‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 93 sur 105 · TOR · texte numérisé non relu

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TORTURE. Je lisais dans un discours prononcé en 1842 par le président de TÂcadémie de Châlons, quer le mécanicien Balbani ayant proposé une mécanique de son invention, propre à donner aux accusés la question préparatoire sans briser leurs os, sa machine fut refusée par les magistrats de la tournelle, comme dangereuse peur la bonne administration de la justice.

En ces temps, les magistrats les pins intègres, les plus vertueux , les plus sensibles peut-être comme hommes privés, ordonnaient froidement la question , et ceci sons le moindre prétexte et sans cesser de croire à l'innocence probable du prévenu. Ils faisaient plus, ils y assistaient et la dirigeaient , non pour en modérer la rigueur , mais pour s'assurer qu'elle était donnée en conscience.

Ceci était-il spécial à quelques-uns? Non, c'était à peu près général : un magistrat croyait qu'il y allait de son honneur. C'était un devoir qu'il remplissait. Hésiter était, à ses yeux, une lâcheté ; l'adoucir, c'était une faute, une sorte de complicité. Oui, tel grave magistrat dont le nom est encore aujourd'hui vénéré et l'est justement, avait, cent fois dans sa vie, ordonné et dirigé lui-m^me la torture.

Etrange moyen de raoralisation, mais qui d'ailleurs était d'accord avec les idées religieuses de l'époque! L'église était non-seulement militante, mais torturante: brûler un hérétique était un acte de foi; et Dieu étant devenu un grand tortionnaire, on ne pouvait mieux faire que de l'imiter.

La religion a aujourd'hui répudié ces sanglantes pratiques qui venaient des hommes et non d'elle. Elle hait le sang , elle a raison. L'inquisition ne tue plus , et la torture est à peu près supprimée partout comme chose injuste et inutile.

L'instrument de supplice dont on use exclusivement en France depuis 1792, a été perfectionné, mais non inventé par le docteur Guillotia , car cet outil judiciaire

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était connu dès 1« XVI« siècle , aiiïsi qae le prodvent une vieille gravuref et quelques chroniques.

€e mode de décapitation abrège, je crois, les douleurs des condamnés j mais la facilité quUl donne* de faire beaucoup d'exécutions en peu d'instans a dû , à Pépoqae de la terreur, augmenter le nombre des victimes. SMi avait fallu décapiter, selon Fancienne méthode, tant de milliers de' condamnés, lès bourreaux n'y auraient pu suffire. Lét mise en usage de la guillotine fut donc véritablement funeste.

L'application n'a pas suivie immédiatement la découverte. On ne commença , je crois , à guillotiner qu'en 17»2, et ce fut le 1®' décembre 1789 que le docteur Guillotin monta à la tribune pour annoncer l'mvention de sa machine.

Peu de jours après parut une chanson qui fut insérée dans nn journal alors célèbre : les Actes des Apôtres. Le mot guillotine, imaginé probablement par le poète, y fut prononcé pour la première fois. Voici cette chanson qu'on peut, à juste titre, appeler historique :

Âm î du Menuet d'Exaudet»

Guillotin,

Médeeiu

Politique, Imagine, un beau matin, Que pendre est inhumain Et peu patriotique-

Aussitôt

II lui fhut

Un supplice.

Qui, snns corde ni poteau.

Supprime du bourreau

L'Office.

Cest ea vain que Ton publie Que c'est pure jalousie

D'un suppôt

Du tripot

D'Hippocpate, Quij d*occire impunément.

Même exclusivement, ^ Se flatte»

Le Bomaia

Guillotin,

Qui s'apprête, Consulte gens du métier, Barnave et Chapelier, Même le coupe-tête;

Et sa main

Fait soudain

La machine, Qui simplement nous tûra, Et que Ton nommera

Guillotine,

Le malheureux docteur ne se consola jamais, dit-on, de l'application de son nom au cniel instrument.

Un député de Rennes, M. Duptessis, homme fort estimable, fut presque aussi maltraité pour avoir , lors de la restauration , demandé la suppression de cette même guillotine et le rétablissement du Supplice de la corde. Jusqu'à sa mort , ou le distingua en Bretagne , de ses homonymes, par le nom de Duplessis potence.

Au surplus , ce goût pour la potence ne s'arrêta pas là. Un peu plus t»rd , une pétition signée à Caen par un gra»d nombre d'habitans, fut adressée aux chambres, et donna aussi lieu à une chaosou que voici :

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