouvee dans la grotte de la Madelaine (Périgord),
C'est à l'époque du renne que l'on voit se manifester pour la première fois chez l'homme le sentiment de l'art.
Une circonstance bien digne de remarque, c'est que ce sentiment semble avoir êté le partage des populations qui habitaient le sud-ouest de la France actuelle. Les départements de la Dordogne, de la Vienne, de la Charente, de Tarn-et-Garonne et de l'Ariège sont, en effet, les senls où l'on ait recueilli des dessins et des sculptures représentant des ètres organisés. Nos départements de l'est n'ont rien offert de semblable.
J! ne suffit pas, pour expliquer cette singulière circonstance, de dire que les cavernes du midi de la France correspondent aux derniers temps de l'époque du renne, tandis que les autres remontent aux premiers temps de cette même époque. Outre que cette assertion n’est nullement prouvée, on aurait une réponse toute nrète dans ce fait, bien constaté, qu'aucune copie d'animal ou de plante ne fut exécutée dans le même lieu dans des temps postérieurs, c'est-à-dire à l'époque de la pierre polie et même à celle du bronze, On n’a trouvé, en effet, aucun spécimen de ce genre dans les amas coquilliers du Danemark, ni dans les stations lacustres de l’âge de la pierre, ni même dans les stations lacustres de Pâge du bronze.
11 faut donc admettre que les populations répandues dans les parties du continent européen qui correspondent au sud-ouest de
la France actuelle, possédaient des facultés spéciales pour le dessin. Une telle supposition n’a d'ailleurs rien que de raisonnable. Le sentiment artistique n'est pas toujours fils de la civilisation : c'est un don de la nature. I] peut se manifester aux époques les plus barbares, et parler plus haut chez certains peuples qui sont arriérés au point de vue du progrès général, que chez d'autres beaucoup plus avancés dans la civilisation.
I est certain que les rudiments de gravure et de sculpture que nous allons passer en revue témoignent de facultés essentiellement artistiques. Les formes y sont bien imitées, les mouvements sont à ce point pris sur le fait, qu'il est presque toujours possible de reconnaître ce que l'antique ouvrier a voulu représenter, bien qu'il ne disposät que des outils les plus grossiers pour exécuter son œuvre. Une pointe de silex, tel était le burin; un morceau de
Fig. 73. Esquisse de mammouth gravée sur une lame d'ivoire.
bois de renne, une lame d'ardoise ou d'ivoire, telle était Ta planche sur laquelle l’homme primitif 1 Je reproductions de la nature vivante.
On dessinait peut-être sur la pierre où À bois avec des crayons de sanguine (fer oligiste) ou d’ocre (oxyde de fer), car on a trouvé dans les cavernes des fragments de ces deux substances. Peut-être l'ocre et la sanguine servaient-elles, en outre, au tatouage du corps, comme chez les sauvages modernes. Quand le dessin avait été ainsi exécuté à l’ocre ou à la sanguine, on le gravait avec une poiute de silex.
Les personnes qui ont parcouru attentivement, à l'Exposition universelle de 1867, la belle galerie de l'Histoire du travail, auront dû remarquer une magnifique collection de ces productions artistiques des anciens âges. On n'y comptait pas moins de cinquante et une pièces, envoyées par divers EL et qui cent pour
la plupart extrèmement curieuses. k
Lék AGE DE LA PIERRE.
C'étaient d'abord diverses représentations du mammouth, lequel existait encore au commencement de l'époque du renne.
La première (fig. 73) est une esquisse au trait, dessinée sur une plaque d'ivoire de la grotte de la Madelaine. MM. Lartet et Christy trouvèrent ceite lame d'ivoire brisée en cinq morceaux, qu'ils purent rapprocher très-exactement. On y distingue parfaitement le petit œil de l'animal et ses longues défenses recourbées, ainsi Yque sa trompe puissante et même son abondante crinière, ce qui prouve que c'est blen là le mammouth, c’est-à-dire l'éléphant fossile et non l'éléphant actuel.
La Sétonde figure est un mammouth entier sculpté sur un fragment de bois de renne, provenant de l'abri sous roche de Bruniquel, €b äppartenant à M. Peccadeau de l'Isle. Cette figure forme le manche d'un poignard dont la lame part du front de l'animal. On reconnait le mammouth à sa trompe , à ses défenses, à ses lurges pieds plats, et surtout à sa queue retroussée, que termine une touffe de poils. En effet, l'éléphant actuel ne retrousse pas la queue, et n’a pas de bouquet de poils terminant la queue en forme de fouet,
Une troisième pièce provenant de la station antéhistorique de Laugerie-Basse {collection de M. de Vibraye) est l'extrémité inférieure d'un bâton de commandement, sculptée en forme de tète de mammouth. On y voit très-clairement un front bombé et la trompe de l'animal se développant le long de la base du bâton.
Sur un autre fragment de bâton de commandement trouvé à Bruniquel par M. V. Brun, il existe un grand tigre (Felis spelæa) nettement gravé. La tête est surtout parfaitement rendue.
Les figures du renne, soit en gravure, soit en sculpture, sont très-fréquentes; mentionnons les suivantes :
En premier lieu, un manche de poignard, en bois de renne fig. 74), du mème type que celui façonné en forme de mammouth. Cette pièce est remarquable, en ce sens que l’arliste a su plier très-adroitement les formes animales à la destination de l'instrument. La poignée est formée par un renne qui est sculpté dans une position toute particulière : les jambes de derrière sont étendues le long de la lame, celles de devant sont ramenées sous le ventre, pour ne pas blesser la main; enfin la tête est renversée, le museau tourné vers le ciel, et les bois de l'animal sont couchés de façon à ne pas gèner la préhension.
Ce n'est là toutefois qu'une ébauche. Il n’en est pas de même es deux poignards en ivoire trouvés à Bruniquel par M. Pecca-
Fig. 74. Mauche de polgnard sculpté eu forme de renne.
deau de l'Isle. Ces pièces sont très-artistement exécutées : c’est ce qu'on a recueilli de plus achevé jusqu'à ce jour. L'une et l'autre représentent un renne, la tète renversée, comme dans la figure précédente; mais, tandis que dans le premier poignard la lame part de la partie postérieure du corps, à l'imitation de l’ébauche en bois, dans la seconde elle sort de la partie antérieure, entre la téte et les pattes de devant. Les pattes de derrière, lancées en arrière, viennent se rejoindre, après avoir laissé entre elles un vide qui servait probablement d'anneau pour suspendre le poignard.
Nous ne saurions passer sous silence une plaque d'ardoise sur laquelle est gravé, au trait, un combat de rennes. Elle a été recueillie à Laugerie-Basse par M. de Vibraye. L'artiste a voulu retracer une de ces luttes furieuses que se livrent les rennes mâles, à l'époque des amours, pour la possession des femelles, et il l'a fait avec un talent qui n'exclut pas la naïveté. On aperçoit le vainqueur, fièrement campé, qui s'approche tendrement de la femelle, prix de sa victoire.
Il existe bon nombre d’autres morceaux sur lesquels sont gravés ou sculptés des rennes; nous ne nous y arréterons pas; mais nous dirons quelques mots de plusieurs ptèces où sont représentés le cerf, le cheval, l'aurochs , le bouquetin, etc.
Une figure de cerf (fig. 75) est gravée sur un fragment de hois de cerf trouvé dans la grotte de la Madelaine par MM. Lartet et Christy. La forme de la ramure, très-différente de celle du renne, ne permet pas de se tromper sur l'identité de l'animal.
Le bœuf et l'aurochs sont représentés de diverses façons. Nous citerons une tête sculptée trouvée dans la grotte de Laugerie-
Basse par M. de Vibraye, et formant la base d'un bâton de commandement:
IL faut sans doute rapporter à la mème catégorie un fragment
Fig 75. Figure de cerf gravée eur un boie de ceri.
de bois de renne recueilli à Laugerie-Basse , sur lequel est esquissée, d'une main ferme et exercée, la partie postérieure d'un grand herbivore (fig. 76). Divers indices conduisent M. Lartet à
Fig. 76. Figure d'un grand berbivore sur un fragment de boie de renne, portant un dessin d'animal.
penser que l'artiste a voulu reproduire, non un cheval, comme on se le figure tout d'abord, mais un aurochs, à formes un peu élancées. Malheureusement, le morceau est fracturé à l'endroit précis où devait commencer la crinière touffue qui caractérise les espèces du sous-genre Bison,
À la mème station appartient un autre fragment de bois de renne où se voit gravé un animal cornu (fig. 77) qui paraît ètre un bouquetin, si l'on en juge par les lignes qui simulent une barbe sous le menton.
La grotte des Eyzies, dans le département de la Dordogne, a fourni à MM. Lartet et Christy deux plaques de schiste quartzifére sur lesquelles sont également gravées des formes animales mal
ÉPOQUE DU RENXNE. 167
caractérisées. Dans l'une (fig. 78} on à cru reconnaitre l'élan;,
quant à l’autre, dont la partie antérieure seule a été conservée
Fig: 717. Figure d'animal dessinée sur nn fragment de bois de renne.
il n’est guère” possible de déterminer à quel mammifère elle se rapporte. Des cornes confusément tracées semblent indiquer un herbivore,
Flg. 78. Morceau de plaqne de schiste portant le dessin d'un animal trouvé dans la grotte des Eyzies.
Sur un bâton de commandement en bois de renne, de la grotte de la Madelaine, trouvé par MM. Lartet et Christy, sont figurés de chaque côté, et en demi-relief, trois chevaux trés-reconnaissables.
Un os sculpté, trouvé à Bruniquel par M, de Lastic, porte, gravées au trait à côté l'une de l'autre, une tète de renne et une tête de cheval parfaitement caractérisées.
Enfin MM. Lartet et Christy ont recueilli à Laugerie-Basse une
tige arrondie en bois de renne (fig. 79) sur laquelle est sculptée, en demi-relief, une tête d'animal. On ne s'explique pas bien
Fig. 79. Sorte de barpon en bois de renne portant one tête d'anmal.
popolame, de
l'usage de cette tige, dont l'une des extrémités se termine en pointe, avec un crochet latéral. C'était peut-être un harpon.
M. Ëlie Massenat a trouvé plus récemment (en 1869), dans la grotte de Laugerie-Basse, de belles # pièces sculptées et gravées. Telle est par exempl celle que nous reproduisons ici (fig. 80) et qui devait faire partie du manche d'un poignard. Elle se compose de deux tètes de bœuf très-reconnais-M sables et parfaitement sculptées, "en bois de renne» La crinière, les cornes naissantes et surtout la barbiche très-accentuée que claque animal porte sous le menton, caractérisent particulièrement une" espèce de buffle. Cette pièce intéressante ve timètres de longueur.
Un autre objet sculpté en bois de renne trouvé. par M. Elie Massenat dans la mème grotte est une tète et une partie du corps (présumé) d'un hip-* la longueur de 8 centimètres, et qui faisait Sims
Fig. 89. Bœufs jameans en bois de renne forant'ls manche d'an poignard tfoure
dans la grotte de Laugerie-Dässe.
doute partie d'un bälon de commandement. La cassureden est ancienne. La figure 82 représente cet intéressant échantillon de
1. Objets gravés el sculptés de Laugerie-Basse (Dordogne); par». Aie Hassenat. Extrait des matériaux pour l'histoire primitite et naturelle de l'honune, Juillet 1869.
Fig. 81. Les précurseurs de Raphael et de Michel-Ange, ou les artistes à l'époque du renne.
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Les représentations d'oiseaux sont plus rares. que celles de mammifères. ‘
Flg. 82. Tête nr scniptée en bois de renne, faisant partie d'un bâton de commandement.
En revanche, les gravures de poissons sont assez nombreuses, principalement sur les bâtons de commandement où l'on en rene souvent une quantité asui les uns des autres. Il en xiste une ctnire LHER de poisson fi 5e T1 sur un D s., "À inférie ure demenne, de erie-
la 4 (Ariége), M: Garrigou a ég à per de d'os qui porte un bon dessin de poisson. sou peu de figures derreptil ss elles sont >» ai rendu " faut cependant faire u tion en faveur d’un têtard tracé sur une pointe trouvée dans la gro a Madelaine. 4
Les dessins de fle su cont très-rares. La galris du travail, à l'Exposition, 7 ermait que trois spécimens , provenant de la re de Laugerie-Basse , et tous trois gravésisur des pointes de lances. .
Les Ne du renne n’ont-ils pas,eu idée de reproduire leur age? Les fouilles pratiquées dans les stations du Périgor n'ont-elles mis à jour aucune imitation des formes humaines? Rien ne serait plus intéressant qu’une semblable découverte. Les recherches n'ont pas été tout à fait stériles s0 ce rapport, et l’on est parvenu à uver des essais de sta-
e chez ces peuplades primitives. M. de Vibraye a trouvé dans
grotte de Eur Dasse une petite statuette en ivoire dans
elle il voit une sorte d'idole pudique. La tète et les pieds, ainsi que les bras, sont brisés
Une autre forme humaine (fig. 83), grèle et fluette, comme la précédente, est gravée sur un bäton de commandement dont
Fig. 83. Bâton de commandement portant le dessin gravé d'un homme, de chevaux et d'un poisson.
MM. Lartet et Christy ont recueilli un fragment dans la grotte de la Madelaine. L'homme est représenté entre deux têtes de cheval, et à côté d'un long serpent, ou poisson en forme d'anguille. Sur l'autre face du mème bêton, qui n'est pas représentée ici, sont gravées deux têtes d'aurochs. |
Sur un fragment de pointe de lance de la même station de Laugerie-Basse, on voit, représentées en demi-relief, à la suite les unes des autres, des mains munies de quatre doigts seulement. M. Lartet a fait remarquer que certaines peuplades sauvages figurent encore la main en supprimant le pouce.
Le dessin le plus achevé peut-être représentant la forme humaine est celui qui existe sur un fragment de bois de renne, ayant servi de bäton de commandement, et qui a été trouvé en 1869, par M. Elie Massenat, dans la grotte de Laugerie-Basse (Dordogne). Sur ce fragment de bois de renne, de vingt-cinq centimètres environ de Jonguevr, est profondément gravé un magnifique aurochs mâle; fuyant devant un homme qui semble lui lancer des traits. L'homimeet l’aurochs sont nettement reproduits : l’aurochs a la tête basse, hérissée et excessivement volumineuse, les cornes menaçantes, les naseaux très-ouverts. La queue relevée et arquée annonce bien un bœuf effrayé s'efforçant d'échapper par la fuite à un ennemi redoutable.
La tète de l'homme rappelle, par son dessin naïf, les formes que les enfants donnent aux bonshommes qu’ils crayonnent sur les murs. C'est que les hommes de l'âge de la pierre étaient les enfants de l'histoire de l'humanité. La tête est ronde; les cheveux sont raides et en touffe sur le sommet de la tête; le menton est orné d'une barbiclie très-appareñte; le col est un peu long; la