‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 18 sur 105 · POS · texte numérisé non relu

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de nos riches propriétaires terriers. En effet, il est tel marquis de Carabas qui, pendant tonte sa vie, sue sang et eau pour l'administration de ses biens , et qui finit par mourir à la peine, tandis qu'il eut vécu heureux s'il n'eut eu qu'une fortune médiocre.

Non , posséder n'est pas chose apssi simple , aussi facile, ni surtout aussi douce qu'on le pense. IXëpenser n'en est pas même toujours une.

11 est des gens fort à l'aise, et j'en connais, qui n'aiment pas la dépense, non par l'envie d'épargner, mais par l'embarras qu'elle donne et par les soins qu'il faut prendre pour se procurer un plaisir. La crainte de changer de place ou d'habitude est plus forte, chez eux, que la ten* tation de ce plaisir. Ces gens-là sont plus paresseux qu'avares: ce n'est pas la dépense qu'ils fuient, c'est le mouvement , c'est la nouveauté , car il y a des caraotères qui craignent le nouveau comme d'autres redoutent ce qui ne l'est pas. Bêtes d'habitude, ils veulent manger du foin par la seule raison qu'ils en ont toujours mangé.

Ces gens amassent de l'or, faute de savoir l'employer. Ils ne savent même pas faire l'aumône , car c'est une peine encore que de donner.:. ne faut-il pas connaître à qui l'on donne? Ils aiment mieux qu'on les vole, parce que de ceci l'on n'a pas besoin de se mêler.

Mais cette satisfaction , on la leur refuse : ils ont le malheur d'être entourés d'honnêtes gens; et c'est ainsi que l'or s'entasse dans leurs coffres, comme les balayures devant la porte de ce rustre qui n'a pas l'esprit d'en fumer son jardin.

Cet homme n'est pas un avare, je viens de le dire; mais , dans son insouciance , il ne vaut pas mieux , car lui aussi enfouit sa richesse et ne sait la rendre ntil(e ni à lui ni aux autres.

Voyez: Propriété,

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