‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 3 sur 53 · Annales des s’iences naturelles · texte numérisé non relu

Annales des s’iences naturelles

viii AVERTISSEMENT.

Ce progrès récent de la science nous obligeait de supprimer les planches de la première édition, dans lesquelles l'homme de l'époque du mammouth et de celle du renne était réprésenté sous les traits de l'Européen actuel. Nous avons remplacé ces planches par de nouvelles, dans lesquelles l'homme des deux époques du mammouth et du renne revêt la physionomie et l’habitude extérieure du Lapon.

Comme, à partir de l'époque de la pierre polie, le type humain, d'après le docteur Pruner-Bey, présente la forme et la structure organique de l'habitant actuel du centre de l'Eurdpe, c’est-à-dire appartient à la race aryenne, nous n'avons eu aucun changement à introduire dans Jes vignettes qui se rapportent à cette époque, pas plus qu'à l'âge.des métaux. Seulement, et pour nous conformer à des découvertes nouvelles, nots avons transporté à l'époque de la pierre polie quelques scènes qui, dans la première édition, figuraient dans l'époque du mammouth ou du renne. Telle est, par exemple, la planche représentant l'invention des poteries, qui a été transportée de l'époque du mammouth à celle de là pierre polie, avec la mention de quelques rares essais de ce genre d’industrie pendant l'époque du renne.

Nous ne terminerons pas sans adresser nos remerciments publics à M. Adrien Arcelin, le savant archéologue de Mâcon, le digne collaborateur du regretté M. de Ferry. M. Adrien Arcelin a bien voulu exécuter, pour notre ouvrage, douze croquis de scènes de la vie de l'homme pendant les époques du mammouth et du renne, époques dont il possède une connaissance trés-approfondie, grâce aux précieux gisements antéhistoriques de Solutré et de Vergisson. C'est d'après les croquis qui nous ont été adressés par M. Aycelin que nous avons fait dessiner et graver les planches nouvelles relatives aux deux époques du mammouth et du renne, qui ne ‘seront pas un des moindres attraits de cette deuxième édition.

Grâce à la révision attentive et patiente à laquelle notreouvrage a été soumis, nous croyons pouvoir le présenter avec confiance au public comme un résumé fidèle de l'état présent de la science nouvelle des origines de l'humanité.

Il y a quarante ans à peine que l'on a commencé d'attribuer à l'homme une antiquité plus haute que celle que lui assignaient

l’histoire et la tradition. Jusqu'à ces derniers temps on ne faisait.

pas remonter l'apparition de l'humanité primitive au delà de six à sept mille ans. Cette chronologie historique avait été un peu ébranlée par les études sur les Chinois, les Égyptiens et les Indiens. Les savants qui avaient interrogé les vieilles civilisations de l'Asie n'avaient pu les renfermer dans les six mille ans de la chronologie classique, et ils avaient reculé de quelques milliers d'années l'antiquité des races orientales.

Cependant cette idée n'était pas sortie du cercle des savants, et elle n'avait rien changé à l'opinion générale, qui fixe à six mille années seulement la création de l'espèce humaine.

Cette opinion était confirmée, consacrée par une interprétation erronée des Livres saints. On croyait lire dans l'Ancien Testament que l'homme a été créé il y a six mille ans. Maïs rien de semblable ne se trouve dans la Genèse, Ce sont les commentateurs, les faiseurs de systèmes chronologiques qui ont mis en avant cette date, comme celle de la première apparition de l'humanité. M. Édouard Lartet, qui a été appelé, en 1869, à la chaire de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, rappelle,

dans le passage suivant de l’un de ses beaux mémoires, que les chronologistes seuls ont mis en avant cette idée, et qu'ils ont fort mal interprété, sous ce rapport, les dires de la Bible.

« On ne trouve dans la Genése, dit M. Lartet, aucune date limitative des temps où a pu commencer l'humanité primitive. Ce sont des clronologistes qui, depuis quinze siècles, s’efforcent de faire rentrer les faits bibliques dans les coordinations de leurs systèmes. Aussi voyons-nous qu'il s'est produil plus de cent quarante opinions sur la seule date de la création, et qu'entre les variantes extrêmes il y a un désaccord de 3194 ans, seulement pour Ja période entre le commencement du monde et la naissance de Jésus-Christ. Cetle différence porte principalement sur les parties de l'intervalle les plus proches de la eréalion.

« Du moment done qu'ilest reconnu que la question des origines humaines se dégage de toute subordination au dogme, elle restera ce qu'elle doit être, une thèse scientifique, accessible à toutes les diseussions, et susceptible, à tous les points de vue, de recevoir la solution la plus conforme aux fails et aux démonsträtions expérimentales‘. »

Ainsi l'autorité des Livres saints n’est nullement mise en question par les travaux qui ont pour but de chercher l'époque réelle de l'apparition de l'homme sur la terre.

À l'appui de ce qu'affirme M. Lartet, nous rappellerons que l'Église catholique, qui a érigé en dogme tant de faits sans importance, n'a jamais voulu faire un dogme de la création de l'homme ‘à la date de six mille ans.

Aussi ne sera-t-on pas surpris d'apprendre que des membres du clergé catholique s’adonnent eux-mêmes avec ardeur aux études de l'homme antéhistorique. Mgr Meignan, évèque de Châlons-sur- Marne, est un des hommes de France les plus versés dans cette science nouvelle; il la cultive avec le plus grand zèle, et ses recherches personnelles ont ajouté à nos connaissances sur cette question. Le savant évêque de Chälons-sur-Marne a publié, en 1869, sous ce titre: Le monde et l'homme primitif selon la Rible*, un long ouvrage dans lequel, reprenant la thèse déjà développée par Marcel de Serres dans sa lCosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques*, et développant les faits récemment acquis à la science concernant l’homme primitif, l’auteur cherche à établir la concordance de toutes ces données avec la Révélation.

1. Nourelles recherches sur la coexistenee de l'homme et des grands mammifères fossiles réputés caracténstiques de la dernière période géulogique, par Éd. Lartet, Annales des sciences naturelles, 4° série, tome XV, page 256.

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