‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 102 sur 105 · ZEB · texte numérisé non relu

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le fût. Je ne crois pas à rinsociabilitë absolue, même chez les bêles ; toutes ont paru insociables avant d'être apprivoisées, et je suis convaincu que pendant bien des siècles, les bœufs, les chevaux, les âues et peut-être les moutons eux-mêmes ont été réputés indomptables.

Lorsque Bonaparte commandait en Egypte, il reçut en présent un très-beau zèbre. Désirant le conserver, il le fit embarquer pour TËurope , en compagnie d'un maréchaldes-logis de chasseurs qu'il chargea d'en prendre soin et de le conduire à la Malmaison où résidait alors Joséphine.

Le maréchal-des-Iogis obéit, et quoiqu'il ne se fit pas faute d'appeler son pupille bourrique, et que celui-ci, assez mal élevé, lui eut, quand il lui faisait sa toilette, allongé plus d'un coup de pied ou de dent, ils arrivèrent tous les deux en bonne santé à Paris, d'où, selon sa consigne, mon sous-ofljcier le conduisit à la Malmaison.

Cependant, soit que par suite de la mauvaise conduite de son élève et de son dégoût pour Tétrille , il l'eut trouvé indigne de sa société, soit qu'il fut naturellement orgueilleux , il avait sa mission sur le cœur. Aussi , en le présentant à la femme de son général , il lui dit : « Madame, voilà la bête, elle n'a manqué de rien; elle a été bien pansée, bien bouchonnée, comme vous voyez; mais je vous dirai , sous votre respect , qu'un sousofficier de chasseurs n'est pas fait pour conduire un âne. » '

 son retour d'Egypte, Napoléon s'informa du zèbre, et Joséphine lui raconta la colère de son conducteur. Cet orgueil de Tuniforme et cette dignité de soldat ne déplurent pas au général, et comme à cette époque on exigeait moins de science que de bravoure , il le fit officier.

Dès ce moment , mon homme perdit toute rancune contre son compagnon de route; il conçut même pour

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lui une sorte de considération , et lorsqu'il en parlait , il ne le nommait plus que l'âne triœlore.

ZÈLE. Le zèle a-t-il fait plus de bien que de mal? C'est une question qui n'est pas aussi facile à résoudre qu'on le pourrait croire. Sans doute on ne fait pas ^convenablement son métier , on ne remplit bien aucune mission , si l'on n'y apporte pas de zèle ; mais aussi combien l'exagération de ce zèle n'a>t-elle pas amené de malheurs et fait couler de sang! Les inquisiteurs d'Espagne et des Indes, les égorgeurs de la St.-Barthéléoiy, les bourreaux des Cévennes et les trois quarts de nos conventionnels n'étaient que des gens zélés ; ils voulaient faire mieux que ceux qui faisaient bien. C'était bien alors d'avoir fait tomber cent têles ; c'était mieux d'en faire tomber deux cents. Le zélé en faisait donc tomber deux cents ; un plus zélé, trois cents ; et de zèle en zèle, du bien au mieux , puis de mieux en mieux , on arrivait aux noyades, aux mitraillades, aux torrens de sang.

Combien de batailles n'ont>elles pas été perdues par le zèle intempestif de quelques*uns , ou pour avoir , comme dit le soldat , fait feu avant le commandement? Oui, à la guerre, l'homme trop ardent est plus à craindre pour son parti que celui qui ne 'l'est pas assez.

Il en est de même dans les affaires, dans les révolutions, dans les conspirations. Là aussi, les plus dangereux pour leurs amis sont ceux qui veulent arriver an but d'un seul bond, ou le dépasser quand ils y sont.

Si des obstacles ou des dangers se présentent, qui est-ce qui, le premier, lâchera pied? Qui est-ce qui révélera le complot et livrera ses complices? C'est encore le plus Eélé, parce qu'un zèle exagéré ne se soutient pas; c'est un accès de fièvre chaude qui s'en va comme il est

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venu , ou s'il laisse quelque chose , c'est cette même exage'ralion de zèle qui, de pour, est devenue contre.

Est-ce à dire qu'il faille de'cou rager le zèle? Non, car le zèle est un moyen de bien faire , le zèle est une' vertu ou au moins une qualité. Mais il faut lui donner une bonne direction, et en le mode'rant s'il va trop loin, faire en sorte qu'il ne s'use pas trop vite.

ZERO. On a dit de lui :

Je brille au second rang et m'éclipse au premier.

Et puis on en a fait une injure : « C'est un ze'ro, dirat-on. » Mais un zéro n'est tel que parce qu'il est mal posé; mis à sa place, il aura dix fois, cent fois, mille fois la valeur de l'unité.

Ne peut-il en être de même de ces individus que vous nommez zéro? Supposez que Napoléon fut né cinquante ans plus tôt et que , comme cadet de famille , on Teut mis au séminaire à Marseille, à Àix ou ailleurs, il serait devenu curé de Bastia ou peut-être évêque d'Ajaccio ; partant, zéro pour l'histoire.

Ainsi en serait de tous les grands hommes : les circonstances les ont faits grands au moins autant que leur mérite. Placés un peu plus haut ou un peu plus bas , un peu plus à droite ou un peu plus à gauche , de même que le zéro , ils seraient restés au-dessous de runilé.

ZIBELINE. Petit quadrupède qui, pour son malheur, a une belle fourrure. Si la zibeline était pelée ou à soie de porc , comme elle n'est pas bonne à manger , il est à croire qu'on la laisserait en paix.

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Il n*cn est pas ainsi, et on lui fait une chasse si persévérante dans les forêts du nord qu'elle habite , qa^ii est facile de prévoir Tépoque où , comme le phénix et *la licorne , elle sera rangée parmi les animaux problématiques.

En attendant, on fait un grand commerce de sa peau qui est si estimée dç nos élégantes, qu'on en a tu, en échange, donner la leur.

En Russie, les hommes en portent, et le czar en £ait des présens aux souverains.

Le sultan en donne aussi à ses ministres et à ceux qu'il fait pachas , gouverneurs ou premiers eunuques ; c'est une sorte d'investiture de l'emploi.

On cite des pelisses de zibeline valant plusieurs milliers de roubles ; valeur fragile , car oublié quelque jour dans une armoire, le riche vêtement devient le déjeuner d'une larve qui se fait un fourreau de ses débris.

La mode des fourrures, qui est encore chez nos femmes dans toute sa vigueur, a peu duré chez les hommes, en raison du prix qu'elles. coûtent et de l'entretien qu'elles exigent. Ajoutons qu'elles ne sont , chez nous , qu'an objet de luxe et de fantaisie ; tan*dis que dans le nord, elles y deviennent presqu'une nécessité. Aussi tout le monde en porte, et l'on y reconnaît la qualité de l'homme à celle de la bête dont il a sur le dos la dépouille. Il y en a à tout prix.

Après la feuille de vigne , qui n'était guère de mise qu'en été , les fourrures f^lren^ le costume des premiers hommes, et beaucoup de peuplades n>n ont pas d'autres. Ainsi le rafOnement du luxe et les besoins de la barbarie se rencontrent et se touchent.

ZIGZAG. C'est la marche ordinaire de bieii des gem

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