‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 104 sur 105 · ZIZ · texte numérisé non relu

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que Ton fait pour quVlle n'y vienne pas. Il faut en vérité, après tant d'avanies, quMle soit bien convaincue de son droit pour y tenir.

Il en est de même des ronces; il y en a eu dès le commencent du monde, et bien que depuis cette époque tant de gens s'en soient plaints , il y en a encore et il y en aura toujours.

Pourquoi donc les mauvaises bcrbes, ou ce que nous nommons ainsi , viennent-elles mieux que les bonnes et n'ont-elles besoin, pour cela, ni de labours ni d'engrais? Pourquoi se passent-elles si facilement de jardinier? Elles font mieux que de s'en passer , elles luttent avec lui corps à corps , elles le sifflent , elles le narguent , elles le huent , et tandis qu'il les arrache devant , elles repoussent derrière ; bref , elles lui pousseraient sur la tête s'il ôtait son chapeau.

Maintenant , je demanderai : quand nous n^avons pu nous débarrasser des mauvaises herbes en les arrachant, ne pourrait-on pas y parvenir en les plantant, en les cultivant, et de mauvaises qu'elles sont, les faire, par de bons procédés, devenir bonnes? Est-ce nous qui ne le pouvons pds , ou bien elles qui ne le veulent pas? Cependant, puisqu'elles repoussent avec cette persistance, il faut qu'elles aient pour cela un motif, une raison, et une raison ne peut, surtout dans une plante innocente, être le dessein de nuire.

Je ne vois donc pas ce qui nous empêcherait de faire quelques expériences sur la zizanie, le chardon, l'ortie et cent autres productions que nous avons déclarées inutiles ou malfaisantes sans les connaître ou sans en avoir étudié le caractère et les qualités. Qui sait si le blé n'a pas, lui aussi, été réputé mauvaise herbe et s*il ne l'est pas encore chez bien des gens? Allez donc .dire à un écolier au pain sec que le blé est le premier des végé-

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taux, il vous jettera sa croûte an nez en vous disant; que le blé est la dernière des me'chantes plantes.

La pomme de terre que vous aimez tant , la pommé de terre qui figure si honorablement sur la table du nabad et du lord de France et d'Angleterre, nV'tait-elle pas, il y a à peine un siècle, traitée de narcotique, de racine grossière et indigeste? NVlait-elle pas, enfin, discréditée au point qu'on osait à peine l'offrir aux cochons, crainte d'en recevoir un affront?

Vous le voyez : il n'y a de mauvaises herbes que celles que vous qualifiez ainsi par suite de votre ignorance , ou que vous rendez mauvaises par vos persécutions. Allez donc traiter le froment comme vous traitez l'ivraie , et vous verrez la bonne farine qu'il vous donnera. Étesvous déjà si riches en végétaux utiles , et parce que vous en comptez , sur vos marchés , une vingtaine de mangeables , est-ce à dire qu'il n'y en a pas d'autres ? Ces mille et mille espèces que vous repoussez n'auraient donc été créées , comme la zizanie , que pour enchevêtrer votre blé et votre orge ou étouffer vos choux et vos laitues ! Ce serait l'absurdité même. Aussi , vous le rëpètorai-je en toute conviction: non, mille fois non, il n'en est pas ainsi, et ces milliers d'herbes inutiles selon vous, ne le sont que là où vous ne savez pas les utiliser.

Ce que le Créateur a mis partout à notre portée, ce qu'il y remet sans cesse, bien que sans cesse aussi nous en détournions la tête, doit être bon à quelque chose, peut-être bon à tout, et la panacée universelle peut se cacher dans cette botte de joncs que vous repoussez du pied. Oui, j*ai la conscience qu'elle y est, il ne s'agit que de l'y trouver; mais pour cela, il faut qu'on la cherche.

Courage donc laboureurs, jardiniers légumiers, botanistes, herboristes et fleuristes, un vaste champ est encore ouvert devant vous : celui de la nature.

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ZOÏLE. C'est le père de la critiqae , du pamplet et de la satire ; on lui eu veut beaucoup , et Ton a tort On a tué plus d'hommes par des complimens que par des épigrammes. Il ne fallait donc pas faire une injure du nom de zoile et appeler maudits ses successeurs.

Un critique éclairé et honnête mériterait une place au ciel, bien mieux que certain badigconneur , faiseur d'éloges et d'é pitres au porteur.

Malheureusement, le savoir et la probité sont rares dans les zoîles de nos jours : la critique est devenue un commerce et sa plume une marchandise.

&""*. ET COETERA. C'est le dernier mot des connaissances humaines. Oui , nous savons tout jusqu'à Yet cœtera ; et ce qui est aujourd'hui pour nous le ticc flus ultra de la science, n'en sera que l'A B C pour nos descendans. Sur cette terre il n'y a pas, pour l'homme, un seul calcul, un seul plan , un seul résultat qui soit défmitif : notre monde est teiui des jalons ; c'est le pays des germes. La grande croissance , les vastes développemens , les sublimes chofs-d'œuvres sont ailleurs ; et pour nous, la mort comme la naissance n'est qu'un pas de plus vers ïet cœtera.

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