In-4°, Mâcon
nent, était, en général, vigoureusement constitué, C'est ce qu'in-
Fig. 90. Crâne de l'homme de Solütré (crâne mâle esthnnien), (1/6 de grandenr uaturelle),
dique l'étendue des empreintes musculaires sur le squelette, soit
au crâne, soit aux membres. La taille des individus trouvés à Solutré varie considérablement. 11 existait là des individus petits et grands, sans qu'il soit possible de fixer exactement ce rapport, parce que les matériaux de cette détermination sont insuffisants.
Si l’on en juge d'après son visage, l'homme de Solutré représenterait très-bien l’homme qui, de nos jours, occupe les régions circompolaires. D'après les variations et les nuances de son type cränien, on dirait que plusieurs des peuplades appartenant à la race mongoloïde, telle que les Lapons, les Finnois, les Groenlandais, qui aujourd'hui sont séparées par de grandes distances sur notre globe, se trouvaient réunies à Solutré sur quelques arpents de terre.
Le crâne de l’homme de Solutré est plus volumineux que celui des représentants modernes du mème type auquel il appartient. Le visage toutefois est loin d'être beau, et le cafvarium (boîte osseuse du cerveau) n’est pas des plus avantageux; car à la base il pèche par le rétrécissement latéral du front, et au sommet il trahit également un défaut dans le développement des circonvolutions supérieures de l'encéphale.
En somme, sans être farouche, la physionomie de l'homme de Solutré, autant qu’on peut en juger par la tète osseuse, est marquée de traits qui indiquent la lutte contre les intempéries du climat et contre les besoins continuels de la vie. L'œil, profondément caché chez la plupart de ces individus, fait reconnaître le chasseur, avec son habitude des yeux fixes, guettant une proie.
On peut affirmer, dit M. Pruner-Bey, qu'il n'existe aucun type crâñien que l'on ne rencontre à Solutré ; et qui plus est, on trouve à Solutré d’autres types qu'on n'a pas encore vus ailleurs. Tels sontparmiles crânes qui ont pu ètre bien déterminés, le type esthonien (fig. 90), et parmi ceux qui restent problématiques, le type tarture, l'esquimoïde, etc. Ce dernier, avec son œil proéminent, comme s’il était avide de chercher la lumière, est l'expression la plus accusée du type humain septentrional: il nous montre en même temps le trait d'union entre l’homme de l'ancien continent et celui du nouveau monde.
Quant aux qualités intellectuelles et morales de l’homme qui habita la station de Solutré à l'époque du renne, on peut en juger par son industrie et par ses rites funéraires. Son talent artistique mérite toute notre admiration, Tout ce qu'on peut obtenir de la pierre taillée se voit réalisé avec une perfection exquise,
dans la fabrication de ses armes et de ses outils. Et non-seulement on peut reconnaitre la perfection de fabrication des objets usuels, mais on constate encore un véritable talent pour les arts, comme le prouve la statuette trouvée par M. de Ferry, et qui représente un renne admirablement sculpté.
Les rites funéraires de l'homme de Solutré nous révélent, d'autre part, ajoute M. Pruner-Bey, la série des idées et des sentiments qui distinguent l’homme de la brute. Il existait, dans cette station humaine, deux modes d’enterrement. Dans le premier, le cadavre était mis à l'abri de toute atteinte, grâce à un cercueil en pierres brutes. Dans le second mode d'inhumation, on déposait les corps sur les cendres encore chaudes du foyer. Ce dernier genre de sépulture est intéressant au plus haut degré. Tout nous révèle ici la tendresse, Ja prévoyance et la croyance en une vie nouvelle s'ouvrant au delà du tombeau. On couclait le mort dans les cendres chaudes, pour le garantir du froid pendant son long voyage !. Trois pierres, placées, l'une au-dessous de la tête, deux autres au-dessous des hanches, représentaient le foyer domestique mis à la disposition du défunt. Une quatrième pierre, qui accompagnait les premières, pourrait bien figurer une idole?, Enfin des outils et des armes, des portions de viande de renne, représentant quelquefois le quart de l'animal, à en juger par les os, constituaient la dot funébre qui devait mettre le défunt en état de continuer, dans un autre monde, une ère semblable 4 celle qu'il venait de quitter.
Un autre fait prouve la douceur des mœurs et l'espèce de tendresse qui était propre à l'homme antéhistorique du Maconnais. Le nombre de crânes édentés de vieillards des deux sexes trouvés à Solutré est considérable. Or, cet état exige des soins tout particuliers, notamment pour ce qui concerne le régime alimentaire. Il est probable que les substances les plus délicates empruntées au règne animal, telles que le sang, la moelle, le cervelet, les œufs d'oiseaux, etc., étaient réservées aux vieillards. On peut mème penser que le bouillon ne manquait pas à ces mêmes vieillards, car on trouve les os du cheval, qui constituait l'élément
1. Les Boshismans el plusieurs tribus nègres qui vivenl de noire lemps, ont l'habitude de se coucher dans les cendres chaudes, pour se garanlir du froid et des moustiques, Chez les Youstes de la Sibérie, la place d'honneur est près du foyer.
2. Les peuplades du baul nor son! en général félichistes. Parmi les divinités des
Lapons, figure, comme chef, Joubmal, qui esl représenlé par une pierre brute, que l’on teint du sang de renne, par un véritable acte de sacrifice religieux,
alimentaire principal de ces tribus, réduits à un état qui fait supposer qu'on les avait fait bouillir dans l’eau, pour en tirer du bouillon, comme c'est encore aujourd’hui l’usage chez plusieurs peuples. D'ailleurs, les vases de pierre propres à recevoir l'action du feu ne manquaient pas à Solutré. Le pot-au-feu de cheval pouvait donc s'y préparer facilement, et tout porte à croire que le -bouiHon était à l'intention de la portion faible et âgée de la tribu. , Cet homme qui a vécu aux temps quaternaires est, dit M. Pruner- Bey, homme dans toute la-force du terme. Rien dans sa constitution physique n'indique une ressemblance quelconque avec les singes, ses proches voisins dans la classification zoologique. Dans ses us et coutumes, tout est parfaitement humain. D'autre part, nous voyons déjà à cette époque les caractères anatomiques de la race à laquelle il appartient accusés aveë la plus grande intensité.
En résumé, la découverte de l'homme de Solutré est d'une iinportance hors ligne. À ce petit coin de terre se rattacheront désormais les considérations les plus intéressantes et les plus saisissantes de toutes celles qui ont préoccupé les anthropologistes.
Pour compléter ce qui précède concernant les mœurs et coutumes de l'homme à l’époque du renne, nous citerons le résumé donné par M. Éd. Dupont de ses observations concernant les habitudes et coutumes de l'homme de cette époque en Belgique.
« L'homme du renne était, dans cette région, dit M. Éd. Dupont, faiblement brachycéphale, à erâne pyramidal, à face aplalie el en forme de losange. Ces caractères le elassent dans le grand rameau touranien.
« Il était de pelite taille, agile et vigoureux.
« Éminemment troglodyte, il ehoisissait avee soin ses habitations. Il ne prolongeait son séjour que dans les cavernes offrant les conditions les plus favorables comme abord et comme endroit éclairé, spacieux et sec.
« Son industrie était des plus simples. Le silex lui fournissait ses instruments tranchants, qui présentaient tous la mème forme générale de lame mince et étroite en couteau. Ces outils élaient souvent perfeetionnés pour être utilisés à quelques usages : comme l'épilation des peaux, la perforation des substances dures, etc. Les diverses appropriations des couteaux se réduisaient cependant à un petit nombre d'inslruments spéciaux.
« Il travailla aussi les ossements, surtout les ossements de rennes; il en fit seulement des dards el des lissoirs. Malgré le travail grossier et la simplicité extrème du procédé de fabrication de ces instruments, on y voit déjà l'emploi de moyens ingénieux pour bien fixer le dard au eorps de l'arme.
« Je n'ai pas encore rencontré d'indice de gravure et de sculpture comme les cavernes de l’Aquitaine en ont fourni abondamment. L'homme ne visait ici ni à l'élégance, ni à l’art. Tous les objets sont iei des plus grossiers; ils
ne recevaient que le travail strictement nécessaire pour remphr le but auquel ils étaient destinés. MM, Lartet et Christy ont présenté d'ingénieuses considérations pour expliquer comment le$ habitants de certaines cavernes du Périgord à l'âge du renne ont pu, malgré leur civilisation si peu avancéc, décorer avec un goût véritablement artistique leurs instruments. Voici l'une de ces considérations. d
e Rappelons que la chasse et la pêche fournissaient amplement aux besoins de ces aborigènes et leur laissaient ainsi les foisirs d'une existence, peu tourmentée, Or, si la nêce-sité est mère de l'industrie, on peut dire aussi que les loisirs d'une vie facile engendrent 4cs arts, - 8
« Leurs aiguilles témoignent de beaucoup d'adresse. Leur goût pour les ornements semble aussi prononcé; les coquilles fossiles perforées artificiel lement, la fluorine, les ossements trouës, ctc., sont les représéntants de leurs parures. °
« Les traits gravés sur les plaques de psammites ‘sont un’aulre indice de leur travail. Si la plupart ne sont que le résultat d'uné fantaisie, ceux qui se trouvent sous la plaque retirée du trou du Frontal doivent peut-être recevoir une autre signification, et nous porter ‘à admetlee chez le graveur l'intention de représenter une idée biun définie.
« La prédominance de la chair du cheval dans leurs repas est encore un trait de mœurs particulier. Presque tous les animatix du pays apparaissaient du reste à leurs festins. Nous avons vu qu'après le cheval, c'étaient le renard et peut-être le rat d'eau qui faisaient leur nourriture principale . Ils ont mangé dans les trous de Chaleux et de Furfooz plus de vingt espèces de mammifères.
« Mais s’il était chasseur, t’homme du renne de la Lesse s’adonna peu à la pêche. Les restes de poissons sont trés-rares dans ses demeures, et je n'ai pas trouvé d'instruments de pêche.
« Son insonciance pour la putréfaction des débris de sa nourriture, déduite du nombre de parties du squelette des animaux qu'il laissa dans son antre, ne peut guire être comparée qu'à celle des Esquimaux, qui vivent aussf au milieu des restes d'animaux sans se soucier des miasmes qu'ils répandent.
« Ces exhalaisons et l'humidité de leurs habitations sont probablement les causes de la maladie des os que nous avons observée sur un individu trouvé daus le trou du Frontal. Peut-être faut-il ÿ voir aussi les causes de la grande mortalité qui a eu lieu chez les enfants et les adolescents de la peuplade de Furfooz.
« Ces homincs faisaient grand usage du feu, Nous avons vu qu'ils employaient à cet effet la pyrite de fer dans le trou de Chaleux. Îl n'est pas de caverne, même celles qu'its habitèrent le moins, qui ne montre des traces de foyer. Ces foyers étaient généralement entourés dans leurs demeures de plaques de psammnites et de cailloux roulés.
« Les plaques de psammites que l'homme du renne devait aller chercher au delà de la Lesse nous ont porté à croire qu'il avait des barques ou des radeaux sur la rivière.
e Le silex crétacé, presque le seul dont il se servit, les coquilles éocènes, elc., nous ont démontré ses relations avec la Champagne. Le silex de la Touraine nous a prouvé combien ces relations s'étendaient plus au loin.
Rien ne paraît indiquer ses rapports avec la province de Liége et le Hainaut. Nous avons vu, en outre, que toute substance un peu remarquable du pays avait été recueillie par lui : le jayet, la fluorine, l’ardoise, la pyrite, l'oligiste, la lémonite, des rhomboëdres de calcaire, de la stalagmite, un polypier du ealcaire dévonien, une loge de goniatite, d'espèce non encore signalée en Belgique et provenant de l'étage des psammites du Condrez.
a Sou insouciance pour ses outils en silex nous a porté à croire qu'il n'allait pas chereher lui-même le, silex dans le terrain crétaeé, mais qu'il le recevait d'une manière analogue à celle qui était usitée chez les peuplades des plaiues de l'Urénoque. .
,« Les eoutumes funéraires nous ont également été bien dévoilées par le trou du Fronlal. 3 .
« Les cadavres élaient déposés les uns sur les autres dans une anfraetuosité formant le fond d’un abri naturel; des ornements, des armes, un vase y étaient déposés; une dalle en fermait l'ouverture.
« Des repas avaient lieu devant la cavité sépulcrale, suivant l'usage ordinaire; les ossements qui en élaient les débris et les silex taillés restaient sur le lien mème du festin.
« Nous voyons ainsi que ees peuplades possédaient, tant pour atteinär les animanx que pour faire leurs instruments, une adresse et une patience à toute épreuve, ce qui est, d'ailleurs l'ordinaire ehez l'homme plongé dans une profonde barbarie. Elles parveuaient à s'emparer du eheval et du renne aussi bien qu'à extraire le blaireau de ses terriers ; elles savaient faire des scies avee des éclats de silex, et de jolies aiguilles avec des ossements.
« Leur caractère curieux et investigateur est bien démontré par la présence des suostanees diverses qu'elles se sont procurtes.
« Les ornements que nous avons décrits nous ont indiqué leur goût pour la parure.
« Le peu de soins qu'elles prenaient pour les produits de leur travail et pour les substances qu'elles ne pouvaient pas se procurer facilement, dénote leur insoucianee, de méme que leurs efforts pour utiliser plusieurs matitres du pays, pour remplacer les substances de provenance lointaine, tendent à nous prouver un caractère jusqu'à un eertain point industrieux.
« Le transport dans leur antre de gros et nombreux blocs de psammites et d'autres substanees pondérables, qui a nécessité de grandes fatigues, nous porte aussi à les considérer comme laborieuses.
« Faut-il voir une preuve de leur féliehisme dans eertains objets abardonnés, et notanment dans l'avant-bras de l'éléphant placé près du foyer d'une de leurs habitations ?
« D'autre part, il est possible de retrouver des indices d'un esprit superstitieux dans l'abandon à peu près eomplet, et pour un temps fort long, de leur prineipale habitation après l'éeroulement d'une partie de sa voûte.
< Nous voyons enfin leur respeet pour les morts par les soins qu'elles donnent à leur sépulture, et les objets, sans doute ceux qui élaient chers au défunt, placés dans la cavité funèbre, montrent clairement leur eroyance à une autre vie. »
Nous venons d'esquisser la physionomie de l’homme à l'époque
du renne, de décrire les objets principaux de son industrie et d'insister sur les produits de ses facultés artistiques. Il nous reste à faire connaître les sources d'investigation dans lesquelles on a puisé pour s'élever à ces intéressantes notions. Ici ce sont les cavernes qui ont fourni presque toutes les indications : il est donc utile de signaler briévement les cavernes qui ont été le théâtre de ces trouvailles diverses.
A tout seigneur tout honneur. Signalons, en première ligne, les stations du Périgord, qui ont tant contribué à la connaissance de l'homme primitif. Les quatre principales sont la grotte des Eyzies et les abris sous roches, ou cavernes, de la Madelaine, de Laugerie- Haute et de Laugerie-Basse. Elles ont été presque toutes explorées par MM. Eartet et Christy, qui, aprés avoir dirigé les fouilles avec la plus graude habileté, en ont exposé les résultats d'une façon non moins remarquable. La station de Laugerie-Basse a été également visitée par M. de Vibraye, qui a su y recueillir des morceaux très-intéressants. |
Nous n'avons pas l'intention de revenir'sur ce que nous avons déjà dit en décrivant les objets trouvés dans ces diverses localités. Nous mentionnerons seulement cette vertèbre lombaire de renne, ramassée aux Eyzies, que nous avons représentée plus haut (fig. 64), et qui est transpercée par une lame ou flèche de silex, qu’on y voit encore engagée. Si quelques doutes pouvaient subsister sur la coexistence de l’homme et du renne en France, cette pièce suffirait pour les faire à jamais disparaitre.
Viennent ensuite, par ordre d'importance, la caverne et les abris sous roche de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Ils ont été étudiès par un grand nombre d'explorateurs, parmi lesquels il faut distinguer M. Garrigou, M, de Lastic, propriétaire de la caverne, M. V. Brun, le savant directeur du Musée d'histoire naturelle de Montauban, et M. Peccadeau de l'Isle.
Il est fâcheux que M. de Lastic ait vendu à M. Owen, pour le Musée britannique, environ quinze cents débris de toute nature, recueillis dans sa propriété. Il y avait certainement, dans ce grand nombre de pièces, des objets qui ne se retrouveront pas ailleurs, et qu’il eùt été bon, à tous les points de vue, de conserver à la France.
Les cavernes de Bruniquel ont fourni des ossements humains, entre autres deux crânes presque entiers, dont l’un est représenté plus haut (fig. 87), ainsi que deux demi-mächoires, qui ressemblent à celle de Moulin-Quignon. M. V. Brun a donné le des-
sin de ces divers restes humains dans son intéressant mémoire.
Citons maintenant la caverne de Bize, près de Narbonne (Aude). Cette grotte fut fouillée dès l’année 1826 par M. Tournal, qui l’un des premiers affirma la haute antiquité de l'homme; — la grotte de la Vache, dans la vallée de Tarascon (Ariége), où M. Garrigou a recueilli une innombrable quantité d'ossements et dont l'un porte gravés des caractères particuliers qui constituent peut-être un essai d'écriture; —la grotte de Massat, dans le même département, signalée par M. Fontan, et que M. Lartet considère comme une habitation d'été, dont les possesseurs se nourrissaient de viandes et de colimaçons crus, car on n’y a observé aucune trace de foyer, bien qu'elle ait servi longtemps de retraite à l'homme primitif; — la grotte de Lourdes, près de Tarbes (Hautes-Pyrénées), dans laquelle M. Milne Edwards a recueilli un fragment de cräne humain, appartenant à un individu adulte ; — la caverne d'Espalungue, aussi appelée grotte d’Iseste (Basses-Pyrénées), où MM. Garrigou et Martin ont également trouvé un os humain, le cinquième métatarsien gauche; — la caverne de Savigné (Vienne), située sur les bords de la Charente et découverte par M. Joly-Leterme, architecte à Saumur, qui y a ramassé un fragment d'os de cerf, où sont gravées deux figures d'animaux avec des hachures pour indiquer les ombres; — les grottes de la Balme et de Bethenas, dans le Dauphiné, fouillées par M. Chantre; — enfin la station de Solutré, dans les environs de Mäcon, d'où MM. de Ferry et Arcelin ont exhumé deux crânes humains, associés à de très-beaux instruments en silex du type de Laugerie-Haute.
Toutes ces stations ne correspondent pas à la même époque, quoique se rapportant sans distinction à cette longue période désignée sous le nom d'époque du renne. Il n'est pas toujours possible d'établir leur chronologie relative, On peut néanmoins avancer, d'après l’état des débris, que les grottes de Lourdes et d'Espalungue remontent aux temps les plus anciens de l'époque du renne, tandis que les stations du Périgord, du Tarn-et-Garonne et du Mâconnais sont d'une date plus rapprochée. Quant à la grotte de Massat, elle paraît devoir être placée au commencement de l’époque de la pierre taillée, car on n'y a pas trouvé d'ossements du renne ni du cheval; parmi les espèces animales éteintes, l'aurochs seul y est représenté:
1. Notice sur Les fouilles paléontologiques de l’âge de la pierre exécutées à Bruniquel et Saint-Antonin, par V, Brun, in-8°, Montauban, 1867.
A cette liste des cavernes à ossements propres à la France, el qui ont servi à jeter de la lumière sur les particularités de l'existence de l'homme de l’époque du renne, il faut ajouter les grottes de la Belgique, explorées par M. Édouard Dupont, et qui ont plus particulièrement servi à éclairer les caractères de l'organisation physique de l'homme à cette époque.
La France et la Belgique n'ont pas seules fourni des documents sur l'histoire de l’homme à l'époque du renne. Nous ne devons pas manquer de dire que l'on a découvert des stations de cette mème période en Allemagne et en Suisse.
En 1866, on a trouvé dans le voisinage de Rabensbourg, non loin du lac de Constance, au fond d'une ancienne moraine de glacier, une grande quantité d'ossements et d'instruments brisés. Les os du renne formaient les 98 centièmes de ces ossements. Les autres débris osseux appartenaient au cheval, au loup, à l'ours brun, au renard blane, au glouton et au bœuf.
En 1868, dans une montagne qui touche Genève, on à trouvé une grotte, profonde de douze pieds, large de six, et contenant, sous une couche de carbonate de chaux, une grande quantité de silex et d'ossements. Les ossements du renne s’y trouvaient en majorité, car on comptait dix-huit squelettes de ces animaux. Le reste se composait de cinq chevaux, six bouquetins, mêlés à des restes de marmotte, de chamois, de gelinotte, c'est-à-dire de la population animale qui a aujourd'hui abandonné les vallées helvétiques, pour se confiner sur les hautes montagnes des Alpes.
Disons enfin que des cavernes d'une étendue considérable ont élé découvertes tout près de Gibraltar et étudiées par des naturalistes anglais en 1867. Leur description détaillée se trouve dans le volume consacré à résumer les travaux du Congrès préhistorique de Norwich, tenu en 1868 '. Malheureusement toutes les époques de l’histoire de l’homme primitif se trouvent confondues dans les débris que contiennent ces cavernes, de sorte que l'on n'a pu encore déterminer rigoureusement la date des différentes trouvailles qui ont été faites. Les cavernes de Gibraltar, malgré leur étendue et leur richesse, n'ont donc pas apporté à la science un tribut d'informations très-utile.
ä. International congress of prehistorice archeology, transactions of the third ses s10n (1868), in-8, London, 1869, p. 106-166.
ou