‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 4 sur 53 · Un vol. in-8°. Paris, 1869, chez V. Palmé · texte numérisé non relu

Un vol. in-8°. Paris, 1869, chez V. Palmé

3. Deux vol. in-12, 3* édition. Paris, 1859, chez Lagny frères.

M. l'abbé Lambert a publié une étude sur l'Homme primitif el la Bible’, dans laquelle il établit que les découvertes de la science moderne concernant l'antiquité de l'homme ne sont nullement opposées à la Révélation et au livre de Moïse.

Enfin, ce sont deux membres du clergé catholique, MM. les abbés Boûrgeois et Delaunay, qui, plus royalistes que le roi, c'est-àdire plus avancés que la plupart des géologues contemporains, entendent reporter jusqu'à l'époque tertiaire la date de l'existence de l'homme. Nous aurons à examiner cette opinion que nous rappelons seulement ici pour bien prouver que les scrupules théologiques, qui ont si longtemps arrèté les progrès de l'étude de l'homme primitif, ont aujourd'hui disparu, par suite de la démonstration de la parfaite indépendance de cette question avec le dogme catholique. :

Grâce au mutuel appui que se sont prêté trois sciences sœurs, — la géologie, la paléontologie et l'archéologie; — grâce à l’heureuse combinaison qu'ont su faire de ces trois sciences des hommes animés d’un zèle ardent pour la recherche de la vérité; — grâce entin à l'intérêt hors ligne qui l’attache à un tel sujet, il a fallu reculer extraordinairement les limites que l'on avait longtemps attribuées à l'existence de l'espèce humaine, et reporter dans la nuit des âges les plus ténébreux sa première apparition.

Mais, dira-t-on, sur quels fondements basez-vous cette assertion? Quels témoignages pouvez-vous invoquer? Où sont.les éléments de votre démonstration? Voici les moyens principaux d'examen et d'étude qui ont dirigé les savants dans ce genre de recherches, et qui ont permis de créer la science de l'antiquité de l'espèce humaine.

Si l'homme a existé à une époque très-reculée, il a dù laisser des traces de son passage dans les lieux qu'il habita, sur le sol que foulérent ses pieds Aussi sauvage qu'on le suppose, l’homme primitif a possédé quelques instruments de pêche ou de chasse, quelques armes pour terrasser une proie plus forte ou plus agile que lui. Tous les êtres humains ont eu quelque lambeau de vètement. Ils ont eu à leur disposition quelques outils, plus ou moins grossiers, ne füt-ce qu’une coquille pour puiser de l'eau, un instrument pour fendre le bois et se créer un abri, un couteau pour

{. Brochure in-8°, chez Savy. Paris, 1869.

découper les viandes, une masse pierreuse pour briser les os des animaux qui servaient à leur nourriture. Jamais homme n'a vécu sans posséder une arme défensive. Ces instruments, ces armes, on les a recherchés avec patience, et on les a retrouvés. On les a retrouvés dans des couches de terrain dont les géologues connaissent l'âge précis, et qui sont les unes antérieures, les autres postérieures au cataclysme du déluge européen de l'époque quaternaire.

Ainsi a été acquise la preuve que l'homme a vécu sur la terre pendant l'époque quaternaire.

Quand ce genre de témoignages de la présence de l’homme, c'est-à-dire les vestiges de son industrie, vient à inanquer, ce qui est rare, on peut déceler son existence par les ossements humains enfouis dans le sol, et qui se sont conservés depuis des centaines de siècles, grâce au dépôt de sels calcaires qui les ont pétrifiés ou fossilisés. On trouve, en effet, des ossements humains dans les terrains quaternaires, bien antérieurs par conséquent à ceux de l'époque géologique contemporaine.

Cependant ce moyen de démonstration est plus difficile à produire que les précédents, parce que les ossements humains, trés-altérables quand ils sont enfouis à de faibles profondeurs, exigent, pour se conserver longtemps, un concours de circonstances qui ne se rencontre que rarement; parce que les peuplades primitives brülaient souvent les morts; enfin parce que la race humaine ne formait alors qu'une très-faible population.

Une autre preuve excellente pour démontrer l'existence de l'homme à une époque géologique antérieure à l'ère contemporaine, c'est le mélange des os de l'homme avec ceux d'animaux antédiluviens. Il est évident que si l’on rencontre avec les ossements du mammouth, de l'ours des cavernes, du tigre des cavernes, etc:, animaux qui ne vivaient qu’à l'époque quaternaire, et qui ont aujourd'hui disparu, les ossements de l’homme, ou des vestiges de son industrie, tels que des armes, des instruments, des ustensiles, etc., on pourra affirmer avec certitude que notre espèce a été contemporaine de ces mêmes animaux. Or ce mélange a été rencontré bien des fois sous le sol des cavernes, ou dans des terrains profonds.

Tels sont les divers genres de preuves qui ont servi à établir le fait de la présence de l'homme sur la terre à l'époque quaternaire. Nous allons maintenant donner un historique rapide des

principaux travaux qui ont contribué à fonder la science, toute récente, des origines positives de l'humanité.

La paléontologie ne compte pas plus d'un demi-siècle d'existence. C'est à peine si nous avons soulevé un coin du voile qui couvre les débris d'un monde éteint; et par exemple, nous ne connaissons rien encore de ce qui dort enseveli dans les profondeurs de la terre placées au-dessous du bassin. des mers, Il ne faut donc pas trop s'étonner qu'un long espace de temps se soit écoulé sans qu'on eùt découvert dans les terrains quaternaires ‘ des ossements humains, ou des vestiges de l'industrie primitive des hommes : résultat négatif qui a toujours fait l’objettion principale contre l'origine antédiluvienne de notre espèce.

Les erreurs et les déceptions que l'on avait d'abord rencontrées avaient peut-être aussi refroidi le zèle des naturalistes, et retardé ainsi la solution du problème. On connait l’histoire de cette salamandre fossile des carrières d'OEningen, qui, sur la foi de Scheuchzer, fut baptisée en 1726, d'homme témoin du déluge (homo diluvii testis). Pierre Camper reconnut, en 1787, que le prétendu préadamite était un reptile, et cette déconvenue, dont toute l’Europe savante s'amusa, fit beaucoup de tort à l’homme antédiluvien. Son existence fut dès lors reléguée, de par le souverain empire du ridicule, dans le domaine de la fable.

Cependant un premier pas en avant fut fait en 1774. Des ossements humains, mélés à des débris de grand ours et d’autres mammifères appartenant à des espèces alors inconnues, furent découverts par J. F. Esper, dans la célèbre caverne de Gailenreuth, en Bavière.

Déjà même avant cette époque, c'est-à-dire dès les premières années du dix huitième siècle, un Anglais, Kemp, avait recueilli dans Londres mème, à côté de dents d'éléphant, une hache de pierre, semblable à celles qui furent trouvées plus tard, en nombre prodigieux, sur divers points du monde entier. Gette hache fut dessinée grossièrement, et le dessin publié en 1715. La pièce originale existe encore, à Londres, dans les collections du Musée britannique.

En 1797, John Frère, archéologue anglais, découvrit à Hoxne, dans le comté de Suffolk, sous des couches de terrains quaternaires, des armes en silex, mêlées à des ossements d'animaux appartenant à des espèces éteintes.

D'après M. Édouard Lartet, c'est à un géologue français, résidant en Allemagne, Aimé Boué, qu'appartient l'honneur d'avoir proclamé le premier l'ancienneté de l'espèce humaine. En 1823, ce géologue retira du terrain quaternaire (lehm).de la vallée du Rhin des ossements humains, qu'il présenta à Cuvier et à Brongniart comme ceux d'un homme qui aurait vécu à l'époque quaternaire.

En 1823, le géologue anglais Buckland publia ses Reliquiz diluvianz, ouvrage consacré surtout à la description de la caverne de Kinklake, et dans lequel l’auteur a réuni tous les faits alors connus qui militaient en faveur de la coexistence de l’homme et des animaux antédiluviens.

Cuvier n'était point aussi éloigné qu'on l'a dit d'admettre l'existence de l’homme à l'époque quaternaire. Dans son ouvrage sur les Ossements fossiles, et dans son Discours sur les révolutions du globe, qui sert de préambule à ce même ouvrage, notre immortel naturaliste discute le pour et le contre de cette question, et malgré l'insuffisance des documents qu'on possédait alors, il se trouve amené à dire :

« Je ne veux point conclure que l'homme n'existait point du tout avant l'époque des grandes révolutions... Il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d'où il a repeuplé la terre après ces événements terribles ; peut-être aussi les lieux où il se tenait ont-ils été abimés, et ses os ensevelis au fond des mers actuelles. »

On a donc eu tort d'invoquer avec assurance l'autorité de Cuvier contre l'opinion de l'ancienneté de l'espèce humaine.

Un second pas, plus décisif, fut fait par la découverte dans les terrains diluviens de silex taillés et autres outils de l’homme primitif.

En 1826, un géologue et archéologuè français, M. Tournal, de Narbonne, publia les découvertes qu'il venait de faire dans une caverne du département de l'Aude, où il avait trouvé des ossements d'aurochs et de renne travaillés de main d'homme, à côté de coquilles comestibles, qui devaient avoir été transportées là par les hommes qui avaient vécu dans cette caverne.

Trois ans après, M. de Christol, de Montpellier, plus tard professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, trouva des ossements humains intimement mélangés à des débris de grand ours, d'hyène, de rhinocéros, etc., dans les cavernes de Pondres et de Souvignargues {Ilérault). Dans la dernière de ces cavernes, des fragments de poterie accompagnaient ces restes.

Tous ces faits, si frappants, furent réunis et discutés par Marcel de Serres, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, dans son Essai sur les cavernes.

Les deux cavernes à ossements d'Engis et d'Enghihoul (Belgique) ont fourni des preuves du mème genre. En 1833, Schmerling, savant géologue belge, découvrit dans ces cavernes, deux crânes humains, mêlés à des dents de rhinocéros, d’éléphant, d'ours, d’hyène, etc. Les ossements humains étaient roulés et altérés comme ceux des animaux. Ges derniers ossements présentaient, en outre, les traces du travail humain. Enfin, pour que rien n'y manquät, on trouva, dans le mème gisement, des silex taillés en forme de couteaux et de pointes de flèche.

A la suite de ses laborieuses recherches, Schmerling publia un ouvrage, aujourd'hui trés-admiré, et qui prouve que le géologue belge mérite le titre de fondateur de la science de l'antiquité de l’homme. Dans cet ouvrage Schmerling décrit et figure une quantité innombrable d'objets découverts dans les cavernes de la Belgique, et il fait connaître ce crâne humain qui est devenu depuis si célébre sous le nom de crdne d’Engis. Mais alors les savants de tous les pays étaient opposés à ces sortes d'idées. Aussi les découvertes du géologue belge n’attirérent-elles pas plus l'attention que celles des géologues français qui avaient fait connaître des faits du mème genre.

En 1835, M. Joly, alors professeur au lycée de Hoalpeliérs = où je suivais ses cours d'histoire naturelle, — aujourd'hui professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, avait trouvé dans la caverne de Nabriguas (Lozère) un crâne d'ours des cavernes, sur lequel une flèche avait laissé sa trace manifeste. A quelque dis tance et à un autre niveau, était un tesson de poterie, portant l'empreinte des doigts de l’homme qui l'avait façonné.

On peut s'étonner qu'en présence de ces découvertes antérieures, Boucher de Perthes, l'ardent apôtre de l'ancienneté de notre espèce, ait rencontré tant de résistance et d’incrédulité, ou qu'il ait eu à lutter contre tant d'indifférence, lorsque, à partir de l'année 1836, il commença à défendre cette idée, dans une série de communications faites à la Société d'émulation d'Abbeville,

Les couches orizontales du terrain quaternaire connu sous le nom de diluvium forment des bancs, de nuances et de matières différentes, qui nous montrent, en caractères indélébiles, l'histoire ancienne de notre globe. Les débris organisés qu'on y découvre

appartiennent à des êtres qui ont été témoins du cataclysme diluvien, et qui l’ont peut-être précédé de beaucoup de siècles.

« C'était done bien dans ces ruines du vieux monde, disait le prophète d'Abbeville, c'est dans ces dépôts devenus ses archives, qu'il fallait en chercher les traditions, et, faute de médailles et d'inseniptions, s'en tenir à ces pierres grossitres, qui, dans leur imperfection, n’en prouvent pas moins VRRUNRE de l'homme aussi sûrement que l'eût fait tout un Louvre. »

‘Fort de cette conviction, Boucher de Perthes s'occupa activement de chercher dans les terrains diluviens les restes osseux de l'homme, ou tout au moins les témoignages matériels de son industrie primitive. Dès l'année 1838 il eut le bonheur de soumettre à la Société d'émulation d'Abbeville ses premières haches antédiluviennes.

Dans le cours de l’année 1859, Boucher de Perthes porta ces haches à Paris, et il les fit voir à quelques membres de l'Institut. MM. Alexandre Brongniart, Flourens, Élie de Beaumont, Cordier, Jomard encouragèrent d'abord des recherches qui promettaient d'être fécondes, mais ce moment de bienveillance ne devait pas durer longtemps.

Ces premiers et grossiers silex, dans lesquels Boucher de Perthes voyait déjà des haches, offraient une coupe vague et des angles émoussés. Pour y discerner les traces du travail de l'homme, il fallait avoir les yeux de la foi. « Je les avais, a dit l’archéologue d'Abbeville; mais je les avais seul. » Boucher de Perthes résolut alors de chercher des aides pour ses travaux. 11 dressa des ouvriers à fouiller des terrains diluviens, et bientôt il put recueillir dans les terrains quaternaires d’Abbeville une vingtaine de silex, manifestement travaillés par la main de l’homme.

En 1849, la Société géologique de Londres reçut une communication de M. Godwin Austen, qui venait de trouver dans le Kent- Hole différents objets travaillés, à côté de débris d'animaux qui devaient y séjourner depuis le déluge.

En 1844 parurent les observations de M, Lund sur les cavernes du Brésil.

M. Lund avait exploré jusqu'à huit cents cavernes. Dans l’une de ces cavernes, située non loin du lac de Semidovuro, il avait trouvé des ossements d'au moins trente Individus de l'espèce humaine, offrant le mème état de décomposition que les ossements d'animaux fossiles qui les accompagnaient. Ces animaux étaient

INTRODUCTION. y

un singe, des carnassiers, des rongeurs, des pachydermes, des tardigrades, etc. M. Lund en tira la conclusion -que l'homme avait dû être contemporain du mégathérium, du mylodon, etc., qui caractérisent l'époque quaternaire. ; ,

Néanmoins M. Desnoyers, bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle de Paris, dans un savant article sur les Groltes et ca- ” vernes, qu'il publia en 1845 dans le Dictionnaire universel d'histoire naturelle, se prononçait énergiquement encore contre l’hypothèse de l'ancienneté de l'homme. Mais les découvertes mar. chaient toujours. Aujourd'hui M. Desnoyers lui-mème: figuré dans le camp des partisans de l'homme antédiluvien. 1] a même dépassé leur opinion, puisqu'il est de ceux qui veulent reporter jusqu'à l'époque tertiaire la date de l'apparition de notre espèce.

En 1847, M. {enry trouva dans la caverne de Kent, en Angleterre, sous une couche de stalactites, des débris d'animaux antédiluviens, mélés à des restes humains.

L'année 1847 est encore marquée par l'apparition du premier volume des Antiquités celtiques et antédiluviennes, de Boucher de Perthes, renfermant environ seize cents figures d'objets découverts dans les fouilles que l’auteur avait fait pratiquer depuis 1836.

Le terrain d'Abbeville, où Boucher de Perthes a effectué toutes ses recherches, appartient à l’époque quaternaire.

Le docteur Rigollot, qui pendant dix an$ avait été l’un des adversaires les plus décidés de l’opinion de Boucher de Perthes, découvrit de son côté, en 1854, des silex travaillés dans les dépôts quaternaires de Saïint-Acheul , près d'Amiens, et il ne tarda pas dès lors à se ranger sous la bannière de l'archéologue d'Abheville.

La faune des dépôts d'Amiens est la même que celle d'Abbeville. Les dépôts inférieurs de gravier où se rencontrent les silex taillès ont été formés par les eaux douces. Ces couches n'ont jamais été remaniées ni dérangées: les silex travaillés de main d'homme qu'on y a découverts s’y trouvent, selon toute probabilité, depuis l'époque de la formation de ces dépôts, époque un peu postérieure à la période diluvienne. Ê

Le nombre des silex travaillés qui ont été retirés des bancs d'Abbeville est immense. À Menchecourt, on a recueilli, en vingt ans, environ une centaine dé haches bien caractérisées ; à Saint- Gilles, une vingtaine de très-grossiéres et autant de bien faites; à Moulin-Quignon, cent cinquante à deux cents haches bien taihées.

Ces mèmes restes de l'industrie primitive ont été retrouvés en-

core dans d'autres localités. En 1853, M. Noulet en découvrit dans le vallon de l'Infernat (flaute-Garonne); en 1858, les géologues anglais Prestwich, Falconer, Penquelly, etc., en trouvérent dans les couches inférieures de la caverne de Baumann, dans le fiarz.

C'est aux natufalistes anglais dont nous venons de citer les noms que revient le mérite d’avoir les premiers fait comprendre au monde savant la valeur des travaux de Boucher de Perthes, qui n'avait pu réussir encore à faire accepter ses idées en France. Le docteur Falconer, vice-président de la Socitié géologique de Londres, se rendit dans le département de la Somme, pour y étudier le terrain et les produits qu'il renferme. Après lui, MM. Prestwich et Evans vinrent trois fois à Abbeville, dans l’année 1659, Tous rapportérent en Angleterre la conviction de l'ancienneté et de l’état vierge des couches explorées, ainsi que de l'existence de l’homme avant le déluge de l’époque quaternaire.

Dans un autre voyage, fait avec MM. Flover, Mylne et Godwin Austen, MM. Prestwich, Falconer et Evans retirérent eux-mêmes des carrières de Saint-Acheul des ossements humains et des haches de silex. Enfin, M. Charles Lyell se rendit sur les lieux, et le géologue anglais, qui jusque-là s'était montré hostile à l'idée de l'homme antédiluvien, put dire : Vent, vidi, victus fui! Devant l'4ssociation britannique, rassemblée à Aberdeen le 15 septembre 1855, M. Lyell se déclara partisan de l'homme quaternaire, et cette déclaration du président de fa Société yéologique de Londres ajouta un grand poids aux idées nouvelles.

M. Hébert, professeur de géologie à la Sorbonne, se rangea alors sous la mème bannière.

M. Albert Gaudry, autre géologue français, vint déclarer à l'Académie des sciences qu'il avait trouvé, lui aussi, des haches en silex, avec des dents de cheval et de bœuf fossiles, dans les couches du diluvium parisien.

M. Gosse fils explora, pendant la même année, les sablières deGrenelle et de l'avenue de la Mothe-Piquet, à Paris, et il en retira des instrumenis en silex, mêlés à des os de mammouth, d'aurochs, etc.

Des faits analogues furent conslatés à Précy-sur-Oise et dans le dépôt diluvien de Givry.

M.le marquis de Vibraye trouva dans la caverne d’Arcy des ossements humains, et notamment un fragment de mächoire, avec des os d'animaux d'espèces éteintes.

En 1859, M. A. Fontan trouvait dans la grotte de Massat {dépar-

INTRODUCTION. il

tement de l'Ariège) non-seulement des ustensiles accusant la présence de l'homme, mais encore des dents humaines, mèlées aux restes du grand ours (ursus spelæus), de l’hyène fossile (hyæna spelea) et du grand tigre (/elis spelæa).

M. Alphonse-Milne Edwards fils découvrit, en 1861, dans la grotte de Lourdes (Tarn), des débris de l'industrie humaine, à côté d'ossements d'animaux fossiles.

Les vallées de l'Oise et de la Seine ont aussi fourni leur contingent de débris antédiluviens. Dans les sablières des environs de Paris, à Grenelle, à Levallois-Perret, à Neuilly, plusieurs naturalistes, entre autres MM. Gosse, Martin et Reboux, ont trouvé de nombreux instruments de silex, associés, dans certains cas, avec des ossements d'éléphant et d'hippopotame. Dans la vallée de l'Oise, à Précy, près de Creil, MM. Peigné-Delacour et Robert ont également recueilli quelques hachettes,

Enfin un grand nombre de nos départements, particulièrement dans le nord et dans le centre de la France, ont été exploités avec succès. Nous citerons les départements du Pas-de-Calais, de l'Aisne, de Loir-et-Cher, d’Indre-et-Loire, de la Vienne, de l'Allier, de l'Yonne, de Saône-et-Loire, de l'Hérault, de Tarn-et-Garonne, etc.

En Angleterre on fit des découvertes tout aussi précieuses. Le mouvement commencé en France par Boucher de Perthes se propagea chez nos voisins d'outre-Manche avec une rapidité remarquable. De tous côtés on pratiqua des fouilles qui amenérent d'excellents résultats.

Dans le gravier qui existe auprès de Bedford, M. Wyatt a rencontré des silex analogues aux types principaux d'Amiens et d’Abbeville, à côté de restes du mammouth, du rhinocéros, de l’hippopotame, du bœuf, du cheval et du daim. Des trouvailles semblables ont été faites dans le Suffolk, dans le Kent, le Hertfordshire, le Hampshire, le Wiltshire, etc.

En parcourant le Musée de la Société des antiquaires à Londres, peu après son retour d'Abbeville, M. Evans trouva dans cette galerie quelques spécimens absolument semblables à ceux de la collection de Boucher de Perthes. Il s'enquit de leur origine, et il apprit qu'ils avaient été extraits, comme nous l'avons dit plus haut, en 1797, du gravier de Hoxne, par M. John Frère, lequel les y avait recueillis avec des ossements d'animaux éteints, et en avait fait don au Musée, après les avoir décrits dans les Archzologi de 1800.

Cette arme de pierre est indiquée sur le catalogue comme avant été trouvee en 1797 avec une dent d’éléphant fossile. Elle est en silex noir et a la forme d'une pointe de lance.

Ainsi, dès le commencement de notre siècle, on avait déjà, en Angleterre, la preuve de la coexistence de l'homme et des grands pachydermes disparus ; mais on avait négligé d'y donner attention.

Nous arrivons à la plus remarquable et à la plus caractéristique des découvertes de ce genre. Nous voulons parler des observations faites en 1860 par M. Édouard Lartet, dans la curieuse sépulture humaine antéhistorique d’Aurignuc (Haute-Garonne).

En descendant la pente de la route d’Aurignac on arrive, après un parcours d’un kilomètre et demi, à un point où, de l’autre côté du vallon, la croupe de la montagne dite de Fajoles ne s'éléve plus qu'à une vingtaine de mètres au-dessus d'un ruisseau. On aperçoit alors, sur le versant nord de cette éminence, un escarpement de la roche, à côté duquel se dessine une sorte de niche, profonde de deux anètres environ, et dont l'ouverture cintrée fait face au nord-ouest. Cette petite grotte est située à treize mètres au-dessus du ruisseau. En dehors, le sol calcaire se continue en une plate-forme inclinée vers le ruisseau.

La découverte de cette cavité, aujourd’hui déblayée, fut le résultat du hasard. Elle était masquée par un talus de débris de roches et de terre végétale éhoulée, et l'on y connaissait seulement un trou à lapins. En 1842,2üm.ouvrier terrassier, nommé Bonnemaison, s'avisa un jour. d’y énfoncer son bras, et il en retira un os volumieux Curieux d'approfondir ce mystère, il entama par une tranchée le talus-en cotré-has du trou;et il se trouva, après un travail de quelques heures, en présence d'une dalle de grès, qui fermait une ouverture cintrée. Derrière la dalle, il découvrit une cavité dans laquelle étaient entassés de nombreux ossements humains. ;

Cette trouvaille ne tarda pas à s'ébruiter. Les curieux affluérent, et chacun chercha à expliquer l'origine de ces restes humains, dont la fragilité excessive altestait la prodigieuse vétusté. Les anciens du lieu imaginèrent alors d'évoquer le souvenir, à demi effacé, d'une bande de faux-monnayeurs qui avait exploité le pays un demi-siècle auparavant. Cette enquète populaire fut jugée suffisante, et l'on s'accorda à proclamer que la caverne qui venait d'être mise au jour n'était que l'asile de ces malfaiteurs. qui faisaient disparaitre les traces de leurs crimes en cachant les

cadavres de leurs victimes dans cette grotte, connue d'eux seuls.

Le docteur Amiel, maire d’Aurignac, fit réunir tous ces ossements, qui furent ensevelis dans le cimetière de la paroisse. Toutefois, avant de procéder à l'inhumation, il constata que les squelettes appartenaient à dix-sept individus des deux sexes. Outre ces squelettes, on avait encore retiré de la grotte un certain nombre de petits disques, ou rondelles percées, composées de la coquille d'une espèce de buccarde (cardium). Des rondelles per-

cées, toutes semblables, ne sont pas rares dans les colliers et au-

tres ornements d’antiquité assyrienne trouvés à Ninive.

Dix-huit ans après cet événement, c'est-à-dire en 1860, M. Édouard Lartet passait à Aurignac. On lui raconta les détails du fait. Après un si long intervalle, personne, pas même le fossoyeur, n'avait conservé le souvenir de l’endroit précis où ces restes humains avaient été jetés dans le cimetière du village. Ces précieuses reliques étaient donc perdues pour la science.

Cependant M. Lartet résolut de faire exécuter des fouilles dans la grotte mème, et il se trouva bientôt en possession de trésors inespérés. Le sol de la cavérne était resté intact; il était recou-. vert d'une éouche de terre meuble, mélangée de fragments de roches. En dehors de la mème caverne, M. Lartet découvrit une couche de cendres et de charbon, qui ne pénétrait pas dans l’intérieur, Cette couche était surmortée de terre meuble ossifère et de terre végétale. Le sol de l'intérieur de la grotte renfermait des ossements d'ours, de renard, de renne, d’aurochs, de cheval, ete., le tout mèlé à de nombreux débris de l’industrie humaine, tels que des instruments en bois de cerf ou de renne, soigneusement apointés à un bout et taillés en biseau à l'autre; — un manche percé en bois de renne; — des silex bien taillés, figurant des couteaux, des poinçons, des armes de différentes sortes; — enfin une dent canine d'ours, grossièrement sculptée en forme de tête d'oiseau et percée d’un trou, etc.

Les fouilles, ayant été poussées plus profondément, mirent à découvert des débris d'ours des cavernes, de chat sauvage, d'hyène des cavernes, de loup, de mammouth, de cheval, de cerf, de renne, de bœuf, de rhinocéros, ete., etc. C'était une véritable arche de Noé. Ces ossements étaient cassés en long, et quelquesuns carbonisés. On y voyait des stries et des entailles produites par les instruments tranchants.

M. Édouard Lartet, à la suite de ses longues ct patientes observations, déclara que la caverne d'Aurignac était une sépulture humaine, contemporaine du mammouth, du rhinoceros tichorhinus et des autres grands mammifères de l'époque quaternaire.

Le mode de fragmentation des os longs montre qu'ils ont été cassés pour en extraire la moelle; les entailles qu'ils portent prouvent que les chairs en ont été détachées avec des instrnments tranchants, Les cendres indiquent l'existence d'un aticien foyer, dans lequel on avait brûlé en partie quelques-uns de ces os. L'homme devait se rendre dans cette caverne pour accomplir certains rites funèbres. Les armes et les ossements d'animaux ont dù y être déposés à titre de consécration funéraire, comme on en trouve des exemples dans les monuments druidiques ou celtiques et dans les tombes gauloises.

Telles sont les belles découvertes, tels sont les faits nouveaux qui résultérent de l'étude que fit M. Édouard Lartet de la caverne d'Aurignac. Elles ne laissaient aucun doute sur la coexistence de l'homme et des grands animaux antédiluviens.

En 1862, M. le docteur Félix Garrigou, de Tarascon {Ariége), géologue distingué, fit connaître le résultat des recherches qu'il avait entreprises, avec MM. Rames et Filhol, dans les cavernes de l'Ariège. Ces explorateurs avaient trouvé des mächoires inférieures de grand ours, avec leur canine aiguë et saillante, qui avaient servi à J’homme comme arme offensive, à peu près comme Samson se servit d'une mâchoire d'âne pour combattre les Philistins.

. « C'est surtout dans les cavernes de Lombrives, de Lherm, de Houicheta et du Maz-d'Azil, dit M. Garrigou, que nous avons retrouvé des mâchoires du grand ours et du grand chat des cavernes, reconnues tallées de main d'homme, non-seulement par nous, mais par les nombreux savants français et anglais qui les ont examinées, et qui nous en ont demandé pour leurs collections. Lo nombre de ces mâchoires s'élève aujourd'hui à plus de cent. Armées d’une canine formidable et tailles de manière à être plus facilement saisies, elles formaient, à l'état frais, une arme redoutable dans les mains de l'homme primitif...

« Ces auimaux appartenant à des espèces aujourd'hui perdues, il a bien fallu, pour apprèter en guise d'armes leurs os encore frais (puisqu'ils étaient rongès par les hyènes), que l'homme véeñt avec eux. »

Dans une des cavernes de Bruniquel {Tarn-et-Garonne}, qui fut visitée, en 1862, par MM. Garrigou, Filhol et autres savants, on trouva, sous une brèche osseuse trés-dure, un ancien foyer, avec

des cendres et du charbon, — des ossements brisés et calcinés de ruminants de différentes espèces perdues, — des silex taillés en couteaux, en rognons à facettes, en pointes de flèches triangulaires ou quadrangulaires d’une grande netteté, — des outils en bois de cerf et en os; enfin tout ce qui révèle la présence de l'homme primitif.

A un kilométre en aval de la caverne, on a découvert plus tard, à six mètres de profondeur, une brèche osseuse pareille à la première, contenant les mêmes os brisés, et .une série d'anciens foyers remplis de cendres et d'objets de l'industrie antédiluvienne. Ossements, dents et silex s’y trouvent par boisseaux.

Au commencement de 1863, M. Garrigou présentait à la Société géologique de France les trouvailles faites dans les cavernes de Lherm et de Bouicheta, et M. l'abbé Bourgeois lisait une note sur les silex taillés du diluvium de Pontlevoy.

Voilà où en était la question de l'homme fossile, lorsque, au mois d'avril 1863, le monde savant reçut la nouvelle de la découverte d'une mächoire humaine dans le terrain diluvien de Moulin- Quignon, près d’Abbeville, Rappelons les circonstances de cette découverte mémorable.

Le 23 mars 1863, un terrassier qui travaillait à la carrière de sable de Moulin-Quignon apporta à Abbeville, à Boucher de Perthes, une hache en silex et un petit fragment d'os qu'il venait de recueillir, L'ayart débarrassé de la gangue terreuse qui l'enveloppait, Boucher de Perthes reconnut dans cet os une dent molaire humaine. 1l se rendit aussitôt sur les lieux, et s'assura que le gisement où ces objets avaient été trouvés était une veine argiloferrugineuse, imprégnée d’une matière colorante, qui semblait renfermer des débris organiques. Cette couche faisait partie d'un terrain vierge, comme le disent les géologues, c'est-à-dire sans aucune infiltration ni introduction secondaire.

Le 28 mars, un autre terrassier vint apporter à Boucher de Perthes une nouvelle dent humaine, en ajoutant qu'il apparaissait en ce moment dans le sable « quelque chose qui ressemblait à un os. » Boucher de Perthes se transporta immédiatement sur les lieux, et en présence de MM. Dimpré père et fils, et de quelques membres de la Société d'émulation d’Abbeville, il retira luimème du terrain une demi-mâchoire inférieure humaine, entourée d'une gangue terreuse. À quelques centimètres de cet os, on rencontra une hache en silex, recouverte de la même patine

noire que la mächoire. Le gisement étail situé à quatre mètres et demi au-dessous du niveau du sol.

Sur l'annonce de cet événement, un grand nombre de géologues accoururent à Abbeville. vers le milieu du mois d'avril... M. l'abbé Bourgeois, MAI. Brady-Buteux, Carpenter, Falconer, etc., vinrent, l'un après l’autre, vérifier le gisement d'où avait élé retirée la mâchoire humaine. Tous furent convaincus de l'état vierge du terrain et de l'ancienneté de la mâchoire humaine,

Boucher de Perthes découvrit encore, dans le mème lit de gravier, deux dents de mammouth et un certain nombre de haches taillées. Enfin il trouva parmi les os qu'il avait retirés de la carrière de Menchecourt, dans les premiers jours d'avril, un fragment d'une nouvelle mâchoire et six dents séparées, que M. Falconer reconnut aussi pour des dents humaines.

La mâchoire trouvée à Moulin Quignon est trés-bien conservée. Plutôt petite que grande, elle semble avoir appartenu à un individu âgé et de petite taille. Elle ne diffère presque en rien de la mâchoire de l’homme de la race caucasique de nos jours. Quant à l'inclinaison de la dent molaire, elle peut s'expliquer par un accident, car la molaire placée en avant de celle-ci était tombée du vivant de l'individu, en laissant un vide qui favorisait l'inclinaison de la molaire qui restait. Cette particularité se retrouve sur plusieurs têtes humaines de la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

La mâchoire de l'homme de Moulin-Quignon, que nous représentons ici, de grandeur naturelle, d'après l’onjet mème qui est conservé dans la galerie d'anthropologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris (fig. 1), n'olfre pas de différences marquées avec celles des individus des races actuelles. La même conclusion est résultée de l'examen comparatif des mâchoires trouvées par MM. Lartet et de Vibraye dans les grottes d’Aurignac et d'Arcy. et que M. de Qutarefages a étudiées avec M. Pruner-Bey, ancien médecin du vire-roi d'Égypte, et l'un de nos anthropologistes les plus distingués.

Le 20 avril 1863, M. de Quatrefages annonçait à l'Institut la découverte de Boucher de Perthes, et il présentait à ce corps savant l'intéressante pièce envoyée d'Abbeville.

Parvenue en Angleterre, cette nouvelle y produisit une émotion considérable.

Les savants anglais qui s'étaient plus spécialement occupés de

cette question, MM. Christy, Falconer, Carpenter, Busq se rendirent en France, examinèrent, avec Boucher de Perthes, et avec plusieurs membres de l’Académie des sciences de Paris, le gise-

Fig. t. MAchoire humaine lrouvée À Moulin-Quignon, près. d’Abbeville, en 1883.

ment d'où l’on avait extrait les haches, ainsi que la mächoire humaine, et ils reconnurent unanimement l'exactitude des conclusions tirées par l’infatigable archéologue d'Abbeville.

La découverte des haches et de la mächoire humaine dans le terrain quaternaire de Moulin-Quignon complétait la démonstration d'une doctrine qui comptait déjà en sa faveur un nombre immense de témoignages. Outre sa valeur propre, cette découverte venant s'ajouter à tant d’autres acheva de porter la conviction dans les esprits. À partir de ce moment, la doctrine de la haute antiquité de l'espèce humaine fut donc définitivement acquise à la science.

Pour terminer cet historique, nous nous demanderons à quelle époque géologique précise il faut rapporter la date de l'apparition de l’homme sur la terre.

Les terrains antérieurs à la période actuelle, et dont la succession forme la croûte solide de notre globe, ont été partagés, on le sait, en cinq groupes, correspondant à autant de périodes de son évolution physique, Ce sont, dans leur ordre d'ancienneté : les terrains primitifs, les terrains de transition, les terrains stcondaires, les

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terrains tertiaires et les terrains quaternaires ou modernes. Cliacune de ces époques a embrassé un laps de temps immense, puisqu'elle a radicalement usé la génération d'animaux et de plantes qui lui était propre. On peut d'ailleurs se faire une idée de la lenteur avec laquelle les créations organiques se modifient, en considérant que la faune contemporaine, c'est-à-dire la collection d'animaux de tous pays propre à la période géologique que nous traversons, n'a subi presque aucune altération depuis des milliers d'années qu’elle existe.

Peut-on fixer l'apparition de l'espèce humaine aux époqnes, si prodigieusement reculées, qui répondent aux terrains primitifs, de transition, ou aux terrains secondaires? Évidemment non. Peut-on la fixer à l'époque des terrains tertiaires? C'est ce que prétendent aujourd'hui quelques naturalistes.

En 1863, M. Desnoyers trouva dans les couches supérieures du terrain tertiaire {pliocène) de Saint-Prest, département de l'Eure, des ossements appartenant à diverses espèces animales disparues, entre autres à l'Elephas meridionalis qui n'a pas fait partie de la faune quaternaire. Sur la plupart de ces ossements M. Desnoyers constata des entailles qui, selon lui, ont dù ètre produites par des outils en silex. Ce sont là, d'après M. Desnoyers, des indices de l'existence de l’homme à l'époque tertiaire.

Cette opinion fut combattue par M. Lyell, qui prouva que les entailles observéés#piar M. Desnoyers ne sont point le résultat d'une action intelligente, mais le résultat de quelque effet mécanique. On ne saurait d'ailleurs s'étayer d'un accident aussi insignifiant que celui d’entailles pratiquées sur un os, pour établir un fait comme celui de l'antiquité de l'homme.

Dans ces mêmes couches géologiques où M. Desnoyers avait trouvé des os travaillés, des haches en silex ou des armes de pierre, dans les terrains tertiaires de la commune de Thenay, près Pontlevoy (Loir-et-Cher), M. l'abbé Bourgeois a trouvé en 1866, de nombreux silex travaillés, toutefois, il faut le dire, trèsgrossièrement exécutés et accusant à peine la main de l’homme.

Ajoutons que M. l'abbé Delaunay a découvert dans les faluns des environs de Pouancé (Maine-et-Loire, des côtes et un humérus de Halitherium, profondément entaillés, en apparence, par un instrument tranchant. Or, le Halitherium est un cétacé herbivore qui appartient à la période miocène.

M. A. Issel a présenté au Congrès anthropologique de Paris

en 1867, des os humains offrant les caractères d'une très-haute antiquité, et qui auraient été trouvés en Toscane, dans l’enceinte même de la ville de Savone, dans des couches pliocènes, c'est-à-dire dans l'étage le plus récent des terrains tertiaires *.

Ces découvertes, tout intéressantes qu’elles soient, sont encore l'objet de beaucoup de contestations et n’ont pas obtenu l'assentiment de la majorité des naturalistes.

Nous n'opposerons, nous, qu'un seul argument à la conjecture de l'existence de l’homme pendant la période tertiaire de notre globe. On a trouvé, il est vrai, dans les terrains pliocènes des œuvres de l’industrie humaine; mais on n'y a pas encore découvert un seul os humain. Ce n'est que lorsqu'on aura mis à jour dans les couches tertiaires un fragment de squelette humain, ne füt-ce qu'une phalange, que l'on aura le droit d'affirmer l'existence de l'homme pendant les temps tertiaires. Cette découverte n'ayant pas été encore accomplie, chacun peut prétendre que ces produits de l'industrie humaine, que n’accompagne aucun vestige de l’homme, ont été introduits accidentellement dans les couches profondes de la terre, où on les a rencontrés.

C'est dans les terrains correspondants à l’époque quaternaire que l'on trouve des témoignages irrécusables, à l'abri de toute contestation, de l'existence de l’homme, c'est-à-dire non-seulement les prodnits de son industrie, mais encore les ossements de l'homme lui-même. C'est donc à l'époque quaternaîre, qui a précédé l'époque géologique contemporaine, qu’il faut fixer, pour rester fidèle aux faits scientifiques, la date de l'apparition de l’humanité sur la terre.

Si l'on veut se diriger avec quelque sûreté dans l’histoire, si difficile encore, des premiers temps de l'humanité, il faut diviser ce long intervalle en un certain nombre de périodes. La science de l’homme primitif est tellement récente, que c'est à peine si les auteurs qui ont écrit sur cette matière se sont occupés d'établir une classification rationnelle. Nous adopterons la classification proposée par M. Édouard Lartet, et qui est adoptée au Musée de Saint-Germain.

1. Congrès international d'amhrapologie et d'archéologie préhistoriques tenu à Paris en 1861. Paris, in-8°, 1868, pages 67-81.

Nous diviserons l'histoire de l'humanité primitive en deux grandes périodes :

1° L'âge de la pierre;

2 L'âge des métaux.

Ces deux grandes périodes seront elles-mêmes suhbdivisées comme il suit.

L'âge de la pierre comprendra trois époques :

1° L'époque des animaux d'espèces éteintes (ou époque du grand ours et du mammouth);

2 L'époque des animaux contemporains émigrés (ou époque du renne);

3° L'époque des animaux contemporains asservis (ou époque de la pierre polie);

L'âge des métaux se divisera en deux périodes :

1° L'époque du bronze;

2 L'époque du fer.

Le tableau synoptique suivant mettra plus netlement sous les yeux du lecteur cette classification, qui a le mérite de permettre un exposé simple et clair des faits, très-disparates, qui composent l'histoire de l'homme primitif.

1° Époque des animaux d'espèces êteintes, où époque du grand ours et du mammouth;

2 Époque des animaux contemporains émigrés, ou époque du renne;

3° Époque des animaux contemporains asservis, Où époque de la pierre polie.

1° Époque du bronze;

ÂGE DFS MÉTAUX. « {2° Époque du fer.

ÉPOQUE DES ANIMAUX D'ESPÈCES ÉTEINTES ou

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