‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 76 sur 105 · TAI · texte numérisé non relu

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vanter notre lin d'Egypte, notre laine d'Espagne, notre duvet de Cachemire , nos foulards de l'Inde , nos draps de Sedan et d'Elbœuf, et rexcellence de nos tailleurs, une bonne fourrure tenant à la chair nous serait à la fois plus commode et plus belle que Fhabit le mieux coupé.

Si nous ajoutons à la gêne et au disgracieux de nos vêtemens les infirmités auxquelles leur poids ou leur légèreté nous expose , le temps qu'il faut perdre à les mettre et à les ôtcr , les dépenses continuelles dans lesquelles ils nous jettent , dépenses qui excèdent , pour bien des gens, celles de leur nourriture et de leur logis, et qui deviennent ainsi la cause principale de la misère du peuple et de sa démoralisation , nous reconnaîtrons que le refus , que nous a fait la nature , d'un cuir imperméable, bien tanné, bien moufflu, ou bien emplumé, ou à défaut d'une bonne carapace de tortue ou d'une coquille de limaçon , est un tort véritable et la preure que nous sommes des êtres bâtards et mal bâtis.

Quoiqu'il en soit, puisque nos habits sont un mal né^ cessaire, il faut bien supporter ceux qui les font, car le mal serait pis si personne n'en voulait faire.

J'ai toujours aimé le noble orgueil de ce tailleur parisien qui demandait ciïnt- trente francs d'un habit à un provincial. Celui-ci , trouvant le prix ûeré y offrit de fournir le drap. Le tailleur accepta, fit l'habit, et envoya un mémoire montant à cent-trente francs. La pratique s'en étonna. 11 répondit qu'il ne faisait payer que son talent et donnait toujours le drap par-dessus le marché.

Le tailleur parisien, s'il a la vogue, se considère moîi» comme un ouvrier que comme un artiste. Le plus modeste s'abaisse jusqu'à s'intituler négociant. Le fait est que c'est , à Paris , un négoce des plus importans ; il occupe vingt mille ouvriers , fait vivre soixante mille personnes, et jette dans la consommation quarante mil-

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i. Un établissement de maître tailleur s'y vend jusqu'à i cent mille francs. Le gain , sur un habit , est Ôe te^trois pour cent, ternie moyen.

y a des tailleurs renommés seu1(^ment pour nne ialîlé : Pnn fait bien les habits , Taûtre les redîns, celui-ci les pantalons, celui-là les gilets; tel autre fera bien que les guêtres. Un fushionablc doit ainsi ir trois tailleurs.

es tailleurs passent pour être voleurs, c'est chose posî ; mais ils pourraient également passer pour volés ,

le nombre de gens qui ne les paient pas est cerement aussi grand que ceux qui les paient. C*est t-être parce que les tailleurs sont réputés fripons, que

de gens n'hésitent pas à les friponner. otrc costume, tn France, a été lông-téitnp'S laid et mmode. Il est encore laid aujourd'hui, il Test même

cfue jamais ; mais quant à la commodité , il a gagné que chose. Si nous ne pouvons pas tourner le cou use de la cravate , du moins nous pouvons plOyer enou , ce qui n'était pas fxicile lorsqu'on portait la Ue serrée. Notre pantalon est ignoble , mais il est l'été contre les mouches, et l'hiver contre les rhumefS. td me rappelle ce mot d'un de nos rois. Lorsque çois I^*" était prisonnier en Espagne, des Espagnols le visitaient ne se découvrant pas devant lui, il ledr

« Messieurs , gardez vos chapeaux , je garée taoti -ie-chausse ; nous pourrions nous enrhume^, vous loi. »

îpuis long-temps, les tailleurs parisiens sont mfar- Jds drapiers, et l'on a vu ce qu'il pouvait en coûter

servir de leurs ciseaux. Ce n'est' guère que dans les inices éloignées et dans les villes de troisième et quale ordre , que le tailleur consent encore à faine un t avec le drap qu'on lui fournit ; il se borne à vous

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assurer qu'il est détestable et que le marchand vous a surfait de moitié.

II est une classe de tailleurs plus accommodante encore, cVst le couturier ou tailleur villageois, qui se transporte chez la pratique devant laquelle il coupe le drap et établit le vêtement. De ce modeste industriel à son superbo confrère de Paris, la distance est grande.

J'ai connu un honnête Gascon qui ne donnait jamais un habit à confectionner avant d'avoir mis dans une balance le drap, la doublure, le fil, les boutons; puis les pesant devant Tartiste , il lui disait : « Il faut que vous me rapportiez le même poids. »

Quand le tailleur n'est pas trop fier ou trop pénétré de son importance, il est assez ordinairement facétieux; il aime à conter si on l'écoute, ou à chanter si on ne l'écoute pas. Il faut dire qu'il chante presque toujours faux et sans mesure , mais ce n'est pas cette mesure-lî qui intéresse le plus ses pratiques.

Le raccommodage , si estimé du tailleur de village et le plus clair de son revenu , est presqu'inconnu a Paris et même dans nos villes de second ordre : un tailleur en vogue s'y croirait déshonoré si un habit supporté était aperçu sur sou établi. Aussi , que la couture da vôtre se lâche, que le collet se froisse, qu'un parement se fripe ou se déchire , il y est à peu près impossible d'obtenir qu'il y mette la main. S'il y consent, c'est sous le plus stricte incognito, au plus profond de son arrière* magasin, et parce que votre mémoire n'étant pas encore soldé, il craint de se brouiller avec vous. ■ Je ne saurais dire combien cette antipathie des tailleurs citadins pour l'habit porté et l'horreur que leur inspire ce qu'ils appellent la friperie, même quand l'habit n'aurait pas huit jours , deviennent une gêne et une entrave lorsque vous êtes à Paris; et si la Providence n'y avait

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