‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 54 sur 105 · ROS · texte numérisé non relu

ROS

ROSE. La rose est le par souffle des dieux, dit Anacrëon: ce n'est pas mal pour un Grec.

Les Turcs, qui ne sont pas poètes et qui n'aiment pas les Grecs, aiment beaucoup les roses, dont Pèssence jone un grand rôle dans leurs présens, leurs toilettes et leurs harems.

Selon moi, Tessence est à la rose ce que le fromage de Brie est à la crème nouvelle : celle-ci sent bon , l'autre prend au nez: c'est Fodeur d'un ami mort qui blesse à )a fois le cœur et l'odorat.

U y a aujourd'hui des horticulteurs dont la spécialité est la culture de la rose. J'en connais qui en ont jusqu'à quinze cents espèces , qui offrent , selon eux , quinze cents formes et quinze cents nuances différentes , et , chose merveilleuse, qui toutes ont un nom.

Tourtant la plus grande merveille n'est pas là, elle est dans l'œil de Tamateur qui retient ces quinze cents noms, qui distingue ces quinze cents couleurs, ces quinze cents formes, chez lesquelles le profane ne voit qu'une couleur et qu'une forme, peut-être deux, peut-être trois on quatre , à la rigueur six , mais certainement pas douze. N'importe, je maintiens les quinze cents noms, les quinze cents couleurs et les quinze cents formes, s'il en faut tout autant pour faire le bonheur de l'amateur de roses; je dis même que seul il voit juste , car on n'est jamais benreux pour rien.

Etant fort jeune et me trouvant à Gênes, dans la Strada Balbi , regardant passer une procession, une rose tombée d'une fenêtre m'arriva sur la tête. Etait-ce hazard, ^it-ce intention? Je ne le sais pas encore, mais je la reportai à la propriétaire : à chacun son bien.

Cette rose avait son épine, épine d'acier bien fourbie, bien piquante, tranchant même quelque peu; j'en porte encore la marque. N'importe, c'était une belle et brave IV 9

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rose, belle même à Gênes, le pays des fieurs, lé paradis des roses.

ROIIERIE. Cela se dit d'une malice moitié licite, moitié friponne, mais cette dernière qualité l'emporte; bref, c'est un moyen de bonne société de faire dés dopes. Un roué n'est pas uki escroc, ce n'est pas nn voleur non plus: cependant il trompe, il ruine, il tae ses ennemis et même ses amis, mais il le fait de manière^ à se mettre à l'abri de tout accident et à ne pouvoir être atteint ni par la loi, ni par l'opinion. Aussi la rouerie ne déshonore ]ms; il fut même un temps où elle don* nait beaucoup de considération.

Le mot rouerie est nouveau , mais ce qu'il dénomme ne l'est point. La diplomatie c'est la rouerie en grand. Souvent l'art de gouverner n'est pas autre chose. Machiavel en donna les premiers principes écrits, mais bien* avant lui on les avait mis en pratique. La pratique ici, comme dans tous les autres arts, a précédé la théorie.

Louis XI fut un roi roué.

Louis XVin l'était par goût, par caractère. S'il fût monté jeune sur le trône, il aurait probablement joué plus d'un tour à ses frères rois: à défaut, il ne se fit pas faute d'en jouer à ses frères d'armes.

Napoléon, tout grand homme qu'il était, ne dédaigmùt pas d'employer la rouerie: il s'en aida, non moins que de son épée , pour conquérir la popularité , puis le trône, puis enfin l'Europe.

Devenu tout puissant, il en faisait un passetemps: on en pourrait citer plus d'un exemple. Voici le singulier moyen dont il usait pour se débarrasser d'individas appartenant même à la haute société, notamment de quelques duellistes célèbres. Quand il savait qu'ils étaient

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