CHAPITRE If
Aimes. — Outils, instruments, ustensiles, poteries. — Les tombeaux de Hallstadt et du plateau de la Somma. — Les sépultures de Saint-Jean de Bellevi:le. — Les stations lacustres de la Suisse, — L'industrie et l'agriculture à l'époque du fer. — Sacrifices humains. — Type de l'homme à l'époque du fer, — Commencement des temps historiques,
Les plus précieux vestiges des coutumes de l'humanité, aux premiers temps de l'époque du fer. ont été fournis par le vaste cimetière découvert récemment en Autriche, à Hallstadt, près de Salzbourg. M. Ramsauer, directeur des salines de Safzbourg, a exploré, dans cette localité, près de mille tombes, et ilen a donné la description dans un ouvrage plein d'intérêt, dont une copie manuscrite, que nous avons consultée, existe au Musée archéologique de Saint-Germain.
Comme les tombeaux de Hallstadt appartiennent précisément aux premiers temps de l'époque du fer, ils forment pour nous la transition naturelle entre l'époque du bronze et celle du fer. En effet. sur un grand nombre d'objets renfermés dans ces tombeuux, tels que poignards, épées, ornements divers, le bronze et le fer sont unis. Une épée. par exemple, est formée d’une poignée de bronze et d'une lame de fer. C'est ce que montrent les tigures 255, 256, 257 et 258, dessinées d'après le manuscrit de l'ouvrage de M. Ramsauer, les Tombes de Hallstadt, et dans lesquelles on remarque cette alliance des deux métaux, dont l’un forme la poignée et l'autre la lame.
En parcourant rapidement les objels trouvés dans les tombes de Hallstadt, nous donnerons une idée exacte de l’époque du fer à ses débuts.
Et d'abord ce qui frappe, c'est un changement profond dans la manière dont se faisait alors l'ensevelissement des morts. Dans
l'âge de la pierre, les morts étaient placés dans de petites cryptes souterraines, c'est à-dire dans des tumuli, À la fin de l’époque du
Fig. 255. Épée des tombes de Hallstadt. Fig. 256. Épée des tombes de Hallstadt, (Poignée de bronze et teme de fer.) (Poignée de bronte et leme de fer.)
bronze el aux premiers temps de celle du fer, on commença à brüler les corps. Cette coutume dut grandir de siècle en siècle, et dans les temps historiques elle devint universelle chez beaucoup de péuples.
On voit, en effet, dans les tombes de Hallstadt, beaucoup de petits vases de terre contenant des cendres. Quelquefois c'est une partie du corps seulement qui a été brûlée, de telle sorte que l'on trouve dans ces tombes une portion du squelette, et près de ce squelette in:omylet les cendres des parties que le feu a consumées.
Les tombes de Hallstadt se partagent à peu près également entre cs deux modes d'inhumation. La moitié environ contient simple-
Fig. 257. Fig. 258.
Poisnard des 1umbes de Hailstadt, Autre polgnard des jombes de Hallstadt. (Manche de Lrouze et lame de fer.) (Manche de Lrouze et lame de fer.)
ment des cendres; dans l'autre moitié, les cadavres sont couchés, selon l'usage le plus géneral à l'époque du fer. Enfin, comme nous venons de le dire. quelques-uns renferment des squelettes partielement brülés. C'est tantôt la tête, tantôt le buste tout entier, tantôt les membres inférieurs, qui sont consumés. les cendres reposant à côté de la portion intacte du squelette. La fixure 260, dessinée &u Musée de Saint-Germain sur l'une des planches du manuscrit de M. Ramsauer. {es Tombes de Hallstadt, nous montre un squelette dont ue partie ‘la poitrine) a été brülée. Les cendres sont contenues dans les petis vases en terre qni se voient près du Corps.
G'est d'après la connaissance de cet usage de brüler les corps à l'époque du fer que nous représentons dans la composition qui accompagne cette page ‘fig. 259, les funérailles à l'éjoque du fer.
Fig. 259. Funerailles à l'epoque d: fe.
EPOQUE DU FER. à 425
Le cadavre est placé sur un bücher, et la porte en pierre du tumulus est enlevée pour recevoir l’urne funéraire. Les parents du
Fig. 550. Corps à demi brûlé, trouvé dans une des tombes de Hailstadt,
défunt accompagnent le cortége, couverts de leurs plus beaux vêtements, et parës des ornements de bronze et de fer alors en usage. On voit lun des assistants jeter dans les flammes du bücher quelques objets précieux, en l'honneur du défunt,
C'est dans les tombes de Hallstadt que l’on a recueilli le plus grand nombre d'objets, armes, instruments et outils, pouvant éclairer l'histoire del'époque du fer, Tous ces objets sont en bronze ou en fer, maisce dernier métal prédomine dans les armes. Épées, pointes de Jance, poignards, couteaux, haches à douille et à aile-
rons, tel est le bilan des instruments tranchants. Nous avons présenté dans les pages qui précèdent fig. 255, 256,237 et258: des épées et poignards dessinés d'après les moulages qui existent au Musée de Saint-Germain. Dans toutes ces armes, la poignée est en bronze, tandis que la lame est en fer. Beaucoup de ceinturons de guerriers sont formés de lames de bronze et sont décorés d'ornements repoussés au marteau.
Nous représentons encore un collier à breloques ‘fig. 261: d'une exécution remarquable. On voit que l'art est décidément hors de
Fig. Zi. Collier à breloques des tombes de Hallstadt.
page. Il prélude aux merveilles qu'il fera bientôt éclore sous les cieux de la Grèce.
Lrs bracelets que l'on a trouvés par centaines, les épingles à cheveux, lesfibules en bronze, sont travaillèsavec goût et souvent garnis de pendants très-élésants. Nous représentons dans les figures 262 et 263 deux bracelets, d'apres les dessins du manuscrit des Tombes de Hallstadr,
De nombreux grains de colliers en ambre, et quelques-uns en émail, voilà pour les objets de parure.
On a trouve dans les tombes de Hal stadl près de deux cents vases en bronze, dont quelques-uns atteignent jusqu'à 90 centi-
mètres de haut. Ces vases de bronze se composent de plusieurs pièces habilement rivées, mais non soudées. Les figures 254 et
Fig. 2, Bra:elet des lombes de Halistait.
# 265 sont la reproduction de deux beaux dessins du mème manuscrit.
On a trouvé dans les mêmes tomhes de Hallsladt de petits vases en verre, Les restes de poteries sont três-abondants et témoignent d'une
Fig. 263. Bracelet des tombes de 1lalistadt.
fabrication assez perfectionnée. Quelques bijoux d'or existent dans ces tombes. L'or était sans doute extrait des mines de la Transylvanie,
L'ivoire africain abonde dans ces tombeaux. C'est l'indicc die relations cominerciales très-lointaines. Ce produit élait apporte en Europe par les Pheniciens, ainsi que le verre. Les peuples de l'Europe centrale obtenaient l'ivoire de Tyr et de Kidon par voie d'échange.
Les ohjets d'ivoire recueillis à Hallstadt consistent en têtes d'épingles à cheveux et en pommeaux d'épée.
Les monnaies manquent absolument, car l'usage des monnaies n'était pas encore établi dans cette partie de l'Europe.
La population qui vivait autour des mines du Salzbourg actuel élait riche, car les inines de sel étaient pour elle une source de
Fig. 26%, Vase en bronze des tombes de 1ialistadt.
fortune, à une époque où les gisements du sel gemme de la Pologne, enfouis dans les profondeurs du sol, étaient encore inconnus ou inaccessibles. On s'explique de cette manière l'opulence générale de ces populations commerçantes, et par suite l'elégance
Fig. 265. Vase en bronze des tombes de Hallstadt.
et le goût des objets que l'on a trouvés dans les tombheaux de Hallstadt.
iräce à ces différents vestiges, il n'est pas difficile de reconstituer, comme nous avons essayé de le faire dans la figure 266, des guerriers à l'époque du fer. Les différentes pièces de l'ornement du cavalier, du guerrier à pied. ainsi que du cheval, son empruntées aux objets qui figurent au Musée de Saint-Germain, et qui proviennent des moulages exécutés à lallstadt. Le casque est dans un état parfait de conservation. Il ressemble à celui que porteront bientôt les soldats gaulois. Les plaques du harnachement du cheval
Fig. 166. Gueiriers à l'epoque du fer.
Croe es y Large
se trouveront également bientôt chez les Gauluis et chez les Romains.
Après les tombes de Hallstadt, il faut citer, comme ayant apporté un tribut utile à l'histoire des premiers temps de l'époque du fer, les tombes trouvées sur le plateau de la Somimu, en Lombardie.
On a découvert sur ce plateau des tombes romposées de pierres brutes et de forme rectangulaire. À l’intérieur existaient des vases contenant des cendres et qui sont d'une facture assez convenaine. D'une pâte fine et façonnés au tour, ils sont ornés de dessins variés et pourvus de cordons saillants. On voit mème sur quelquesuns des représentations d'animaux, widiquan! un progrès notable dans le domaine de l'art. La date historique de ces urnes nous est indiquée par des fibules agrafe de manteaux’, par des anneaux et des bracelets de fer, par des ceinturons mi-bronze et fer, et de petites chaînes en bronze. Les tombes de la Somma appartiennent donc à une époque de transition entre l'époque du bronze et celle du fer ; elles remontent environ au septième siecle avant Jésus-Christ.
Nous citerons, au mème titre, les sépultures de Saint-Jean de
Fig. 267269. Avaut-bras entrurés de bracelets, trouves dans les tombes | de Beïleville (Savoie).
Belleville, en Savoie. Là de nombreuses tombes du commen-
cement de l'époque du fer ont été explorées par MM. Borel et Costa de Beauregard. Ce dernier a donné, dans un ouvrage de luxe publié en Savoie, la description détaillée de toutes ces sépultures".
Plusieurs squelettes son étendus sur le dos, d'autres ont été brülés en partie seulement, comme nous l'avons signalé pour les tombes de Hallstadt. Divers objets, consistant surtout en bijoux et ornements, ont été recueillis dans ces tombes. Citons des fibules, des bracelets, des colliers en ambre et en verre émaillé, etc.
Nous représentons dans les figures 267 et 268 deux bras de squelettes entourés d'une quantité de bracelets, tels qu'ils ont été trouvés dans ces sépultures. 2
Les stations lacustres de la Suisse ont fourni leur tribut utile pour la reconstitution historique de l'époque du fer.
Il existe, en divers points des lacs de Bienne et de Neuchâtel, des pilotages qui renferment des ohjets en fer, associés à des débris des âges antérieurs; mais on ne peut citer en Suisse qu une seule station lacustre appartenant exclusivement aux premiers temps de l’époque du fer: c’est celle de la Tène, sur le lac de Neuchätel.
La plupart des objets recucillis dans cette station lacustre ont été retirés du limon, où ils se sont conservés d'une façon remarquable, à l'abri du contact de l'air. Il s’en faut de beaucoup qu'on en ait trouvé partout où se montrent des pieux, et si des recherches ultérieures produisent des résultats, on sera forcé d'accorder à l'établissement de la Tène une importance considérable, car on ÿ aperçoit des pilotis sur une étendue de 15 hectares.
Les restes de toutes sortes provenant de cette station sont évidemment d'origine gauloise. Il a été facile de s'en assurer eu comparant les armes qu'elle a fournies, avec celles ramassées dans les fossés d’Alise-Sainte-Reine, l'antique Alesia, où vint expirer l'indépendance de la Gaule dans sa lutte suprème contre César.
M de Rougemont a fait remarquer que ces armes répondent trés-exactement à la description que Diodore de Sicile nous a laissée de celles des Gaulois. La Suisse a donc été habitée, au premier
1. Les sépultures de Saint-Jean de Belleville, in-%°, ave: planches lithographiées.
âge du fer, par des tribus gauloises, c’est-à-dire par une race différente de celle qui occupait la contrée aux époques de la pierre et du bronze, et c'est cette nouvelle population qui importa en Suisse l'usage du fer.
Parmi les objets recueillis dans la palafitte de la Tène, les plus
Fig. 269. Épee en fer Fig. 270. Épée à lame damassce trouvie dans les lacs de la Suisse. trouvée dans les lacs de la Suisse.
noinbreux sont les armes, consistant en épées, fers de lance et javelots. La plupart ayant êté préservés de toute oxydation par le limon tourbeux qui les recouvrait, sont d'une conservation parfaite. ' Les épées sont toutes droites, d'une faible épaisseur {3 milli-
h34 AGE DES METAUX.
mètres au plus) et absolument plates. La lame a de 80 à 90 centimêtres de long, et se termine par une poignée d'environ 15 centimètres. Elles n'ont ni garde ni croisière. Beaucoup sont encore dans le fourreau, d'où plusieurs ont pu être retirées dans un état parfait et même coupant très-bien.
La figure 269 représente l’une des épées en fer des lacs de la Suisse dessinée dans le Mémoire de M. Desor.
Une autre épée que nous figurons en même temps présente, sur presque toute sa surface, une sorte de damassure (fig. 270), et les bords seuls sont entièrement lisses.
Un archéologue, M. de Retlÿe, a expliqué ce fait de la manière suivante. D'après lui, le corps &e la lame est en fer très-dur et peu souple, tandis que les tranchants sont faits de petites bandes de fer doux, soudées après coup et façonnées au marteau. Il résultait de ce mode de fabrication que le soldat pouvait lui-mème réparer son épée par le martelage, lorsqu'elle était ébréchée. C'était là une ressource précieuse à une époque où les armées ne traînaient à leur suite aucun approvisionnement, et où le bagage du guerrier se réduisait à peu près à ce qu'il portait sur lui. On a trouvé beaucoup de ces lames damassées dans les fossés d'Alise.
Les fourreaux, dont nous constatons l'existence pour la première fois ont une grande importance à cause des dessins qui les dé-
Fig. 271. Fourreau d'epée trouve dans ls lacs de la Suisse.
corent. La plupart de ces dessins sont gravés au burin, d'autres sont faits au repoussé. Tous ont une originalité, un caractère
propre, qui ne permet pas de les confondre avec les productions de l’art romain. L'un de ces fourreaux fig. 271) appartenant à la collection de M. Desor, et figuré dans son Mémoire, représente le cheval cornu, emblème des Gaulois, ce qui établit suffisamment l'origine gauloise des armes du lac de la Tène. On remarque audessous de cet emblème une espèce de granulation, qui a l'aspect de la peau de chagrin.
Ce fourreau se compose de deux feuilles très-minces de fer battu, appliquées l’une sur l’autre, excepté dans Le bas, où le joint est fait au moyen d'un cordon en fer habilement travaillé. A l’extrémité supérieure existe uñe plaque, portant d’un côté les dessins dont nous avons parlé, et de l’autre un anneau, pour suspendre Parme à la ceinture.
Les fers de lance sont très-remarquables par leurs formes
Fig. 272. Fer de lance Fig. 272. Fer de javelot trouvé trouvé dans la station tacustre dans les lacs de la Suisse. de la Tenc (luc de Neuchätel).
bizarres et leurs grandes dimensions. Ïls mesurent jusqu'à 40 centimètres de long sur 4 à 6 de large, et sont à deux tranchants, contournés de facons fort diverses. Is présentent des ailerons, des échancrures non symétriques. Quelques-uns sont même ajourés en forme de demi-lune (fig. 272}. La liallebarde du moyen
âge pourrait bien n'être qu'un perfectionnement ou une déviation de ces armes singulières.
On a retrouvé des morceaux de la hampe de hois qui s'adaptait dans ces pointes de lunce : elle était mince et garnie à son extrémité d’un revélement en fer.
Ce qui fait qu'on a vu là des fers de lance, el non de simples traits, ou des javelots destinés à être lancès au loin, et par conséquent perdus, c'est le soin avec lequel ils sont travaillés. Évidemment on ne se serait pas donné tant de peine pour confectionner une arme appelée à servir une fois seulement.
ll en est tout autrement des javelots qui ont été recueillis en assez grand nombre dans la station lacustre de la Tène. Ce sont de simples fers à douille (lig. 273), terminés en feuille de laurier et longs d'environ 10 à 12 centimètres.
Il résulie d'expériences faites par ordre de l'Empereur que ces jaelots ne pouvaient servir que comme arme de jet, et qu'ils étaient lancés, non à la main et par le seul secours d'une lampe ‘ce qui n'aurait pu se faire, vu leur trop faible poids, mais au moyen d'une corde, ou d'une lanière, que l'on désignait chez les Romaius sous le nor d'amentum. Ces expériences ont démontré qu'un trait, qui ne pourrait être lancé qu'à 20 métres seulement avec la müin, serait projeté à une distance qnadruple à l’aide de l'amentum. 1} existait probablement, chez les Gaulois, des corps militaires que l'on exerçait ä se servir de l'amentum, c'est-à-dire au maniement des javelots à laniére, et qui lançuient ce javelot comme d'autres lançaient des pierres au moyen de la fronde. Cette conclusion tirée par M. Desor nous semble très-juste,
Les javelots du type précédent sont fort communs dans les fossés d'Alise. On trouve, en outre, dans cette localité un grand nombre de flèches en fer, qui manquent totalement dans la station lacustre de la Têne.
Ce n'est pas seulement pour les usages de la guerre que ces javelots se trouvaient entre les mains de l'homme de l'époque du fer. La chasse s'exerçait au moyen gle ces mêmes armes de jet. L'arc et le javelot à lanière étaient les armes de chasse de cette époque. C'est ce que nous avons figuré dans la composition cjointe, qui représerte la chasse à l'époque du fer.
Après les armes viennent les outils. Mentionnons d'abord les
“sep np onboday e sise et “628 ‘Aid
RS
haches (fig. 275). Elles sont plus grandes, plus solides et à tranchant plus large que celles de l'époque du bronze. Plus d'ailerons, seulement une douille carrée, dans laquelle s’enchässe un manche en bois, probablement coude.
Fig. 276. Faucille.
Les faucilles (fig. 276) sonc egalement plus grandes, et à la fois plus simples, que celies âe l'époque du bronze; elles ne portent ni dessins ni ornements d'aucune sorte.
A côté des serpes ou faucilles,' il faut placer de véritables faux (fig. 277), avec virole d'emmanchement, dont la station lacustre
Fig. 277. Faux des s ations lacustres de la Suisse de la Tène a fourni deux exemplaires. Leur longueur est d'environ 35 centimètres, c’est-à-dire qu’elles sont d'un tiers plus petites que les faux actuelles des moissonneurs suisses. On tire
Fig. 278. Pointe de guffe en fer des bateliers de la Suisse de l'époque du fer.
de l'existence de ces faux une déduction importante : c’est que les hommes du commencement de l'époque du fer fai-
ÉPOQUE DU FER. . ul
saient des provisions de foin, et par conséquent élevaient des bestiaux. :
Les garnitures de fer qui terminaient les gaffes employées par les bateliers pour se diriger sur le lac sont assez communes à la Tène ; elles se terminent en pyramide quadrangulaire, ou en cône (fig. 278). I{ en est qui conservent encore l'extrémité de la perche en bois qui y était fixée au moyen d'un clou.
A la suite de ces objets, nous mentionnerons des mors et des fers de chevaux, les premiers construits d'une maniére très simple
Fig. 279, Mors de cheval leouvé dans le lac de Neuchätel
el tels qu'ils restèrent pendant longtemps. Ils se composent d’un chaînon en fer (fig. 279), qui se plaçait dans la bouche du chevat,
Fig. 230. Fibule, ou sgraf de fer, trouvee daus Le lac de Neucbälel
et se terminent à chaque bout par un anneau auquel s'attachaient
les rênes. Les fibules, ou agrafes de manteaux, attirent surtout l'attention
dans cette classe d'objets : les formes en sont très-élégantes et très-variées, leurs dimensions varient de 6 à 12 centimètres. Elles sont toutes formées (fig. 280) d’une épingle en communica-
Fig. 281. Boucle de ceinturon en fer, trouvee dans le lec de Neuchätel.
tion avec un ressort à boudin contourné de diverses façons. Toutes sont pourvues d'un étui pour loger l'extrémité de l’ardillon, et rendre toute piqüre impossible. Un grand nombre sont très-bien conservées, et pourraient être utilisées aujourd'hui.
Ces agrafes, que nous avons déjà signalées dans les tombeaux de Hallstadt, et dont les Étrusques et les Romains firent plus tard
Fig. 282. Pince de fer Fig. 283. Ciseaux à ressort en fer trouvée dans le lac de Neuchâtel. trouvée dans le lac de Neuchâtel.
usage, tendent à prouver que, comme ces peuples, les Helvétiens et les Germains portaient la toge ou le manteau. Ces fibules ont
un caractère particulier, et il est impossible de les contondre avec les fibules romaines. Elles sont d’ailleurs semblables de tous points à celles que l'on trouve à Alise.
On a trouvé avec les fibules, dans les lacs de la Suisse, beaucoup d'anneaux (fig. 281) dont l’emploi est encore problématique. Les uns sont unis, les autres ciselés de différentes manières. On pense que certains ont dù servir de boucles pour les ceinturons des soldats, mais il en est qui ne se prètent pas à cette explication. On ne peut non plus y voir des bracelets. car la plupart sont trop petits pour un pareil usage. Quelques-uns portent de nombreuses entailles régulièrement espacées sur tout leur pourtour, d'où la supposition que c'étaient peut-être des monnaies.
La station lacustre de la Tène {lac de Neuchätel) a également fourni des pinces itig. 282), qui servaient sans doute à épiler et dont la facture est parfaite, une paire de ciseaux à ressort ‘fig. 283), les deux branches étant d'un seul morceau, et quelques lames minces (fig. 284) qui ont dù ètre des rasoirs.
Fig. 284. Rasolr.
Les poteries se rapportant à cette date n'accusent pas un progrès réel sur celles de l'époque du bronze : la pâte en est encore mal cuite et de couleur noirätre. Il est vrai qu’à côté de ces débris on a rumassé quantité de fragments de vases, et mème des vases entiers, façonnés à l’aide du tour et cuits au four, offrant, par conséquent, la coloration rouge des poteries modernes. Mais les archéologues pensent que ces poteries ne remontent pas plus haut que l'époque romaine, opinion que semblerait confirmer la présence, au milieu des pilotis de la Tène, d'une masse de tuiles d'origine évidemment romaine. La conclusion à tirer de là, c'est que plusieurs pilotages des lacs helvétiques ont continué d'être utilisés sous la domination romaine.
Ce qui caractérise l'époque du fer, c'est, avons-nous dit, l’apparition des monnaies. M. Desor a retiré, en 1864, du lac de la
kak AGE DES MÉTAUX.
Tène, cinq pièces de monnaie incontestahlement gauloises. Elles sont en brouze et portent d'un côté le cheval cornu, de l'autre un profil humain Nous avons représenté plus haut (page 380, fig. 418, le curieux échantillon de monnaie des stations lacustres trouvé par M. Desor dans le lac de Neuchâtel. Les bavures qui persistent de chaque côté montrent qu'on les coulait par séries dans des moules. et qu'après la fonte on les détachait l'une de l'autre avec la lime.
Des monnaies toutes semblables ont été découvertes, avonsnous dit également, à la Ticfenau, prés de Berne, avec d'autres à l'eftigie de Diane et d'Apollon et porlant l'empreinte de Marseille. Ces dernières, ne pouvant ètre antérieures au sixième siècle avant notre ère, datent de lu fondation de Marseille; il y a des probabilités pour que celles qui les accompagnent soient à peu près de la même époque.
Tels sont les débris d'instruments, d'outils, d'armes, etc., confectionnés en fer, recueillis dans la station lacustre de la Tène, c'est-à-dire dans le lac de Neuchâtel. Nous ajouterons que près de Berne, dans un lieu que l’on désigne sous le nom de champ de bataille de la Tirfenau, parce qu’il semble avoir été le théätre d'une grande lutte entre les Helvéliens et les Gaulois, on à ramassé une centaine d'épées et de fers de lances, semblables à ceux de la Têène, des fragments de cottes de mailles, des anneaux, des fibules, des cercles de roues de chariots, des mors de chevaux, et enfin des monnaies gauloises et marseillaises eu argent, en bronze et en étain. Ce champ de kalaille parait donc contemporain de la station de la Teène.
Outre ces deux sources précieuses de renseignements, — la Tène et la Ticfenau, — la Suisse possède, comme archives bonnes à consulter relativement à l'époque du fer, les tumuli et les simples tombeaux. 11 faut seulement remarquer à ce propos qu'il est souvent difficile de les rattacher en toute sécurité à la même époque que les deûx emplacements précédents, et qu'une grande réserve est recommandée en ce qui concerne une telle identification. :
En résumé, l’époque du fer, considérée même dans ses premiers temps, les seuls que nous ayons à envisager ici, est la date de la véritable civilisation chez les peuples européens.
L'industrie s'exerçant au moyen des matières premiéres, telles
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que le fer et les produits textiles, fournissait tout ce que réclament les usages de la vie. Le commerce était déjà florissant, car il ne s'exerçait plus par la seule voie des éclianges. Les monnaies, signe conventionnel des richesses, étaient employées dès cette époque, et devaient singulièrement favoriser le tralic. Quant à l'agriculture, elle était aussi avancée qu'elle nonvait l'être à cette aurore de la civilisation. Les débris de céréales trouvés dans les stations lacustres de la Suisse, joints anx instruments de fer pour le travail de la terre, tels que les faux et les fancilles, que nous avous représentées plus haut {fig. 276 et.277), nous disent suffisamment que l’agriculture constituait alors la richesse principale des peuples. Le cheval, l'âne, le chien, le bœuf, le porc étaient depuis longtemps consacrés à servir d'auxiliaires à l’homme pour les travaux des champs, ou à accroître les ressources de son alimentation. Les arbres à fruit étaient cultivés en grand nombre.
Nous ne connaissons, à la vérité, aucus des instruments de fer ou de bronze qui pouvaient servir à la culture de la terre chez les peuples de l'époque du fer. On n'a recueilli que des faucilles, en fait d'instruments agricoles, Mais ces instruments, joints à la quantité considérable de restes osseux de bétail, que l'on trouve dans les stations lacustres et palustres, prouvent que l’art de travailler la terre et d'extraire de son sein, fécondé par des pratiques que l'expérience avait consacrées, était en pleine vigueur chez les hommes de la période qui précède immédiatement les temps historiques.
C'est à représenter matériellement l'état de l'agriculture à l'époque du fer qu'est consacrée la figure 285, On y voit la moisson des céréales exécutée à l'aide des faucilles trouvées dans les stations lacustres de la Suisse. Un homme bat, avec un simple bâton, les gerbes, pour en extraire les grains. Ces grains sont ensuite broyës dans un moulin cireulaire à manche horizontal. Ce moulin, composé de deux disques superposés et roulant l'un sur l'autre. avait remplacé le grossier moulin primilif, et il fut plus tard le moulin des Romains, le pistrinum, à la manœuvre duquel on condamnait les esclaves.
Des indices non équivoques ont permis de constater que les sacrifices humains étaient pratiqués chez les Ilelvétiens. On sait d’ailleurs, par les récits des anciens historiens, que celte coutume barbare existait chez les Gaulois et chez les peuples du nord de
k48 AGE DES MÉTAUX.
l'Europe. Dans un tumulus situé près de Lausanne, qui contenait quatre urnes funéraires, on trouva en même temps quatre squelettes de jeunes femmes. Leurs ossements brisés n'attestaient que trop le supplice qui avait terminé leur existence. Les débris de leurs parures gisaient çà et là, et tout porte à croire qu’elles avaient été écrasées sous la masse de pierres qui constitue le tumulus, victimes d'une cruelle superstition. Non loin de là, un autre tumulus contenait douze squelettes dans des poses désordonnées. 11 est probable que ces restes proviennent d'individus qui furent immolés ensemble sur l'autel d'une divinité implacable.
Quel était le type de la race humaine à l'époque du fer? Évidemment celui d'aujourd'hui. Les crânes et les troncs de squelettes trouvés dans les tombeaux de cette époque indiquent une race identique à celle de nos jours.
Nous ne pousserons pas plus loin cette étude de l'humanité primitive. Nous sommes arrivés à une époque suffisamment éclairée par la tradition et les documents historiques. La tâche de naturaliste finit où commence celle de l'historien. (