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cOté : un million de récompense à celui qui montrera tm cheveu que la dite eau ait jamais fait pousser.
Il n'en est pas moins vrai que le principal débitant de cette drogue dépense, par année, trente mille francs en affiches et en annonces , et pour cela , il faut bien qu'il en gagne au moins le double. Or, le flacon de son eau se vend deux francs , et il est , à Paris , quinze à Tingt industriels bien connus qui font le même commerce , sinon arec un succès égal , du moins d'une manière très-prospère. Jugez, maintenant, combien il y a, en France, de chauves et d'imbéciles.
La province n'est pas moins riche que Paris en chimistes régénérateurs, et les topiques qui font pousser les cheveux et qui préviennent la chute des dents sont innombrables, ce qui n'empêche pas qu'il n'y ait encore beaucoup de gens pelés et édentés.
L'expérience suivante, dont je garantis l'authenticité, vous fera juger de l'efficacité de ces eaux miraculeuses : M. M*** avait acheté àr la fois , chez l'un des plus célèbres inventeurs, du baume contre la carie et de l'eau contre la calvitie. Il vantait beaucoup l'usage de l'un et de l'autre; il n'avait plus de mal aux mâchoires, et son front se couvrait de cheveux nouveaux. Cela durait depuis nn an. Les deux flacons étaient presqu'à sec , lorsque regardant l'étiquette , il s'aperçoit qu'il avait constamment employé Peau des cheveux à se rincer la bouche et le baume des dents a s'oindre le crâne. Ceci avait réussi au mieux; mais il l'avait échappé belle, car si les topiques eussent eu plus d'efScacité, le malheureux aurait eu des dents sur le front et des cheveux aux mâdioires.
Voici ce qn'un vrai chimiste désintéressé dans la question aurait pu lui dire : « Mon bon ami , quand tous les pemiqmers du monde se réuniraient en conseil »
quand ils vous graisseraient le chef de toutes les pommades qui existent sur la terre, quand ils l'inonderaient de toutes les huiles qui y coulent; quand, à leur suite. Tiendraient tous les dentistes chirurgiens ou non , docteurs ou opérateurs, avec toutes leurs eaux, tous leurs baumes, toutes leurs brosses, pinces et limes, ils ne vous feraient venir ni un seul cheveu ni une seule dent là où il n'en doit pas venir. S'il en vient, c'est que le germe ou la racine y est, et ce n'est ni Teau ni la pommade qui les y ont mis. »
Si c'est là une chose certaine, s'il ne peut y avoir de remède autre qu'une perruque ou ses dérivés , pour mettre des cheveux là où il n'y en a pas, et qu'un xatelier d'émail ou d'ivoire pour remeubler une bouche dégarnie, pourquoi permet-on à tant de charlatans de tromper impudemment le public?
De ce charlatanisme éhonté , je ne citerai qu'un exemple :
Dans un rapport officiel de médecine légale , M. Dupuytren donna l'analyse chimique d'une teinture pour les cheveux et la signala comme inefficace et même dangereuse.
Peu de mois après, le même journal, le même charlatan répétaient : « cette célèbre teinture si vantée par l'illustre Dupuytren, etc. •
Voyez : Annonces, charlatans, etc.
PORTRAIT: UNE FEMME. C'est un amant qui parle; laissons-le dire:
Que cette femme est belle et séduisante! mais qu'elle me rend malheureux! Combien je voudrais ne l'avoir jamais vue. Par elle je deviens insensé.
J'en avais le pressentiment. Trois fois j'avais refusé
de lui être présenté. Je n'allais pas à ses fêtes; sans la connaître je la fuyais, je ne voulais pas être sa conquête, car être sa conquête c'est être sa victime, mais elle avait dit que je serais et sa conquête et sa victime : il a fallu que cela fût. Pourquoi Ta-t-elle voulu? J'étais le seul homme qui semblait la dédaigner.
Ce qu'elle veut est ou sera. Qui en doute se trompe. Elle a un ascendant invincible sur tout ce qui l'approche.
Quelle énergie dans ce regard si doux! Quelle force dans ce bras si rond, si féminin! Voyez cette poitrine ouverte, ces épaules larges et pourtant si gracieuses, et ce cou si admirablement attaché sur sa base de marbre : c'est la femme dans toute sa puissance physique et morale , la femme de vingt ans , belle de jeunesse et d'avenir, mais la femme qui joue avec un cœur comme le tigre avec sa proie, la femme qui, maîtresse d'ellemême, semble se plaire aux douleurs qu'elle cause.
La mort et la volupté sont pour elle choses inséparables. De l'amour écartez le danger, le danger présent et terrible, offrez-lui cet amour avec le calme du cœur, cet amour sans angoisses, sans remords, elle le repoussera; son cœur restera vide. Elle n'aimera plus, parce qu'aimer ne sera plus une chance de mort.
L'autre jour, savez- vous bien ce qu'elle fit? Ah! je ne puis.... je ne dois pas le dire. Sa vie, la mienne, plus encore, le bonheur, Thonneur d'autrui étaient en jeu; oui, nous jouions tout, et quand tout ne tenait qu'à un fil, quand chaque minute pouvait amener une scène de sang , elle était heureuse , dans chaque minute elle vivait un siècle ; oui , alors elle aimait , elle était ivre de joie , d'orgueil. Ainsi est faite cette femme.
Ne croyez pas qu'elle vous poussera à un danger qu'elle ne partagera pas; elle a empêché un duel, un duel à mort Y elle ne l'eût certainement pas fait si elle
eût pu y servir de second : si elle eût risqué d*être tuée avec son amant, elle eût fait tuer son amant.
Elle était immobile d'effroi quand elle le voyait, elle à pied, lancer son «cheval à travers les précipices; mais elle , à cheval , près de lui , au bord de ces mêmes précipices, suspendue sur ce même abîme, où la moindre distraction , où le plus petit écart était la mort , là » de gaîté de cœur, provoquant le péril, elle s'y jetait pour l'y jeter avec elle, oui, elle le faisait sans sourciller. L'en empêcher, c'était impossible! Hésiter, c'était se livrer à son mépris , à ses sarcasmes : le courage de les braver, je ne l'avais pas.
Un jour , pourtant , tremblant pour elle , je balançai , j'arrêtai mon cheval comme si lui-même eût tremblé. Que fit-elle? Elle le frappa. Si j'eusse tardé, elle m'eût frappé moi-même. Oui , elle l'eût fait ou elle se serait élancée seule, et son regard alors, son regard méprisant, ce regard mille fois plus poignant que la mort, voilà ce qu'elle m'eût laissé pour adieu.
Ce regard , c'est l'insulte même, l'insulte qui voudrait du sang si ce n'était celui d'une femme.
Point de milieu avec celle-ci : dès qu'on cesse de Tadorer, on l'exècre. Oui, dès qu'on est calme, dès qu'on ne tremble plus pour elle ou par elle , on la hait.
Cet affront , elle me l'a fait. Un jour , elle osa ce que je n'osais pas ou plutôt ce que je rougissais dfc tenter, car c'était une insigne folie, un acte de témérité stupide. Elle partit en me jetant son infernal regard.
Alors, il fallut la suivre. La voir ainsi devant soi , et devant elle la mort , la mort hideuse , la mort qui ne laisse qu'un cadavre informe et déchiré! La suivre et ne pouvoir fermer les yeux en la suivant ! Ah ! mes cheveux s'en dressaient d'épouvante et ma main convulsive ne sentait plus les rênes; je ne sentais même plus le cheval
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qui me portait, il semblait qu'un torrent m'entraînait: (fêtait un affreux cauchemar. Mes traits contractés devaient être ceux d'un réprouvé , car elle me dit : « Je vous aime ainsi. »
Quant à elle ; rose et souriante , elle se plaignait que le vent la décoiffait.
Pourquoi donc, dans le danger, ne craint-elle rien? Ce danger, est-ce qu'elle ne le voit pas ; ou bien n'existet-il pas pour elle?
Se tuera-t-elle ainsi? Peut-elle se tuer? Oh! je crois que non. Cette femme a une main d'acier ; elle arrête la mort à volonté.
Un jour , dans un salon , jouant avec d'autres jeunes filles , on parlait de sa force ; il lui fallait un poids pour ressayer. Ce fut moi , comme le plus grand ou le plus fort, qu'elle choisit. Sans me prévenir, elle s'approche de moi , peut-être parce qu'en ce moment je
ne m'occupais pas d'elle ; puis Mais je n'aime pas
à raconter cette histoire. Que vous dirai-je? pour mon- U^r sa vigueur , elle me blessa ; le sang jaillit. Ainsi joue la lionne. 11 est vrai que si j'étais mort , elle se fftt tuée ensuite.
Et dans ce canot oh je l'avais conduite , lorsqu'au large, surpris par la bourrasque, il y avait un danger réel , quand les autres femmes sanglottaient et priaient Dieu, que faisait-elle ? Elle regardait, elle rêvait ; pas un mot, pas une plainte, pas une prière. Est-ce la peur qui la rendait muette? Non; elle bâillait. Mais ses nerfs ébranla amenaient ce spasme? Non encore; elle s'endormit.
Je pourrais citer vingt traits pareils. Est-ce bien une femme , une femme de ce monde ? Oui , mais c'est la femme reine, la femme démon.
Voyez-la danser: sa danse décente et modeste est celle
d'une personne noble et bien élevée, et pourtant il y a là quelque chose de la Glle de Sparte, de la jeune fille qui lutte ; elle semble danser comme tout le monde , et cette danse vous rend fou.
11 n'y a pas plus de mauvais valseur pour elle qu'il n'y a de mauvais cheval. Elle maîtrise l'un comme l'autre, et lance son cavalier comme son coursier: quel qu'il soit, il faut qu'il aille, et il ne s'arrête plus.
Mais prends garde à toi, danseur novice; ne t'enivre pas dans ce tourbillon. Parce qu'elle .t'entraîne, tu crois la conduire: ohl qu'elle saura bien te détromper. Prends garde à toi, te dis-je, le précipice n'est pas loin.
Oui , celte femme vous ensorcelé. Elle fascine vos yeux , votre esprit , elle paralyse votre volonté. Vous n'êtes qu'un instrument dans la sienne, qu'une machine qu'elle tient dans ses doigts , qu'elle froisse , qu'elle écrase, qu'elle brise à son caprice.
Cet ascendant, elle l'exerce même sur son sexe. Les femmes la haûîssent, et toutes sont à ses pieds. Partout où elle paraît, elle règne; partout où elle parle, on écoute, on obéit.
A-t-elle une conscience , une opinion , une couleur ? — J'en doute. — Mais demeurerait- elle oisive devant une émeute, une sédition, une révolution ? — J'en doute plus encore ; elle s'y jetterait à corps perdu. — Pour qui ? pour quoi ? pour quel drapeau ? — Qui peut le dire , et que lui importe! C'est une mêlée, c'est un péril à braver; il y a des blessures à faire, à recevoir. Là est sa place, à elle; là est sa volupté. Si vous saviez ce qifelle a voulu!! 0 démon! qu'as-tu voulu ce jour où tu me serrais la main pour la première fois? qu'as- tu voulu? Dis-le, si tu l'oses.
Malheureux qui t'aime, mais plus malheureux mille fois celui que tu aimes ou que tu crois aimer, car as-tu
jamais aimé autre chose que le mal? Oui, tu aimes le mal, non pour le faire, mais pour lui sourire, pour raffronter, pour dire: le Toilà et je m'en moque!
Oui, ce que les autres femmes fuient, elle le cherche; ce qu'elles font pour écarter un péril, elle le fait pour le foire naître, pour le rapprocher d'elle, pour le rendre plus pressant, plus inévitable. Dix fois par jour, je vous l'ai dit, elle se mettra entre la vie et la mort , et pis encore : en face de la misère , en face de l'opprobre. El elle est jeune , elle est belle , elle est riche , elle est honorée , elle est heureuse , et elle tient à toutes ces choses? Pourquoi donc les met-elle en doute? Pourquoi les jette-t-elle au vent?
Est-ce la passion du joueur effréné qui dépose sa vie, son honneur sur une carte? Non , car ce joueur met cet enjeu contre de l'or. Elle , c'est contre rien. C'est une émotion qu'elle veut.
Mais la vie, mais la fortune, mais le bonheur d'autrui, pourquoi l'y joue-t-elle avec le sien? C'est que ce bonheur est plus que le sien. Jouerait-elle celui d'un être indifférent, d'un ennemi? Se suspendrait-elle sur l'abîme pour l'y suspendre? Oh! non; elle joue votre tête , elle joue son amant, parce que son amant est ce qu'elle a de plus précieux ; c'est parce qu'elle l'aime plus qu'ellemême. Oui , c'est parce qu'elle donnerait mille fois sa vie pour lui , que mille fois elle le ferait mourir. Et TOUS ne croyez pas que cette femme est le démon !
POSSEDER, n n'est pas ici question du diable ni de celui qui en est possédé ; nous ne voulons parler que de Fétat de propriétaire , état tant envié et qui n'est pourtant pas toujours enviable.
« Du bien , c'est du mal , » disait M. de A***, l'un