CHAPITRE PREMIER
Le déluge européen. — Nouvelle race humaine en Europe, — L'habilation de l'homme à l'époque de la pierre polie. — Les cavernes et les abris sous roches continuent d'être habités. — Principales cavernes étudiées jusqu'ici, et qui correspondent à l'époque de la pierre polie.
Nous venons de parcourir, à l'aide de documents arrachés aux entrailles de la terre, la longue série des temps antédiluviens, depuis le moment où l'homme a fait son apparition à la surfacedu globe, et nous avons pu reconstruire, bien imparfaitement, il est vrai, l'histoire de nos premiers ancêtres. Abandonnant cette. , époque, dont la science perce à grand'peine l'obscurité, nous allons entrer dans une période que des vestiges plus nombreux et moins réfractaires à notre intelligence nous permettront de caractériser avec plus de précision.
Une grande catastrophe, dont la tradition de tous les peüples a. gardé le souvenir, marque, en Europe, la fin de l'époque quaternaire. Le cataclysme diluvien eut probablement pour cause le réchauffement du globe. Ces glaces, qui couvraient une étendue immense de l'Europe, dans la période dite glaciaire, s'étant fon: dues sur tous les points à la fois, il en réSulta ün écôulement subit d'eaux torrentielles dans les vallées. Le passage de ces torrents impétueux, bouleversant le sol suf tout son parcours, produisit ces ravinements profonds, ces transports. immenses! de terres, et ces cailloux roulés, qui constituent le terrain appelé diluvien par les géologues, le terrain le plus moderne de tous.
L'opinion qui attribue le grand phénomène diluvien à une cruption volcanique, à un soulèvement qui aurait lancé violem> meut les eaux sur les pentes récemment formées, a perdu de son autorité depuis que l'on a reconnu l'existence du terrain di-
luvien, c'est-à-dire des cailloux roulés et des terrains de transport (grauwackes, poudingues,, en bien des lieux éloignés de toute montagne par de prodigieuses distances.
Quelle que soit l'explication que l'on donne de ce grand événement de l'histoire de la terre, il est certain qu'un cataclysme, dû à un violent écoulement d'eaux torrentielles, a eu lieu pendant la période géologique quatérnaire, car les traces en sont visibles” à la surface 5 en différents pays. Ces traces consistent en un dépôt argileux rougeätre, mêlé de sables et de cailloux On nomme ce dépôt de terrain diluvium rouge en certaines contrées et ail- Jeurs diuvium gris. « vallées du Rhône et du Rhingril est "recouvert d'une R limon ou terre à briques,sappe less, ou læhm, par les géologues, et sur l'origine de n'est pas bien d'accord. M. Lyell Hi ns Rhône et du Rhin, cette boue a été prodnite p e ‘roches qui supportaient les a son glaciers des APS e
+ Tes «a ensuite été entraînée par e AW es montagnes. Elle couvr Fire Y ÿ son épaisseur varie de Vrai red mètres D ex 4 un grand nombre de bri 0" Le a OR est hf de tousiceuxequi Lui : tuent l'écorce terrestre; il formeentheaucoup | ra de - d ” le"sol foulé par les populations actuelles. . 3 L'inondation à laquelle on rapporte le diluvium elôt la > temps quaternaires. Dès lors commence la période géologique temporaire, caractérisée par la stabilité à peu près complètedu % relief terrestre et par la formation des tourbières. « Un autre événement, d'une importance fondamentale, c avec la fin de la période diluvienne : c'est l'apparition en Europe” d'une race l'umaine nouvelle.
Nous avons vu qu'à l'époque "géologique antédiluvienn: correspond aux deux époques de l'histoire de l'homme primitif désignées sous les noms d'époque du grand ours et du mam- ° mouth, et d'époque du renne, la race humaine appartenait au type que M. ‘Pruner-Beÿ appelle Mongokide, et dont les Lapons, les Groenlandais, les Esquimaux, les Finnois modernes nous offrent le type, le modèle encore vivant de nos jours.
Après le grand phénomène du déluge, c'est-à-dire après le chauffement.du globe, ayant pour conséquence la fusion des: er 1 avaient silonglemps couvert l'Europe centrale, on voit
une nouvelle race humaine apparaitre. C'est une race d'origine
- asiatique, la race aryenne ou persans. Si un certain nombre d'individus de la race mongoloïde primitive persistent encore, ils sont noyés dans la masse d'hommes qui appartiennent à la nouvelle
: ‘ race originaire d'Asie. Cette race est à peu près semblable d'ailleurs à celle qui vit de nos jours; elle diffère peu de nousmêmes, et il est bien curieux de voir dès la fin du cataclysme diluvien la race qui habite l'Europe offrir les caractères qu'elle conservera#usqu'à nos jours.
M. le docteur Pruner-Bey, dans son Discours sur la question anthropologique, prononcé au Congrès M HAN de Paris, en 1867, résume ainsi les traits du nouveau type humain qui se mon-
e à partir de l'époque de la pierre polie.
mes ici en face d'une race humaine de grande laille, qui, dans £ Ses branches verses, ne descend paint au-dessous de la moyenne. Aussi -il plus volumineux, fra ent dolichocéphale {arrondi}, et
e n la forme oval liplique en tous sens. L'ortho- 2 re st ici Ji Sn prognathisme existe, il diffère par sa : fanalé
ui que nous avons si race mongoloïde: en effet,
e c'est ên rot aie dans le ei cas les RUE et les incisives font sail-
F be P illie du nez M. par la “ de la fosse Î es traits sont ici bien Er “ei déjà, à cette époque lointaine, le
d Mr 3 fémi résente un ensemble harmonieux où les traits de l'enf: marient à ceux Fr la beauté. En un mot, nous sonimes ici en
nd 7 la race ar :
venait cette race qui s'implanta dans l'Europe centrale
« après lé déluge? M. Pruner-Bey pense qu'elle était descendue des en. l'Asie. D'après ce savant, les peuples caucasiques, s u centre de l'Asie, leur berceau, par le froid, descendi- 7 rent vers le midi, et arrivèrent dans les régions méridionales de l'Asie et en Europe. L'Hindou chercha dans le Pendjab un climat plusidoux; l'Iranien se fixa dans une contrée un peu moins favoà risée, tandis que les Aryens marchèrent jusqu'à l’Europe centrale. De ces derniers devaient bientôt sortir les Celtes, qui son + les descendants des Aryens et les premiers peuples dont l'histoire
ait conservé le souvenir.
Le lecteur comprendra maintenant que, dans les Scènes de la me primitif, que nous aurons à représenter désornous ne donnions plus au type humain le caractère de
Ne . e mongoloïde, c'est-à-dire l'aspect du Lapon moderne, de
Ahabitant actuel, des -régions septentrionales de l'Europe. De.
race disparait à l'époque de la pierre polie, et pour être fidèle aux données de la science, nous devons remplacer le type mongoloïde, ou lapon, par le type aryen, c'est-à-dire donner à l’homme la physionomie, l'aspect général et la taille qu'il présente de nos jours.
Pour continuer notre récit des développements progressifs de l'humanité primitive, nous avons donc maintenant à étudier l'Époque de la pierre polie, ou des animaux asservis, qui précède l'âge des métaux.
Les faits à passer en revue étant nombreux, nous considérerons cette période, d'abord dans les parties de notre continent qui forment aujourd’hui la France et la Belgique, puis dans le Danemark et la Suisse, où nous aurons à signaler chez l'homme des mœurs et des habitudes toutes spéciales,
Nous considérerons successivement :
1° L'habitation de l'homme à l'époque de la pierre polie:
2 Son mode d'alimentation;
3° Son industrie;
&° Les armes qu'il fabrique et leur emploi à la guerre;
5° Ses connaissances dans l’agriculture, la pèche et la navigation ;
6° Ses usages funéraires;
7° Enfin le caractère de la race humaine à cette date.
Habitation. ="Dans la partie du continent européen qui forme la France actuelle , l'homme, pendant la période que nous désignons sous le nom d'Époque de la pierre polie, continua, pendant quelque temps, d'habiter les abris sous les roches, ainsi que les cavernes, qui lui offraient la meilleure retraite contre les attaques des bêtes fauves.
C'est surtout dans l'extrème sud de notre pays que le fait a été constaté, et parmi les recherches qui ont contribué à l'établir, nous devons mentionner particulièrement celles de MM. Garrigou et Filhol dans les cavernes des lyrénées ariégeoises. Ces deux savants ont exploré les grottes de Pradières, de Bedeilhac, de Sabart, de Niaux, d'Ussat, de Fontanel, de Lombrive, de Castel- Andry et du Mas du Zik‘.
1. L'homme fossile des carernes de Lombrive et de Lherm, in-8. Toulouse, 1862, avec planches. — L'dge de pierre dans les vallées de Tarascon [Ariège), in-8. Taras= con, 1863. — Age de la pierre polie dans les cavernes des Pyrénées ariégeaises, in-h° avec planches. Toulouse {sans date),
Dans l’une de ces cavernes, que nous avons déjà citée dans le chapitre précédent, mais qu'il faut rappeler ici, car elles se rapportent à l'époque de la pierre polie en même temps qu'à celle du renne, MM. Garrigou et Filhol ont trouvé les ossements d’un grand bœuf, l’urus, ou Bos primigenius, d'un bœuf plus petit, du cerf, du mouton, de la chèvre, de l’antilope, du chamois, du sanglier, du loup, du chien, du renard, du blaireau, du lièvre, et peut-être aussi du cheval. Ni le renne ni mème l’aurochs ne sont compris dans cette nomenclature: ces deux espèces, en raison de la douceur du climat, avaient déjà émigré vers le Nord et l'Est, à la recherche d'une température plus froide.
Des restes de foyers, des os fendus en long, des cräânes brisés,
ontrent ht. habitants de ces cavernes se nourrissaient à peu
Fstonne leurs ancètres. Il est probable qu’ils mangeaient aussi
des colimaçons crus, car on a retrouvé dans cette caverne, comme
dans celle de Massat', une grande quantité de coquilles, dont la présence ne peut s'expliquer que de cette façon.
” A ces débris étaient associés des poinçons, des têtes de lances et
pointes de flèches en os, des haches, des couteaux, des grat-
irs en silex, ainsi qu'en diverses autres substances plus répan-
du le silex dans la contrée, telles que le schiste siliceux,
” Je quartzite, la leptinite, la serpentine. Ces outils.sont soigneuse-
ment és, et quelques-uns sont polis, à
mit ur des dalles de grès. es autres cavernes de l'âge de la olie, nous cite- =rons celles ‘du Maz-d'Azil (Ariège) et d'Arcy-sur-Gure (Yonne), qui
N. es exemples remarquables de grottes à assises superposées. | ÿ trouve, à différents étages, des débris de l'époque du mammouth, de celle du renne et de celle de la pierre polie.
Dans la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées) qui a été explorée par M.Alphünse-Milne Edwards on observe également deux couches se rapportant, l'une à l'époque du renne, l’autre à celle de la pierre polie?. Celle de Pontil (Hérault), étudiée par M. le professeur Gervais’, renferme des vestiges de toutes les époques, y
1. Sur deux cavernes à ossements découvertes dans Tà montagne du Kaer à Massat (Ariége). — Cité par Lyeil, Appendice à l’Ancienneté de l'homme, p. 247.
9. De l'existence de l'homme pendant la période quaternaire dans la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées). — (Annales des sciences naturelles, 4° série, t. XVII.)
3. Mémoires de l'Académie de Montpellier (section des sciences), 1857, t, TI, p. 509.
compris celle du bronze; il faut cependant en excepter celle du renne, qui n’y est pas représentée.
Mentionnons enfin la caverne de Saint-Jean-d'Alcas (Aveyron), explorée à différentes reprises par M. Cazalis de Fondouce. (est une grotte sépulcrale, analogue à celle d’Aurignac. Lorsqu'elle fut fouillée pour la première fois, il y a une vingtaine d'années, on y trouva cinq crânes humains, bien conservés, dont on méconnut l'importance, et qui furent totalement perdus pour la science. Des instruments en silex, en jade, en serpentine, des os travaillés, des débris de poteries grossières, des amulettes en pierre, des tests de coquillages ayant formé des colliers ou des bracelets, étaient mèlés aux ossements humains.
M. Cazalis de Fondouce n'a observé à Saint-Jean-d'Alcas aucune trace du repas des funérailles signalé à Aurignac et à Furfooz; il a remarqué seulement deux grandes dalles posées en croix à l'entrée de la grotte, de manière à en rétrécir considérablement l'ouverture,
Cette grotie, d'après une dernière publication de M. Cazalis, remonterait un peu moins haut qu'on ne l'avait d'abord pensé, car on y a trouvé quelques fragments de substances métalliques. Ce serait donc seulement aux derniers temps de l’époque de la pierre polie, ou aux premiers temps de l'âge des métaux qu'elle appartiendrait *,
Alimentation de l'homme à l'époque de la pierre polie. — Pour obtenir des renseignements complets sur le mode d'alimentation des hommes du nord et du centre de l'Europe, à l'époque de la pierre polie, nous invoquerons les beaux travaux dont le Danemark a été le théâtre dans ces dernières années, et qui exigent en raison de leur importance, une exposition détaillée.
1. Sur une carerne de l'âge de La pierre, située prés de Saint-Jean-d'Alcas (Aveyron), in-8. 186%. — Derniers temps de l’âge de la pierre polie dans l'Aveyron, in-8. Montpellier, 1857, avec planches.