‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 35 sur 105 · QUO ' 1Î · texte numérisé non relu

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cond, puis un troisième, bref, en deux ou trois ans le Toilà chef.

Il ne savait à quoi attribuer tant de bonheur, quand le mystère ' s'éclaircit : le prince architrësorier Lebrun ayait un cousin de son nom, il Pavait recommandé à un ministre, et par un quiproquo. Ton avait pris pour le cousin du prince celui qui ne Tétait pas.

L'on répara le mieux possible la méprise en poussant le vrai cousin, mais Tautre Qvait Tavance; TEmpire s'écroula, et le légitime Lebrun ne put atteindre son homonyme.

J'ai conon un héritier par quiproquo , mais qui Tétait en toute conscience; il connaissait peu sa généalogie et croyant que le légataire la savait pour lui, il jouissait, sans remords, d'une belle fortune, lorsque par une circonstance fortuite il reconnut Terreur : il n'hésita pas un instant, s'informa du véritable héritier, le découvrit et lai remit son héritage , capital et intérêts.

Cet héritier était un vieillard. Il avait une fille; elle étiât belle; mais pauvre, elle était restée fille. Devenue riche, elle eut Irouvé dix maris. Le vieillard ne voulut pas d'autre gendre que Thomme qui lui rendait son bien ; la demoiselle fut complètement de son avis. Notre exbéritier Tépousa donc; il fut bon fils et bon époux. Comment en aurait-il été autrement? il était honnête bomme.

QUOI. Façon d'interrroger quand on a mal entendu OQ qu'on ne veut pas entendre. C'est plus souvent encore une habitude, assez peu agréable pour les oreilles et SQssi pour ceux qui n'ont pas de temps à perdre et à <IQi, avec ce malheureux quoi, on fait répéter deux ou trois fois la même chose.

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Si quelques geos additionnaient, chaque soir, tous les quoi qu'ils ont dits dans leur journée, ils en seraieBt effrayés eux-mêmes, et au bout de yingt-K^inq années ils Terraient qu'ils en ont employé une tout entière à dire quoi, pour en foire perdre au moins autant à ceux auxquels ils Font dit.

Plaît-il est la traduction honnête du quoi^ ({u^oki ne doit jamais dire à un supérieur. Mais plaïU-il ne vaut pas beaucoup mieux, lorsque lui aussi devient un tic et qu'on le répète à tout propos.

Pour dégoûter du quoi les puristes, car ils se le permettent comme les autres, nous leur dirons qu'ainsi isolé et commt formule d'interrogation, quoi n'est pas français. 11 ne Test que comme exclamation d'étonmeittetit ou d'indignation : Quoil vous osezi Quoi! vous acét commis cette action I Si l'on veut l'employer comme Ib* terrogation , il faut dire: De quoi s'agit-U? A quoi pensez-vous ? Mais le quoi tout seul n'est permis qu'aux corbeaux, pies et corneilles, et à mon excellent ami, M. D***, qui mourrait certainement d'asphyxie s'il restait cinq minutes sans le dire.

RAIE. De toutes les créatures, il n'en est peut-^tre pas dont l'aspect soit plus effrayant que la raie : sa lorme plus large que longue, sa queue satanique que termine un dard^ ses yeux louches et inégaux, les tu-* bcTGoles armés de crochets qui couvrent sa peau en font réellement un être hideux pour nous; car, certainement, ks raies entr'elles se trouvent fort bdles.

On dit que la raie n'a pas le caraclère mieux lait que b figure, et que les autres poissons n'ont guère à se louer ^ ses procédés.

Us hommes aussi ont eu à s'en plaindre; la torpille^ rue sournoise et qui se cache sous le sable,, a .quekiuefoii& JMé aux baigneurs de fort vilains tours, en les électrisant ttune iwriit bit un . professeur arec sa .macfaine.

On dit qu'il existe dans les mers de l'Inde iine raie que les marins appellent le grand diable, et qui atteint jusqu'à soixante pieds de largeur; elle peut, sans s'incommoder, avaler un homme.

Si la raie a ses défauts, si elle n'est pas belle, elle a aussi ses qualités : la grande consommation qu'on en fait à Paris et ailleurs l'indique suffisamment. On voit que si la raie mange son homme de loin à loin , l'homme le lui rend bien.

RAISON. DE SON INFLUENCE SUR LA FORME. La raisoD n'est que la pensée mûrie par l'expérience et la réflexion. Chose acquise , elle a pour précédent l'instinct qu'elle remplace en beaucoup de cas, mais qui, pourtant, la sert toujours et qui, souvent aussi, la remplace à son tour.

En réalité, l'instinct et la raison n'ont qu'une même base: l'intelligence.

Il y a, dans le passage de l'instinct à la raison, changement de spécialité intellectuelle; aussi l'être, à son début dans la forme humaine, semble- t-il moins capable de fournir à ses besoins matériels et de veiller à sa conservation que le plus brut des animaux.

C'est que cette raison en se dégageant de cette matière a, nécessairement, moins d'affinité avec elle, et qu'elle commence à placer la vie hors de la terre en s'élevant vers le ciel.

La raison étant la conséquence de l'application des facultés et de la réflexion, et le raisonnement n'âant lui-n^ême que la mise en œuvre de la raison, aucun être, en s'éveillant pour la première fois sur cette terre, depuis sa déchéance ou son expulsion du ciel ou d'iia monde meilleur, &'a pu trouver en lui la raison; il n'a

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raoqaërir qne par mie expérience de la yie terrestre et en obtenant successivement une série de pensées, en mesurant ces pensées , en les rapprochant et en les combinant.

La raison comme Tinstinct qui n'en est qu'une nuance, est donc toujours une chose acquise; elle n'a, dans sa plénitude, été donnée à aucun, et ses degrés de crois^ sance suivent toujours ceux des efforts que chacun feit pour Tobtenir.

Ainsi, c'est seulement après avoir traversé un grand nombre de formes que l'être devient raisonnable; il le devient par cette expérience que laisse le souvenir et qui, dès la naissance, se manifeste en lui par ces actes, ces désirs, ces volontés, ces idées que nous nommons innées.

Ce n'est donc pas des impressions d'une seule existence, d'une seule face de la vie, que se compose la raison, mais de l'ensemble de toutes les sensations passées dont la mémoire s'attachant à l'ame a survécu à là forme. Ainsi, l'instinct d'un animal des classes les plus rap* prochées de l'homme, est le résumé des sensations, des pensées, des volontés qu'il a retenues de son passage dans d'autres formes inférieures; tandis que la raison de Phomme se compose de «tous les instincts qui lui restent de sa vie animale , instincts perfectionnés par l'expérience et le rapprochement.

S'il s'agit d'un homme supérieur, à ce résumé de tous les instincts animaux il faut ajouter celui de sa raison précédente , car il n'est pas à croire qu'il arrive aujour* dlim à l'état d'homme pour la première fois.

C'est par la conséquence de ced que, dans le ver, la nasse des idées innées ou des souvenirs qu'il apporte ca naissant, est moins étendue que dans l'oiseau , et elle Pest plus dans l'homme que dans l'um et l'autre ; il suffit

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d^examiner un jeuM sujet de chaque espèce pour ci être conTaincu. A mesure que Fétre grandit, il voit pitt loin devant lui, et cela parce qu'aussi fl voit plus loii en arrière ou qu'il a la conscience et Texpérieiiee d plus d^évènemens passés.

L'instinct et la raison étant ainsi transmissîbles d'uni forme à une autre, ce que nous avons fait pour pe^ fectionner notre esprit et l'instruction que nous avoni acquise dans une vie ne sont pas perdus pour une autre vie En vain, la vieillesse semble éteindre notre intelligent et en effacer les souvenirs , ils ne font que sommeillei et nous serviront plus tard, car rien de œ qui es! inhérent à l'ame n'est destructible. L'ame peut reposa momentanément, mais jamais elle ne peut rieu oublier. C'est dans cet oubli impossible qu'est surtout la punitiot du mal comme la récompense du bien.

' Nous le répétons : l'être qui fôit des efforts pom étendre son intelligence y parvient. I^ons en avons journellement des preuves , et ced dans l'animal conuM dans rhonunë. C'est par cet effort ou cette volonté qu( et que nous appelons instinct, dans cet animal, prodoi des actes qui approchent de la raison.

Sî l'animal peut devenir plus que l'animal , commedi l'homme ne pourrait -il pas Atteindre plus haut ^fÊH l'homme? Aus^i y atteint-il.

Si la raison s'étend selon que la pensée s'^ve et A complique, on peut croire que la forme se compliqui dans la même proportion , bien que cette complîeatioi ne. soit pas toujours immédiatement visible à nos yeux parce qu'elle commence par la forme interne ou oeDi qui touche à la substance de l'ame.

Nous voyons donc la matière suivre tontes les modifications croissantes de la pensée. H en serait de menu des modifications déercnssantes; mais nous avons 8uppos<

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iâ U être allaiit tDi4<mrs en avant» c'estrà-dire acquérant sans cesse de noorelles pensées , les retenant par le soavenir, et les combinant d'après un principe juste. Mais s'il n'acquiert aucune de ces pensées , ou s'il les perd après les avoir acquises, l'intelligence ne s'étendant pas , la forme ne gagnera pas davantage ; l'être restera indéfiniment au même point.

Si l'être, sans perdre ses idées ou son intelligence acquise, en fait un mauvais emploi en l'appliquant k des combinaisons fausses, à des actes contraires à cette intelligence même, ou à ce qui est juste et droit, il réitéra de cette marche anormale un effet rétrograde qui doit aussi se reporter sur la forme et la faire descendre d'un ou i^usieurs degrés.

n en est ici pour la formation d'un corps par l'application d«s bcultés créatrices de l'ame , comme il eti s^mit de l'emploi, plus ou moins raisonné, des couleurs sous les pinceaux d'un peintre , qui fera un chef-d'œuvre pu une cro^e selon ce qu'il aura de sdence et de génie et qa'pj m saiira uaec.

Dans l'être comme dans )e tableau, tout se pose où la pensée le pose; et le plus ou le moins de mérite de renaemble vient de la distribution plus ou moins logique des matériaux. Ces matériaux, en servant à l'ceuvre, ne la constituent donc pas: ici, comme toujours, c'est Pintelligence , c'est la réflexion qui ^(Mfie.

Et oette r^exion , cette raison mère de l'œuvre , ne iwnt naitre comme l'œuvre même que de la volonté.

Là, conune partout, le bien produit le bien, le mal produit le mal. De l'absence du t>ien et du mal résulte la stagnation. Si l'être ne fait rien pour conserver ce fO'il a, ou s'il fait ce qu'il faut pour le perdre, il le per^; et quand il Ta perdu il faut qu'il l'acquière de louveau.

Il y a donc ici une action complexe: l'effet physiqiM suit l'effet moral , et le développement intellectuel amène la progression matérielle; enfin, l'extension des organei ou leur accroissement de puissance donne à Tame k moyen de faire un pas en avant, ou plutôt Fy pousse naturellement , comme elle la rejetterait en arrière si dk avait pris la marche contraire.

Telle- est la création, telle elle se continue et se continuera sans cesse : l'impulsion divine n'a point d( terme; elle est éternelle comme le principe dont éHk émane , elle est égale pour toutes les créatures. Chacune est ainsi ce qu'elle s'est faite: elle est où elle s'eï mise. L'homme est homme parce que, soutenu par h main de Dieu dont il s'efforce de se rapprocher, il s'es fait homme. Il devient ange parce qu'il se fait ange, oi il retombe à l'état animal parce que , s'éloignant de soi principe divin, il s'abrutit et se fait animal. Toujours libn dans son choix, s'il rencontre en lui des obstacles, c'es que lui-même les y a créés ; nés de sa volonté même cN de l'abus qu'il en a fait, ils indiquent la plénitude d sa liberté: les entraves qu'il éprouve dans une vie sont l conséquence des actes d'une autre vie.

Ainsi , la différence de forme parmi les êtres vient d la différence de raison. La différence de raison vient d la différence de conduite ou de la combinaison plus o moins logique des pensées.

Ces pensées qui survivent à la forme , pensées heu reuses ou malheureuses, douces ou cruelles, justes o fausses , se manifestent à chaque renouvellement é forme, par les prédispositions que chaque être apport en naissant.

Reconnaissons donc ceci : la progression comme 1 déaroissance de la raison , de même que celle de l'im tinct, enfin, Tétat de chaque créature a été, estetseï

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