RUD IM
gênés dans leurs affaires, il leur faisait proposer par Fouché , son ministre , des emplois dans la police secrète. SMIs refusaient, on haussait le chiffre du traitement jusqu'à ce qu'ils acceptassent : on allait jusqu'à trente , quarante , cinquante mille francs par an , on leur en remettait le premier mois, et l'on prenait quittance. Cela fait, huit jours après tout Paris le savait.
Le second mois, quand le nouvel agent se présentait pour toucher son traitement, le ministre lui disait: TOUS n'avez pas su garder votre secret, vous êtes connu, et vos services sont maintenant impossibles; je ne puis plus vous employer. L'homme n'en était pas moins perdu dans l'opinion; toutes les portes lui étaient fermées, et poursuivi par un tollé général, il était ordinairement contraint de s'expatrier.
RUDIMENT. Le jour où j'entrai au collège, dévoué au latin dont je n'avais pas encore entendu parler, on me présenta un rudiment. Je le pris sans trop de défiance, je le feuilletai même avec un certain plaisir. Sa tournure ne m'annonçait rien de malsain : tout ce qui est nouveau est beau pour l'enfant. J'ignorais alors, livre maudit, que, pendant sept ans, tu serais la cause de mes pleurs et l'instrument de mon supplice.
Je ne lui en veux plus aujourd'hui , le temps use même la rancune , et pourtant je me prends encore à dire que c'est un livre fort ennuyeux que le rudiment de nos collèges , et qu'il serait à désirer qu'on en fît un autre qui le fût un peu moins.
SACRIFICES HUMAINS. Les Fantîs et les Achantis, et autres peuples africains sacrifient des hommes à leurs fétiches.
Les Chinois en sacrifient à leur misère, c'est-à-dire qu'ils exposent et tuent les enfans nouveaux- nés qu'ils ne croient pas pouvoir nourrir.
Les sauvages de presque tous les pays en rôtissent et en mangent dans leurs fêtes publiques. C'est une partie du cérémonial et le plat du milieu.
Nous nous récrions, nous autres Européens, sur la barbarie de tous ces gens; nous frémissons d'horreur et nous versons des larmes au récit de leurs cruauté.
Eh bien! Africains, Chinois et anthropophages ne sacrifient pas à leurs fétiches, à leur misère oa à leur
estomac le quart du nombre d^hommes que nous sacrifions à notre fortune, ou à ce que nous appelons la spéculation , la fabrique et Tindustrie , et je vais vous en donner la preuve.
En Angleterre, dans les localités agricoles, il meurt annuellement dix-neuf habitans sur mille, et à Manchester trente-sept , également sur mille. Même proportion à Liverpool , Birmingham et autres villes manufacturières.
Faisons le compte:
Manchester et sa banlieue contiennent 163,856 habitans, sur lesquels il en est mort , en sept ans. • . 39,922
Le Surrey, pays de cultivateurs, contient 187,863 habitans, il n'en est mort, en sept ans, que 23,777
Morts en plus à Manchester 16,145
Maintenant, voyons pour combien les enfans entrent dans cette consommation:
Durant ces sept années, sur 23,523 enfans au-dessous de cinq ans, 7,364 sont morts dans le Surrey. Pendant le même temps, sur 21,152 enfans, 20,726 ont péri à Manchester. A Liverpool , le nombre n'a pas été moindre.
Pourquoi tant d'enfans morts? Le climat est-il malsain?— Nullement.— Le sang de ces enfans est-il vicié? Pas davantage ; ils ne demandent qu'à vivre. — Alors, pourquoi meurent-ils?— On les empoisonne!— Oh 1 oh! — Oui, et voici de quelle manière:
Dans les villes de fabriques, les mères, pressées de se rendre à Tatelier, assoupissent l'enfant en lui donnant de l'opium, autrement dit du cordial de Godfrey, de Paragory et autres narcotiques , tous véritables poisons.
—Est-ce bien possible?— Très-possible et même trèsréel. Si vous voulez lire les journaux du jeudi 31 décembre 1846, il ne vous restera aucun doute à cet égard, et vous y verrez qu'il résulte d'un rapport fait, quelques
jours ayatit, à un comité de la chambre des ooannnnies, qu'à Manchester, il y a un droguiste qui ne vend pas moins de vingt galons, par semaine, de ces nrixtorcs opiacées, à Tusage des petits enfans.
Les mères qui quittent leurs n^ais^ons à quatre heures du matin pour aller à la fabrique souvent éloignée d'une lieue, donnent à l'enfant quelques gouttes de lait, puis on lui administre Fopium qui doit l'endormir et le laisser jusqu'au soir dans une torpeur glacée, ce qui a lieu tous les jours jusqu'à ce qu'il meure:
Cependant il en échappe quelques-uns, et soit de cçux-ci, soit d'autres, Fon voit encore, dans les fabriques, des centaines d'enfans de moins de six ans; mais ne vous en inquiétez pas, on trouvera bien moyen de les envoyer rejoindre les premiers : l'industrie a sa fourniture d'anges pour le ciel.
Le chat à neuf queues , ce fouet , ancien régulateur da soldat dans l'armée anglaise, est constamment employé pour contraindre le& «nfens à un travail d'environ seize heures sur vingt-quatre. Quand ils s^endorment , un surveillant, qui n'a d'autres fonctions, les réveille à eoftps de gaule; Tenfant s'endorl-il encore, il le prend par le pied et le plonge, tête première, dans un baril rempli d'eau, placé à cet efiTec au coin de l'atelier: Tenfent, ainsi mouillé et grelottant, reprend son travail, il feut que ses habits sèchent sur lui; en6n, s'il s'endort une troisième fois, le chat à neuf queues fait son ofiGce.
Pour ces malheureux enfans , jamais de repos , jamais de récréations. Le jour, travail continuel; la nuit, privation de sommeil, sauf quelques henre$ bien insuffisantes.
Ces détails sont donnés, en 1846, par M. Ralhbone Gregg, Tnn des principaux filateurs de coton du Lancashire. Il ajoute que les enfans , en très-petit nombre, qui ne succombent pas, arrivés étiolés à l'âge d'homme.
souffrent quelques années et ils meurent' rachitiqaes.
Si je cite l'Angleterre , ce n'est pns qu'on agisse beaueeup mieux ailleurs: la France, la Suisse, l'Allemagne, etc., etc., ont aussi leurs hécatombes d'enfans, et s'il y a quelques points de l'Europe où l'on en tue moins , ce sont ceux que nous considérons encore comme barbares et non civilisés.
Je maintiens donc mon dire: les sacriGccs humains ne sont point. abolis en Europe, ils y sont même plus ea usage que jamais. Seulement, au heu de sacrifier des hommes à Moloch ou à Teutati's , nous les sacrifions à Plutus: tel sacrificateur lui voue mille cnfans en lui demandant, en échange, qu'il lui donne deux millions et qu'il le. fasse éhgible; et ce n'est là qu'une offrande ordinaire: cet autre dévot au veau d'or double la dose, il lui en voue deux mille, aussi a-t-il quatre millions et devient-il pair de France.
Voyez: Bonheur, enfer, mariage.
SAIIVT-rTJiOMAS. Dans sa spécialité, St.-Thomas était un grand homme et je l'ai toujours admiré: il voulait toucher pour croire, et il avait raison. Ce fut aussi l'avis de Notre-Seigneur, pui^u'il lui fit toucher ses plaies.
Or, MM. les magnétiseurs, et vpus MM®®'- les somnambules,, ne soyez pas plus fiers que IC; Fils de Dieu et permettez à votre disciple, ce qu'il a permis au sien, de toucher d'abord, afin de croire après.
Vous donc savans docteurs et dames lucides ^ qui voyez dans le cœur et le cerveau des malades, <iui lisez dans leur estomac , qui Usez aussi , les yeux bandés , dans un livre fermé, qui n'êtes arrêtés ni par les murs, ni par les distances , et dites de point en point ce que fait M. tel dans son cabinet et M® ® telle dans le sien» fussent-ils
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à cinquante lieaes de vous, à cent, à mille , vous dojie somnambales de tous âges et de tous sexes, je vous prie et an besoin je vous requiers, puisque vous voyez à ta fois de si loin et de si près, de me dire combien il y a de dents dans ma boucbe et d'écus dans mes poches; ou bien seulement si ma bourse est rouge ou si elle est verte, ou moitié verte et moitié rouge. Si vous arrivez à deviner cela , alors je vous dirai : passons à l'estomac.
Je procéderai de la même manière avec MM. les égalitaires , communistes et radicaux , et je leur dirai : tout ce que vous annoncez est beau, parfaitement beau, théoriquement juste , probablement utile , mais ce n'est pas assez que de le dire, il faut le faire: or, je vois que vous parlez toujours, toujours bien il est vrai, mais je vaudrais aussi vous voir faire, ou si c'est fait, voir ce que vous avez fait. Montrez-moi donc une ville, un bourg, un village; ou si c'est encore trop, une maison, un simple ménage radical, communiste, égalitaire, enfin une famille telle que vous la voulez; alors, si cela marche, si j'y trouve des gens heureux, comme je n'en doute pas , je dirai : soyons heureux avec eux.
— Mais de l'argent, me répondrez-vous, où en prendre? C'est avec de l'argent et beaucoup d'argent qu'on peut enseigner aux gens à vivre de peu.
— Passe, j'admets encore ceci: mais l'argent, mes bons amis, il me semble qu'il ne vous manque pas, car avec ce que vous en' avez dépensé depuis un demisiècle en impressions, tirages et compositions, pour me dire ce que vous voulez faire, vous auriez fait au moins quelque chose de ce que vous avez dit.
Mettez-vous donc une bonne fois à la besogne; montrez-moi un échantillon de votre félicité, quand ce ne serait que la communauté entre vous et votre valet